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DES

CYTOTOXINES CHEZ LES INVERTÉBRÉS d»

PAR MUe WANDA SZCZAWINSKA

DOCTBUR te SCIENCES, DOCTEUR EN MÉDECINE

Lorsque les connaissances concernant les cytotoxines chez les Vertébrés furent à peu près établies dans leurs points essentiels, on ne savait encore rien à ce sujet sur les Invertébrés. Un an avant la découverte des cytotoxines par Bordet, le professeur Metshnikov a fait une étude comparée de Ja faculté de divers êtres vivants de produire les antitoxines. Ses expériences chez les Invertébrés portaient sur Scorpio occitamis et les larves d'Orj/cfcs nastcomis auxquels il injectait de la toxine tétanique. Chez les Scorpions, la toxine tétanique injectée dans la cavité du corps fut en peu de temps éliminée du sang et pénétrait dans le foie. Chez les larves d*Orj/crcs elle ne passait point dans les organes et restait au contraire des mois dans le sang. Mais, aussi bien chez les Scorpions que chez les larves d'Oryctes, la toxine tétanique n'a jamais provoqué la production d'antitoxine, malgré la durée de Texpérience pendant six mois. Ceci a amené Metshnikov à conclure que « si ce résultat négatif est insuflisant pour prouver que les Invertébrés sont en général incapables de produire les antitoxines, il démontre néanmoins que ces animaux n'acquièrent point la propriété antitoxique dans des conditions où les Vertébrés supérieurs la produisent d'une façon très marquée ». Et il ajoutait que vu Texistence très manifeste chez les Invertébrés de la réaction phagocytaire contre les microbes, « la propriété antitoxique dans le règne animal aurait une évolution moins ancienne que la réaction phagocytaire ». Beaucoup plus tard, Mesnil nourrissait Anemonia sulcata de sang coagulé de Poule et de Brebis et n'a pu constater chez cet animal la présence d'aucune substance spécifique.

En 1902, j'ai entrepris mes premières recherches sur Timmu-

(1) Travail de TlnsUlut Pasteur.

CONTRIBUTION A l'kTI'DE DES CYTOTOXINES 347

nisation de rÉcrevisse contre le sérum hémotoxique de son sang. J'ai publié la même année les premiers résultats de mes recherches. Us concernaient la préparation du sérum hémotoxique artificiel, ainsi que son mode d'action in vitro et in vivo sur les cellules du sang de l'Ecrevisse.

Le sérum fut alors préparé chez les Cobayes par des injections sous-péritonéales de sang d'Écrevisse. Les deux Cobayes préparés avaient reçu 21 ^^. de sang dans l'espace de i à 2 mois (l'un fut préparé en un mois, l'autre en deux mois). Les sérums des deux Cobayes avaient une action puissante sur les cellules du sang de rÉcrevisse. Elle se traduisait sur les cellules observées sous le microscope (deux gouttes de sérum -f une goutte de sang) par Tarrét brusque des leurs mouvements, par la destruction presque instantanée de grosses granulations dans les cellules à granulations, cette destruction étant précédée de l'assombrissement des mêmes cellules, enfin par les contours très nets et régulièrement arrondis que prenaient toutes les cellules. Tous ces changements, survenus au premier moment de l'action du sérum, donnaient aux cellules et à leur noyau un aspect particulier que nous avons retrouvé dans toutes nos expériences. On aurait dit deux vésicules s'emboitant l'une dans l'autre : la vésicule cytoplasmique remplie de liquide clair avec quelques raresgranulations fines, la vésicule nucléaire conservant encore ses grains chromatiques et son nucléole. L'action du sérum ne s'arrêtait pas là : le processus de destruction suivant son cours, le cytoplasma subissait d'abord la rétraction et les cellules de rondes devenaient irréguliëres, le cytoplasma se détruisait ensuite peu à peu. Le noyau n'était pas non plus épargné, il devenait moins réfringent et perdait sa chromatine. La destruction complète se produit avec lenteur : nous avons pu l'obtenir dans nos recherches ultérieures. Le sérum neuf de Cobaye possède aussi, mais à un plus faible degré, la môme action destructive sur les cellules du sang de rÉcrevisse.

Nous avons pu constater, dans la même série d'expériences, la présence de deux substances actives, de la cytase et de la philocytase, dans le sérum que nous avons préparé. La cytase se détruisait par lechaufiage du sérum pendant une demi-heure à 57®; le sérum perdait alors son action destructive sur les cellules du sang de

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rÉcrevisse. On pouvait toutefois lui rendre son activité en l'additionnant de sérum neuf.

Nos expériences in vivo visaient alors la détermination, pour les Écrevisses, de la dose mortelle du sérum neuf et préparé de Cobaye. Cette dose fut évaluée à 1 ^^'. pour le sérum neuf injecté dans le système circulatoire de l'Ecrevi&îse, àO ^^\ 4 pour le sérum préparé introduit chez Tanimal de la même façon. La mort de l'Écrevisse survenait de M à 48 heures après l'injection. Celle-ci était suivie de la raréfaction des cellules dans le sang en circulation, puis de la disparition complète de ces mêmes cellules au moment de la mort.

Un an plus tard (en 1903), eu rapport avec le sujet qui nous occupe, parurent les travaux de von Dungern et de Hideyo Noguchi. Von Dungern a publié deux travaux sur les précipitines qu'il avait obtenues chez des Lapins avec le plasma de Maja squinado^ de Dromia tulgaris, d'Octopus vulgaris et iïEledane moschata. Il a surtout étudié les rapports quantitatifs entre les précipitines des sérums précipitants et les substances précipitables des plasmas lorsqu'elles forment le précipité. Il a en outre démontré la nature albuminoïdedessubtancesprécipitables, leurquautité variable dans le plasma des dilïérents individus de même espèce, leur quantité constante au contraire dans le plasma des mêmes individus. Il croit à l'existence de deux groupes de précipitines dans le même plasma. Les précipitines de l'un des groupes sont spécifiques et n'agissent que sur les albumines de l'espèce animale qui a servi à leur préparation. Les précipitines du second groupe exercent leur action à la fois sur les albumines précipitables de plusieurs espèces animales à parenté rapprochée. L'auteur obtenait le précipité dans le sang de divers Crustacés avec les précipitines de Maja,

Il a encore cherché à produire les précipitines chez les Invertébrés. Mais ses recherches n'ont pas été couronnées de succès. Il injectait Eledone moschata et Aplysia depilans de plasma de Maja» L'Eledone contenait encore, le septième jour après l'opération, le plasma injecté dans le sang, Aplysia l'avait conservé pendant plu sieurs semaines dans la cavité du corps (à l'endroit où l'injection fut faite). L'auteur n'a pas trouvé de précipitines chez Eledone, il ne les a pas cherchées chez Aplysia, Ces résultats concordent avec ceux qui ont été obtenus par Metshnikov chez les Scorpions et les larves d'Oryctes,

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