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II. — Les œufs de Bilharzie et leur structure

L'histologie des œufs de Bilharzie est un' sujet d'étude poussé à fond. Les travaux de Bilharz, de Cobbold, de Griesinger, de Leuckart, ceux, modernes, de Damaschino et Zancarol ( 1 ), de R. Blanchard (2), de Chatin (3), de Fritsch (4), de Mohammed Chaker (5), de Lortet et Vialleton (6), de Rutimeyer (7), deLooss (8), sont trop

(1) Damaschino et Zancarol, Mém. Soc, med, des hôpitaux de Paris, 1882 p. 144 et 150.

(2) R. Blanchard, Traité de Zoologie médicale. Il et Pathologie générale de Bouchard, IL

(3) Chatin, Aoat.de la Bilharzia, C. R. Acad, des sciences, 1887, p. 1004.

(4) Fritsch, Zur. Anat. der Bilharzia haematobia, Archiv. f.mikrosk. Anat.,

(5) Mohamed Chakeh, Étude sur l'hématurie d'Egypte, Thèse de Paris, 1890.

(6) Lortet et Vialleton, Etude sur la Bilharzia et la BUharziose. Aniiales de l'Université de Lyon, 1894.

(7) L. Rutimeyer, Ueber Bilbarzia-Krankheit. Annales suisses des sciences mé dicales, p, 871.

(8) Looss, Zur Anatomie und Histologie der Bilharzia haematobia Cobbold. Archiv. f. mikroskop, Anatomie., XXXXVI, 1893.

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universellement connus pour qu'on puisse espérer découvrirencore d'importants détails de structure, la moisson étant terminée, ou peu s'en faut. Tout au plus reste t il à noter certains points utiles à l'observation que nous rapportons et utilisables en vue d'une esquisse pathogénique terminale.

Tout d'abord, rappelons que la forme des œufs de Bilharzie n'est pas constante, pour tous les exemplaires que l'on observera réunis sur un même point. A côté d'individus présentant un contour ovoïde ou ellipsoïdal d'une façon presque géométrique, ce qui est l'exception (pi. II, fig 4 et 5), que d'exemples d'œufs irréguliers, que de formes déliant toute description! Sans parler des œufs dont les deux extrémités, dépourvues d'épines, semblent se dévier en sens inverse avant leur point ultime (pi. II, fig. 4, l'avant dernier œuf à gauche, au bas de la figure), j'ai pu retrouver à plusieurs reprises des œufs dont l'extrémité la moins grosse se recourbait fortement sur l'axe longitudinal du corps de l'organe, au point de décrire avec lui un angle obtus très accusé (disposition en virgule).

Véperon appendu k la surface de la coquille de l'œuf et dont la présence, sans être absolument constante, est presque la règle (pi. II, fig. 4, 5, 6 et 7; voy. aussi la fig. 15, ci-contre) contribue pour une part importante aux formations irrégulières de l'organe.

Cet appendice est très diversement placé : tantôt, on le voit à l'un des pôles, sur le prolongement axial de l'œuf, ou légèrement parai lèle, plus souvent au bout de la petite extrémité (éperon polaire); tantôt il se place sur l'un des bords de l'organe, en un point variable (éperon latéral). Latéral, l'éperon est presque toujours plus rapproché de la grosse tubérosité de l'œuf que de sa petite extrt^mité. La saillie de l'éperon est d'ordinaire modérée; fréquemment, sur les coupes les mieux préparées, elle apparaît rompue, séparée de l'œuf comme par une sorte de ligne de fracture (pi. II, fi^. 4).

