‹ Archives de parasitologie (volume 5)Chapitre 33 sur 110 · U4 U. BLANCUAHD. — ZOOLOGIE ET MEDECINE · texte numérisé non relu

U4 U. BLANCUAHD. — ZOOLOGIE ET MEDECINE

OU trop parcimonieux comprendront bientôt qu'il y va de leur honneur et de leur bon renom scientifique d'instituer des établissemeuts et des laboratoires du même genre ou du moins de doter avec une plus grande libéralité ceux qui existent déjà et auxquels ne manque point la volonté de bien faire.

Quoi qu'il en advienne, il est clair que la Zoologie médicale n'en est encore qu'à ses débuts; d'importantes questions se présentent en foule, qui réclament une solution prochaine et la pénétration des nations civilisées dans les régions encore inexplorées ou insuffisamment connues fera surgir un grand nombre d'autres problèmes dont la Parasitologie donnera la solution. Après l'éclatante période que vient de parcourir la Bactériologie, nous saluons avec confiance l'aurore des temps où la Zoologie médicale atteindra son apogée.

NOTES ET INFORMATIONS

Nomination. — Par un arrêté en date du 27 juillet 1904, M. le D' Maurice Neveu- Lemaire a été institué agrégé d*histoire naturelle (parasitologîe) près la Faculté de médecine de l'Université de Lyon.

Sar la présence de Blaatomycètes dans an cas de moUnscom contagiosom. — L*étiologie du moUuscum œntagiosum est à l'ordre du jour depuis 1865, époque à laquelle Vircbow avait trouvé une certaine analogie entre les corpuscules du moUuscum et les Coccidies du Lapin. De nombreuses recherches faites soit sur lemoUiAscum soit sur une affection très analogue, Vepithelioma œntagiosum des Oiseaux, ont tour à tour admis ou nié la nature parasitaire de ces affections. Mais même parmi ceux qui ont considéré le moUuscum comme une maladie parasitaire, il y en a qui ont nié la nature de parasites aux corpuscules considérés comme tels par Virchow et qui ont attribué le rôle d'agents spécifiques à d'autres éléments plus petits. Ainsi Plana et moi (1), dans une étude comparative sur le moUuscum et Vepithelioma conta/jiosum, nous avons considéré les corpuscules signalés par Virchow comme des cellules dégénérées, nous rattachant complètement à l'opinion déjà émise par Rizzozcro et Manfredi (2), et avons au contraire décrit comme parasites des corpuscules de 2 à 6 i^, que nous avons considérés comme des Protozoaires.

Tout dernièrement euûn, Marx et Striker (3) ayant filtré sur bougie Berkefcld une bouillie faite en écrasant des nodules d'epithelioma contagiosum dans la solution physiologique de chlorure de sodium, ont pu par l'inoculation du liquide filtré, qui était stérile, reproduire Vepithelioma chez les Poules. Se basantsur ce fait, Marx et Stricker considèrent l'agent spécifique de Vepithelioma comme étant très petit et capable de passer à travers les filtres.

Le 6 novembre 1903, j'ai reçu de la clinique dermatologique de l'Université de Lausanne, dirigée par M. le professeur Dind, des nodules de la dimension d'une tête d'épingle à un pois, qui avaient été extirpés à une femme qui en présentait beaucoup à la figure. Ces nodules, soit par leur aspect macroscopique, soit par l'aspect microscopique, présentaient tous les caractères des nodules typiques du molltÂScum conta^iosum.

A l'examen à l'état frais du raclage de ces nodules, examen pratiqué avec l'oculaire 4 et l'objectif à immersion à eau, j'ai constaté les faits suivants : Cellules ovoïdes, granuleuses, dégénérées, correspondant aux corpuscules du moUuscum de Virchow, parmi lesquelles il y avait un

(1) Pian A e Galli-Valibio, Modemo zooiatro^ 1894. — Galli-Valerio, Le neoformaziotti nodulari. Parma, i897.

(2) BizzosBAo 0 Manpredi. Archivio per le se, med., p. 1, 1876.

(3) Deutsche med Wochenschrift, 1902, p. 893 et 1903, p. 49. — Résumé dans Centralblatt fur Bakt.^neL, XXXIII, p. 13 et Revue vétérinaire, 1903, p. 158.

Archivas de Parasitologie^ IX, n* 1, 1905. 10

{46 NOTES ET iNFOnMATIONS

grand nombre de petits corpuscules de 2,5 à 3 |j. de diamètre, ronds ou ovofdes, à double contour très net. à noyau central sombre, doués de légers mouvements d'oscillation, mais sans mouvements amiboldes. Plusieurs de ces corpuscules présentaient, sur un point de leur périphérie, un bourgeon qui leur donnait l'aspect d'une gourde.

Les caractères de ces corpuscules ne pouvaient laisser aucun doute sur leur nature. 11 s'agissait de Blastomycètes. Traités par le bleu au thymol, ils se coloraient fort bien, la capsule et le noyau apparaissant plus foncés que le protoplasma. Dans les préparations colorées au bleu, on remarquait que par ci, par là ces Blastomycètes étaient situés dans des cellules dégénérées, et souvent étaient entourés par une auréole plus claire.

Dans les coupes colorées avec le bleu au thymol, il y avait les mêmes formes, en grande partie libres, entre les cellules, mais, plusieurs contenues dans celles-ci. Des cultures faites sur agar et sur carotte cuite sont restées stériles.

L'inoculation par frottage des nodules du molltiscum sur la peau du Cobaye et du Lapin et sur la crête d*une Poule, est restée négative. Les Blastomycètes que je viens de décrire, présentent la plus grande analogie avec ceux qui ont été décrits par Lowenbach et Oppenheim dans une affection nodulaire du nez chez l'Homme (1). Ont-ils joué le rôle d'agents spécitlques dans ce cas de moUuscum contagiosum ? 11 me semble impossible de répondre d'un façon affirmative à cette question. Ce n*est qu'en considération du rùle important que les Blastomycètes jouent aujourd'hui dans les affections cutanées, qu'ont peut penser à un rôle de ces parasites dans le moUuscum contdgiosum. De nouvelles recherches, surtout appuyées sur des cultures, pourront seules permettre de résoudre la question. — B. Galli-Valerio, Professeur à l'Université de Lausanne.

De una naeva especie de Filaria en el Sape deMedellin. — Examinando, en el mes de diciembre de 1903, la sangre de los Sapos comunes de Medellin (Bepûblica de Colombia), he encontrado en algunos de ellos lo siguiente :

En medio de los elementos figurados de la sangre se ven en las preparaciones frescas sin tenir unas Lombricitas 6 Culebrillas de un milimetro y medio de longitud por très micrones de grueso y con vivos movimientos de ondulaciôn pero de traslaciôn lenta, lo cual hacen separando con la cabeza los elementos lîgurados de la sangre, adeinàs se contraen ô alargan ci voluntad. Otras veces apoyan la cabeza en un erilrocilo y el cucrpo signe ondulandose con rapidezcomo, un largo flagelo. En algunas ocasiones se les distingue un puntito negro en la cabeza, no se les ve vainaô envoltura y la cola es poco menos gruesa que la cabeza y en todo caso no aguda sino mas bien oblusa. Raras veces se distinguen unos como gusanillos ô larvas estriados transversalmente, cuya longitud es la cuarta parte de una de estas Filarias, de las cuales parccen ser los embriones,

(1) Àrchiv fur Dermat. und Syph,^ p. lil, 1902.

Notes et tNi^ORMATloNd 147

En las preparaciones tenidas con cosina y azul de metileno se ven las Fiiarias enrolladas à nias 6 menos retraidas â la niitad y basta la tercera parte de su longitud normal, debido sin duda al calor de la llama al lijar la sangre. El cuerpo se ve cubîerto de finas granulaciones basôOlas y en algunos individuos se ve un rudimento de capucbôn incoloro en la cabeza y en la cola, como si tuvieran una vaina ô envoltura viscosa muy discreta.

En lo gênerai se encuentran de diez à treinta en una laminilla ordinaria de sangre.

Esta Filaria es persistente y se encuentra en la sangre, tanto en el dia como de noche. Los Sapos no parecen muy afectados por este parâsito y apenas se les nota un poco de anémia y tal vez menos fuerza que de ordinario, pues al esponjarse lo bacen con menos vigor que los sanos del mismo volumen. Como se ve por la descripciôn que acabo de dar, esta Filaria se parece â la Filaria perstans que Manson encontre en la sangre de mucbos Negros del Africa Occidental. El mismo Manson crée que la Filaria que O'Neil encontrô en el craw-craw es la perstans, âpesar de algunas diferencias.

Craic-craw es el nombre vulgar que los Negros del Africa dan à varias afecciones de la piel, semejantes â los aradores ô sarna, en lo gênerai caracterizadas por una erupciôn pruriginosa, al principio papulosa, luégo vesiculosa ô pustulosa y muy contagiosa, como lo que entre nosotros llaman cairanchin, La forma que el Dr. Emily observô en el Congo francés y en el Alto Ubangui, se limita â los pies y especialmente é los espacios interdigi laies como lo que nuestros trabajadores de tierra calicnte llaman candelUlas de pantano, y que se observan en las gentes que andan delcalzas por entre el lodo.

Séria interesante saber por que nuestros campesinos llaman latigazo de Sapo ô Culebrilla al zona 6 herpès zoster ù atras afecciones parecidas de tierra caliente. ^ Tendria el Sapo que ver en esta clase de erupciones vesiculosas ?^, Sera el Sapoel agente que transmite al Uombre esta especie de craw-craw ? Solo la observaciôn de las personas compétentes en las tierras calientes puede resolver este punto interesante de medicina tropical, averiguando si los individuos afectados ban manoseado Sapos, y si en el liquido de las vesiculas se encuentra la Filaria.

En màs de cincuenta enfermos del Hospital de San Juan de Dios, cuya sangre he examinado durante el dia, no he podido ver Filaria alguna, lo que prueba que tanto la Filaria diurna como la persistente son raras aqui.

De las bidrocelcs y ascitis lactecentes que atribuyen â filariosis no tengo conocimiento si no de un caso que opéré para una apendicitis crônica, en que el vientre estaba Ueno de una gran cantitad de liquido como lèche de coco y en que los linfàticos del intestino formaban finas arborizaciones blancas, que contrastaban con los vasos sanguineos. El liquido no se examiné, pero be sabido que al enfermo se le ban extraido después.enrepetidasocasiones, varioslitros del mismo liquido lactecente.

148 NOT£S ET INFORMATIONS

Prôximaniente me propongo examinar de nocbe la sangre de varies eiiferinos del Hospital para ver si entre nosotros es frecuente la Filaria nociurna. — J. B. Montoya y Flores, Professeur à l'Université de Medellin (Colombie).

— L*embryon de Filaire décrit plus baut se trouve dans le sang du Crapaud le plus commun aux environs de Medellin (Colombie. 11 est long de 7o à dO |A et large de 4 à 5 (i. Il ressemble beaucoup à l'embryon de Filaria Bàncrofti, mais est plus petit et relativement plus trapu. Certains exemplaires, mais non tous, présentent À l'une de leurs extrémités un appendice transparent, anbiste, de forme variée, ayant ordinairement l'aspect d'une cupule cuticulaire froissée et n'ayant pas plus de2 à 3 (t de long; c'est apparemment un détritus de la cuticule, plutôt que le reste d'une gaine comparable à celle qui entoure certaines Microlilaires.

Le Ver qui produit ces embryons doit se trouver quelque part dans le tissu conjonctif du Crapaud. Nous lui donnons le nom de Filaria Columbi, — R. Bl.

Observations sur un cas de bilharziose. — Je dois à l'amabilité de mon ami le D' L. Robinson, médecin de l'bôpital anglais, d'avoir pu observer un cas de bilharziose chez un anglais habitant Paris. Cet Homme, âgé de 25 à 30 ans, travaille dans un atelier de bijouterie, il a fait la guerre du Transvaal et a séjourné notamment à Koodoospoot, à Test de Pretoria. C'est là, dit-il, qu'il a contracté la maladie pour laquelle il est venu à la consultation externe de l'hôpital.

Le malade est d'aspect très anémié. 11 émet chaque jour des urines sanguinolentes; en examinant le dépôt très abondant qu'elles laissent tomber au fond du vase, on y reconnaît des globules rouges, une quantité considérable de globules blancs et un nofnbre excessif d'œuis de Sckisiosomum hœniatobium, 11 est impossible de donner une évaluation même approximative de la quantité de ces derniers; disons seulement que cette quantité est très élevée et qu'on en trouve sûrement des dizaines dans la moindre préparation faite avec une parcelle du dépôt urinaire.

Le malade, malgré son état de faiblesse, n'a pas interrompu son travail; il est tenu toute la journée à son atelier. Pour ne pas lui faire perdre de temps ou le troubler dans ses occupations, il fut convenu que, après avoir jeté l'urine rendue au saut du lit, le dimanche matin, il conserverait toute l'urine émise à partir de ce moment là jusqu'au lundi matin, inclusivement. Le lundi matin, on se rend à l'atelier pour prendre livraison des flacons d'urine; on en profite pour prélever aussi, par piqûre de la pulpe du doigt, la quantité de sang nécessaire pour la détermination soit du nombre des globules rouges du sang, au moyen de la chambre humide graduée deMALASSEZ, soit du volume relatif des globules et du plasma, au moyen de l'hématocrite à centrifugation. La numération des globules rouges se fait ultérieurement au laboratoire; l'examen à l'hématocrite se fait extemporanément, à l'atelier même. Dans ces conditions, il m'a été possible de faire les constatations suivantes :

NOTES ET INFORMATIONS U9

Lundi 4 juillet, — Quantité d'urine rendue en 24 heures : 1000<^<:. Le liquide est centrifugé en totalité; on obtient un culot pesant 14 gr., occupant un volume de 14(*<^ et formé par l'agglomération « à sec » des divers éléments contenus dans l'urine : hématies, leucocytes, œufs de Bilharzie et quelques débris de l'épithélium vésical ; ces derniers, toutefois, sont en quantité négligeable.

Après agitation prolongée de l'urine, a6n de mélanger les globules et de les répartir à peu près uniformément dans toute la masse, on compte à la chambre humide de Malassez le contenu d'un millimètre cube du liquide : on trouve une proportion moyenne de 133 leucocytes pour 1000 hématies. Je ne méconnais pas toute l'imperfection de cette méthode; des numérations comparatives, d'une part pour une même urine et d'autre part pour les urines de jours différents, ont néanmoins prouvé qu'elle donne une approximation suffisante, quand il s'agit simplement de déterminer si une urine sanguinolente est relativement riche ou pauvre en globules blancs. Les chiffres que l'on obtient ainsi donnent donc, malgré leur imprécision, une indication utile.

Lundi /y juillet. -— Quantité d'urine rendue en 24 heures : 670<» (1). Poids du culot après centrifugation de la masse totale de l'urine : 9 gr. 50 ; volume du culot 10<^<:. L'urine renferme une proportion moyenne de 113 leucocytes pour 1000 hématies. Au compte -globules, on trouve 4.500.000 globules rouges par millimètre cube de sang; à l'hématocrite, on obtient une colonne correspondant à un chiffre de 4.250.000 globules de sang normal. Le nombre absolu des globules du sang s'est donc abaissé d'une façon très appréciable ; le nombre des hématies, notamment, a subi une chute importante, en même temps que celui des leucocytes s'est élevé. L'examen de frottis de sang, colorés d'une façon appropriée, confirme ces observations ; il donne la formule leucocytaire suivante :

Pour 1000 leucocytes : 77 éosinophiles, 126 lymphocytes, 161 mononucléaires et 6^ polynucléaires.

Lundi i 8 juillet. — Quantité d'urine rendue en 24 heures : 850<^<^. Poids du culot après centrifugation : 10 gr. 9 ; volume du culot : 11«^5. Proportion moyenne des éléments figurés du sang contenus dans l'urine : 94 leucocytes pour 1000 hématies. Formule leucocytaire du sang préparé en frottis sur lame, pour 1000 leucocytes : 86 éosinophiles, 129 lymphocytes. 225 mononucléaires et 560 polynucléaires.

Lundi 25 juillet. — Quantité d'urine rendue en 24 heures : 700^^. Poids du culot après centrifugation : 17 gr. 80; volume du culot : 17<^<^5. Proportion moyenne des éléments figurés du sang contenus dans l'urine : 160 leucocytes pour 1000 hématies.

Tant par l'examen direct du sang que par celui de l'urine, on constate donc une augmentation considérable du nombre des leucocytes; toutefois,

(Il La faible quantité d'urino rendue dans les 24 heures tient à l'excessive élévation de la température, qui a exagéré la perspiratlon cutanée.

NOTES ET INFORMATIONS

ceux-ci sont infiniment moins nombreux dans le sang que dans l*urine, où ils atteignent une proportion moyenne de 125 leucocytes pour 1000 hématies, soit 1/8 du chiffre total. L*absence de toute suppuration dans la vessie et la structure des leucocytes trouvés dans l'uriue ne permettent pas d'attribuer à ces derniers la signification de globules du pus. Ils proviennent donc du sang pour une faible part, et surtout de cellules migratices infiltrées en grand nombre dans les portions de la paroi vésicale qui sont envahies par les œuls de la Bilharzie.

Sir Patrick Manson a observé à Londres un anglais de 38 ans, qui avait contracté aux Petites Antilles une bilharziose de forme intestinale; les œufs se trouvaient en abondance dans les selles (1). Chez ce malade, l'examen du sang a donné les résultats suivants :

Hémoglobine 84 •/.

Hématies par mmc 4.650.000

Leucocytes 8.200

La formule leucocytaire ne différait pas essentiellement de celle que nous avons nous-môme reconnue. Il n'est pas sans intérêt de comparer les chiffres obtenus et de les rapprocher, d'autre part, de la formule leucocytaire que Leredde et Loeper considèrent comme normale, chez l'Homme en bonne santé :

Sar 1000 leucocytes :

Polynacléaires neutropbiles — éosinophiles.

Mononucléaires

Labrocytes

Intermédiaires

Lymphocytes

FORMULE LEUCOCYTAIRE

normale, d'après

Leredde et Loeper

Dans le cas de bilharziose

d'après P. Manson

::to

d'après R. Blanchard

{f< numération

2* nomératlon

Eu résumé, diminution du nombre des hématies et des leucocytes mononucléaires, augmentation de celui des éosinophiles : telles sont les

(1) P. Manson, Report of a case of BHharzia from the West Indies. British med, journal, II, p. 1894, 1902. Journal of trop, med,^ V, p. 384, 1902.

NOTES ET INFORMATIONS 151

constatations qui ressortent nettement des observations de Manson et des miennes; elles ne sauraient être envisagées comme symptoma tiques de la bilharziose ; elles sont tout au plus Tindice d'une affection parasitaire, dont, d*après ces seuls signes, la nature ne peut aucunement être précisée.

Quant à la proportion relative des globules rouges et des globules blancs dans le sang, nous ne sommes pas d'accord, Manson et mol. Manson trouve les leucocytes notablement diminués de nombre, puisque les chiffres qu'il donne correspondent à une proportion de 1,76 leucocytes pour 1000 hématies. Il m'a paru, au contraire, qu'ils avaient augmenté de nombre, toutefois sans les avoir soumis à une numération spéciale. L'excessive abondance des globules blancs dans l'urine résulte d'une infiltration leucocytaire intense des parties traversées par les œufs du parasite. — R. Blanchard.

