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V. — Circonscription intestinale de la bilharziose

La circonscription exacte de Tinfestation bilharzienne au segment terminal du gros intestin, sa rigoureuse localisation à la portion pelvienne (en fait, la plus déclive) du gros intestin sollicitent une courte explication pathogénique.

Tout d'abord, et avant de poursuivre dans ses détails cette maladie du rectum et de la fin de Tanse oméga du côlon, on pourrait se demander en quoi, par exemple, intervient la déclivité de rintestin. Bien des anses de l'intestin grêle sont autant sinon plus déclives, logées qu'elles sont dans le fond de l'excavation pelvienne. Si donc il est démontré que les embryons de Bilharzie

(i) Dans la genèse du cancer épithélial, il n'y a pas tant ii expliquer l'effracUon de la barrière connective qui l'entoure par la cellule épithéiiale devenue néoplasique. H faut, de plus (là est la clef du problème), montrer comment et pourquoi ces épithéliums prolifères vivent à l'aise dans les espaces interstitiels, y pullulent d'une façon désordonnée et s'y reproduisent à l'infini, en tous lieux, dans tous les organes, non seulement avec leurs caractères anatomiques amplifiés, souvent métaty piques, mais encore avec leurs foncUons organogéniques héréditaires, même les plus compliquées. Comment, par exemple, se rendre compte, non pas tant de la vitalité exubérante, à vrai dire, monstrueuse d'un épithélium de l'intestin ou de l'estomac généralisé dans l'intimité du foie, mais encore des élaborations glandulaires, parfois parfaites, qu'y eflectucnt les épithéliums sécréteurs cmbolisés? L'œuf de Bilharzie et ses toxines no suflisent pas, à mon humble avis, pour mettre en mouvement un tel bouleversement anarchiquc doublé d'une aussi puissante faculté organogénique.

Les épithéliomasglandulaires, pour ne citer qu'eux, perturbent de fond en comble la vie fonctionnelle de la glande qui fut leur berceau et troublent, du même coup, l'équilibre de tout l'organisme. Devenant cancéreux, l'épi thélium acquiert la force de rompre toutes entraves, do vivre et de s'organiser partout où il pourra passer: dans le sang, la lymphe, à la surface des séreuses, en pleine matière cérébrale. Il va pouvoir y fonder des orgfaMCS nouveaux^ atypiques, certes, Incomplets, mais sipécifiques quanta leur structure et quanta leurs fonctions sécrétoires. Aucnne lésion inflammatoire connue n'est ou ne parait susceptible d'une pareille énergie forma tivc.

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pénètrent par le tube digestif avec l'eau de boisson, rintégrité constante de l'intestin grêle et des premières portions du gros intestin échappe à une justification purement mécanique de la présence des Vers femelles dans le rectum et la fin du côlon. 11 y a une autre raison, difficile à trouver, qui fait éviter aux Vers femelles les réseaux anastomotiques si larges, si perméables de la petite mésaraïque, dans son département correspondant au caecum et au côlon ascendant, et ceux, également accessibles, de la grande mésaraïque qui ouvre toutes larges, pourrait-on dire, les portes de l'intestin grêle. Le calibre des réseaux de la grande mésaraïque ne paraît, certes, pas assez inférieur à celui de la petite mésaraïque pour rendre compte de la répulsion des Vers femelles à l'égard de la muqueuse du jéjunum ou de l'iléon. Invoquer, pour ces portions du grêle, la mobilité constante des anses intestinales ne réglerait pas la question; car le duodénum est immobile et sa muqueuse se rapproche, autrement que le rectum, de la veine porte et de ses gros canaux d'origine, habitat habituel des Vers adultes.

Le problème pathogénique se complique encore, si Ton veut le pénétrer davantage et si l'on se demande non pas seulement pourquoi le Ver femelle réserve en certains cas, comme ici, sa ponte à la fin du tube digestif, mais aussi pourquoi la maladie parasitaire demeure uniquement intestinale. A en juger, en efïet, d'après les mémoires nombreux qui ont vu le jour depuis les admirables travaux de Bilharz, la bilharziose est surtout une affection des voies urinaires. L'hématurie d'Egypte en est le type consacré : la vessie, les uretères, le bassinet, le rein, voire l'urèthre et le périnée composent, de l'aveu unanime, le territoire privilégié de la maladie bilharzienne. L'intestin ne vient qu'ensuite, et généralement coopère au processus parasitaire, plutôt qu'il n'en est, en apparence du moins, le berceau. Toutefois, ici comme en toute question de pathologie révisée, des réserves sont nécessaires. La bilharziose intestinale est peut-être plus commune qu'on ne l'imagine. L'hématurie bilharzienne est autrement remarquable que la simple diarrhée chronique causée par cette entérite parasitaire.