Le nombre d'éperons, pour un œuf donné, est assez variable : un seul éperon par coquille, telle est la règle ordinaire. Toutefois, il n'est pas rare de constater la présence de deux éperons (fig. loi, placés chacun à l'une des extrémités polaires (éperons bi polaires). Il m'est arrivé enfin de compter trois éperons, deux polaires et un latéral, pour un seul et même œuf; mais cette disposition morpho logique est exceptionnelle. La direction générale de l'éperon latéral, par rapport à la coquille, est fort variable : souvent l'éperon trace

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une saillie régulière, perpendirulaireà l'axe généml de l'œuf; parfois aussi, l'axe de l'épenm dessine un angle, obtus par rapport à l'axe de l'œuf et dont le siuus est ouvert, soit vers la grosse, soit vers la petite extrémité.

La forme de l'éperon esl, d'habitude, cylindro conique; elle 'demeure, soit régulière jusqu'au bout de son extrémité saillante (d'as-

Fii). 15, — Onzo iputs (le IlilhHrzl(t Incrusti^s dans 1h miiqucu<H> In lent In h le. X 200.

Pn^parHUon rirstini'c a montrer les dldi^renls iispoclM pr^stïnli^ par un Ilot d'iputs lrouv<> sur une coU|ic mlcroscopligue. ri lii)ti' dans la mu<|upusn «épaissie.

Six dp rPS œufs sontmjnls d'un ('peron hilt'ral, clivcrs«monlpliLpi' selon l'orientation <\f. l'œuf par rapport au plan de la coupe. L'un d'eux, ii droite, sur le boni m^mc dP la figure, monlrn deux éperiins, l'un lalt'ral, l'autre polaire. Un autre n>u[, à RHucho, au bas de la fifcure, poasNIe deux éperons polaires, l'un et l'autre planés suivant IsRrand axe de l'œuf.

L'ipuf le plus vidumincux, |A Kauehe. partie supi'ricure), contient un embryon composé de deux masses proloplasmiques flaires, munies l'une et l'autre d'un volumineux noyau.

La forme, la saillie, la direction cl l'i^palsseur des laperons peuvent ^tre éludliVs iei ù loisir, par comparaison.

pect uciculé). soit quelque peu infléchie, suivant le plan équatorial de l'œuf, ou suivant le plan axial, selon les cai^flig. la. et pi. II. fig. 4). On ne saurait manquer de signaler, en terminant, la gnmde fréquence des éperons latéraux saillîinis à la surface des œufs de Bilharzie logés dans l'épaisseur des couches les plus internes de lin testin, Oq l'opposera à l'absence ordinaire, sinon constante, d'épe-

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rons latéraux sur les œufs incrustés dans les parois de la vessie, de la prostate et des vésicules séminales; ce détail, sur lequel insistent à juste titre la plupart des auteurs, ne peut-être dû au seul hasard. Nous aurons à le retrouver, au cours de ces études.

Il nous suffit de reconnaître que ces « appendices spiniformes », véritables épieux, s'enfonçant dans les tissus, jouent, à n!en pas douter, un rôle décisif dans la progression des œufs à travers les couches de l'intestin.

Le volume des œufs est diversement indiqué par les auteurs, peut-être à cause d*un manque d'entente préalable et sans doute aussi à cause des conditions différentes dans lesquelles ils se seul placés : la mensuration d'un œuf libre dans Turine ou les fèces nest pas comparable aux mensurations faites sur coupes microscopiques, après durcissement des pièces. Il importe, par exemple, d'éviter de compter la saillie de l'éperon dans l'estimation de la grosseur d'un œuf proprement dit. Cette réserve acceptée, notons que les chiffres fournis par certains auteurs sont plutôt des données schématiquesque des mensurations précises. Énoncer, par exemple, que la longueur, autrement dit le diamètre longitudinal, pris suivant le grand axe de la coquille, défalcation faite de l'éperon, oscille entre 135 ii et 160 p ou encore entre 159 /* et 171 f* ou même 210 fA, c'est donner une estimation par trop approximative. J'ai, pour ma part, pris soin de mesurer le plus grand nombre possible d'œufs pleins et vivants, c'est à dire ne présentant aucun signe d'altérations régressives. J'ai constaté que la longueur la plus habituelle de l'œuf n'oscille guère qu'entre 130 p 9, 133 fi 2, 136 pi 8, 138 IL, 140 ^ 4» 150 fA, 154 ii 7, et 159 fi 4 (ce dernier chiffre fort rare), mensurations inférieures, d'une façon notable, aux chiffres rapportés par la plupart des auteurs.