Accès dysentérif ormes daa au Tmniasaginata. — Homme de 40 ans, vigoureux. En 1892. attaque de dysenterie peu grave, à la suite d'un séjour dans un camp. En 1900, diarrhée chronique sans graisse ni selles sanglantes, à la suite d'un séjour aux oasis sahariennes. Pas de rechute depuis 1900.

En novembre 1903, il est pris subitement, sans cause apparente, de troubles gastriques généraux, de douleurs intestinales violentes avec évacuations alvines d'abord, puis muco-sanguinolentes et graisseuses (ténesme, tranchées, état nauséeux). Le traitement habituel ne produit aucun résultat, et la purgation fait évacuer de nombreux anneaux de Ténia. Cet état se prolonge avec des alternatives de demi-guérison et de rechutes, pendant deux mois environ. Le mieux se faisant sentir toutes les fois qu'une certaine quantité d'anneaux de Ténia est expulsée à la suite d'un purgatif, on administre un ténifugequi détermine l'évacuation d'une très grande quantité d'anneaux, sans la tête.

Au bout de trois mois, expulsion involontaire de quelques anneaux; deux jours après, nouvelle attaque de diarrhée dysentériforme, en tout semblable à la première. On administre de nouveau un ténifuge, qui provoque l'expulsion de deux Ténias inermes, tête comprise. A partir de ce jour, disparition absolue et immédiate de tout accident dysentériforme, sans modiffcation aucune du régime. — D' Dodieau, médecin-major à Ghardafa (Algérie).

Tous les ouvrages reçus sont annoncés.

Génôralitéfl

V. Ariola, SImbiosi e parassitismo nel regno animale. Rivi$ta Ligure, Genova, in-8« de 29 p.. IVlOi.

J. Brault, Note sur la fièvre hémoglobinurique en Algérie. Janus^ VIII, in-8* de 6p.,i5nov. 1903.

E. Brumpt, Mission du Bourg de Bozas, De la Mer Rouge à V Atlantique, û travers l'Afrique tropicale, Paris, ln-8* de 32 p., i carte. 1903.

Wl. Clerc, Contribution à l'étude de la faune belrninthologique do l'Oural. Revue suisse de Zoologie, II, p. 241-368, pi. 811, 1903.

L. Corn, Helmintbologlsche Mlttheilungen. Archivfiir Naturgeschichte, I, p.47- 66. taf. 3, 1903.

G. Lhéritier, Étude sur le goîlre dans le département du Puy-de-Dôme. Thèse de Paris, in-8« de 104 p., 1904.

NoGRT, Organisation de l'enseigoement de la médecine coloniale. Congrei d'hyg. et de démog., 7"« sect,, €•• quest,, ln-8» de 8 p., 1903.

R. Rangbl, Eiiologia de eiertas anémias graves de Venezuela. Caraca«, Laborat. del Hospitol Vargas, in-12* de 16 p., 1903.

Sludi e ricerche del Prof. Luclano Armannl. Giomale dell* Associazione Napoletana di Medici e Naturalisti, gr. in-8* de 237 p., 1903.

Ch. VV. Stilbs, Index -Catalogue of médical and veterinary Zoology, part 6, [authors: F to Fynney]. Bureau of Animal Induslry^ Bulletin n« S9, p. 437-510, Washington, 1904.

C. TiRABosGHi, Les Rats, les Souris et leurs parasites cutanés dans leurs rapports avec la propagation de la peste bubonique. Archives de Parasitologie, VIII, p. 161-349, 1904.

H. A. XoJio^iKORCKiif, 0 poTOBuxi» opraiiaxi» ii'i^KOTopHX'b iiacfe- KOMUXi>, napasHTHpyioiUHX'b na MejiOB'i^K'fi. //36H>cmb uMnep, h,meduxi,, AKaôeMiu eà UemepÔypz'th, p. 299-309, 1 pi., 190-3 (?),

H. A. Xo.iOAKOBCKiii, Kl» no3iiaiio jieiiTOMiiux'b r;iHCTi> xceaMH- UXT. HCMBOTHiJxi>. Iljpydhi umn. C.-riemepôypzcKaio Oôimecmea EcmecmeoùcnhimameAeû, XXXIII, in-8» de 5 p.

ZIE.MANN, Zur Bevôikerungs- und Vlehfrage in Kamcrun. Deutsches Colonialblatt, in-4* de 4 p., nM4, 1 Juli 1904.

Protozoaires

A. Broden, Les infections à Trypanosomes au Congo chez l'Homme et les Animaux. Bulletin delà Soc. d'Etudes coloniales, Bruxelles, in-8* de 28 p., février 1904.

L. Corn, Protozocn als Parasiten in Rotatorien. Zoologischer Anzeiger, XXV, p. 497-502, 190i.

E. DscHU.NKowsKY uud J. LuHs, Die Piroplasmoscn dcr Rindcr. Centralblatt fur BakterioL, Orig., XXXV, in-8* de 8 p , n» 4, 3 taf., 1904.

B. Galu-Valerio, Die Piroplasmose des Hundes. Cei.tralbl, fiir Bakt,, Orig,, XXXV, p. 367371, 1904. '

J. GuuRT, La maladie du sommeil. Bull, des se. pharnuieol.^ VII, p. 386- 392, 4903.

Ed. Hesse, Etudes sur les MIcrosporidics. Annales de VUniv, de Grenoble, XVI, n« 1, iii-8* de 4 p., 190i.

Cb. A. KoroiD, Go the structure o( Protophrya ovicola^ a ciUate lofusorian from the brood-sac of Littorina rudis Don. Mark anniversary volume, art. 5, p. 111-120. pi. 8, 1903.

M.-G. Lebredo, Hucspedes de Infeccion protozoariea. Hospital o Las Animas ». Reoista de medicina y cirurgia de la Babana, VIII, n* 2i, In-S"" de 12 p., 1903.

L. Léger, La reproduction sexuée chez les Slylorhynchus, Archiv fiir ProtiS' tenkunde, III, p. 303-357, taf. 13-14, 1904.

L. Léger, Sporozoaires parasites de l'Em^ta So/tert Rambur..lrc/itt7 fiir Prolistenkunde, III, p. X)8«366, 190i.

L. Léger, Sporozoalre parasite des Moules et autres Lamellibranches comestibles. Annales de l'Université de Grenoble, XVI, in-S* de 4 p., 190i.

F. Marchand und J. C. G. Ledinoham. Uber Infection mit « Leishman' schen KOrporchcn v (Kala-Azar ?| und ihr Verhâltnis zur Trypanosomen-Krankheit. Zeilschrift fiir Hyg.- und Infeciionskrankheilen, XXVII. in 8* do 40 p., pi. I-II, 1904.

F. Marchand and J. G. G. Ledinoham. Zur Frage der Trypanosoma-Infektlon bcim Menschen. Ceniralblaii fiir Bakt., Orig,. XXXV, p. 59i-596, 1904.

P. Manso.n and 6.-C. Low. The Leishman- Donovan body and tropical splenomcgaly. British médical Journal^ ïnS' de 9 p., 1904.

P. MiTROPHANow, Nouvellen recherches sur l'appareil nucléaire des Paramécies. Archives de zool. expérim., p. 411-435, 1903.

W.-E. Musorave and M -T. Cleog, Trypanosoma and Trypanosomiasis, with spécial référence to surra in the Philippine Islands. Bulletin of the Biological Laboratory, Dept, of the interior, n* 5. Manlla, in-8* de 248 p., 1^*03.

R. Ross, Note on the bodics rccently describod by Leishman «nd Donovan. British médical Journal, in-8" de 5 p., nov. 14, 21, 2S, 1903.

H AoujAS, La maladie du sommeil. Thèse de Paris, in-8* de 79 p., 190i.

F. Schaudinn, Générations- und Wlrlswechsel l>ei Trypanosoma und Spirochxte. Arbeiten aus dem kais. Gesunheitsamte, XX, p. 3S7 439, 1904.

J. SiEOEL, Beitrâgô zur Kcnntnis des Vaccinecrrcgers. Silsungsberichte der k. preussischen Akad. der Wiss., p. 965-974, lOOi.

J.-H. Wright, Protozoa in a case of tropical uiccr (« Delhi sore »). Journal of med. research, X, p. 47i-482, 1903. — [Beçu le 23 Janvier 1904].

Hémosporidies et Moustiques

A. Billet, La lutte contre la malaria en France et dans les possessions françaises en 1903. Atli délia Società per gli ^tudi délia malaria, V, p. 291-299, 1904.

A. Billet, A propos de rHémogrégarino du Crapaud de l'Afrique du Nord. C. R. de la Soc. de biol., LVI, p. 482-48i, 190i.

A. Billet, Sur une Hémogrégarlne karyolysante de la Couleuvre vipérine. C. il. de la Soc. de biol., LVI, p. 484-485, lOOi.

A. BILLF.T, A propos de 1* Hémogrégarlne de l'Emydo lépreuse {Emys leprosa Sehw.) do l'Afrique du nord. C. R. de la Soc. de biol., LVI, p. 601-603. 1904.

A. Billet, Sur THémogrégarlne du Lézard ocellé d'Algérie. C. R. de la Soc. de bioL, LVI. p. 741-743, 19U4.

A. Billet et G. Carpanetti, Sur les Culicidcs de la ville de Béne (Algérie) et de ses environs (Aln-Molcra, eio ; leur relation avec le paludisme do cette région. C. R, de la Soci de biol., LV, p. 123M23i, 1033.

15i OUVRAGES REÇUS

R. BoTGC, The anti-malaria mcasures at Isroailia, i902-4. liverpool School of tropical medicine, memoir XII, in-4* de 9 p., 1904.

Casalta, Contribution à Vétudedu paludisme en Corse envisagé particulièrement au point de vue de sa prophylaxie et de son traitement. Thèse de Paris, in-8«de62p., 190i.

G. Dock, Mosquitoes and malaFia. The présent knowledge of tbeir relations, wlth somc observations in Ann Arbor and viclnity. Journal of the Michigan State médical Society, in-iS do 27 p., february, 1903.

H.-E. DuRHAM, Report of the yellow fever expédition to Para. Memoir Vil of the Liverpool School of tropical medicine, in-4'' de 80 p., i902.

F. Fajardo, 0 impaludismo. Ensaio de um estudo clinico. Rio de Janeiro, in-8* de422p.,190i.

B. Galli-Valrrio e J. Rochaz oe Jonoh, Studi ericerche suiCulicidi dei gcneri Culex e Anophèles, 2* mem. Àtti délia Società per gli studi délia malaria, IV, inS* de 47 p., 1903.

B. Galli-Valerio et J. Roghaz-de-Jongh, Sur la présence de Mochlonyx velutinu^s Ruthe dans le canton de Vaud. Bulletin de la Soc, vaud. des se. nat., (4), XXXIX, p. 453-460, 1903.

B. Galli-Valerio, La febbre gialla e la sua profllassi seconde le nuove ricerche. Rivista d'ig, e san. publ., XV, in-8» do 15 p., 1904.

W.-C. GoROAs, Work of the sanitary department of Havaqa. New-York posi graduate clinical Society, in-8* de 12 p., may 22, 1903.

r.a lutte contre le paludisme d'après les nouvelles découvertes. Ligue contre le paludisme en Algérie. Alger-Mustapha, in-8« de 32 p., 1901.

L. Manzi, Gli Dei distruttori degll Anofeli e l'uso antico délie fumigazioni c dolle reli contre dl essi. Archives de Parasitologie^ Vill, p. 88-109, 1904.

L. MoREAU et H. SouLiÉ^ La lutte contre le paludisme, d'après les nouvelles découvertes. Ligue cantre le paludisme, Àlgcr-Muetapba, in-8* de 26 p., 1903.

L. MoREAU et H. SouLiÉ, Comment on se défend contre le paludisme. Ligue contre le paludisme, Agha Alger, in-8* de 8 p., 1904.

J. H. Pazos yCarallero, Del exterior e interior dei Mosqullo. Apuntes sobre la anatomia y morfologia. Revista de medicina tropical, in-S*» de 12 p., nov. 1903.

J. RÉONALLT, Toxines pyrétogènes dans le paludisme. Revue de médecine, XXIII, p. 729-737, 1903.

R. Ross, Researches on malaria being the Nobel médical prize lecture for 490i. Stockholm, in-8» de 89 p., 9 pi., 1904.

J.-W.-VV. Stephens and S.-R. Cbristophers, Summary of researches ou native malaria and>malarial prophylaxis; on blackwater fever : its nature and prophy- Iaxis. Thompson Yates and Johnston Laboratories Reports, V^ p. ^1-233, 1903.

F.-V. Tbeobald, Notes on Culicidae and t^eir larvae from Pecos, New Mexico, and description of a New Grabhamia, The Canadian Entomologist, XXXV, p. 311-316, 1903.

F.-V. Theobald, Description of a new North American Culex. The Canadian Enlomologist, XXXV, p. 211-213, 1903.

L. Védt, La Ûèvrc bilieuse bémogiobinurlque dans le bassin du Congo. Annales de la Soc. royale des se. méd. et nat. de Bruxelles, XIII, in-8Me 116 p., 1904.

Flagellés

J. Brault, Hypnosic. Maladie ii Trypanosomes. Annales de la Soc, de méd. de Gand, p. 33, 1904.

E. Brumpt, La maladie désignée sous le nom d'Aino par les Somalis de TOgadon est une typanosomose probablement identique au Nagana de l'Afrique orientale. C. R. de la Soc. de biologie, LVI, p. 673-675, 1901.

E. Brumft et WuRTz, Maladie du sommeil expérimentale chez les Souris, Rats, Cobayes, lopins, Marmottes, Hérissons, Singes d'Asie et d'Afrique, Singes d'Amérique, Makis de Madagascar, Chien et Porc. C. R. de la Soc, de bioL, LVI, p. 567574, 190i.

E. Brumpt et WuRTz, Essais de traitement delà maladie du sommeil expérimcnUle. C. R. de la Soc. de bioL, LVI, p. 756-758, 1904.

GCntrer und Weber, Ein Fall von Trypanosomenkrankheit bcim Monschen. Uunchener med, Wochenschrift, n« S4, in-8* de ii p. 1904.

L. Léger, Sur la morphologie du Trypanoplasma des Vairons. C. R. de VAcad, des se, ln-4* do 3 p., 28 mars 1904.

S. Prowazek, Die Entwlcklung von Herpetomonas einem mit den Trypanosomen verwandten Flagellaten. Arbeiten aus dem hais. Gesundheitsamte, XX, p. 4U)-452, 1904.

Infasoires

S. Di Mauro, Sopra un nuovo Infusorio ciliato parassila dcllo SlrongylocetUroUis lividtts e dcllo Sphserecfiinus granularis (Anophrys echini n. sp.). Bollet. deW Accad. Gioenia di se. nat. in Catania, in-S* de de 7 p., maggio 1904, fasc. 81.

Helminthologie en général

J.-Cr. Hubbr, Bibliographie der klinischen Helminthologie, Icna, 2. Auflage, 1. Hefl, p. l-3i, 1903.

0. VON LiNSTOw, Entozoa des zoologlscbcn Muséums der kaiscrlichen Akademie der Wissenscbaften zu St. Petersburg. Annuaire du Musée Zoologique de l'Acad, imp. des se. de St. PétersboUrg, VllI, in*8» do 30 p., pi. 17-18, 1903.

(X. VON LiNSTow, Neuc Helmlntben. Centralblatt fiir Bakt., Orig., XXXV, p. 352 357, 1903.

G. Schneider, Ichtbyologiscbe BeitrSge. IIl. Ueber die in den Flscben des Finniscben Meerbusen^ vorkommcnden Endoparasiten. Acta Socielatis pro fauna et flora fennica, in-8« de 87 p., Helsingfors, 1902.

H. B. Ward, Data for Ihc détermination of human Entozoa. Studies from the Zool. labor, ofthe Univ. of Nebraska. n« 55, p. 49-84, pi. 10-11, 1903.

Gastodes

0. FuHRMANN, Evolution des Ténias et en particulier des Ichtyoténias. Archives des se. phys. et natur,, (4), XVI, in-8* de 3 p.. sept. 1903.

0. FuHRMANN, Die Tetrabothrien der Sâugcthiero. Centralblatt fur Bakt.y Orig,* XXXV, p. 7U-752, 1904.

0. PuHRMANN, Ein getrenntgeschlecbtlger Costode. Zoologische Jahrbiicher, Systematik, XX, p. 131-150, taf. 10, 1904.

0. FuHRMANN, Ein merkwûrdigcr getrcnntgcschlccbtiger Ccstodo. Zoologischer Anzeiger, XXII, p. 327-331, 1904.

0. FoHRMANN, Neue Anoplocephaliden der Vôgol. Zoologischer Anzeiger, XXVII, p. 384 388, 190i.

C. VON jANicKf, Weitero Angaben ûber Triplotmnia mirabilis J.-E.-V. Boas. Zoologischer Anzeiger, XXVII, p. 243-245, 1904.

0. KôRL, Txnia eucumerina bel einem sechs Wochen alten Kinde. Miinchener med. Woch., in-folio, n* 4, 1901.

156 OUVBAGES REÇUS

N. Kholodkovsky, Gontributioos à la connaissance des Ténias des Ruminants. Archives de Parasitologie, VI, p. tioUS, pi. 1, 1902.

F. Marchand, Ueber Gehirnzystioerken. Volkmann's Sammiung klin, Vortrage^ (2), n*37i, p. 185-208, 1901.

P. MiNOAzziNi, Ricerche sul varie modo dl flssazione délie Tente alla parete intestinale e sul loro assorbimento. Ricerche Lab. anat. Roma^ X, p. 5-24, tav. I-II, 19Di.

Te. Odhnrr, Urogonoporus armatus Lûhe, 1902, die rçifen Proglottiden yon Triloculariagracilis Oiêson 1869. Archives de Parasitologie, VIU, p. 465-471, 1904.

Th. Pinter, Studien ûber Tetrarbyncben nebst Beol>achtungen an anderen Bandwûrmern. — III. Zwei eigenlhûmlicbe Drûsensysteme bel Rhynchobothrius adenoplusius n. und bistologiscbc Notlzen ûber Anthocephalus^ Amphilina und Tania saginata, Sitzungsberichte der kais. Akad. der Wiss. in Wien^ matk.tmt, Klasse, GXII, p. 541-597, pi. MV, 1903.

J. VioKNER, Ueber dreikantige Bandwûrmer aus der Famille der Tseniiden, Jahrbucher der Nassauischen Vereins fiir Naturkunde, LVI, p. 115-177, Wiesbaden, 1903.

K. WolfprCoel, Ein intéressantes Exemplar des TaubenlMindwarmes Bertia Delafondi {Railliet}. Berliner tierarztliche Wochenschrift, n* 3, in-8* de 8 p., 1904.

F. ZscHOKKs. Die Cestoden der sAdamerikanischen Beiitoltiere. Zoologiseher Anzeiger, XXVIi, p. 290-293, 1904.

F. ZscflOKKE, Die Darmcestoden der amerlkantschen Beuteltiere. Cenlralbiatt fiir Dakteriologie, Originale, XXXVI, p. 51-62, 1 taf., 1904.

