‹ Archives de parasitologie (volume 5)Chapitre 98 sur 110 · CONTRIBUTION A L ÉTUDE DES CYTOTOXINES · texte numérisé non relu

CONTRIBUTION A L ÉTUDE DES CYTOTOXINES

Hideyo Noguchi a fait des recherches sur les précipitines, les agglutinines et leshémolysines chez des animaux k sang froid. Parmi les Invertébrés, il expérimentait les Limules. Le sérum normal de Limule possède déjà les précipitines et les agglutinines actives pour le sang de certains Poissons. 11 en est de môme du sérum du Homard. Mais les sérums normaux de ces deux espèces animales n'ont aucune action hémolytique sur les globules rouges du sang. L'auteur a fait à ce propos la remarque générale que les animaux ne possédant pas eux-mêmes d'érythrocytes dans le sang, ne peuvent non plus avoir d'anticorps pour ces éléments. Cependant Tauteur a produit artificiellement les hémolysines chez les Limules en leur injectant à plusieurs reprises le sang de divers Poissons : Carrelet, Chien de mer et autres. Les sérums des animaux préparés présentaient des propriétés agglutinantes très marquées pour les globules du sang des Poissons qui ont servi à leur préparatioti, mais leur action hémolytique restait toujours très faible. L'hémolyse s'effectuait en 8 à 12 heures, une seule fois l'auteur a obtenu l'hémolyse en 6 heures. Les agglutinines des Limules sont, d'après les recherches de Hideyo Noguchi, très thermolabiles, elles s'altèrent déjà par le chauffage à 40», elles sont multiples dans chaque sérum. Tous ces résultats ont amené l'auteur à conclure que les hémolysines, les agglutinines et les précipitines se forment chez les Limules de la même façon que celles des Vertébrés à sang chaud et à sang froid.

Nos recherches récentes ne sont que le développement des recherches ébauchées dans notre premier travail. Nous insisterons sur certains points concernant la destruction des cellules du sang de rÉcrevisse, produite avec le sérum de Cobaye neuf et préparé et nous parlerons du môme phénomène observé sous l'influence des mômes sérums chez quelques Crustacés marins. Ayant poussé la préparation des Cobayes avec le sang de TÉcrevisse plus loin que nous ne l'avions fait dans nos expériences antérieures, nous avons obtenu un sérum non seulement destructif et agglutinant mais aussi précipitant pour le sang de l'Écrevisse. Cela nous a permis d'observer chez l'Ecrevisse le phénomène de précipitation; nous l'avons également cherché, avec le môme sérum, chez les Oustacés marins. Nous préciserons enfin les résultats de nos recherches sur l'immunisation des Écrevisses contre l'action hématoxique.

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agglutinante et précipitante de sérum neuf et préparé de Cobaye.

Pour nos recherches actuelles, nous avons préparé deux Cobayes. L'un d'eux avait reçu ^3^^ de sang d'Ecrevîsse en 5 mois, l'autre 3d^^ de même sang en 7 mois. Les injections aux Cobayes de sang d'Écrevisse furent pratiquées sous le péritoine et exécutées avec la même technique opératoire que nous avons adoptée dans notre premier travail. Le sérum de deux Cobayes manifestait, in vitro, en présence du sang de lÉcrevisse, les propriétés hémotoxiques, agglutinantes et surtout précipitantes.

Nous devons signaler avant tout que les sérums des Cobayes préparés dernièrement avaient les propriétés hémotoxiques plus faibles que ne les avaient les sérums de nos premiers Cobayes. Nous attribuons cet affaiblissement du pouvoir hémotoxique du sérum de nos seconds Cobayes, malgré qu'ils aient reçu deux fois plus de sang d'Ecrevisse comparativement aux premiers, à la lenteur de la préparation.

Voici le pouvoir hémotoxique du sérum de nos premiers Cobayes : n» 1 : (ayant reçu 2l<^ de sang d'Écrevisse en 1 mois) comparé à celui du Cobaye : n<>2 ; préparé récemment (injecté de 43*^*^ de même sang en 5 mois) et du Cobaye neuf: n"3. La destruction complète des cellules du sang de l'Écrevisse étant très lente à se produire, pour évaluer le pouvoir hémotoxique des sérums nous avons adopté comme terme de comparaison la rapidité avec laquelle ces cellules prenaient l'aspect vésiculeux caractéristique décrit plus haut. Pour des raisonsque nousavons exposées dans notre premier travail et sur lesquelles nous ne reviendrons plus ici, toutes nos expériences in vitro furent faites sous le microscope en gouttes pendantes.

N" i. — 2 gouttes de sérum + i goutte de sang : apparition imtantanée de l'aspect vésiculeux de toutes les cellules du sang.