De même pour la largeur de l'œuf mesuré suivant son plus grand diamètre transversal, perpendiculairement à l'axe longitudinal, et passant bien par la partie la plus saillante du corps de la coquille, autrement dit par la ligne équatoriale de l'œuf. Les chiffres publiés par les auteurs oscillent de 55 ^ à 66 fA, ou encore de 54 IX à 60 a . Mes mensurations furent toutes prises conformémeut à l'indication précédente; elles m'ont fourni des chiffres régulièrement inférieurs à ceux qui précèdent. C'est ainsi que les plus petits œufs, encore sains^ donnaient 47 /a 6 et 50 p 4 de diamètre, les

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plus gros ne dépassant pas 54 |x 7, 57 fx, 59^5 et 61 ^a 8. Une exception doit être faite cependant pour certains œufs beaucoup plus gros, très rares à la vérité, que j ai trouvés à plusieurs reprises (v. fig. 15, rœuf le plus élevé à gauche, sur le bord de la préparation); ces œufs, énormes par comparaison avec la foule des autres, sont remarquables moins à cause de leur longueur (qui ne dépasse pas 159 II) que par leur grosseur anormale qui atteignait, sur quelques exemplaires, jusqu'à 64 et 70 fA. Ces gros œufs étaient, tous, remplis par un embryon en voie de développement avancé (fig. 15), sans cependant qu'il m'ait été possible d'y découvrir les détails microscopiques correspondant à un embrj'on cilié déjà formé.

Morts, et en plein état de calcification, ou seulement incrustés de quelques granulations calcaires, les œufs se montrent petits, rétractés; tout en ayant conservé leur forme, ils ne dépassent pas 123 pi,7 à 122 fi de long, sur 47 ^a à 49 fx de large.

Une fois l'embryon arrivé à terme, l'œuf éclate, par déhiscence Ion gitudinale; évacué, il se raccourcit et d'ordinaire alors la coquille, bien reconnaissable, ne mesure plus que 111 fx, 8à97fA,2 de long; elle n'offre plus, comme diamètre transversal, que 42/a,8 à 35 pi,7, vers le fond de l'œuf; cette grosse extrémité, respectée par la ligne de rupture, conserve souvent appendu à elle l'éperon en bon état, ou à peine modifié dans sa structure.

Les mensurations de l'éperon, fournies par les observateurs déjà cités, lui attribuent 21^1, 30 .u et même 33 ^x de long. Mes chiffres sont régulièrement moindres, car ils n'ont jamais dépassé 14fi, 8 16 fA 6, 21 /A 4 et 23 fA 8 au maximum.

La structure de l'œuf de Bilharzie comporte l'étude de l'enveloppe, ou coque, puis de son contenu. Ces deux points ont été réglés par trop d'observateurs compétents pour nous retenir longtemps. Il est important toutefois de signaler certaines particularités utiles à la patbogénie, étude qu'on ne saurait entourer d'un trop grand luxe de détails positifs.

La coquille de l'œuf est, comme on sait, composée d'une matière anhiste, translucide, douée d'un certain degré d'élasticité, mais cependant friable, et susceptible de maintenir à peu près sa forme générale après le départ de l'embryon.

Sauf au niveau de l'éperon, la paroi de la coque est d'une minceur

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très grande, uniforme autant cju'on en peut juger (pi. II, fig. 4, 5, 6 et 7) sur les coupes.