Trématodes

L. RocjTAN, Les perles fines, leur origine réelle. Archives de zool. expérim. et gënér,, (4|, II, p. 47 90, pi. 3, 1904.

L. GoHN. Zwei neuo Distomen. Cetitralblatt fiir Bakteriologie, Originale^ XXXII, p. 877-882, 1902.

L. CoHN, Mittheilangen ûber Trematoden. Zoo^o(/t8c/i6r inzet^er, XXV, p. 712- 718, 1902.

L. CoHN, Zur Kenntnis einiger Trematoden. Cenlralbiatt fur Bakteriologie, Originale, XXXIV, p. ^42, 1903.

L. CoHN. Zur Anaiomle der Amphilina foliacea (Rud.). Zeitschrift fiir wiss. Zoologie, LXXVI, p. 367*387, pi. 23, 1904.

F. FisGHOEDEK, Weltcro Mitteilungen ûber Parampbistomiden der SAugctiere. Cenlralbiatt fur Bakteriol., Orig., XXXV, p. 598 601. 1904.

M. Stos^ich, Una nuova specie del gonere Plagiorchis Lûhe. Annuario del Museo Zoologico délia R. Univ. di Napoli, (2), I, n* 16, in-8* de 2 p., 1 pi., 11 febbraio 1904.

M Stossigh, Note distomologicbe. Bolleltino délie Soc. Adriatica di se, nat. XXI, p. 193-201, 1901.

H.-B. Ward, Trematoda. Wood's Référence Bandbook of the médical sciences. Vil, p. 860-873, 1903.

Nématodes

E. n. /loJiOBHHi>, 0 ♦arouHTapiiux'b uJi-feTRaxi» Heterakis perspicillum Rud. ^àeuhi SanucKU UMnepamopcHaAO KaaancKaAO ^nueepcumema^ n» 12, in 8» de 14 p., 1903.

E. Brumpt, Là Filaria loa, Guyot, est la forme adulte do la MicroQlaire désignée sous le nom de Filaria dinma Manson. C. H, de la Soc, de biol,, LVI, p. 630-632, 1904,

OUVnAGES REÇUS 157

E. Briimpt, Les Alarioses humaines en Afrique. C. R, de la Soc. de bioL, LVI, p. 758-760, 1904.

G. Ganet, De réléphantiasis de la verge et du scrotum. Thèse de Paris, in-8* do 71 p., 1904.

E. Havbu, h'ankylostomasie dans les mines de houille de Belgique. Bruxelles, ln-8" de 16 p., 3 mal 1901.

. 0. TON LiNSTOw, Nematoda in the collecUon of the Colombo Muséum. Spolia Zeylanica, Ceyloir, I, part 4» in-8* de 14 p., 2 pi., 1904.

A. MANouvRiEZy De Vanémie des mineurs dite d*Ànzin. Etudes d'hygiène industrielle sur la houille et ses dérivés. Yalcnciennes, in-8* de 247 p., 1878.

A. Manodtriez, De l'anémie ankylostomiasique des mii^urs. Paris- Valenciennes, in-8" de 27 p., 1904.

H. Metgalf, Cultural Studies of a Nematode associated with plant decay. Studiesfrom the Zool, Labor. of the Univ. of Nebraska^ n* 54, p. 35-48, pi. 7, 1903.

G. PiBRi, Nuovc ricercho sul modo in cui avviene l'infeziono da Anchylostoma, Rendiconti délia R, Accademia dei Lincei, (2), XII, p 393-897, 1903.

A. Tksti, Contribuzione allo studio dell' anguillulosi intestinale. Rivista critica di clinica medica, V, n** 6-8; in-8* de 28 p., 1904.

Ch. t. Stambolski, Du Ver de Médino {Filaria medinensis). Sophia, in-8* de 29 p., 1896.

M Stossigh, Sopra alcuni Nematodi. Annunrio del Museo zoologico délia R. Univ. di Napoli, (2), I, p. 1-5, tav. 1, n* 15,2fcbb. 1904.

Arachnides

L. G. Neumann, Notes sur les Ixodidés. II. Archives de Parasilologie, VIII, p. 444-464, 1901.

M. J. Rivera, Nuevas observaciones acerca de la biolojia del Latrodectus iormidabilis. Santiago, iD-8* de 22 p., 1903.

Insectes

E. Brdmpt, Sur une nouvelle espèce de Mouche Tsé-tsé, la Glossina Decorsei, n. sp., provenant de l'Afrique centrale. C. R. delà Soc. de biologie^LVlj p. 628- 6:10, 1904.

E. Brumpt, Du rôle des Mouches Tsé-Tsé en pathologie exotique. Comptesrendus des séances de la Société de Biologie, L\, p. 1496-1498, 1903.

N. Gholodkovskt, Zur Morphologie der Pediculiden. Zoologischer Anzeiger^ XXVII. p. 120-125, 1903.

L. DTé, De la récolte des Moustiques. Bulletin du Comité de l'A frique française, XIII, suppl., p. 304-307, 1903.

L. Dtê, Sur la répartition des Anophelinae à Madagascar. C. R. de la Soc. de bioL, LVI, p. 544-545, 1904.

E. A. GoELDi, Os Mosquitos na Para. Retumo provisorio dos resultados da campanha de experiencias executadas em 1903, especialmente em relaçâo as espedes Stegomyia fasciata e Culex fatigans sob o ponto de vista sanitario. Bolelim do Museu Goeldi, IV, fasc. S, in-8* do 69 p., 1904.

J. Les Adams, Tropical cutaneous myiasis in Man« Journal of the american med. Association, in-8' de 7 p., Chicago, april 9, 1904.

0. VON LiNSTOW, Durch Anophèles verbreitete endemischeKrankheiten. A7mûcAtherap. Wochenschrift, n* 50, in-8* de 14 p., 1903.

A.-E. Shiplet, The ordera of Insects. Zoologischer Anzeiger, XXVII, p. ^9-262,

158 OtJVnAGES RECUâ

10. Bciriiep-b, 3aMt.TKa o BHziaxi. ôroxi, 6ni3Rvi\i> K'b Pulex pallidus Tasch. {Àphaniptera). Revue russe d'entomologie, p. 308-310, 19v)3.

10. Bariic|f'b, BaMtTKa o po/iii Yermipsy lia Schimk.uocer, Yermipsylla Wagn. {Aphaniptera). Revtie russe d*eHtomoiogie, p. 294-296, 1903.

H. B. Ward, On the devclopment of Dermatobia hominis. Mark Anniversary Volume, article XXV, p. 4^-512, pi. 33-36, 1903.

H. B. Ward, Some points In thc dcvelopment oîDermalolna hominis, Studies from the Zoot, Labor. of the Univ. of Nebraska, n» 58, p. MO, 1903.

Bactâriologie

S. Arloing, La tuberculose humaine et celle des aaimaox domestiques sontelles dues à la méme'espèce microbienne : le Bacille de Koch ? Congrès d'hyg, et de démographie, V* sect., 5' quest,, in-8* de 23 p.j 1903.

P. F. Armand-Delille, Rôle des poisons du Bacille de Koch dans la méningite tuberculeuse et la tuberculose des centres nerveux f Etude expérimentale et anatomO'pathologiqueJ. Paris, in-8* de 187 p., 3 pi., 1903.

L. Badonneix, Nouvelles recherches sur les paralysies diphtériques. Thèse de Paris, in-8* de 215 p., 1904.

Belfanti, Mode d'action et origine des substances actives des sérums préventifs et des sérums antitoxiques. 45* Congrès internat, d'hygiène et de dém4)graphie, /'• section, in^» de 10 p., 1903.

F. Bezançon et A. Philibert, Formes extra-intestinales de l'Infection ébertbienne. Journal de physiol. et de pathol. gén., p. 74 89, 99-1 li, 1904.

A. Beroeron, Etude critique sur la présence du Bacille de Koch dans le sang. Thèse de Paris, in-8» de 97 p., 1904.

HJ. Bergholm, Ueber Miliroorganismen des Vaginal-secrètes Schwangerer. Archiv fiir Gynàkologie^ LXVI, in 8* de 93 p., taf. 7 a-7 b, Berlin, 1902.

D. DE Blasi, Studio comparative di alcuni stipitidi B. dysentericum. Annali d'igiene sperimentale, in-8* de 27 p., n* 1, 1904.

J. Brault, La fièvre ondulante A Alger. Archives générales de médecine, p. 2881-2891, 1903.

J. Brault, Quelques réflexions sur certains traitements actuellement usités dans la lèpre. Annales de dermatologie et de syphil., p. 811-816, 1903.

E. Brumpt, La peste du Cheval en Abyssinic. C. R, de la Soc, de biol., LVI, p. 675-677, 1904.

Compte-rendu du 13* Congrès internat, d'hygiène et de démographie. Compterendu du Congres, II : Bactériologie. Bruxelles, in-8* de 124 p., 1903.

A. GfiARRiN et G. Delamare, Les défenses de l'organisme chez les nouveau-nés. C. R, Acad. des se, în-4» do 4 p., 30 mars 1903.

G. Chénier, La question d'identité de nature de la morve et du farcin chez le Cheval et chez l'Homme. Paris, in-8* de 15 p., 1886. 2 brochures.

J. Courmont et L. Lacomme, La caféinp en bactériologie. Essai de différenciation du B. d'Eberth et du B. coli. Isolement des Streptocoques intestinaux. Journal de physiol. et de path, gén., p. 286-294, 1904.

Ehrlich, Quelles sont les meilleures méthodes pour mesurer raclivilé des sérums? /5' Congrès internat, d'hyg. et de dém., /" section, ln-8* de 8 [)., 1903.

Ed.-E. Esgomel, Les amygdales palatines et la luette chez les tuberculeux. Revue de médecine, p. 459-471, 1903.

F.-R. Franco, Contribution à l'étuée du typhus exanthémalique. Notes sur quelques cas observés à Tunis. Thèse de Paris, in-8« de 83 p., 1903.

OUVRAGES HËÇU8 159

ËD. Frank, La prophylaxie sanitaire de la peste et les modiûcallbns à apporter aux règlements quarantcnairc». 43* Congres tnleniat. (Vhyg. et de démog., €*^ section, lii-S* de 25 p., 1903.

M. Ghuber, Mode d'action et origine des substances actives des sérums préventifs et des sérums antitoxiques. /3' Congres internat, d'hyg. et de dem., /" section, ln-8* de 25 p., 1903.

L. Lacomme, Les microbes de Winogradslcy. Recherche des microbes de Winogradsliy dans un cas d'ostéomalacie sénile. Bull, de la Soc. méd. des hôp. de Lyon, in 8* de 18 p.. 31 juillet 1903.

L. Lacohme, Les milieux caféines en bactériologie. Différenciation du Bacille d'Eberth et du Colibacille. Bull, de la Soc. méd, des hôp. de Lyon, in-8* de 56 p., 8 décembre 1903.

E. Lb Berrb, Contribution à l'étude de la botryomycose. Tbèse de Paris, in-8* de 116 p., 1904.

H. Legrand, Contribution k l'étude du problème de la défense de l'Egypte contre le choiera et réflexions sur la prophylaxie saniiaiie de la peste. 43* Congrès d'hygiène et de démographie, Bruxelles, in^** de 16 p.. 1903.

L. Legroux, La botryomycose. Anatomie pathologique. Clinique, Pathogénie. Thèse de Pcirls, in-8« de 91 p., 1 pi., 1904.

A. LippMANN. Lemicrobisme biliaire normal et pathologique. Thtse de Paris^ in-8* de 17i p., 1904.

LcKFFLEH, De la valeur du sérum antidiphtérique au point de vue de la prophylaxie. 43* Congres internat, d'hyg. et de dém., V* section, in-8» de 35 p., 1903.

M. LoRTET, La peste. À propos du dernier foyer déclaré à Marseille, ln-8» de 4 p., 1903.

H. Martel, Note relative à l'existence de la péripneumonie chronique dans le centre de la France. Bull, de la Soc. centrale de méd. vétérinaire, in-8" de 11p., 27 mars 1902.

H. Martel, La sérothérapie do la claveléo. Revue gén. de méd. vétérinaire, p. 609-617, 1903.

H. Martel, Recherches expérimentales sur la variabilité du Bacillus anthracis. Paris, in-8«de 85 p., 1903.

L.-A. NoBl, La lèpre. Douze années de pratique à l'hospice des lépreux de La Désirade {Guadeloupe). Thèse de Paris, in-8« de 58 p., 1903.

M. d'OEls.nitx, La leucocytose dans la tuberculose et spécialement dans plusieurs formes de tuberculose infantile. Thèse de Paris, in-8* de 111 p., 1903.

Cb. Pelloux, Etude sur la diazo-réaction d'Ehrlich dans ses rapports avec la tuberculose et en particulier avec la tuberculose pulmonaire. Thèse de Paris, in 8* de 122 p., 1904.

J. p£RQUis, Contribution à l'étude de la présence du Bacille d'Eberth dans le sang des typhiques (Recherche par le procédé de Casleitani modifié). Thèse de Paris, in-8* de 80 p., 190'*.

G. J. Plateau, Recherches historiques et topographiques sur la lèpre en Bretagne et sur ses rapports avec le syndrome de Uorcan. Thèse de Paris, in-8* de 83 p.. 1904.

Kl. Rochette, Contribution à l'étude de la leucocytose comme moyen de diagnostic dans les affections gynécologiques. Tiièscde Paris, in-8* do 66 p., 1904.

E. Salmon, Immunization from Hog choiera. Bureau of animal industry, circular 14* 43, in-8* de 3 p., feb. 12 th, 1904.

D. E. Salmon, Reports on bovine tubcrculosis and public liealth. Bureau of animal induttry. Bulletin n' 33, in 8* de 53 p., Washington, 1904.

SuAnBz DE MendozX, De la sérothérapie préventivo do la diphtérie. Archives de mëd. et de chir. spéciales, in-8« de 40 p.. 1902-1903.

F. Trastour, UEntérocoque, agent pathogène. Tbôsede Paris, in-8" de239p., 190i. H. Triau, Les Rats sont-ils toujours l'agent propagateur de la peste. Thèse de

Paris, in-8^ de 60 p., 1904.

G. Trouvé, Etude historique et statistique sur les preuves anatomo-palhologiques de la guérison de la tuberculose pleuro-pulmonaire. Paris, in-8* de 164 p., 1903.

P. VuiLLEMiN, Recherches des orgaDismes étrangers dans l'urine. Revue médicale de l'Est, in-S» de 11 p., 1903.

P. G. WooLLET, Report on somc pulmonary lésions produced by the Bacillus of hemorrhagic septlcœmia of Carabaos. Biological Lahoratory, Manila, ln-8" de 11 p., 1104.

Zambaco Pacha, La contagion do la lèpre en l'état de l'dScicnco. Revue mâdicO' pharmaceutique, in-8« de 94 p., 1904.

Mycologie

Angbl et Tbirt, Une observation d'actinomycose humaine avec étude baclériologique. Revue médicale de VEst, in -8* de 14 p., 1896.

E. BoDiN et P. 'Savouré, Recherches expérimentales sur les mycoses -internes. Archives de Parasitologie, VHI, p. 110-136, 1904.

H. Charpy, Contribution à l*étu4e de la laiigue noire. Thèse de Paris, in-8» de 88 p., 1896.

S. Fabozzi, Azione del Blastomiceli suir epitelfo trapiantato nelle lamine corneali. Gontribuzione sperimentale all'etiologia e patogenesi del tumori. Archives de Parasitologie, VIII, p. 481-539, tav. 3, 1904.

V.-P.-H. Jensen, Ueber die Entwickelung der durch subcutano Einimptung von Saccharomyces neoformans (Sanfelicej hervorgerufenen Knôtchcn. Zeitschrift fur Hygiène, XLV, p. 298 308, pi. IV, 1903.

V.-P.-H. Jensen, Undersegelser over patogen gasr. Kf^benhavn, in-8* de 126 p., 3 pl.^ 1903.

P. Lesagb, Contribution à l'étude des mycoses dans les voies respiratoires. Rôle du régime hygrométrique dans la genèse do ces mycoses. Archives de Parasitologie, VIII, p. 353-443, 1904.

M. Letulle, Actinomycose de l'appendice vermiforme du caecum. Revue de gynécologie, p. 627-660, 2 fig. et 2 pi., 1903.

P. VuiLLEMiN, Recherches morphologiques et morphogéniques sur la membrane des zygosporcs. Bulletin de la Soc. des se. de Nancy, in-8« de 32 p., 4 pi., 1904.

Le Gérant, F. R. DE RuDEVAL.

Ldl,. Tsi» & mil L« Uigoi irerc»

PAR

Le Dr L.-A. VINCENT

Médecin Inspecteur des troupes coloniales Correspondant de l'Académie de médecine (1).

Les graves épidémies de lièvre jaune qui ont sévi au Sénégal en 1900, à la Guyane en 1902, à la Côte d'Ivoire en 1902 et en 1903 nous imposent impérieusement l'observation attentive de toutes les règles nouvelles de prophylaxie et de défense contre cette maladie, afin d'éviter le retour de désastreuses épidémies dans nos colonies d'Amérique et de la Côte Occidentale d'Afrique.

Les nouvelles données que nous possédons sur Fétiologie et la transmission de la fièvre jaune ont modifié de fond en comble et assis sur des bases sérieuses et véritablement scientifiques, les règles de cette prophylaxie qui peuvent être aujourd'hui méttiodi- (iuement tracées et qui offrent des garanties indéniables d'efficacité, si elles sont sérieusement appliquées.

Il résulte en effet des importants travaux de la Commission américaine envoyée à Cuba en 1900, après la guerre hispanoaméricaine et dont les conclusions concordent parfaitement avec les observations de la Mission française envoyée à Rio, et celle de la Commission anglaise de Santos, que les points suivants sont définitivement acquis:

1" Le sérum d'un malade atteint de fièvre jaune n'est virulent que pendant les trois premiers jours de la maladie et au quatrième jour de la maladie, le sang de lamarilique ne contient plus de virus, même quand la fièvre est élevée.

2« La transmission de la maladie à l'homme se fait par l'intermédiaire exclusif d'un Moustique, le Stegomyia calopus. .

Cette opinion avait été soutenue par Carlos J. Finlay dès 1881, et, dans un mémoire présenté au Congrès de Washington et qu'il nous communiquait à la Havane, lors de l'un de nos séjours en 1888, il disait nettement : (f el Culex mosquito es el agente necessario que

(1) Lo D' L. A. Vincent est décédé le 27 mai 1904.

Archiver de Parasita logie, IX, n" 2, 1904. Il

transmite la fiebre amarilla », Reed, Caroll et Agramonte ont surabondamment démontré la véracité de cette opinion de la transmissibilité de la lièvre jaune par le Moustique Stegomyia.

3» Pour pouvoir déterminer la maladie chez l'Homme, le Moustique doit s'être infecté au préalable en absorbant du sang d'un malade atteint de fièvre jaune, pendant les troU premiers jours de la maladie.