La dysenterie vraie règne, endémique, dans les contrées bilharziées : le diagnostic différentiel entre ces deux maladies du rectum,

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facile grâce à Texamen microscopique des selles, n'est peut être pas, de nos jours encore, assez constamment recherché parles cliniciens. Il est donc nécessaire de faire une enquête méthodique sur le degré de fréquence de la diarrhée bilharzienne dans les pays contaminés.

A ce point de vue, les inconnues qui régnent encore sur le mode de pénétration du parasite dans lorganisme humain laissent en suspens tout le mécanisme de Tinfestation bilharzienne. On ne sait pas Tétat biologique dans lequel le parasite aborde le corps humain et Ton ne peut démontrer, sur des preuves irrécusables, la voie suivie par lui pour atteindre le système veineux porte. S'il semble bien probable que le parasite arrive en nous surtout par la voie digestive supérieure, certains observateurs estiment que l'urèthre, pendant les bains, peut devenir, de même que le vagin, la porte d'entrée de la Bilharzie. Sera-t-on autorisé un jour à admettre des formes cliniques de bilharziose différentes, en rapport avec des modes d'infestation différents? et la bilharziose intestinale se séparera-t-elle de la bilharziose urinaire? C'est ce que l'avenir, seul, pourra décider.

Théoriquement donc, et en demeurant fidèle aux conceptions pathogéniques actuelles, on pourrait avancer que la bilharziose intestinale est la forme type, idéale, de la maladie, le parasite s efforçant de rejeter à la lumière ses descendants par la voie déjà suivie par leurs générateurs. L'historique de la bilharziose ne confirme pas, jusqu'à présent du moins, cette vue théorique.

Dans un grand nombre de faits publiés, les lésions bilharziennés affectent simultanément les voies urinaires et le rectum, avec une prédominance générale marquée pour la vessie. Lorsque l'intestin seul est en cause, faut-il faire intervenir le nombre, fréquemment restreint, des Vers femelles? La circonscription de leurs pontes à l'intestin seul correspondrait, eu ce cas, à un minimum de désordres produits, la vessie et les autres organes pelviens n'étant appelés à souffrir qu'au cours des infestations surabondantes, telles qu'on en a cité des exemples parfois extraordinaires. 11 est certain que le champ offert par la muqueuse de l'intestin à l'issue des œufs et des embryons se rétrécit au fur et à mesure des apports nouveaux. La muqueuse du rectum et celle de côlon, étant altérées par la sclérose et les ulcérations qui en découlent, les

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œufs et par conséquent les mères ont de moins en moins beau jeu pour achever leur œuvre. Peut être la cavité vésicale, les vésicules séminales, les uretères, et la prostate ne sont-ils que des pis aller pour les Vers femelles, obligés de porter leurs descendants aussi près que possible de l'extérieur du corps humain.

Le nombre des Vers femelles semble jouer un rôle dans la forme clinique de la maladie bilharzienne; il y aurait donc à tenir compte des affinités possibles des parasites pour tel ou tel organe, etaussi de leurs errements, desdét>iatt07udansla roulequ'il sont appelés à parcourir à l'intérieurdu sang veineux. La présence constatée à maintes reprises de parasites adultes dans la veine cave inférieure, la rénale, la veine iliaque droite, ailleurs encore, ( 1 ) est une preuve indiscutable d'un certain degré de liberté laissée au parasite adulte dans le choix de son habitat; cette liberté s'accroit d'ailleurs des diverses conditions anatomiques normales ou anomales qui règlent les communications anastomotiques entre le système porte et le système cave inférieur.

Il est enfin un dernier point qu'une étude pathogénique de la bilharziose ne peut pas ne pas faire entrer en ligne, c'est l'existence, toujours possibleen matière de maladie parasitaire, de points d'appel pour la fixation des lésions. Ne pourrait on pas trouver, à l'origine des diverseslocalisations de la bilharziose, certaines régions pri vile giées vouées pour ainsi dire aux coups de l'affection parasitaire par le fait même dune altération organique préexistante? Une cystite ancienne, la lithiase rénale, la dysenterie, une tumeurde la vessie, de la prostate ou du rectum, ne constituerait-elle pas un locus minoris rcsistentiae de premier ordre, bien capable en effet d'attirer les parasites adultes à la recherche d'un asile et d'un débouché pour leurs embryons?

Telles sont, en résumé, les remarques qu'impose l'étude de la localisation intestinale de la (( maladie bilharzienne». La solution du problème se trouvera facilitée par la publication d'observations nouvelles, complètes et détaillées. A cet égard, le fait qui a été la la base du présent mémoire sera peut être de quelque utilité pour les travaux ultérieurs.

(1 Kartuus, loco citato^ p. 477.

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