Vembryoîi, contenu dans la coquille encore intacte, se présente (dans rimmense majorité des œufs innombrables qull m'a été donné d'étudier sur coupes), comme une masse ovalaire informe dans laquelle il était impossible de reconnaître les figures classiques caractéristiques de l'embryon décrites par les auteurs. Dans le plus grand nombre des cas, on compte, à l'intérieur de l'œuf, deux,, trois, rarement quatre gros éléments cellulaires, arrondis, formés, semble t il, d'un protoplasma granuleux, sombre, au milieu duquel sont répandus quelque clairs noyaux faiblement colorés. Les exemplaires semblables à celui représenté dans le gros œuf de gauche (fig. l?î) où l'on aperçoit un organisme mieux conformé et auquel on décrirait, au besoin, une extrémité cépha lique avec un rostre en voie de formation, ces exemplaires étaient d*une excessive rareté dans l'observation servant de base au pré sent mémoire.

Bien plus communs sont les cas où l'embryon, bien isolé encore de la face interne de la coquille qui l'enserre, commence à montrer des signes de souffrance, voire même de désintégration granuleuse, sinon déjà d'incrustation calcaire. Sur les coupes bien colorées à l'hématoxyline, l'embryon se présentealors teinté en violet plus ou moins trouble et ce ton violet, qui laque pour ainsi dire le protoplasma du parasite, n'afiecte en aucune façon la pelluciditéde la coquille qui rengaine. Des granulations petites, irrégulières, colorées en violet foncé, ou même en violet noir, s'accumulent autour des masses protoplasmiques. Elles respectent longtemps, semble t-il, les noyaux, qui tranchent par leur lilas pâle sur les masses de poussières violettes incrustées dans les blocs du parenchyme.

Si les désordres régressifs s'accusent davantage, la masse proto plasmique de l'embryon se hérisse de granulations sombres, calcaires à n'en pas douter. Arrive même un moment où l'habitant de l'œuf se transforme en un bloc d'abord granuleux, puis uniforme, qui perd bientôt toute forme organique (pi. Il, fig. 4). En ce cas, le terme ultime de la dégénérescence calcaire de l'œuf est représenté par un calcul oviforme (pi. II, fig. o) d'un violet rougeâtre diffus, constitué par la fusion intime de l'œuf et de son enveloppe, également envahis par l'infiltration de sels de chaux.

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Sur ces points du moins, la bilharziose est vaincue par la mort du parasite, réduit à l'état de corps étranger irréductible.

Maintes fois aussi, les œufs de Bilharzie,se montrent, sur les coupes, vidés de leur contenu. L'embryon a disparu, laissant un vide diversement comblé selon les cas. Il est facile de distinguer un œuf brisé par suite d'un accident de technique (voy. iig. 15, le deuxième œuf de droite, premier rang, coupé transversalement et rompu par le montage dans le baume) et d'en différencier l'aspect, comparativement avec Ididéhiscence, qu'on pourrait dénommer physiologique, de l'œuf arrivé à complète maturité.

L'œuf, rompu par évacuation normale de l'embryon s'observe fréquemment sur toutes les coupesde la muqueuse intestinale. On le reconnaît à trois caractères principaux, qui ne manquent pour ainsi dire jamais : !« V affaissement incomplet de la coquille, 2° la direction, généralement longitudinale (axiale), du trait principal de la rupture^ et S^ l'invasion de la cavité de l'œuf par des cellules migratrices.

N'était la technique colorante employée, en particulier l'orcéine jointe k l'hématoxyline, une foule de coquilles brisées et évacuées échapperaient à l'observateur (pi. ll,fig. 5). Pour ne citer que cette métbode colorante, la coque affaissée apparaît alors mise en valeur grâce à son ton jaune brun sale qui la fait vite apercevoir, avec un grossissement moyen, au milieu des travées connectives et desélé ments cellulaires accumulés dans leurs interstices. Lorsque l'œuf rompu et évacué est, sur une bonne coupe, couché parallèlement à la surface de section (pi. II, fig. 4, 6 et 7), les détails sont plus démonstratifs encore et entraînent la conviction, en montrant sur le fait la façon dont s'est accomplie la déhiscence de la coquille. Maintes fois, en effet, l'aspect de la coquille évacuée est le suivant: de la grosse tubérosilé, ou gros bout de l'œuf, se détache vertica lement, suivant le grand axe de l'organe, une ligne de fracture dont les lèvres plus ou moins écartées laissent voir l'intérieur de la loge ovulaire vide, ou du moins dépourvue d'embryon. Le sommet ou petite extrémité de l'œuf est méconnaissable, déchiré, peut-être redressé, de toute façon fort déformé. L'éperon latéral persiste intact, accrochéaux parties latéralesduboutdel'œufet ayant échappé dans ce cas à la déhiscence de la coquille. Règle générale, le trou béant qui. résulte de la déchirure de Tenveloppe de l'œuf regarde