4» Le Moustique infecté n'est dangereux qu'après un intervalle d'au moins 12 jours écoulas depuis qu'il a ingéré du sang virulent. Ce cycle de 12 jours paraît nécessaire à l'évolution que doit parcourir l'agent pathogène amaril dans le corps du Moustique. Le Moustique est d'autant plus dangereux qu'il pique plus tard après le moment où il s'est infecté.

5° La piqûre de deux Moustiques infectés donne en général une fièvre jaune très grave.

6° Dans la région de Rio-de-Janeiro, pas plus qu'à Santos et à Cuba, aucun autre Culicide que le Stegomym calopus ne concourt à la transmission de la fièvre jaune.

7® La fièvre jaune ne peut se propager et affecter un caractère contagieux que dans les localités qui possèdent le Stegomyia,

8" En dehors de la piqûre du Stegomyia. infecté, le seul moyen connu de déterminer la maladie est l'injection, dans les tissus d'un individu sensible, de sang provenant d'un malade atteint de fièvre jaune et recueilli pendant les trois premiers jours de la maladie.

9« La période d'incubation de la fièvre jaune est en général de 4 à 5 jours, mais, dans certains cas, cette période peut se pro longer jusqu'à 13 jours.

10^» Le contai't avec un malade, sa literie, ses vêtements ou ses excrétions est incapable de donner la lièvre jaune.

On comprend combien ces données sont précieuses pour la prophylaxie de la maladie puisqu'on sait désormais que pour que la fièvre jaune se produise dans un pays et s'y propage, il faut qu'il y existe des Stegoinyia^ des malades en état de lièvre amarile n'ayant pas dépassé les trois premiers jours de la période dinva sion, et des sujets réceptifs.

La pro|)liylaxie se résumera donc, dans la destruction des Stegomyia et de leurs larves, dans l'isolement des malades et leur pro*

tection contre les piqûres de ces Culicides, afin d'empêcher que ces Moustiques une fois infectés ne puissent ultérieurement contaminer des individus sains.

I^s Stegomyia sont trôs répandus à la surface du globe, et bien que nous ne connaissions pas encore d'une manière complète leur répartition géogi^phique, nous savons déjà actuellement, d'après les enquêtes effectuées, qu'ils pullulent aux Antilles, au Mexique, au Brésil, à la Guyane. Ils existent aussi au Sénégal, au Soudan, à la Côte d'Ivoire (1). On en trouve aussi dans les régions tempérées, en Italie, en Espagne, en Portugal et dans d'autres pays de l'Europe (2). Laveran a, en outre, constaté la présence des Stegomyia dans des échantillons de Culicides qui m'avaient été envoyés de Thanh-hoa (Annam) (3); ce qui prouve l'existence des Stegomyia dans l'Asie Orientale : fait important à retenir, en raison des relations toujours croissantes et de plus en plus rapides entre les ports de l'Extrême-Orient et ceux du Nouveau Continent, et du prochain percement de l'isthme qui sépare les deux Amériques qui facilitera encore ces relations.

Pour tracer les règles d'une prophylaxie méthodique contre la lièvre jaune, nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que d'exposer ce qui a été entrepris à Cuba. Les résultats obtenus nous fixeront complètement sur l'efllcacité des mesures prophylac tiques à édicter.

Au lendemain de la guerre hispano américaine, la situation des grandes villes de l'Ile de Cuba, (Santiago de Cuba et la Havane) était telle que nous l'avions observée nous-niême, au cours de nos différents voyages, dans les grandes Antilles et de notre dernier séjour à la Havane en 1888.

I^ ville de Santiago de Cuba, dans la partie orientale de Tile, est située sur les bords d'une rade magnifique, accessible aux plus grands navires; une partie de la baie est entourée de terres basses, couvertes de Palétuviers.

Santiago, place importante de commerce, possède une population de 4O.000 habitants dont 10.000 blancs et a^.OOO noirs; elle est

(i) Léon Dyé, Le» Moustiqnea et la fièvre jaune, P«iris, 1903. {t} H. Blanchard, Les Moustiques^ Histoire naturelle et médicale (sous presse). |3) A. Lateran, Société de Biologie, 29 novembre 1902; Académie des sciencest 6 avrU 1903.

divisée en deux parties: la ville haute avec quelques jolis quartiers et de belles résidences : la ville basse ou « la marina », où se trouvent les entrepôts, les magasins et une foule de rues étroites et tortueuses, fort mal entretenues. L'hygiène urbaine y était des plus défectueuses, l'eau potable, en quantité insuffisante, était de mauvaise qualité, le paludisme, la dysenterie, l'hépatite y sévissaient avec intensité, et la fièvre jaune y faisait, chaque année, d'avril à octobre, de nombreuses victimes. Pendant le long et terrible siège subi par cette place, le nombre des décès a été considérable, aussi bien parmi les assiégés que parmi les assiégeants. Après la guerre, le général Léonard Wood, de l'armée des

Et^ts-lJnis fut nommé (iouverneur de la ville, arec pleins pouvoirs. Léonard Wood, ancien médecin militaire et l'un des plus brillants élèves de l'Université d'Harvard, profitant des enseignements et des découvertes de Reed, Caroll et Agramonte relativement à la fièvre jaune, entreprit l'assainissement de Santiago et ordonna une série do mesures et de travaux analogues à ceux qu'il fit effectuer ensuite à la Havane et dont nous parlerons à propos de cette ville. La situation est aujourd'hui excellente, et la fièvre jaune n'y sévit plus.

La Havane, grande ville de 260.000 habitants, aujourd'hui capitale de la République cubaine, présentait autrefois, sous la domination espagnole, les plus déplorables conditions, au point de vue de l'hygiène (1). Les services de voirie n'existaient pour ainsi dire pas; les rues étaient jonchées d'immondices et de détritus de toutes sortes, sauf dans quelques beaux quartiers; ces rues défoncées, boueuses ou poussiéreuses, suivant la saison, avaient un aspect des plus lamentables, indigned'une ville decette impoïtance. La distribution de l'eau était insufilsante et dans les quartiers habités par les ouvriers des manufactures, reneombrement était énorme et les conditions hygiéniques déplorables.

Le paludisme, la dysenterie y faisaient, chaque année de nombreuses victimes et la lièvre jaune y causait annuellement de MM) à 500 décès en moyenne.

Le tableau ci-dessous indique la mortalité amarile par an, pour la période comprise entre 181)0 et 1901.

(1) L. Vincent, Contribution à la géographie médicale des Antilleii. Paris, i889.

l(xi

Mois

to

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre ....

■ Octobre

Novembre ....

1 Décembre ....

, Total ....

En 1900, le brigadier (îéiiéral Léonard Wood fut appelé au poste de Gouverneur général de la Havane; son premier soin fut de s'occuper de l'assainissement général de la ville, et, sous sa haute direction et son active impulsion, le D^ (iorgas, médecin en chef de l'armée américaine, homme instruit, très modeste et doué d*un sens pratique très remarquable, étudia avec les médecins cubains, Finlay et (iuiteras, les moyens à mettre en œuvre pour arriver à obtenir cet assainissement. On procéda à la réfection des égoulset des canalisations, à la mise en état des rues, à la visite minutieuse de toutes les maisons habitées parla population ouvrière qui est considé rable, à l'examen de toutes leurs dépendances (cours, puits, etc.) ; on fit établir des cabinets d'aisance, avec chasses à l'égout dans relies qui n'en avaient pas, et elles étaient nombreuses. On édicla des règlements sévères de voirie concernant la propreté des rues, l'enlèvement des immondices, des gadoues et des détritus de toutes sortes et leur destruction par incinération; l'épuration des eaux d'égout, avant leur écoulement à la mer, etc., etc. On étudia aussi les moyens qui pouvaient être employés pour diminuer l'encombrement dans les logements occupés par les ouvriers, ainsi que les mesures à prescrire pour améliorer l'hygiène des usines, des manufactures et autres établissements industiiels.

On se préoccupa en même temps d'organiser une lutte acharnée et systématique contre les Moustiques. On créa, dans ce but, deux brigades d'agents sanitaires, l'une chargée de la destruction des Moustiques vecteurs du paludisme (Anophèles brigade), l'autre de la lutte contre les Stegomyia (Stegomyia brigade).

Ces agents avaient pour mission, les premiers de nettoyer et de reconstruire les fossés en mauvais état où s'accumulaient et stagnaient les eaux pluviales et de détruire par le pétrole les larves pouvant exister dans tous les bassins et pièces d'eau.

Les seconds étaient plus particulièrement chargés de la visite intérieure des maisons et de veillera ce que l'on ne conservât pas d'eau, dans aucun récipient ou ustensile domestique, sans que ces récipients fussent munis d'une fermeture hermétique. Ils procédaient aussi à la destruction des Stegomyia, dans l'intérieur des maisons, au moyen de diverses substances insecticides : formol, pétrole, poudre de pyrèthre. La poudre de pyrèthreen fumi gâtions est le moyen le plus efficace pour étourdir les Moustiques et les faire tombera terre; il n'y a plus ensuite qu'à les balayer.

Les agents sanitaires devaient signaler à l'administration toutes les infractions qu'il relevaient; les délinquants étaient punis d'une amende, pour la première infraction, et en cas de récidive, ils étaient passibles en outre, de prison, de bastonnade, ou de travaux obligatoires de voirie.

Ces mesures étaient fort rigoureuses, on le voit, mais il était nécessaire de les édicter et de les mettre en pratique, si on voulait arriver à un résultat, et il eut été peut-être impossible de modifier autrement les habitudes d'une population indolente et insouciante, telle que la population havanaise. Elle s'est d'ailleurs rapidement soumiwse aux règlements sanitaires comprenant toute l'utilité et l'importance de leur application et les infractions signalées sont devenues, de jour en jour, de moins en moins nombreuses.

Les résultats obtenus ont été excellents et ont dépassé toutes les espérances : on ne saurait trop le proclamer.

La mise en œuvre des mesures prophylactiques a commencé le 27 mars 1901, à la Havane; en janvier et février il y avait eu i'J décès de (lèvre jaune, 1 décès en mars, et il se produisit encore 5 décès dans les mois de juillet, août et septembre : total 18 décès pour l'année 1901.

Depuis le mois d'octobre 1901, aucun décès de lièvre jaune ne s'est produit dans la ville de la Havane, ni en 1902, ni dans tout le courant de l'année 1903. Telle est encore la situation à Theure actuelle, et dans son message aux Chambres cubaines, le Président de la Nouvelle République, déclare à la date du 4 awil 1904, «qu'il n'y a pas eu à Cuba, depuis 1901, un seul cas de fièvre jaune non imporf^é, qu1l tient à faire connaître au pays cette excellente situalion sanitaire dont il est redevable à l'excellence des mesures de prophylaxie et à la vigilance des autorités sanitaires. La mortalité générale a été, en 1903, de 20, 82 0/00, pour la ville de la Havane, chiffre inférieur à celui de toutes les années précédentes depuis 1820, et de 13 0/00, pour toute l'île. »

Mais le grand port de la Havane, en raison du mouvement incessant dont il est le siège et de ses relations constantes et pour ainsi dire quotidiennes avec les ports du golfe du Mexique, toujours très suspects, se trouve sans cesse exposé à être contaminé par les provenances extérieures. L'administration sanitaire, à la tête de laquelle se trouve placé le D' Carlos Finlay, doit exercer la surveillance la plus attentive sur ces provenances, et examiner avec un soin tout particulier les équipages et les passagers des navires arrivant sur rade et provenant de ces pays. En 1902, 7 cas de fièvre jaune ont été ainsi constatés à bord de navires mouillant sur rade; 10 cas en 1903. De ces 17 malades, 15 provenaient des ports du Mexique, (Vera-Cruz, Progresso, Tampico) ; 2 de la côte du Venezuela.

Les navires ont été soumis à une désinfection complète, leur équipage a été mis en observation et les malades, débarqués avec toutes les précautions possibles en vue d'empêcher toute contamination, ont été transportés à l'hôpital spécial de las Animas et placés dans des pavillons d'isolement, à l'abri de la piqûre des Stegomyia qui, une fois infectés, iraient propager la maladie. La fièvre jaune a par ailleurs, évolué chez ces différents malades, mais tous ces cas se sont éteints sur place : aucun n'a formé de foyer. C'est une nouvelle preuve de l'importance de l'isolement des malades atteints de fièvre jaune, point sur lequel nous avons toujours insisté et dont il serait superflu de démontrer la nécessité (1).

(1) L. Vincent et SalanoueIpin, La fièvre jaune, son étiologie et sa prophylaxie. Revut d'hygiène. Juin 1903.

Pour le débarquement des malades provenant des navires arrivant sur rade de la Havane, le service sanitaire a dû organiser un service spécial de transport, afin d'éviter toute éventualité de contagion, pendant le trajet. Une chaloupe à vapeur, possédant Aine chambre d'isolement dont toutes les ouvertures sont garnies de toiles métalliques, conduit les malades à terre. Une voiture d'ambulance les attend au débarcadère, et, dans cette voiture, les malades couchés dans des cadres, sont protégés contre la piqûre des Stegomyia, par une grande et fine moustiquaire suspendue au plafond de la voiture; à l'arrivée à l'hôpital, on décroche la moustiquaire et elle enveloppe complètement le cadre et le malade, jusqu'à l'admission de ce dernier dans la salle qu'il doit occuper. Depuis que fonctionne ce service de transport, aucun incident ne s'est produit et on n'a eu à déplorer, de ce chef, aucun cas de contamination.

L'hôpital spécial de las Animas est situé en dehoi^s de la Ville de la Havane, dans un immense parc et à une distance assez éloignée de toute habitation.

Il comprend une série de constructions indépendantes et isolées les unes des autres.

Un grand pavillon est destiné aux maladies contagieuses : variole, scarlatine, rougeole, diphtérie, affections morvo-farcineuses, etc; ce pavillon peut recevoir 35 malades.

Un second pavillon, spécialement affecté à la fièvre jaune, comprend une salle centrale de 8 lits, quatre salles de 4 lits, une petite salle de 2 lits et un pavillon annexe permet encore de disposer de 12 autres lits. Total :38 lits.

Toutes les ouvertures de ces pavillons destinés aux malades amarils, fenêtres, portes doubles et munies de tambours, chapiteaux, bouches et ventouses d'aération etc, sont garnies d'un fin treillis métallique à mailles de ^"^'^ à ^«""^,5 de largeur. Les toiles métalliques en fil de fer galvanisé avaient été employées au début, mais elles sedétérioraientrapidementsous l'action du climat et on a dû les abandonner. On les a remplacées par des treillis en fil de laiton fin, d'un prix plus élevé, mais d'une meilleure conservation.

Tous les parquets des pavillons sont carrelés ou cimentés; les murs intérieurs des salles sont badigeonnés à la chaux, et leur blanchiment se renouvelle fréquemment.

Les lits ne sont pas garnis de moustiquaires, les toiles métalliques étant un moyen suffisant de protection contre l'entrée des Moustiques.

On a objecté que les toiles métalliques s'opposaient à la pénétration de l'air extérieur et nuisaient à la bonne aération des salles. L'accès de l'air se fait librement à travers les mailles, l'expérience le démontre : la vitesse du courant est diminuée notablement, mais sans aucun préjudice pour l'aération.

L'hôpital de las Animas dont nous donnons ailleurs (1) une description complète, d'après les documents et les plans que nous devons à l'obligeance de notre éminent ami le IK Finlay, peut servir de modèle, pour tous les hôpitau<c d'isolement que l'on voudrait établir dans les colonies exposées à la fièvre jaune, en vue de parer à toute éventualité.

Tel est l'exposé de toutes les mesures de prophylaxie amarile instituées à Cuba; elles font le plus grand honneur à ceux qui les ont conçues et à tous ceux aussi qui ont contribué à leur exécution. Les résultats obtenus ont démontre, de la façon la plus évidente, leur utilité et leur efficacité. Elles devront servir de guide, dans leurs principes essentiels, dans tous les pays de la zone inter- Iropic^le où l'on a à redouter l'invasion de la fièvre jaune. Elles se résument dans la lutte contre les Moustiques et dans l'isolement effectif des malades.

Nous sommes heureux de savoir que, dans notre colonie de la Côte d'Ivoire, qui a été si éprouvée par la lièvre jaune en 1902 et en 1903, on construit à (îrand Bassam des baraquements avec ouver lures munies de toiles métalliques, pour l'isolement des malades, on comble les marigots qui avoisinent le poste, on détruit les Stegomyia si abondants dans la région, et on procède à de très importants travaux d'assainissement.

Au Sénégal, sous la haute impulsion de l'éminent gouverneur général de l'Afrique Occidentale française, M. Roume, on a égale ment entrepris une campagne sanitaire des plus sérieuses; Le D' Le Moal, médecin-major des troupes coloniales, est spécialement chaîné de cette mission d'assainissement, et de la mise en état de

(I) L. Vincent, Thôpital de «Las Animas» à la Havane. Hôpital spécial pour les maladies contagieuses et la fièvre jaune. Archives de Parasitologie, VIII, p. 343 .-.i7, 1904.

défense de noire empire colonial africain contre le paludisme el la lièvre jaune. Nous souhaitons bien vivement que les résultats .soient aussi consolants que ceux que nous avons constatés à Cuba, tout en ne nous dissimulant pas toutes les dilTicultés d'une œuvre aussi gigantesque, en raison des condilions climatériques et topo graphiques, de l'indiflérenre des indigènes et de leur mépris de tout ce qui touche à l'hygiène.

Les questions sanitaires ont cependant une importance de premier ordre pour l'avenir de nos colonies, et, en ce qui concerne particulièrement la fièvre jaune, objet de ce rapport, c'est par leur étude et par l'application des mesures de prophylaxie que l'on pourrd, sans aucun doute, éviter le retour périodique et hélas trop fréquent de cen terribles épidémies qui jettent la désolation dans tout le pays, occasionnent des pertes sérieuses dans tous les milieux, entravent le fonctionnement régulier de tous les services et de toutes les administrations et produisent un trouble profond el prolongé dans l'essor commercial et économique de nos colonies.

LE PIAN A LA COTE D'IVOffiE

PAR

Le Dr GANNAG

Médecin de la Marine (École du Service de santé).

Dans la région orientale de la Côte d'Ivoire, comprise entre le fleuve Comoë et la colonie anglaise de la Côte d'Or, le pian est une affection d'une extrême fréquence. On peut dire sans exagération que plus de 50 pour 100 des indigènes de la race agni-achanti qui habitent ce pays en sont atteints. Le pian est désigné sous le nom de n*dô en langue agni.

Etiologie. — La contagion directe est nécessaire pour donner naissance à la maladie. Il faut pour cela les deux conditions suivantes :

l** Une solution de continuité de la peau.

^ Le contact direct du pus pianique sur cette brèche épidermique.

Ces conditions sont presque toujours réalisées chez les indigènes de la forêt, grâce aux plaies de toute sorte et à une hygiène des plus défectueuses.

Début. — Le début du pian revêt deux formes distinctes :

1« Début bruyant avec fièvre, céphalalgie, douleurs articulaires et éruption vésiculeuse très prurigineuse : le pian sera confluent. Ce début ressemble à celui de la dengue mais l'évolution de la maladie fait vite écarter le diagnostic.

2° Début lent, insidieux, sans phénomènes généraux : le pian sera discret.

