L. MOREAU et H. SOULIË
Professeurs à l'École de médecine d'Alger.
C'est chose banale que de proclamer le paludisme un des grands fléaux de nos colonies. A force de l'entendre, on finit par s'y habi tuer et n'y plus prendre garde. On se dit qu'après tout, puisque les colonies ne sont point mortes du paludisme, c'est peut-être qu'on exagère et que le paludisme est, suivant une expression à la mode, une quantité négligeable.
Ce serait pourtant une erreur, et même une très grave erreur, de le croire. Évitons, — il le faut, — les exagérations qui, parfois, ont fait mettre sur le compte du paludisme un certain nombre de maladies ou d'accidents, mal connus, insuflisamment étudiés et qu'on n'a rapportés que petit à petit à leur véritable cause. Admet tons que ce travail de ségrégation n'est pas achevé et que quelques manifestations morbides, actuellement encore attribuées au paludisme, viendront se ranger un jour dans d'autres cadres nosologiques. Quand nous aurons fait tout cela, il restera au paludisme un domaine assez vaste pour qu'il réclame toute la sollicitude de ceux qui s'intéressent au sort des colonies, et surtout toute la sollicitude de l'hygiéniste et du médecin.
Car, si le problème de la colonisation est extrêmement complexe et fait appel à toutes les intelligences et à toutes les bonnes volontés, là, comme ailleurs et même plus qu'ailleurs, le succès dépend d'une bonne santé et, parmi les causes qui sattaciuent le plus souvent et le plus gravement à la santé des colons, il faut citer le paludisme.
Il s'attaque gravement à la santé des colons par ses manifestations sévères et aussi par sa forme lente et traîtresse, par la cachexie palustre. Mais on se ferait encore une idée tout à fait insulfisante du danger, si l'on se bornait à enregistrer ces véritables forfaits du paludisme. A côté d'eux il y a les simples délits, très nombreux, très importants, bien qu'on soit tenté de les oublier et d'accepter au moins pour eux l'expression que nous rappellions