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vers la muqueuse intestinale: Tembryon s'est précipité vers la surface interne de l'intestin.

Nous aurons l'occasion de revenir sur l'invasion constante de la coquille (une fois évacuée) par les leucocytes du voisinage. Un examen attentif permet, malgré la minceur et la translucidité inaltérables de la paroi coquillëre, de constater cette infection de la cavité de l'œuf (fig. 16).

Quelques courtes remarques à ce sujet: tant que l'œuf est vivant, il semble s'opposer à tout appel hyperdiapédétique autour de lui ; on ne trouve jamais dans son entourage ces couronnes de nombreux leucocytes (phagocytes) de divers ordres qui s'accumulent, comme à l'envi, autour de tous les corps étrangers ou des parasites dits phlogogéniquesoupyogéniques. Vivant, l'œuf de Bilharzie possède, à n'en pas douter, un chimiotactisme négatif. Mais sitôt mort, ou simplement dépouillé de son embryon cilié, l'œuf, soit calcifié, soit rompu, redevient un corps étranger banal et les phagocytes s'avancent autour de lui, à l'assaut. On les voit surtout se déposer autour des angles formés par la saillie de l'éperon (fig. 16). Parfois même, le nombre des phagocytes mononucléaires s'y manifeste si grand qu'ils dessinent, à la base de la saillie spiniforme en question, une sorte de vaste cellule géante à noyaux multiples, à laquelle il ne manque guère, pour être complète, que quelques bribes de subs tance protoplasmique diffuse, intercalaire, difficile à colorer. La surface de la coquille se* recouvre ainsi, de place en place, de beaux placards phagocytaires, parmi lesquels, d'ordinaire, on ne peut observer le moindre polynucléaire.

Pendant ce temps l'intérieur de l'œuf est, comme nous l'avons montré, envahi par des phagocytes mono ou polynucléaires. Toutefois, ces éléments vont s'y trouver exposés, pendant encore un temps indéterminé, à des dangers redoutables: ils y éprouvent des troubles, dûs sans doute à la difficulté qu'ils ont de se nourrir et de respirer à l'intérieur de cette vaste carapace affaissée. Aussi les voit-on (fig. 16 et pi. 11, fig. 6) s'y morceler en grand nombre, y fragmenter leurs noyaux en proie à une karyolyse des plus manifestes, indice de la dégénérescence irrémédiable de la cellule mi* gratrice, victime de sa propre victoire.

La technique colorante qui met en lumière tous les détails pré cédents est des plus simples. Il me suffira de la signaler en quel-

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ques ligoes, sans citer tous les procédés habituels, bien connus, tels que le picro-carmîn et le carmia à l'alun.

L'action de ïéosine-kémaloxyline donne aux œufs un aspect général allant du rose au brun rosAtre, qui tient à ceque l'enveloppe coquilliêre prend un ton rose thé sur lequel les masses de l'embryon tranchent plus ou moins vivement, selon leur état. Normal,

16. — Une ccKiulllc d'otuf rompue, i^vacuéc, envahie par les ptiagocytes. x SOO.

L'œuf rompu, comme on peut le voir â sa partie infi^rlcure, ne dessine plus bien le double <wntour de sa paroi (sauf ou bas et à ft^uche de la ligure).