Période d'état. — Après un laps de temps variant entre quinze jours et un mois et demi ou deux mois, la maladie présente ses éléments caractéristiques ou boutons frambœsoïdes.

Ttibercules pianiqxies ou boutons frambcesaides, — Chacun d'eux est constitué par une masse blanchâtre composée d'îlots arrondis de la grosseur d'un grain de Mil, séparés les uns des autres par des sillons brunâtres. C'est une tumeur faisant une saillie notable sur

172 CANXAC

la peau, molle, saignant au moindre contact et laissant écouler une sérosité visqueuse très coagulable. Tout autour de l'élément pianique, la peau est libre, non indurée, parfois parsemée de vési cules très fines. La base d implantation a une largeur variable : de quelques millimètres à la dimension d'une pièce de deux francs et même de cinq francs.

Siège, — Ces granulomes peuvent siéger en un point quelconque de la peau, sauf cependant à la paume de la main et à la plante du pied où je ne les ai jamais observés. Les régions à sécrétion sudorale abondante sont des sièges de prédilection et les tumeurs y acquièrent d'énormes dimensions. Les doigts et les orteils en sont couverts, les ongles en sont entourés dans les formes confluentes et il en résulte une forme d'onyxis pianique très douloureuse em péchant la marche et la préhension.

Je n'ai jamais noté aucune éruption sur les muqueuses.

Autres symptômes, — Les tubercules pianiques s'accompagnent de démangeaisons violentes, d'où grattage et auto contamination, ainsi que d'une hypertrophie ganglionnaire constante. Les ganglions atteints sont plus ou moins volumineux; ils sont de consistance molle, indolores et n'arrivent pas à la suppuration en général.

Les diverses fonctions de l'économie ne subissent aucune atteinte : la santé générale demeure parfaite.

Age, sexe. — Le [)ian atteint indifféremment les deux sexes et s'attaque à tous les âges. L'enfant d'une mère pianique ne naît pas avec le pian; il n'est pas non plus vacciné contre l'affection.

Evolution. — Le tubercule pianique, après une période de longueur variable, peut évoluer de deux manières différentes :

1" Diminuer peu à peu, se sécher et disparaître;

2'* Subir la fonte purulente, se transformer en clapier purulent et en ulcère phagédénique. Sur un même individu les éléments évoluent les uns de la première manière, c'est à dire vers la guérison rapide, les autres de la seconde. En général cette seconde forme d'évolution est la plus commune; la guérison est retardée indéliniment.

Un individu atteint de pian depuis longtemps présente par suite des éléments pianiques k tous les stades de leur évolution :

1° Tubercules pianiques types ;

2" Clapiers purulents et ulcères ;

LE PIAN A LA COTE d'IVOIRE 173

3^ Éléments à surface rouge lisse sur le même plan que la peau;

4« Plaques recouvertes de lamelles épidermiques ;

5® Plaques dépigmentées.

Ces dernières Unissent par recouvrer leur pigment avec le temps. Les boutons de pian, sauf quand ils évoluent vers Tulcère, ne laissent jamais de cicatrices.

Nature du pian. — Deux théories sont en présence :

A. — Le pian est une manifestation syphilitique.

Les lésions du pian, pour les partisans de cette théorie, sont semblablesauxéruptions de la syphilis extra-génitale et de l'hérédosyphilis. Le traitement antisyphilitique les fait disparaître et toute éruption qui résiste à la médication ne saurait recevoir la dénomination de pian.

Qu'il y ail des manifestations syphilitiques ressemblant au pian et justiciables du traitement spécifique, personne ne le contestera. Maisilfautsegarderdeconcluredelààridenlitédes deux maladies.

Voici, à mon avis, les objections à opposer à cette pathogénie :

i** Je n'ai jamais observé un seul cas de syphilis acquise, pas plus que les stigmates de l'hérédo-syphilis chez les indigènes de la forêt : cependant le pian les frappe dans une proportion supérieure à 50 pour [m.

2« Les boutons de pian n'ont jamais de base indurée; une fois guéris, ils ne laissent après eux ni dépigmentation durable, ni cicatrices. L'hypertrophie ganglionnaire est molle et non ligneuse comme dans la syphilis.

3« Si cette alïection était sous la dépendance de la syphilis, on verrait des accidents tertiaires graves chez ces indigènes qui ne prennent ni mercure ni iodure. 11 n'en est rien et malgré une éruption de plusieurs années de durée, la santé générale demeure parfaite.

4^» Échec complet du traitement antisyphilitique.

.>. La syphilis, extrêmement rare dans la forêt, sinon inconnue, fait des ravages sur la côte ; or, en cet endroit, le pian est infiniment moins fréquent que dans Thinterland de la colonie.

B. — : Le pian parait être une alïection bien à [)art, nettement caractérisée cliniquement, ordinairement endémique, à lésions exclusivement cutanées ne s'accompagnant d'aucun trouble de l'état général.

174 CANNAC

Traitement. — Après Tessai infructueux d'une longue série de topiques, voici le traitement qui m'a donné des succès.

1» Grand bain savonneux.

2p Décapage soigneux, à la pince, de tous les boutons.

3^ Attouchement avec une solution de bichromate de potasse à 20 pour 100.

Cette application, faite tous les jours ou tous les deux jours, est douloureuse; mais on constate vite des modifications heureuses dans rétat des éléments pianiques : les boutons frambœsoïdes s'affaissent, les surfaces purulentes se détergent, le bourgeonnement commence et la guérison définitive survient en un mois et demi ou deux mois.

Le Dr JULES GUIART

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris.

La question que nous devons traiter est trop vaste pour que nous puissions l'étudier dans tous ses détails; nous laisserons de côté tout ce qui est classique, tout ce qui est admis de tous, pour nous en tenir uniquement aux idées que l'on qualifiera peut-être de subversives, bien qu'elles soient déjà acceptées par un certain nombre d'auteurs, mais parce qu'elles ne se rencontrent encore dans aucun ouvrage didactique.

Les parasites de Tintestin peuvent, suivant nous, agir de trois façons diverses.

1® En irritant les terminaisons nerveuses et provoquant, par voie réflexe, les troubles variés de l'helminthiase. C'est là le rôle qu'on veut bien le plus souvent leur reconnaître, bien qu'il s'agisse en réalité d'une pure hypothèse.

2® En sécrétant des toxines qui, dans certains cas, agissent sur le sang en amenant la destruction de l'hémoglobine et des globules rouges, tandis que dans d'autres cas elles agissent sur les centres nerveux. Les parasites de l'intestin peuvent par là jouer un rôle considérable dans l'éclosion des anémies et des troubles nerveux de l'helminthiase.

3» En produisant des ulcérations de la muqueuse intestinale, ce qui facilite l'absorption des toxines et permet l'inoculation dans la muqueuse des Bactéries pathogènes existant dans le contenu intestinal. Ils pourraient être ainsi les agents d'inoculation de nombreuses affections de l'intestin et du foie, ainsi que des infections d'origine intestinale.

Nous supposerons connues les deux premières propositions et nous développerons simplement la troisième.

Les Vers intestinaux ou Helminthes ont été les premiers agents pathogènes animés, qui furent observés chez l'Homme. On comprend sans peine que les premiers médecins, frappés de leur fréquence dans certaines affertions de l'intestin, aient songé à

leur attribuer certaines maladies, où ils ne les observaient pas, mais qu'ils croyaient dues à des Vers, invisibles à leurs moyens d'investigation. Nous ne devons pas plus rire de ces Vers invisibles que des Microbes invisibles dont on parle aujourd'hui et si les vermineuses universelles avaient autrefois rencontré plus d'adeptes, il est vraisemblable que la bactériologie et les progrès qu'elle a entraînés avec elle auraient pu naître cinquante ans plus tôt. Mais la science, comme la mode, a ses caprices et dès que Raspail et Virchow eurent établi la pathologie cellulaire, on oublia complètement la théorie parasitaire. Et cependant elle n'eut pas de plus admirable défenseur que Raspail lui même. Il eut beau la défendre et, en plus des Vers intestinaux, appeler à son aide toute la pléiade des infiniment petits, des Infusoires et des parasites microscopiques, la science d'alors fut sourde à sa voix et l'on poursuivit devant les tribunaux et plus tard devant la risée publique ce savant qui, sans même être médecin, avait la prétention de vouloir rénover les doctrines médicales. Quelque trente ans plus tard, Pasteur faillit du reste succomber sous les mêmes coups. Mais Pasteur, plus heureux que Raspail, eut la chance de sortir victorieux de la lutte et dès que les Vers invisibles d'autrefois, les parasites microscopiques de Raspail, eurent été baptisés du nom de Microbes, on admit qu'ils pouvaient être la cause de toutes les maladies. Du coup, la pathologie parasitaire fut réduite à l'étude de la bactériologie, d'autant plus que, dans le même temps, un savant, Davaine, qui fut un grand travailleur, mais un homme néfaste au point de vue qui nous occupe, semblait avoir porté les derniers coups h l'helminthologie. On en est arrivé à cette conception vraiment extraordinaire qu'un Microbe, un infiniment petit, peut se permettre de tout faire. On trouve tout naturel de lui attribuer tous les maux qui affligent l'humanité. Mais que quelqu'un vienne à parler d'un parasite dépassant les limites de l'investigation microscopique, d'un misérable Ver que Ton peut voir à l'œil nu, et se permette de mettre en avant son rôle pathogène, on voit aussitôt un sourire moqueur errer sur toutes les lèvres, bienheureux quand quelque m'as-tu-tu de la médecine ne hausse pas ostensiblement les épaules. Cependant je crois qu'il est permis de penser que si le Microbe, pauvre petite masse de proto plasme à peine mobile, peut être pathogène, à plus forte raison

est-il permis d'accorder ce titre à des êtres plus hautement dillérenciés, qui sont mieux armés pour la lutte, qui ont souvent des dents pour mordre et des poisons tout prêts à être inoculés.

On connaît les progrès imprévus qua réalisés la médecine tropicale, depuis que Ton a admis la transmission de certaines maladies par des Insectes, qui, en venant piquer l'Homme ou les animaux, se font les agents d'inoculation de ces maladies. Je vais essayer de montrer que, ce que les ectoparasites sont capables de faire à la surface de notre peau, les endoparasites sont capables de le faire dans notre intestin. Ce sont là des idées que je défends depuis plusieurs années et je suis heureux de constater qu'il commence à se produire dans différents pays un mouvement suffisamment accusé pour que l'on puisse prévoir que le moment n'est pas éloigné où les médecins devront se décider à rompre avec des théories surannées et à admettre ce qui sera peut-être la vérité de demain, il faut cependant encore un certain courage pour oser exposer les théories que je vais esquisser rapidement. Elles paraîtront peut-être révolutionnaires; pour moi, je les crois justes et c'est à ce titre que je crois de mon devoir de les exposer. Je ne demande pas qu'on les accepte comme parole d'évangile ; je demande simplement à mes collègues de ne pas les repousser, mais de les avoir présentes à l'esprit dans leurs observations futures et de les contrôler chaque fois qu'ils en trouveront l'occasion.

Je commencerai par quelques considérations relatives aux Vers intestinaux les plus fréquents dans les pays tempérés, à savoir: l'Ascaride, l'Oxyure et le Trichocéphale. En ce qui concerne l'Ascaride, j'ai montré, il y a quehfues années, quel xiscaris canocephalus du Dauphin, qui possède la même armature buccale que V Ascaris lombricoides de rHomme, est capable de s'implanter dans la muqueuse du tube digestif. Il est vraisemblable que l'Ascaride humain peut agir de même, d'autant plus que dans les quelques cas où les auteurs ont examiné la muqueuse d'intestin renfermant des Ascarides, ils ont observé des lésions ne pouvant guère s'expli quer que par la fixation possible des Ascarides. Depuis la communication que je viens de rappeler, j'ai eu maintes fois l'occasion de rencontrer des Ascarides fixés sur le tube digestif de différents animaux. Si cette fixation ne s'observe pas chez l'Homme, il est

Archive» de Vurcmlologie, IX, n» 2, 1904. 12

du moins facile de l'expliquer. C'est tout simplement parce que tous les parasites, qui sont fixés sur la paroi du tube digestif, s'en détachent très peu de temps après la mort, sans même attendre le refroidissement du cadavre. De telle sorte que, pour observer des Ascarides en place, il faudrait pouvoir faire l'autopsie immédiatement après la mort. La meilleure preuve en peut être fournie par le Trichocéphale. On sait que ce parasite vil dans la région du caecum et à l'heure actuelle il ne fait plus de doute pour personne que le Trichocéphale est profondément implanté dans la muqueuse par son extrémité antérieure effilée. Cependant, lorsque l'on fait Tautopsie d'un tube digestif, après l'avoir lavé sous un robinet d'eau, on ne trouve plus en généi^al de Trichocéphales. Ceux-ci, se trouvant libres dans les matières fécales, ont été entraînés par l'eau au dehors. Mais si l'on a soin d'enfermer le caecum entre deux ligatures et de l'ouvrir ensuite, on pourra trouver de nom breux Trichocéphales, libres au milieu des matières qu'il contient Du reste, Askanazy ayant pu faire une autopsie quatre heures après la mort, trouva quarante Trichocéphales implantés tous dans la muqueuse, tandis que, dans une autopsie faite quarante heures après la mort, il trouva cent quatorze parasites libres dans lïntestin. Askanazy ayant traité des Trichocéphales par le ferrocyanure de potassium et l'acide chlorydrique, constata que l'intestin se colorait en bleu foncé, ce qui indiquait nettement que le pigment normal de cet intestin renfermait du fer, fer qui avait été vraisemblablement tiré de l'hémoglobine du sang de l'Homme. D'ailleurs, si l'on pratique des coupes dans un intestin renfermant des Trichocéphales, on constate que l'extrémité antérieure du parasite disparait tout entière dans la paroi, jusque dans la sousmuqueuse, et certaines coupes pourront la rencontrer deux et trois fois. On peut supposer que le Trichocéphale se tixe ainsi pour ne pas être entraîné jiar le cours des matières fécales, mais comme la bouche se trouve alors dans la profondeur des tissus, il est permis de supposer que l'animal suce le sang pour se nourrir. On com prend dès lors pourquoi le parasite se détache après la mort : c'est parce qu'il ne trouve plus dans la muqueuse de sang en circulation. Or, ce qui vient d'être dit pour le Trichocéphale peut s'appliquer il l'Ascaride. 11 se fixe moins profondément, il est vrai, dans la muqueuse, mais il doit aussi se nourrir de sang, comme le

prouve la réaction bleue obtenue par Askanazy aussi bien pour l'Ascaride que pour le Trichocéphale. Il semble du reste que ce soit là un faitgénéi^al pour les Helminthes pourvus d'un -tube digestif et depuis la célèbre obseivation de Railliet, ne savons-nous pas que les Douves, bien que vivant au milieu de la bile, se nourrissent en réalité de sang.

Or, on admet à l'heure actuelle qu'une simple piqûre d'aiguille peut ouvrir la porte aux Bactéries pyogènes, que la piqûre d'une Puce peut nous inoculer la peste, celle du Moustique te paludisme, la lîlariose ou la lièvre jaune. Comment, dès lors, peut on admettre qu'un parasite puisse produire des lésions de la muqueuse intestinale et puisse en ouvrir impunément les vaisseaux sanguins sans jamais ouvrir la porte à l'infection? Cependant le contenu du tube digestif ne passe pas précisément pour un milieu aseptique. Le Microbe le plus abondant dans les matières fécales étant le Colibacille, c'est lui qui sera le plus souvent inoculé et ainsi peuvent s'expliquer certaines entérites de l'enfant ou de l'adulte, certaines inflammations de l'intestin, générales ou partielles, et, parmi elles, l'appendicite. Ce fut en France un éclat de rire général, (fuand Metshnikov vint prétendre que l'appendicite pouvait être produite par les Vers intestinaux ; aujourd'hui encore, il faut voir le sourire de pitié des étudiants en médecine que l'on interroge à un examen sur le rôle et le diagnostic des Vers intestinaux dans l'appendicite. Les détracteurs de la théorie se basent sur ce fait que Ton extirpe journellement des appendices ne renfermant pas le moindre Ver intestinal. Comme si l'Helminthe avait besoin de pénétrer dans l'appendice pour faire éclater l'appendicite! Le chirurgien ne s'étonne pas cependant qu'une petite blessure au pied se traduise par de l'adénite inguinale. La peau et l'intestin sont deux tissus de même origine : pourquoi refuser à l'un ce qu'on admet pour l'autre? Il nous semble logique d'admettre qu'un parasite, se fixant dans le cœcum, puisse inoculeren ce point dans la muqueuse des Bactéries pyogènes, qui vont être transportées par les lymphatiques dans le tissu lymphoïde avoisinant et, comme ce tissu lyinphoïde est particulièrement abondant dans l'appendice, les Bactéries, inoculées dans la région du caecum, vont tout iiaturellementaller déchaîner l'inflammation (lansrapppiidice.C'estainsique tous les Vers intestinaux pouvant vivre et se fixer dans le cîecum

180 JULES GLIART

pourront être une cause d'appendicite. Ce seront presque toujours l'Ascaride et le Trichocéphale. Du reste, depuis la communication de Metshnikov et en dépit des détracteurs, les faits se sont singu lièrement multipliés. 11 est permis dépenser que d'ici peu les Vers intestinaux seront considérés non pas seulement comme la cause de quelques rares appendicites, mais peut-être comme le facteur étiologique le plus fréquent. Pour ma part, ne faisant pas de clientèle, je n'ai pas encore eu l'occasion d'observer de nombreux cas d'appendicite. Je n'en ai vu que cinq dans mon entourage; dans un premier cas, une appendicite aiguë fut guérie définitivement après l'expulsion spontanée d'un Ascaride. Dans les quatre auti'es cas, les matières fécîales me furent envoyées à analj-ser, pour savoir s'il existait des Vers dans l'intestin. N'ayant rien trouvé dans deux cas, je conseillai l'opération. Mais dans les deux derniers cas, ayant trouvé une fois des œufs d'Ascaride et une fois des œufs de Trichocéphales, j'ordonnai chez l'un la santonine, chez l'autre le thymol; les appendicites ont cessé comme par enchantement et dès lors n'ont plus reparu. L'un des cas remonte à trois ans et l'autre à quelques mois. Je suis persuadé que toutes les appendicites familiales et les appendicites à répétition sont justiciables de la médication anthelminthique.

Ce qui vient d'être dit de l'appendicite pourrait sans doute s'étendre à la fièvre typhoïde. Je suis sincèrement convaincu que cette affection est produite par le Bacille d'Eberth; mais je ne m'explique guère comment ce Bacille peut franchir la barrière que lui oiïre l'épithélium intestinal pour venir s'implanter dans la muqueuse. D'ailleurs, si le Bacille d'Eberth agissait seul, on ne comprendrait guère pourquoi, dans une population buvant une même eau contaminée, il y a en réalité si peu d'individus de frappés. Au contraire, si l'on admet ([ue l'inoculation est faite par l'intermçdiaire des parasites intestinaux, les faits s'expliquent très facilement. Us s'expliquent d'autant mieux que l'étiologie des Vers intestinaux ou de la lièvre typhoïde est en réalité la même : k savoir l'impureté des eaux de boisson. C'est, en effet, dans les eaux impures, souillées de matières fécales, que se rencontrent les œufs d'Helminthes et le Bacille d'Eberth et c'est avec c-es eaux que l'un et l'autre peuvent pénétrer dans le tube digestif de l'Homme.

A la lueur de ces données nouvelles, on comprend on ne peut

mieux la coïncidence si frappante autrefois de la fièvre typhoïde avec les Ascarides et lesTrichocéphales. Nos ancêtres étaient moins difliciles que nous sur la qualité des eaux qu'ils buvaient et c'est ainsi que s'explique la fréquence des affections vermineuses d'alors, les individus absorbant à la fois avec l'eau polluée les jçerines de la fièvre typhoïde et les germes des parasites, qui allaient les inoculer dans la muqueuse intestinale. Nous ne devons donc pas nous étonner si nombreux furent les cas où les anthel minthiques agissaient favorablement dans le traitement de ces affections; ils agissaient sans doute en empêchant l'auto-inoculation constante du malade.

Ce que je viens de dire des Vers intestinaux pourrait du reste s'étendre à tous les parasites de l'intestin, aussi bien aux Infusoires ou aux Flagellés qu'aux larves d'Insectes et en général à tous les parasites pouvant produire des altérations de la muqueuse. Nous connaissons en effet une observation dans laquelle des larves de la Mouche du fromage ont pu produire une hémorrhagie intestinale et ont provoqué une affection à marche typhoïde, qui a été guérie par l'expulsion des larves.

Si l'on arrive à confirmer et à multiplier ces faits, les parasites de l'intestin vont reprendre la place prépondérante qu'occupaient autrefois en pathologie les Vers intestinaux et les conceptions géniales de Raspail pourront renaître de l'oubliet revendiquer une grande part du terrain injustement conquis par la bactériologie. Malheureusement Raspail a voulu frapper fort et vite et, connaissant bien les hommes, il a exagéré, poussé sa théorie à l'extrême et en voulant se faire le guérisseur de tous les maux, il a fourni des armes redoutables aux théories médicales qu'il combattait. Mais les médecins à leur tour ont exagéré le mouvement de réaction et quant ils se sont enfin ressaisis, ce fut pour se jeter à tête perdue dans l'étude des Microbes, à la suite des mémorables travaux de Pasteur. Du coup, ce fut l'oubli complet pour l'helmin thologie. Ce sera le. grand mérite du Professeur R. Blanchard d'avoir rénové en France l'étude des parasites et d'avoir créé à la Faculté de Médecine de Paris l'enseignement de la Parasitologie. Ce mouvement a été suivi partout en province, et les effets ne tarderont certainement pas à s'en faire sentir, sur la médecine de notre pays, comme sur celles de nos colonies.

En effet, ce que j'ai dit tout à l'heure pour certaines affections de nos pays, et en particulier pour l'appendicite et la fièvre typhoïde, peut s'appliquer encore plus facilement aux affections tropicales. Nous pourrions facilement l'appliquer au choléra, en montrant la coïncidence si singulière de cette affection avec les nombreux parasites, qui ont été décrits tourà tourdans l'intestin des cholériques, parasites parmi lesquels on a signalé des Amibes, des Flagellés, des Infusoires et enfin un certain nombre d'Helminthes, pouvant se fixer sur la muqueuse de l'intestin. Mais nous préférons prendre comme exemple la dysenterie, sur l'étiologie de laquelle on a beaucoup plus longuement discuté.

Vu très grand nombre de parasites ont été incriminés dans l'étiologie de la dysenterie : Bactéries, Amibes, Flagellés, Infusoires, Trématodes et Nématodes. Toutefois, à l'heure actuelle, la plupart des auteurs semblent d'accord pour admettre deux dysenteries : l'une bactérienne produite par le Bacillus dysenteriœ, l'autre amibienne produite par VEntamœba dyseîiteriœ, cette dernière se rencontrant surtout dans les pays tropicaux. Pour nous, il n'existerait qu'une seule dysenterie, produite par le Bacillus dysenteriœ, lequel pourrait être inoculé dans la muqueuse intestinale par l'un quelconque des parasites de l'intestin. Il s'agirait le plus souvent de VEntamœba dysenteriœ, mais les Infusoires ou les Helminthes pourraient agir de même.

En ce qui concerne l'Amibe, il n'est plus permis de douter aujourd'hui de son rôle pathogène, et s'il est arrivé fréquemment de rencontrer des Amibes dans l'intestin d'individus non dysentériques, nous savons aujourd'hui que cela tient k ce que, pendant longtemps, on a confondu, sous le nom dAmœba roli, deux Amibes distinctes. Les recherches récentes de Jûrgens et de Schaudinn nous ont appris qu'il existe en réalité deux Amibes parasites de l'Homme : l'une, YEntamirba coli, simple espèce saprophyte, non [)athogène; l'autre, VEntamœba dysentcriœ, capable de dissocier les cellules de l'épithélium intestinal pour aller porter l'infection dans la profondeur de la muqueuse. C'est cette dernière forme qui semble du reste jouer le principal rùle dans l'étiologie de la dysenterie tropicale et de l'alxès tropical du foie.

Parmi les Infusoires, je signalerai simplement le Balantidinmcoli, Les auteurs russes nous ont montré, en effet, que leBalantidiumcoH

ACTION PATHOGÈNE DES PARASITES DE L'iNTESTIN 183

est parfaitement capable de produire des ulcérations du gros intestin et par suite d'inoculer le Bacille dysentérique. Le Balantidium coli semble avoir été Tlnfusoire le plus fréquemment incriminé. Nous n'oublierons pas cependant que Jacoby et Schaudinn ont rencontré le Balantidium minutum et le Nyctotkerus faba dans des selles dysentériques et que nous avons nous-méme décrit un Infusoire banal , le Chilodon dentatus, dans un cas de diarrhée dysentériforme.

Parmi les Helminthes, il n'y a guère que le Strongyloides intesiinalis ou Ânguillule intestinale qui ait été décrit comme agent dysentérique ou plutôt comme l'agent de cette variété particulière de dysenterie que l'on appelle diarrhée de Cochinchine. Ici encore, on a renoncé à croire au rôle pathogène de ce parasite, parce qu'on ne l'a pas rencontré dans tous les cas de diarrhée de Cochinchine, tandis qu'on l'a observé dans les matières fécales d'individus parfaitement sains. Mais ces faits s'expliquent d'eux mêmes à la lumière des idées que nous exposons ici. L*Anguiliule intes tinale agit en inoculant, dans la muqueuse de l'intestin grêle où elle vit, une Bactérie pathogène qui serait peut être encore le Bacille dysentérique. On sait en elîet que, d'après certains auteurs, la dysenterie et la diarrhée de Cochinchine constitueraient en réalité une affeclion identique, siégeant dans un cas sur le gros intestin et dans l'autre sur l'intestin grêle. 11 ne nous appartient pas de prendre position entre les unicistes et les dualistes. Quelle que soit du reste l'opinion que l'on accepte, les arguments que nous exposons ici ne se trouvent nullement amoindris. Dans un cas les parasites inoculent des Bactéries difTérentes; dans l'autre cas ils inoculent le même Bacille; et si l'afTection diffère, c'est parce que ce Bacille peut être inoculé dans l'intestin grêle ou dans le gros intestin. Un parasite vivant dans l'intestin grêle inoculera la diarrhée de Cochinchine, un parasite vivant dans le gros intestin inoculera la dysenterie.

Si l'Anguillule intestinale est le principal agent de la diarrhée de Cochinchine, c'est parce qu'elle est plus apte que tout autre parasite de l'intestin à servir d'agent d'inoculation. En elTet les femelles fécondées pénètrent, pour pondre, dans la paroi même de l'intestin. Les embryons, une fois nés, reviennent dans la lumière de l'intestin, pour aller se transformer au dehors en Anguillules

184 JULES GUIAHT

stercorales. Nous connaissons même un cas, observé par Teissier, où les embryons se sont trompés déroute et, traversant complète ment la paroi intestinale, sont tombés dans les origines des veines et sont devenus des parasites accidentels du sang. Nous ne pensons donc pas que la présence de l'Anguillule intestinale soit compatible avec l'intégrité absolue de l'intestin, et si elle peut se rencontrer chez des individus non dysentériques, c'est tout simplement parce que le Bacille spécifique n'existe pas dans leur intestin etquelles n'ont pu par suite l'inoculer.

Quant aux cas de diarrhée de Cochinchine sans Anguillules, on les expliquera certainement quelque jour par la présence d'autres parasites dans l'intestin grêle, tels que l'Ascaride, l'Oxyure et surtout l'Uncinaire, parasite si puissamment armé et si fréquent dans les pays chauds.

Le rôle de l'Ascaride n'a pas lieu non plus de nous étonner parce que nous connaissons nombre d'épidémies de dysenterie, dans lescjuelles on observe sa présence constante. De plus, en consultant la bibliographie médicale, on pourra trouver nombre de cas où Ton a cherché vainement la cause d'une dysenterie, sans songer le moins du monde à tenir compte de la présence des œufs de l'Ascaride dans les matières fécales.

Mais nous ne voulons pas insister plus longuement sur ces faits. Le rôle pathogène des parasites intestinaux est pour nous incontestable. Nous sommes persuadé que, dans un avenir assez rapproché, il faudra en revenir à certaines des idées deRaspailet que l'étude des helminthes reprendra en pathologie la place qu'elle n aurait pas dû perdre. Comme les parasites de l'intestin sont particulièrement fréquents dans les pays chauds, nous sommes persuadé qu'ils jouent un rôle énorme dans la pathologie de ces régions et c'est à ce titre que nous nous permettons d'attirer sur eux l'attention des médecins coloniaux. Les idées que nous venons d'exposer, et que nous défendons déjà depuis un certain nombre d'années, commencent du reste à se faire jour. Dans une communication présentée à l'Académie de Médecine, le 19 avril dernier, le IK Kermorgaut s'est rallié complètement aux conclusions de notre travail sur le rôle pathogène de Y Ascaris et il a montré son importance en pathologie tropicale. Enfin, dans Ylndian médical Gazette de ce même mois d'avril, le D' Fearnside a montré que les

ACTION PATHOGÈNE DES PAUASITES DE l'iNTESTIN 185

parasites intestinaux, et en particulier l'Ascaride, jouent un rôle considérable dans 1 etiologie d'un grand nombre de maladies, parmi la population des prisons de l'Inde. Par la simple administration de santonine, il a pu réduire notablement le nombre des cas de diarrhée chronique, d'entérite muco-membraneuse et de dysenterie. Il a montré de plus que la présence des parasites intestinaux vient ajouter encore à l'intensité de l'anémie chez les individus déjà anémiés par le paludisme.

En résumé, nous devons retenir que les parasites de l'intestin peuvent agir de trois façons diverses :

i^ En irritant les terminaisons nerveuses et provoquant par voie réllexe les troubles variés de l'helminthiase. C'est là le rôle qu'on veut bien le plus souvent leur reconnaître, bien qu'il s'agisse en réalité d'une pure hypothèse.

2° En sécrétant des toxines, plus ou moins violentes suivant les espèces et suivant les hôtes; toxines qui, dans certains cas, agiraient sur le sang en amenant la destruction de l'hémoglobine et des globules rouges, tandis que, dans d'autres cas, elles agiraient sur les centres nerveux en augmentant ainsi les troubles nerveux de l'helminthiase. Les parasites de l'intestin peuvent par là jouer un rôle considérable dans l'éclosion des troubles nerveux et des anémies.

3^ En inoculant dans la muqueuse du tube digestif les Bactéries pathogènes qui peuvent exister dans le contenu de l'intestin. Les parasites intestinaux jouent ainsi un rôle considérable dans l'étiologie des maladies de l'intestin et du foie, au même titre que les Insectes dans Tétiologie des infections du sang. Ils agissent surtout comme lancettes d'inoculation, et, suivant la virulence des espèces microbiennes de l'intestin, on se trouve naturellement en présence d'affections de gravité variable. Si, en effet, l'agent inoculé est peu pathogène, il suffit de faire disparaître les Vers intestinaux pour voir les symptômes s'atténuer et disparaître. C'est le triomphe de la médication anthelminthique. Si, au contraire, les Microbes inoculés dans la muqueuse ont une spécificité véritable, la maladie continue son évolution, même après l'évacuation des parasites; mais du moins on évite l'auto-inoculation constante et on peut empêcher l'affection de passer à l'état chronique. Ce sont là, du reste, des faits d'une portée beaucoup plus générale, s'appli-

quant tout aussi bien à la pathologie animale qu'à la pathologie humaine. C'est ainsi que le professeur Moussu a montré l'action du Strongle du Mouton dans l'inoculation de la pasteurellose bovine. Nous nous rattachons complètement à ses conclusions et nous nous élevons violemment contre les idées actuelles, qui considèrent comme inolTensiis des parasites qui peuvent inoculer des infections mortelles. Ces infections sont bactériennes, il est vrai, mais elle ne se produiraient pas si le parasite n'existait pas. C'est donc ce dernier qui est en réalité l'agent le plus important.

J'espère que certains médecins coloniaux voudront bien se laisser influencer par les idées que je viens d'exposer. Je serais heureux s'ils pouvaient les appliquer aux maladies tropicales; ils n'auront pour cela qu'à apprendre comment on peut faire un examen de matières fécales, en vue d'y rechercher les parasites de l'intestin ou leurs œufs. Le procédé est tout ce qu'il y a de plus simple. Si cependant ils n'ont pas de microscope à leur disposition, ils pourront recourir à tout hasard à l'emploi des anthelminthiques. Je leur suis reconnaissant d'avance des communications qu'ils voudront bien me faire ou qu'ils adresseront aux journaux scientifiques ou aux sociétés savantes. L'avenir dira si j'ai tort ou raison. Peu importe du reste, puisque, en dernière analyse, c'est toujours la science qui bénéficiera des recherches qui auront été provoquées.

PAR

Le Dr R. PENEIi

Médecin colonial de l'Université de Paris.

I^ question des Pilaires du sang est à l'heure actuelle une des plus confuses de la pathologie exptique. Depuis qu'en 1872, Lewis trouva pour la première fois une Pilaire embryonnaire dans le sang de THomme, les examens de sang se sont multipliés sous les tropiques, et des statistiques portant sur des milliers d'individus ont été dressées dans différentes régions. Par suite, des espèces nouvelles ont été découvertes, si bien que, tandis que jusqu'en 1891 la Filaire de Bancroft était seule connue en tant que Pilaire du sang, nous n'en connaissons à l'heure actuelle pas moins d'une dizaine d'espèces, très voisines les unes des autres, il est vrai, mais nettement distinctes pour la plupart. C'est pourquoi nous avons pensé qu'il serait intéressant d'étudier de près la question, pour voir s'il ne serait pas possible dès à présent d'en éclairer quelques points, en mettant un peu d'ordre parmi les faits connus.

Nous laisserons de côté quelques espèces de Pilaires rares etnral connues, qui n'ont été vues qu'à l'état adulte, telles que : F. conjunctitae, F. labialis, F. hominis oris, F, restiformis, F, letitis; plusieurs de ces espèces sont très douteuses ou semblent ne correspondre qu'à des cas de pseudo parasitisme, et nous ne pouvons rien préjuger du passage de leurs embryons dans le sang. Nous ne parlerons pas non plus de la F. volvuhis. Pilaire africaine qui vit dans les lymphatiques de la peau, où elle détermine de petites tumeurs sans gravité. Nous pensons qu'il s'agit bien là d'une Pilaire du sang, vu son habitat dans les lymphatiques, vu ses embryons, qui ressemblent étroitement aux Microfilaires nocturne et diurne et ne paraissent pas aptes à vivre indépendants dans le milieu extérieur, vu enfin que les tumeurs qu'elle détermine ne tendent pas vers l'ulcération, ses embryons ne pouvant s'échapper par une solution de continuité des téguments, comme ceux de la Filaria medinemis; malgré cela, puisque sa Microfilaire n'a jamais été vue dans le sang, il nous suffira de l'avoir signalée.

188 R. PEXEL

Ces Pilaires éliminées, il nous reste neuf espèces à passer rapidement en revue; ce sont : 1® F, Bancrofti (F. iiocturna), 2« F. loa, 3<> F. diurna, 4» F. perstans, 5» F, Demarquuyi, 6° F. Ozzardi, 70 F. Magalhâesi, 8« F. jt(/a5, 9^ F. Poirf//f .

Filaria Bancrofti, — C'est de toutes les Pilaires du sang la plus répandue, et celle dont révolution et la pathologie sont le mieux connues. Sa forme adulte a été découverte par Bancroft en 1876 ; depuis, elle a été retrouvée un grand nombre de fois. Néanmoins, les notions que nous avons sur sa morphologie sont encore très incomplcles. Il faut ajouter que, jusqu'en 1895, les auteurs classiques ayant donné leur description de F. Bancrofti en partie d'après les échantillons de Magalhâes, identifiés jusqu'alors avec elle, il s'en est suivi une confusion regrettable. C'est en 1895 seulement, après les descriptions et les mesures données par Manson des adultes de F. Bancrofti trouvés par Maitland, que le professeur R. Blanchard a pu distinguer ces échantillons sous le nom de F. Magalhâesi dans son article du Traité de Pathologie générale. Malgré cela, quelques auteurs persistent à confondre les deux espèces, tout en distinguant la Pilaire de Magalhâes.

Le mâle a été rarement décrit; c'est un Ver filiforme, à cuticule lisse, d'épaisseur à peu près égale sur toute sa longueur, mais eiïilé à ses deux extrémités. Le seul spécimen complet et intact qui ait été étudié (Lothrop, 1900) mesurait 38ro"\(> de long sur 120.t* dans son plus grand diamètre. La tète, légèrement bulbeuse, est séparéedu corps par une portion faiblement rétrécie. La bouche est inerme. L'anus subterminal s'ouvre à 130.^* de l'extrémité postérieure, qui est émoussée, arrondie et non bulbeuse. A ce niveau font saillie deux spicules inégaux. Les papilles anales n'ont jamais été bien vues; il faut croire, par analogie, qu'elles existent, mais dans ce cas, elles sont fort petites.

La femelle est mieux connue; elle est plus grande et plus épaisse, mesurant de 75 à 100"^»^ de long sur 209 à 250/* de large. La vulve siège immédiatement derrière la tète, à l"»™,20 environ de l'extrémité antérieure. L^appareil génital est constitué par un vagin unicfue, aboutissant à deux tubes utérins qui remplissent presque toute la cavité du corps et contiennent des œufs et des embryons à tous les stades de développement.