La saillie lormi^c par l'éperon latéral len haut et ù gauchcj montre le Ussu de l'enveloppe infiltré de petites granulations noires (calcaires ?) Tout autour do la base de l'éperon, les leucocytes se sont accumulés en grand nombre, bien vivants, tous roononuctéuires, groupes H la façon d'une ucellulegéanteuen vole de formation.

Par transparence, Il est facile de roconnattrc, à l'intérieur m^me de la co<[uille, Is présence de plusieurs phagocytes inclus. Tous montrent leur noyau en voie d'altération profonde ; certains mfime ont dé)à subi une Itaryolyse évidente : les poussières nucléaires accumulées en amas le démontrent surabondamment.

Autour de l'œuf, on reconnaît trois vaisseaux capillaires dont les noyaux cndo- Ihéllaux semblent quelque peu irrités, et de nombreux leucocytes mono ou polynucléaires en état de diapédJ'sR,

vivant encore, l'embrjon se teinte de nuances lila», violâti^s qui, une fois la calcification développée, tournent au violet ruugcâtro ou brun très accusé.

Les coupes colorées à Yoreéinehfmatoj^yliDe donnent k la coquille une couleur jaune brun fort caractéristique, qui facilite grandement les recherches dans les tissus. Les éléments cellulaires, avec

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leurs noyaux violet clair, les g:rains ralcaires avec leurs tons sombres, d'un violet presque noir, enfin les masses calcaires intraoviilaires avec leur reflet violet terne on violet-brun diffus, imposent aux parties un aspect saisissant et suflisamment différencié.

I^ thionine, qui met si bien en valeur les détails élémentaires d'une coupe de l'intestin, n'est guère favorable à l'étude des œufs de Bilharzîe ; elle les couvre d'un ton bleu noirâtre, trop opaque, trop lourd, qui compromet les détails de la structure de l'embryon. Seul, l'éperon offre souvent, au milieu des tissus, un reflet brun noir très frappant.

Le bleu polychrome de Unna prend mal sur les œufs, mais les laisse brillants et incolores, au milieu des tissus finement différenciés.

Les coupes qui ont passé par la méthode de Gram, après emploi de rhématéine et du carmin (pi. II, fig. 2) donnent aux œufs un coloris des plus remarquables : ils se détachent en jaune-verdàtre brillant sur le fond rose de la coupe. Les individus vivants permet tent d'étudier, grâce au colorant des noyaux, leur structure intime tandis que les exemplaires mortifiés, calcifiés, font une tache rouge-brun vif entourée de sa coque jaunâtre, qui produit le plus bel effet. Cette technique permet donc de différencier sans peine les œufs morts des vivants.

Pour résumer, disons que les deux méthodes de coloration les plus recommandables sont l'hématoxyline-éosine et l'orcéine héma toxyline, qui répondent i\ tous les desiderata,

II SiTrATio.N TOPOGRAPHiQrE DES OEUFS. — 11 cst facile de résumer en quelques mots l'ensemble des détails recueillis dans les chapitres précédents, à propos de la distribution topographique des œufs parmi les couches de l'intestin et par rapport aux divers organes qui s'y accumulent.

Un premier fait, capital, se dégage de l'examen des coupes : lea œufs s'amassent dans lépaisseur de lumuqtieuse. Là est leur habitat, au moins en apparence; car nous verrons bientôt que, selon toute rai son, la membrane muqueuse ne doit être considérée que comme leur dernière étape, leur effraction terminale dans la cavité même de l'intestin étant le but suprême de tous leurs efforts.