L'embryon de la F. Bancrofti ou F. nocturna^ examiné dans

le saug, apparaît sous la forme d'un organisme semblable à un petit Serpent, mesurant environ 3(K) .£* de long sur 7 à 8.<^ de large. Son extrémité antérieure est brusquement arrondie ; l'extrémité postérieure, effilée à partir du cinquième postérieur, se termine en pointe. A un fort grossissement, on voit que l'animal est contenu dans une sorte de gaine très délicate, ajustée le long du corps et le dépassant en avant et en arrière. Cette gaîne est constituée par une membrane ovulaire, à l'intérieur de laquelle l'embrj'on s'est déroulé. L'embryon est très actif, il s'agite en tous sens, bousculant les globules sanguins ; mais embarrassé de sa ^alne, il ne se déplace pas à proprement parler et ne sort pas du champ du microscope. Lorsque les mouvements ont cessé, on constate que la structure interne ne permet de distinguer aucun organe défini : toutefois un début de diflérenciation est indiqué par des taches claires très réfringentes, dont le nombre et la répartition prêtent à des descriptions qui varient sensiblement suivant les auteurs. Deux de ces taches embryonnaires au moins paraissent constantes, l'une antérieure, que Manson appelle tache en V, l'autre postérieure qu'il appelle tache caudale. Le reste du corps est constitué par une colonne de petites cellules, dont les noyaux prennent fortement la couleur, et incluses dans un tégument très finement strié. Si l'animal se dépouille de sa gaîne, on voit que son extrémité antérieure est recouverte d'un prépuce très délicat, formé d'une sorte de collerette de six crochets très mobiles; tandis qu'au sommet de la tête, un petit dard extrêmement ténu se projette et se rétracte avec une grande rapidité.

On sait que la f7/arta wocfMma ne se montre normalement dans la circulation périphérique que pendant la nuit. La cause immédiate de ce phénomène est aisée à comprendre : c'est une adaptation aux habitudes nocturnes de son hôte intermédiaire, le Moustique. La cause médiate est plus difficile à déterminer d'une favon précise. Il est certain que la nature de cette périodicité dépend plus ou moins directement des heures de veille et de sommeil ; c'est ce qui est prouvé par Texpérience classique de Mackenzie, qui a été reproduite et confirmée à plusieurs reprises: si l'on intervertit les heures de veille et de sommeil chez un sujet porteur de Pilaires nocturnes, après deux ou trois jours d'hésita-

190 R. PENEL

tion, la périodicité des embrj'ons s'intervertit parallèlement ; ils se montrent alors pendant le jour et disparaissent pendant la nuit. Mais comme cette interversion ne se produit pas immédiatement, et qu'il ne suffît pas de réveiller ou de faire dormir le sujet pour faire disparaître ou apparaître les embryons, puisque de plus, ils se montrent généralement dans le sang dès o à 6 heures du soir, c'est-à-dire, longtemps avant l'heure habituelle du sommeil, pour commencer à décroître dès minuit, c'est-à-dire au moment où celui-ci est le plus profond, il faut croire que la périodicité ne dépend pas directement du fait même du sommeil, mais bien plutôt des conditions physiologiques de l'organisme qui le préparent et le déterminent. Aussi, cette périodicité, qui dans les conditions normales est en règle générale d'une fixité remarquable, présente-telle des variations fréquentes, même sur une grande échelle.

C'est ainsi que Thorpe a observé aux îles des Amis une Microfilaire très commune, en tout semblable à la F. nocturna, quoique légèrement plus petite, mais qui se montre dans le sang périphérique, de jour aussi bien que de nuit. Il explique ce phénomène par les habitudes des indigènes qui, passant volontiers leurs nuits à festoyer et à se conter des aventures, ne dorment pas à des heures régulières. Annett, Dutton, Elliot ont observé des faits analogues dans le Bas-Niger. Ces exceptions sont très instructives et doivent nous rendre prudents dans le parti que nous devons tirer de la périodicité, en tant que caractère spécifique exclusif d'une espèce.

L'embryon circulant dans les vaisseaux et embarrassé de sa gaîne est destiné à périr, s'il n'est sucé avec le sang par un Moustique, dans le corps duquel il va évoluer. C'est ce que nous ont montré, dès 1877, les recherches de Manson,qui n'ont été reprises que vingt ans plus tard, et simultanément, par Bancroft en Australie et par James aux Indes. Ces recherches se sont multipliées ces dernières années. L'embryon, asf)iré par le Moustique, se débarrasse de sa gaîne dans l'eslomac de cet Insecte, par suite de l'hémolyse et de l'épaississement du sang. Utilisant alors son prépuce à six crochets comme appareil de perforation, il traverse la paroi du tube digestif, i)asse dans la cavité générale et gagne le thorax, où il va se log(M' dans la masse des muscles de l'aile. Là, il subit sa

métamorphose, qui dure un temps variable suivant la saison, le climat et l'espèce qui lui donne asile, en moyenne 12 à 17 jours. Lorsque l'évolution est achevée, la Pilaire se montre sous la forme d'une petite larve visible à l'œil nu, mesurant plus d'un millimètre et demi de long sur 30() « de large, présentant une bouche, un tube digestif complet, une queue trilobée particulière et un commencement de différenciation de l'appareil génital. Low, par des coupes pratiquées sur des échantillons envoyés de Brisbane par Bancroft, et qui sont très démonstratives, a montré qu'en cet état les larves quittent les muscles du thorax pour se répandre dans la cavité générale, et que bientôt le plus grand nombre d'entre elles gagne la tête et les pièces de la trompe, principalement le labium, où on peut les voir étendues dans toute leur longeur, deux par deux généralement, et l'extrémité antérieure dirigée en avant. Il est dès lors naturel de penser que les larves vont s'échapper du Moustique par la trompe, et que, lorsque cet Insecte ira piquer un Vertébré à sang chaud, elles passeront directement sous la peau de cet animal. Si celui-ci est un Homme, elles auront trouvé leur hôte définitif favorable : elles grandiront, atteindront l'âge adulte, s'accoupleront et pondront des embryons qui se répandront dans la circulation. Le cycle d'évolution sera ainsi fermé. Mais comment ces larves, qui sont non pas dans le tube digestif comme les inérozoîtes du paludisme, mais renfermées dans la cavité générale ou dans ses prolongements, vont-elles s'échapper au moment de la piqûre? Plusieurs théories ont été émises à ce sujet, et chacune est appuyée sur des observations soigneuses. Que ce soit par le fait d'une rupture du labium, comme le pensent Grassi et Noé; que ce soit à la faveur d'un point faible du tégument chitineux, soit à l'extrémité du labium, comme l'affirme Dutton, soit au niveau du pharj^nx, comme le suppose Sambon, il est difficile actuellement de le savoir, et à vrai dire, il n'est pas facile de saisir la chose sur le fait. Néanmoins, la transmission du parasite par le moyen de la piqûre reste inffniment probable.

Quelques auteurs cependant, tels que Maitland aux Indes ou Audain à Port au-Prince, n'admettent pas encore ce mode d'infection et, se basant sur des raisons soit d'étiologie, soit de pathogénie, reviennent à l'ancienne théorie de Manson qui, n'ayant pu suivre le passage dos larves dans la trompe du Mousli(|ue, pensait primi-

192 R. PENEL

tivement que celles-ci tombaient dans Teau à la mort de l'Insecte et, mises en liberté à la faveur de sa décomposition, étaient avalées avec l'eau de boisson. Nous ne pouvons entrer dans le détail de cette discussion. Pour trancher la question, la seule méthode véritablement scientifique serait de tenter l'inoculation expérimentalement par l'une et l'autre voie. Il est délicat de le faire sur l'Homme : Manson déclare se refuser à entreprendre sur lui-même cet experimentum cruck et beaucoup sont dans son cas. Mais l'expérience est facile à faire sur le Chien avec la F. immitis, Pilaire très voisine de la F. Hancrofti et dont l'évolution a pu être suivie chez ÏAnopheks Rossi. Grassi et Noé l'ont tentée sur des Chiens de la campagne romaine et concluent à la transmission par la voie cutanée; mais ils ont sacrifié leurs sujets trop tôt et leurs expériences ne sont pas assez nombreuses pour être probantes. De plus, elles sont fautives : pour toutes les recherches de ce genre, il importe de ne s'adresser qu'à des individus primitivement vierges de toute infection, qu'il s'agisse de l'hôte intermédiaire ou de l'hôte définitif, et de mettre les sujets à l'abri de toute cause étrangère d'inoculation par quelque voie que ce soit, pendant tout le cours des observations.

Quoi qu'il en soit, au point de vue pratique, la question n'a qu'une importance secondaire : que le parasite s'introduise par la voie cutanée ou par la voie digestive, c'est le Moustique qu'il faut détruire; comme c'est dans les eaux stagnantes que le Moustique prend naissance, et comme c'est là qu'il retourne généralement mourir, pour l'hygiéniste, c'est l'eau qui est le premier facteur en jeu. Or, pour toute agglomération, l'eau de consommation constitue le foyer de pullulation le plus voisin, qu'il s'agisse de citernes, de tanks indiens ou des bassins et récipients domestiques en usage aux Antilles. Far suite, quelle que soit la théorie admise, la prophylaxie de la filariose réside avant tout dans le choix du mode d'approvisionnement de l'eau de consommation.

Nous croyons utile de donner ici la liste des Moustiques chez lesquels l'évolution de la F. Bancrofti a pu être suivie d'une façon complète :

Culex pipiens à Amoy, Chine (Manson) ;

Culex Sknsei, Cousin domestique d'Australie, à Brisbane Quensland (Bancroft);

LES PILAIRES DU SANG DE L'hOMME 193

Anophèles Rossi à Tranvancore, Indes (James; il cite encore un autre Anophèles qu il n'a pu spécifier) ;

Aiiopheks œstalis. Bas Niger (Annett, Dutton).

Culex fatigans à la Trinité, Antilles (Vincent) et à Sainte-Lucie, Antilles (Low);

PanoplUes africanusau Zaïnbèze (Daniels), ainsi qu'un Cm/cjt indéterminé de la même région ;

Stegomyia calopus. Bas Niger.

Des résultats positifs mais incomplets ont été obtenus arec :

C^àIcx tœniatus à la Trinité et à Sainte-Lucie (Vincent et Low);

Anophèles albimanm, à la Trinité (Vincent; développement rapide, mais le Moustique ne peut être élevé au delà de 12 jours);

Ctdex microannulatus i à Travaucore (James; ne peuvent être

Culex albopictus ( élevés au-delà de 12 jours.)

Nous voyons donc que la Filaria Bancrofti évolue indifféremment chez diverses familles de Culicides.

La Filaria Bancrofti est très répandue. Elle sévit sous tous les tropiques, qu'elle déborde largement au nord et au sud. Pour l'Ancien Monde, elle a été signalée dans l'hémisphère sud, jusqu'à Brisbane en Australie, par 27« de latitude, et jusqu'au Natal par 30«. Dans l'hémisphère nord, elle dé[msse bien davantage la ligne des tropiques, car elle a été trouvée dans les îles méridionales du Japon, jusque vers le 33"»« degré; enfin, elle est connue en Europe, où l'on a observé jusqu'à ce jour deux cas indigènes : l'un à Canet del Mar, petite localité de la côte d'Espagne, à 41 kilomètres au nord de Barcelone, signalé par Font y Torné en 1894; l'autre rapporté par Blondi en 1ÎK)3 concernant un individu originaire de Gibraltar. Le cas le plus septentrional est donc celui de (]anet del Mar, près du 42™" degré de latitude, à iSO kilomètres de la frontière française. 11 s'agit là évidemment de cas erratiques qui s'expliquent par les relations que ces localités maritimes entretiennent avec les régions endémiques, mais si l'attention est attirée sur ce point, il est possible que les observations de ce genre se multiplient. Si nous notons aussi que le Culex d'Australie, chez lequel Bancroft a suivi l'évolution de la Filaria Bancrofti, est très voisin du Culex pipiens qui abonde dans nos pays, il ne nous paraîlni pas im()Ossible que la Filaria //r//icro/'/j s'acclimate un jour sur notre continent. Ce ne serait pas la première fois qu'une

Archive» de Parasitologie, IX, n*2 , IDOi. 13

194 R. PENEL

endémie exotique, transmise par les Moustiques, serait importée en Europe: l'exemple de la fièvre jaune est fait pour nous donner à réfléchir. Dans le Nouveau Monde, la FilariaBancrofd est connue sur toute la côte orientale, depuis Buenos-Aires, sur leSo'"® degré de latitudesud, jusqu'à Philadelphie, sur le 40'"*' degré de latitude nord, où Dunn a signalé un cas indigène. Les Antilles constituent uu des foyers où elle sévit avec le plus de force; il est probable quelle y a été importée d'Afrique par la traite des Noirs; de là, à la faveur des relations commerciales, elle s'est répandue dans les Etats- Unis, où elle n'est pas rare entre le 30»"® et 40"»® degré de latitude, ce qui prouve qu'elle peut s'accommoder d'un climat aussi tempéré que la nôtre.

Filaria loa. — La F. loa ou Pilaire de l'œil est de toutes ces Pilaires la plus anciennement connue. Nous savons, par une curieuse gravure datée de 1598 et publiée par le professeur R. Blanchard, qu'elle sévissait sur la côte occidentale d'Afrique à la fin du XVI""' siècle, avant môme la traite des Noirs. C'est un Ver en général plus petit et beaucoup plus épais que la Pilaire de Bancrof t : le mâle mesure environ 30"^"» sur3o0a; la femelle mesure ;}o™"^ sur ^21}u. Le mâle présente cinq paires de papilles anales faciles à voir, trois paires préanales très fortes et sacciformes, deux paires postanales dont la dernière très petite et conique.

Le Ver adulte vit dans le tissu conjonctif sous-cutané; c'est à ce titre (ju'on peut le voir occasionnellement serpenter sous la conjonctive; mais il peut se trouver sous la peau en un point quelconque du corps, où il détermine des œdèmes localisés et fugaces. A l'autopsie d'un Nègre du Congo, mort à Paris de maladie du sommeil, nous avons trouvé trente et quelques adultes disséminés dans le tissu cellulaire superficiel des quatre membres, et malgré une recherche soigneuse, nous n'en avons vu ni sur le tronc, ni sur le cou, ni sur la face, ni môme à la région de l'œil. La i)résence de la F. loa dans cette région n'est donc qu'occasionnelle; il semble qu'elle s'y montre de ])référence lorsqu'elle est jeune et active* Ainsi s'explique que si fréquemment les spécimens extraits n'ont pas encore atteint leur maturité, et que, d'autre part, ccmtrairement aux autres pilaires, on la voit si souvent chez les enfants. Il est probable que, semblable en cela à quelques Pilaires cimnues chez les Mammifères, telle la F, rquina qui peut

LES PILAIRES DU SANG DE L^HOMME 19d

se montrer sous la conjonctive du Cheval quand elle est jeune, la F. loa tend avec l'âge à se fixer dans les tissus profonds où elle meurt; c'est ainsi que Brumpt a pu trouver sur le cœur d'un Indigène du Congo cinq Pilaires adultes, dont quatre enkystées et calcifiées, la cinquième étant une femelle vivante de F. loa.

L'embrj'on de F, /oa, extrait de l'utérus de la femelle, mesure environ 260 sur 16 ^. 11 est entouré d'une gatne et son extrémité postérieure est eflfilée; il est donc semblable à la Filaire nocturne, mais ses dimensions sont relativement petites, ce qui est généralement le cas des embryons qui n'ont pas encore passé dans la circulation. L'adulte vivant et mourant dans l'organisme, et le trouble léger qu'il provoque n'aboutissant jamais à la suppuration, les embryons ne trouvent jamais d'issue vers l'extérieur et doivent nécessairement se répandre dans la circulation. Toutefois, il est rare qu'un porteur de F. loa ait des Microfilaires dans le sang; si le cas se présente, c'est à la F. diuma que l'on a affaire.

La F. loa est un parasite exclusivement africain. Elle estconnue sur toute la côte occidentale d'Afrique, de la Côte de l'Or à la Côte d'Angola, et dans le bassin du Congo. Les premières observations ont été faites aux Antilles et dans l'Amérique du sud à la fin du XVllI® siècle, c'est à-dire pendant la traite des Noirs; aussi concernaient-elles toutes des individus originaires de la Côte de Guinée. Onn'ajamaisvudecasautochtonesde F. /oa dans le Nouveau Monde; on ne l'y a donc plus observée depuis que l'importation des esclaves a cessé.

Filaria diuma, — La Filaire diurne, décrite par Manson en 1891, est une Microfilaire très voisine de la F. nocturna. Ses dimensions sont sensiblement les mêmes; comme celle-ci, elle est entourée dune gaîne et sa queue est effilée. Elle s'en distingue toutefois par quelques détails de sa morphologie et de ses réactions colorées. Sa gaine est plus délicate, par suite elle manque aisément; fréquemment, l'extrémité de sa queue se replie surelle-niôme, à l'intérieur de la gaine, ce qui peut lui donner, au premier abord, un aspect tronqué. Pour la structure interne^ il serait peut être prématuré d'établir une distinction sur la distribution et l'aspect des taches embrj'onnaires qui, variant suivant les individus et selon les réactions, ne prêtent pas pour le moment à une systématisation pré-

19G . R. PEXEL

cise; toutefois, en ce qui concerne les cellules elles-mêmes, le D' Brumpt a observé qu'elles sont sensiblement plus grandes chez la F. diurna, et sur ce caractère il la différencie de la F. noctuma au simple vu de l'embryon. Cependant, c'est sur sa périodicité que Manson l'a tout d'abord différenciée. En effet, comme son nom l'indique, la F, diurna se rencontre i)rincipalementde jour dans le sang périphérique. Ce caractère distinctif est très net, vu de haut, mais assez inconstant dans le détail; la F, rfturna se trouve souvent dans le sang de la nuit, et suivant les habitudes du sujet, cette périodicité peut disparaître complètement, de telle sorte que la l)ériodicité de la F. diurna et celle de la F, nocturna peuvent exceptionnelleînent se rapprocher l'une de l'autre. C'est ce quia permis à Annett, Dutlonet Elliot de mettre en doute l'individualité de la F, diurna. Nous ne pouvons entrer dans le détail de leur argumentation, qui est quelque peu paradoxale; qu'il nous suffise de dire que cette manière de voir, qui s'explique par la méconnaissance de différences morphologiques réelles, ne semble pas légitimée par les faits : pour n'être pas aussi typique que le croyait Manson, la périodicité diurne de cette Filaire n'en est pas moins très réelle dans l'ensemble chez des sujets dont les habitudes sont régulières. Nous ne savons rien du nMe pathologique joué par la F. diurna, et pour son évolution, nous en sommes réduits à. des hypothèses. La présence d'une gaine, qui musèle l'embryon, doit nous faire penser que celui-ci est mis eu liberté par un Insecte suceur, et cet Insecte doit être diurne comme la périodicité. Quelques recherches entreprises sur les Moustiques n'ont pas donné de résultats. Manson a émis l'hypothèse que l'hôte favorable serait une Mouche, connue dans le Bas-Niger sous le nom de Mangrove Fly; cette Mouche, qui pique au milieu du jour, est particulièrement importune dans cette région, où la F. diurna sévit avec unegrande intensité. Mais ce terme ne s'appli(iue pas à une espèce définie ; il sert, en réalité, à désigner indilïéremment un certain nombre de Tabanides et de (îlossines. Brumpt a fait précisément quelques recherches sur les Clossines au Congo; des dissections rapides ne lui ont pas permis de trouver des larves de Filaire, mais il a rapporté un certain nombre d'échan tillons fixés à la glycérine, qui nous ménagent peut-être quelque surprise. Comme la F, loa, la F. diurna est une espèce exclusivement africaine; elle se rencontre sur la côte occidentale d'Afrique,

de Sierra-Leone au Congo, ainsi que dans tout \e bassin de ee fleuve. Elle semble disjmraître lorsque Ton passe sur le versant du Xil: cependant Christy Ta observée dans le nord du Bukedi (Ouganda).

Filaria loa et diuma. — Quand Manson présenta la Filaire diurne en 1891, il émit l'hypothèse qu'elle pouvait représenter la forme embryonnaire de la F. loa. En effet, il l'avait observée chez un indigène du Congo chez lequel, quelques années auparavant, la F. loa avait été vue. Quoique, dans la majorité des cas, l'on n'ait pas vu de Microfîlaires dans le sang des porteurs de F. loa, cette observation de Manson n'est pas unique. Annett, Dutton et Elliott ont revu récemment la F. diuma chez un jeune garçon du Bas-Niger, atteint de F. loa. Deux autres observations semblent être comparables ; Tune de Prout à Sierra-Leone en 1903, qui décrit dans le sang d'un individu atteint de Loa, un embryon paraissant se rapporter à la F. diuma; l'autre de Texier, la môme année, qui a trouvé la F. diuma chez un sujet qui paraît bien avoir été porteur de F. loa.

Mais, à l'appui de l'hypothèse de Manson, un fait bien plus démonstratif est le suivant : dans deux cas où l'on a recherché la forme adulte de la F. diuma, c'est la F. loa que l'on a rencontrée. Le premier de ces cas est celui de Brumpt : en pratiquant l'autopsie d'une femme atteinte de F. diumn, il a trouvé sur le cœur cinq Vers, dont quatre calcifiés et un vivant qui n'était autre qu'une femelle de F. loa. En examinant les embryons vivants contenus dans Futérus de cette femelle, il put les identifier avec les Filaires diurnes trouvées dans le sang. Le second est celui d'un des Nègres morts à Paris de maladie du sommeil. Ce malade était porteur de F. perstans et de F. diuma. Dans l'espoir de trouver la forme adulte de l'une ou l'autre de ces Microfilaires, le professeur Wurtz entreprit une patiente dissection, qui lui permitdetrouverdeux Filaires dans le tissu conjonctif sous-cutané du bras. A sa suite, j'en ai retrouvé un grand nombre d'échantillons, et j'ai pu m'assurer qu'il s'agissait de la F. loa : les dimensions, les bosselures cuticulaires, les caractères de la queue du mâle, ne laissent pas de doute à ce sujet. Les embryons extraits de l'utérus, examinés en préparation humide après conservation dans le formol, sont un peu petits (2()()usur6;^5), comme c'est e Icas pour des Microfilaires qui n'ont pas encore passé dans le sang. Leur queue est effilée, souvent repliée sur elle-même

198 R. PENEL

à l'intérieur de la gaine; celle-ci semble constante, quoique, dans certains cas, elle soit ajustée et difficile à voir. Ces caractères sont ceux de la F. ditima, et la Filaire nocturne n'est pas en question, puisque le sujet n*en était pas porteur.

Cette identité des deux espèces ressort de leur distribution géographique .elles sont toutes les deux africaines (côte occidentale et bassin du Congo) et ni l'une ni l'autre ne s'est acclimatée dans le Nouveau Monde à la faveur de la traite des Noirs, comme quelques espèces voisines.

Deux objections se présentent naturellement à l'esprit. Pourquoi, chez tout porteur de F. loa, ne trouve t-on pas la F. diurna dans le sang, et réciproquement pourquoi, chez tout individu atteint de F, diurna, ne voit-on pas la F. loa? A ces deux questions la réponse est aisée. Tout d'abord, pour que les embryons puissent être décelés dans le sang, il faut déjà un certain nombre d'adultes : c'est ce que Manson a montré pour la Filaria Bancrofti et ce que Brumpt a contrôlé pour la F. pe7*stans chez une jeune Congolaise qui, malgré les centaines d'adultes logés dans son mésentère, ne présentait qu'un petit nombre d'embryons par goutte de sang. Lorsque la F. diurna fait défaut, c'est que les adultes sont en quantité insuffisante. Il faut de plus compter avec les mâles, ou avec les femelles jeunes qui se rencontrent souvent. D'autre part, si la F. ha passe inaperçue chez un porteur de F. f/«wrwflf, c'est que, son passage sous la conjonctive étant purement accidentel, il est exceptionnel que l'on ait l'occasion de la voir. Elle vit en un point quelconque du tissu conjonclif superficiel ou jirofond du corps et ne détermine que des troubles fugaces, œdèmes, prurit, douleurs rhumatoïdes, qui ne sont pas rattachés à leur véritable cause; le plus souvent, elle est parfaitement tolérée.

Filaria perstans, — D'ai)rès Low, le mâle mesure 34"^™ sur lOiu; la femelle 30"»"^ sur 1()0,«*. C'est donc un Ver plus petit et beaucoup plus grêle que la Filaria Bancrofti. Le mâle est muni de quatre paires de papilles préanales et d'une paire de postanales, toutes très petites. Chez l'un et l'autre sexe, la queue se termine par deux prolongements triangulaires de la cuticule, qui lui donnent une apparence milrée caractéristique.

L'embryon, de même, est beaucoup ])lus petit que la Filaire nocturne. 11 mesure environ HOO^i sur 5 v., mais, comme il possède à un

haut degré la propriété de s'allonger et de se rétracter, ses dimensions varient beaucoup. 11 se distingue de la Microfilaîre de Bancroft par son extrémité postérieure, qui s'arrondit brusquement corn me si la pointe avait été tronquée. Cet embryon est privé de gaîne ; par suite, il est libre dans le milieu sanguin, qu'il parcourt activement en tous sens. Enfin, il ne présente pas de périodicité : on le rencontre indifféremment dans le sang du jour ou de la nuit, d'où son nom. Firket, en 1895, frappé des écarts de taille observés sur les différents échantillons, crut pouvoir distinguer deux variétés de F. perstans : une variété longue, mesurant 160 à 180 .îz, et une variété courte, mesurant 90 à 100 «. Ces deux types sont généralement associés sur une même lame, et il est très rare d'observer des tailles intermédiaires. Plusieurs observateurs, tel Van Campenhout, Hodges et Brumpt, ont depuis signalé le môme fait. N'y a-l-il là que des variations individuelles, ou ne s'agit-il que d'embrj^ons observés à des âges différents? La rareté des dimensions intermédiaires peut nous en faire douter. Le fait s'explique-t-il par des variations dans le degré de relâchement ou de contraction d'un embryon éminemment rétractile? Ce n'est pas certain, car tous les auteurs ne signalent i)as de variations inverses dans le diamètre de l'animal. Quoi qu'il en soit, il est difficile de dire, dès à présent, si nous sommes en droit de distinguer une variété grande et une variété petite de la F. perstans.

Nous ne savons rien du rôle pathologique joué par cette Pilaire. Comme l'adulte est très petit et se loge dans le tissus conjonctif ou adipeux qui entoure les grands viscères, en particulier dans le mésentère, on comprend qu'elle soit mieux tolérée que la Filaria Bancrofti.

L'évolution de ce parasite nous est également inconnue. L'analogie nous conduit à penser qu'il doit passer par un hùte inter médiaire, probablement un Moustique. Hodges dans l'Ouganda et Low en Guyane ont observé un commencement d'évolution, le premier chez le Panoplites africamis, le second, chez le Tmiiorhynchus fuscopennatus ; mais ce sont là des résultats encore très incomplets. Toutefois, la F. perstam sévissant principalement dans les régions où la forêt et la brousse n'ont pas encore fait place à la terre cultivée, il est probable que c'est parmi les Insectes qui hantent ces régions qu'il faut chercher Thôte favorable.

200 R. PENEL

Christy, constatant que, dans TOu^anda, la F. perstans ne sévit pas sur les populations entièrement nues, s'était demandé si l'évolution ne se ferait pas chez les Poux et les Puces qui se cachent dans les vêtements des indigènes. Les expériences entreprises sur des parasites de celte sorte n'ont rien donné. Plus récemment, le même auteur a admis que cette Filaire serait transmise par la piqûre d'un Acarien, VOrnithodorus moubata, et que la fièvre des Tiques ne serait aulre chose que les prodromes de cette infection. Manson, en 1891, lors(|u'il présenta la F. perstans, émit l'hypothèse que, vu son absence de gaîne et la liberté de ses mouvements, et vu son extensibilité, cet embryon pourrait traverser la paroi des vaisseaux sans secours étranger et gagner les téguments, où il subirait un commencement de différenciation ; de là il tomberait dans l'eau, où il achèverait son évolution soit librement, soit après passage dans le corps de quelque animal d'eau douce, comme c'est le cas pour la Filaire de Médine. A ce moment, il s'appuyait sur l'origine lilarienne du craw craw et de la maladie du sommeil ; mais depuis lors, ces notions ayant été reconnues erronées, cette hypothèse, si séduisante qu'elle soit, a perdu une grande partie de son poids.

Là F. perstans sévit sur la cùle occidentale d'Afrique, où elle a été signalée de Sierra-Leone à Loanda. Elle est très répandue dans tout le bassin du (iOngo, où elle est fréquemment associée à la F. (Huma; sur le versant oriental du continent noir, elle est commune dans l'Ouganda. Plus au sud, Danielsen a signalé un cas sur la rive occidentale du lac Nvassa. Elle a été considérée comme une espèce essentiellement africaine, jusqu'à ce que Manson eut édifié avec elle la variété tronquée de la F, Ozzardi, observée en Amérique chez les Caraïbes de l'intérieur de la Guyane anglaise. Nous savons maintenant f[u'il y a là un foyer isolé, qui déborde probablement la frontière du Venezuela, du Brésil et de la Guyane hollandaise.

Filaria Demarfiuayi. — L'embryon de cette Filaire a été décrit par Manson en 1897, sur des lames de sang provenant de Saint-Vincent (Antilles); à l'instigation du professeur R. Blanchard, il lui a donné ce nom en l'honneur du chirurgien français Demarquay, qui le premier trouva une Microiilaire chez l'Homme. Galgey a trouvé la femelle adulte dans le mésentère d'une indigène de

Sainte-Lucie. Le mâle est inconnu. La femelle mesure 65 à SO"»'" de long sur 210 à 250.^ de large; elle est donc un peu plus petite que la Filaria Bancrofti^ mais de diamètre à peu près égal ; elle lui ressemble d^ailleurs beaucoup.

L'embryon est petit comme celui de la F. perstans (200 .t* sur 5 /*), dont il se rapproche par sarétractilité, parrabsencedegaîne,cequi lui permet de se déplacer activement dans le champ de la préparation, et par l'absence de périodicité; mais il s'en distingue nettement par son extrémité postérieure, qui est effilée comme celle des Pilaires nocturne ou diurne.

Son rôle pathologique est inconnu ; vu son habitat, il est probable qu'elle est inoffensive. Sa distribution géographique est restreinte ; elle n'a été observée que dans quelques Antilles : à Sainte Lucie, à Saint-Vincent, à la Dominique et à la Trinité ; et encore ne sévit elle là que par petits foyers très circonscrits, dans des localités isolées, à proximité de la brousse ou des marécages : on assiste ainsi à de véritables épidémies de villages ou même de famille. Il est probable que son peu de diffusion tient à la rareté de son hôte intermédiaire. Les recherches de Low et de Vincent, à la Trinité, n'ont pas donné de résultat positif sur ce point; ils n'ont observé qu'un commencement d'évolution chez le Stegomyia calopus. Chose curieuse, à l'autre extrémité du monde, en Nouvelle (iuinée, Manson a signalé une petite Microfilaire effilée et privée de gaîne, d'apparence identique à la Microfilaire de Demarquay ; Seligmann l'y a revue récemment. Faut il l'identifier avec celle ci? C'est ce qu'il est Impossible de dire, tant que Ton ne peut comparer les formes adultes.

Filaria Ozzardi, — Manson a trouvé, sur des lames de sang prélevé sur des aborigènes de l'intérieur de la Guyane anglaise, deux petites Pilaires, le plus souvent associées, de même taille toutes deux (200 «* sur 5.!*) et toutes deux privées de gaîne, mais dont l'une était effilée comme la Filaria Demarquayi^ l'autre tronquée comme la F. perstans, 11 les décrivît provisoirement sous le nom de F. Ozzardi; il distingua deux variétés : une variété tronquée et une variété effilée. Daniels ayant trouvé la forme adulte de la Pilaire tronquée d'Ozzard, Manson l'identifia à la F. perstans africaine, dont les embryons aussi bien que les adultes sont superposa blés. Par suite, aujourd'hui, la variété effilée d'Ozzard subsiste seule.

202 R. PENEL

Nous en connaissons la femelle adulte qui a pu être comparée avec la femelle de la F. Demarquayi. Daniels a constaté que leurs dimensions se correspondent très exactement et que leur morphologie est la même. Toutefois, les diamètres de la tête varient ; ils sont beaucoup plus forts chez la F. Demarqtiayi; par contre, chez celle ci, la queue est moins large et se termine par un épaississement cutîculaire qui manque chez la F. Ozzardi. Nous ne pensons pas que l'on puisse distinguer ces deux espèces sur de semblables caractères. On sait, en effet, que les diamètres delà tête et du cou varient beaucoup chez une même espèce, vu la grande rélractilité de l'extrémité antérieure de ranimai; ces variations ne tiennent qu'au degré d'extension ou de rétraction de cette extrémité, au moment où elle a été immobilisée par la mort. Il en est de même pour la queue qui, étant fortement musculeuse ne présente pas toujours les mêmes dimensions lorsque la mort a fixé sa forme. Pour ce qui est de l'épaississement cuticulaire de l'extrémité postérieure, il suffit de regarder les schémas donnés par Daniels d'après des photographies pour voir qu'il ne s'agit là que d'écarts individuels. Nous avons observé sur nos échantillons de F. loa des écarts au moins aussi sensibles d'un spécimen à l'autre.

Les adultes femelles ne sont donc pas diflérencîables. Il en est de même des Microfilaires. Low a comparé avec soin les embryons de l'une et l'autre espèce; il a observé une parfaite similitude de taille et de structure, qu'ils soient examinés vivants ou en préparation sèche, lorsque la technique est la même, et il conclut à l'identité.

Enfin, en ce qui concerne la distribution géographique, ces deux espèces se comportent absolument de même. En Guyane, F. Ozzardi ne sévit pas sur la côte, où la Filaire nocturne est seule connue. Elle ne commence à ai)paraître que lorsqu'on quitte la bande de littoral cultivé pour entrer dans la brousse ou dans la forêt; mais si l'on défriche dans l'intérieur, la Filaire disparaît : ainsi, à Wismar, petit centre de chercheurs d'or qui est indemne, quoiqu'à six milles de la côte. Par contre, s'il subsiste un coin de brousse sur le littoral, la Filaire se rencontre encore : ainsi à Warni-River, où elle sévit dans une proportion de 60 0/0. Dans l'intérieur, la répartition est générale, mais très inégale; dans quelques villages, ou même dans quelques familles, la totalité des

adultes est atteinte, d'autres villages ou familles étant absolument indemnes. Cette façon de procéder par petits foyers circonscrits est caractéristique de la F. Demarquayi aussi bien que de la F. Ozzardi; elle contraste avec la manière de la F. liancrofti qui, dans ces régions, sévit volontiers dans les fortes agglomérations, où elle est propagée par les Moustiques domestiques qui vivent dans les eaux d'approvisionnement. Pour toutes ces raisons, nous pensons qu'il n'est pas prématuré de procéder au second démembrement de la F. Ozzardi et d'identifier sa variété effilée avec la F. Demarquayi.

Filaria Magalhàesi. — Le mâle et la femelle de cette Pilaire ont été trouvés par Figueira de Saboia au Brésil, dans le cœur d'un enfant et décrits par Magalhâes. Nous avons dit qu'elle a été confondue avec la F. Bancrofti jusqu'en 1893. Elle s'en distingue nettement par sa grande taille, lou™»» sur 713^ pour la femelle, g:jram sur 407 £* pour le mâle; par sa cuticule épaisvse et finement annelée; enfin par les papilles anales du mâle, qui sont fortes et k surface villeuse. Les embryons sont très allongés et très minces, mesuranl300à3o0,ùisur 6ft. L'examen du sang n'a pas été fait, mais il est bien évident, de par la situation de Tadulte dans la cavité du cœur, que les Microfilaires se répandent dans la circulation. Le cas de Magalhâes étant unique jusqu'à ce jour, toute hypothèse sur le rôle pathologique ou l'évolution de cette Pilaire serait pour le moins prématurée.

Filaria gigas, F. Pairelli. — Un mot seulement de ces deux Microfilaires, qui n'ont été vues qu'une fois et dont il serait prématuré d'affirmer la spécificité, puisqu'il faut toujours compter avec les erreurs d'interprétation et les artiiices de préi)aration.

La F. gigas a été observée par Prout en 1902 à Sierra-Leone, associée à la F. noctuma. Il s'agissait de deux embryons de grande taille, le plus grand mesurant 349 .<^ sur 12;^, le plus petit 2'2i)y sur 10 w. La queue était tronquée et la gaîne paraissait absente. Par un examen attentif, on pouvait distinguer nettement un canal central. Cesembrj'ons présentaient une affinité particulière pour la fuchsine; par suite, ces échantillons étaient obscurs et, en cherchant à les éclaircir, Prout n'est parvenu qu'à les altérer. H s'agirait donc d'une Microfilaire semblable à la F. perstans, mais de dimensions doubles et de différenciation plus avancée.

20i R. PENEL

Powell, dans une note adressée au British médical Journal en 1903, décrit comme suit une Microfilaire qu'il a observée à trois reprises chez un homme de police de Bombay :

(( Embryon entouré d'une gaîne, à queue tronquée, de diamètre sensiblement égal sur toute sa longueur et mesurant 131 u. de long sur 5,3 .u pour son épaisseur maxima. ))

C'est donc un embryon petit et tronqué comme la F. perstans. Mais celle-ci, qui n'est pas connue aux Indes, s'en distingue nettement par Tabsence de gaîne. Il est certain qu'aucune Microfilaire semblable n'a encore été décrite.

Comme conclusion de cet aperçu, nous proposerons provisoirement la classification suivante des Pilaires du sang :

Formes adultes : Formes EMBRYONNAmEs :

F. Bancrofti. F, noctuma.

F. loa. F, diuma.

F. perstans. F, perstans,

F. Demarquayi. F, Demarquayi.

F, Magalhàesu ?

à laquelle il faut probablement ajouter la F, volmlus.

Qu'il nous soit permis en terminant d'attirer l'attention des médecins des Colonies françaises sur l'intérêt qu'il y a à [)ratiquer des examens du sang sur une grande échelle et à dresser des statistiques, soit pour la détermination des espèces et de leur répartition, soit pour l'éclaircissement de certains problèmes, tels que l'étiologie de réléphantiasis,dont l'origine filarienne est encore à discuter et qui mérite d'être examinée de près. Il est regrettable de constater qu'à ce point de vue nous sommes largement devancés par les Anglais, à qui nous devons presque toute la littérature de cette question (l).

(1 ) Pour de plus amples détails, voir : R. Penel, les Pilaires du sang de l'Homme. Paris, F. R. de Rudeval, 1904.

Page 1