Autant les espaces interstitiels de la muqueuse épaissie sont gorgés, en certaines zones, de ces colonies d'œufs de Bilharzie, autant

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les autres couches de rintestin en sont, à Tordinaire, dépourvues; Seule, la muscularis mucosae^ bande contractile, mince et souple, qui représente la limite de protection profonde de la muqueuse, en présente encore, par places, quelques exem[)laires, mais toujours en nombre restreint. Encore faut-il considérer que, parmi ces faisceaux musculaires couchés parallèles à la surface de la muqueuse, les œufs ne se disposent, qu'à l'état isolé : solitaires, ils semblent pressés d'aborder au plus tôt les couches celluleuses, plus lâches, de la partie profonde de la muqueuse, qui tient h \r muscularis par tant dé liens, y compris les follicules lymphatiques muco-sousmuqueux, fort clairsemés en cette région terminale du gros intes tin.

Détail qui a grand intérêt et qui sollicite l'attention de tous les microgniphes, chaque œuf trouvé dans l'épaisseur de la musculaire de la muqueuse, y allecte, sans exception, une attitude constante : il est toujours couché parallèlement à Vajce des faisceaux musculaires et à la surface de la muqueuse, par conséquent. On peut admettre cependant que les œufs, en traversant cette filière musculaire lisse, doivent se relever, à un moment donné, pour aborder la muqueuse. Le fait histologique est tel; à la pathogénie de s'en servir, surtout si l'on arrivait à établir que les éperons conservent aussi une direction constante pendant cette traversée, plutôt pénible, à travers un rideau dense de fibres-cellules sans cesse en mouvement.

A ne considérer les faits qu'au point de vue microscopique, la sous-muqueuse est presque toujours pauvre en œufs et l'infection bilharzienne ovulaire y est plutôt l'exception. On n'y trouve presque jamais d'œufs vivants; ce ne sont que quelques rares exemplaires isolés, comme perdus au milieu des travées connertives iibrosées, et toujours en deliors des vaisseaux sanguins, qui ne peuveut plus leur sertir d*asile. On n'observe jamais là de coquilles vidées, non plus d'ailleurs que dans la muscularis mucosae. D'ordinaire môme, les œufs s'y montrent tout proches de la face profonde de la muscularis mucosae, comme pour démontrer qu'ils ont été saisis au moment où ils allaient s'enfoncer à la conquête de la muqueuse ; à moins que leur présence ne corresponde à un accident, à un manque, dans la progression normale des œufs.

Une seule fois, il m'a été donné d'y rencontrer un œuf, un seul.

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au voisinage de la couche musculeuse interne, dans la zone, très densifiée, la plus profonde de la sous-inuqueuse. Cette exception me semble confirmer la règle.

Il est inutile de rappeler ici que jamais aucun œuf n a pu être signalé, dans mon observation, parmi les autres couches de l'intestin.

Telle est donc la topographie générale des œufs, par rapport aux couches de Torgane. Rappelons, en peu de mots, leurs rapports avec les organes et les tissus importants de la muqueuse.

A l'intérieur de la mutqueme, les œufs se présentent tantôt à Tétat de colonies plus ou moins riches, tantôt à l'état isolé : l'invasion bilharzienne parait s'être faite soit par masses profondes, soit par marche individuelle. Le premier de ces procédés semble le plus habituel, le plus conforme, sans doute, à la technique d'infestation, que noiis aurons à considérer bientôt dans ses détails.

Les infiltrats multiples d œufs s'accumulent, sur nos coupes, de préférence au niveau desportionsde la muqueuse encore entière, ou pour mieux dire, dans les zones de la muqueuse en voie d'hyperplasie végétante et non encore ulcérées (fig. 8 et pi. II, fig. 1 et t). Là, au milieu des travées conjonctives hyperplasiées, entourées d'un nombre plutôt restreint d& cellules migratrices diapédésées, et sans jamais produire d'inflammation réactionnelle suppurative autour d'eux, les œufs s'avancent vers la lumière, vers la cavité intestinale. Ils sont, tous, ou presque tous, les vivants aussi bien que les morts, obliquement dirigés, sinon verticalement, vers lebut que leur destinée était d'atteindre. Bien d'autres ont dû passer par là, avant ces dernières colonnes d'attaque et, parle même chemin, détruire les glandes, dont un grand nombre a disparu. Grâce à ces multiples traumatismes et, sans doute aussi, aux toxines qu'ils sèment autour d'eux, les œufs ont transformé la muqueuse en im tissu conjonctivo-vasculaire cicatriciel, de plus en plus induré. Ailleurs, la muqueuse aura réagi, comme nous le verrons, non plus seulement par sa gangue interstitielle^ mais aussi au moyen de ses glandes, dont les œufs nouveaux-venus auront à franchir les couches anormalement hyperplasiées. Ailleurs enfin, ce sera contre une muqueuse ulcérée, fibroïde, que les derniers efforts des œufs, devront s'exercer (pi. I, fig. 1). En résumé, quel que soit l'état de la muqueuse au point infesté par les dernières colonies d'œufs.

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leur situatioii est partout la même : ils s'enfonceot dans le tissu interstitiel, normalement si Ton considère la voie veineuse sousmuqueuse où ils ont trouvé le jour. Ilss'efTorcentindividuellement, de quitter la muqueuse, et évitent avec soin les vaisseaux sanguins de la région, trop étroits, en général, d'ailleurs pour leur fournir l'hospitalité. Jamais aucun des œufs incrustés dans la muqueuse ne vient se placer à l'intérieur d'un vaisseau sanguin. La légende, suivant laquelle les œufs embolisés, par leurs propres forces, à l'intérieur des vaisseaux de la muqueuse y produiraient des stases sanguines, des hémorrbagies interstitielles sources de tous les désordres anatomo-pathologiques, mérite donc d'être détruite, sans retour. // n'y a jamais d'hémorrhagies récentes, ni traces d'hémorrhagies anciennes dans l'épaisseur de la muqueuse intestinale aux points infestés par la bilhurziose. Tout se passe, au point de vue anatomo-pathologique, beaucoup plus simplement, ainsi que nous Talions voir.

Enfin, pendant sa progression, Tœuf a côtoyé d'autres organes, des nerfs qu'il a respectés, des follicules lymphatiques, pour lesquels il n'a qu'un rare attrait (pi. II, fig. 3) et enfin des glandes en tube, normales ou hyperplasiées. Ces dernières lui servent, je crois l'avoir démontré, de voie d'accès, d'issue aussi parfaite que possible (pi. II, fig. 7). La fréquence réelle des figures semblables à celle représentée planche II, fig. 7, me fait croire que, tant qu'elles existent et qu'elles demeurent en communication directe avec la cavité intestinale, les glandes de Lieberkûhn hypertrophiées sont un chemin de prédilection pour l'embryon : il brise sa coquille aussi près que possible de la paroi de la glande, en particulier contre l'un de ses culs-de-sac terminaux. Le travail hyperdiapédétique que l'on constate en ce point est trop manifeste, trop circonscrit au pourtour de la coquille évacuée, pour permettre le moindre doute à cet égard.

Bien d'autres œufs évacués parsèment encore nos coupes, loin des glandes et dans les tissus chroniquement enflammés : ils donnent ainsi la preuve de la vigueur et de la force de pénétration de l'embryon cilié né à terme. Les coquilles rompues se rencontrent aussi de prélérence à la surface de la muqueuse, quand celle ci

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apparaît dépourvue de glandes en tube et est transformée en un riche tissu de bourgeons charnus. Si j'en juge d'après mes coupes, la ligne de déhiscence de la coquille est toujours tournée vers la surface interne de l'intestin, et l'œuf éclate aux dépens de la petite extrémité.

En résumé, au niveau de la muqueuse, les œufs se placent, individuellement, de la façon la plus favorable à l'éclosion de l'embrj'on cilié, sinon mémeàl'issueen masse de l'œuf vivant, dans l'intérieur de la cavité intestinale. Les lésions chroniques inflamma toires qui, au bout d'un certain temps, sillonnent la muqueuse, gênent à coup sûr révolution complète des œufs et contribuent à en retenir prisonniers une partie, surlesquels il estaisédeconslater les signes d'une mort plus ou moins récente.

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