No 2. — 2 gouttes de sérum -h 1 goutte de sang: l'aspect vésiculeux commence à apparaître après I à 2 minutes, toutes les cellules prennent cet aspect au bout de 10 minutes.

N« 3. — 3 gouttes de sérum -f- 1 goutte de sang : l'aspect vésiculeux des cellules n'apparaît qu'après 15 minutes et seulement dans quelques cellules.

Les modifications profondes dans le cytoplasma et les noyaux des cellules du sang n'apparaissaient, avec notre sérum préparé

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qu'au bout d'une quinzaine d'heures. On ne voyait alors que les membranes cellulaires et nucléaires : toute la chromatine des noyaux était détruite. Si nous fixions les cellules dans cet état elles ne trahissaient aucune structure et se coloraient uniformément en bleu pale par la thionine. La destruction complète des cellules n'avait lieu qu'au bout de 24 heures et même plus.

Pendant mon séjour à la station zoologique de Luc-sur-mer j'ai soumis*à l'action du sérum d'un de mes Cobayes (de celui qui a reçu 39<^<* du sang d'Écrevisse et que j'ai amené à la station), le sang de quelques Crustacés marins, notamment celui de Carcinus marnas, de Pinnoteres et de Palœmon, Je mettais une goutte de sang de chacun de ces animaux avec 3 à 6 gouttes de sérum (le Cobaye était saigné à l'oreille avant chaque opération).

Notre sérum agglutinait les cellules du sang des animaux en question et les faisait prendre, au bout d'un temps variable, le même aspect caractéristique que nous avons décrit dans les cellules du sang de l'Écrevisse : il arrêtait d'abord leurs mouvements, dissolvait les grosses granulations de sorte qu'elles finissaient par avoir l'aspect vésiculeux. Cet aspect était plus saillant chez Carcinus mœnns et Pinnoteres que chez Palœmon qui a de tout petits globules et des petites granulations. Le sérum de Cobaye neuf, dont nous avons éprouvé l'action sur le sang de Carcinus mœnas, agglutinait les globules, mais n'avait sur eux guère d'action destructive.

Lorsque l'hémolyse des sérums cytotoxique fut découverte par Bordet survint alors la question du mécanisme de ce phénomène. On avait émis à ce sujet une série d'hypothèses que je rappelerai ici brièvement. Nolf après des recherches comparatives sur la globulolyse produite par des substances chimiques et par les sérums hémolytiques fut amené à conclure que les deux phénomènes sont semblables et que tous deux se laissent ramener à des phénomènes d'osmose. D'après Ehrlich et Morgenroth, l'action dissolvante des sérums résultait de la combinaison des globules avec les éléments actifs des sérums. Enfin le prof. Metshnikov, avait comparé l'hémolyse des globules rouges du sang causée par les sérums cytotoxiques aux phénomènes de la digestion et les éléments actifs des sérums aux ferments solubles. C'est pourquoi il appela l'alexine de Buchner la cytase et la sensibilisatrice de Bordet la philocytase.

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Délezenne vint apporter, l'année dernière, une preuve expérimentale à l'appui de cette hypothèse. Il sensibilise les hématies du Lapin avec le suc intestinal, puis les traite avec le suc pancréatique : il obtint l'hémolyse au bout d'une demi-heure.

J'ai essayé l'action du suc gastrique du Chien sur les globules du sang de l'Écrevisse afin de comparer son action avec celle des sérums hémotoxiques de Cobaye. 3 gouttes de suc gastrique mélangées à une goutte de sang d'Écrevisse donnaient aux globules après une demi heure d'action, le même aspect caractéristique que j'ai décrit à propos de l'action des sérums de Cobaye : le contour net des cellules, la disparition complète des granulations précédée de l'assombrissement des cellules tout entières. La seule différence consistait dans la conservation de la forme allongée des globules telle qu'on la voit dans les globules en circulation.

Je n'ai pas poussé jusqu'au bout l'analogie de l'action du suc gastrique et des sérums hémotoxiques des Cobayes sur les globules du sang de l'Écrevisse. Vu cependant les résultats démonstratifs obtenus par Délezenne et la ressemblance de l'aspect que prenaient les cellules du sang de l'Écrevisse sous l'action du suc gastrique et des sérums hémotoxiques au premier moment de leur action, on doit admettre aujourd'hui que l'action des sérums sur les globules est d'ordre digestif .

Il a été dit plus haut que le sérum des deux Cobayes préparés dernièrement était pour le sang de l'Écrevisse non seulement hémotoxique et agglutinant mais qu'il était surtout précipitant. La propriété précipitante n'existe pas dans le sérum de Cobaye neuf, elle manquait également dans le sérum que nous avons préparé en premier lieu, lorsque les Cobayes n'ont reçu que 21^^ de sang d'Écrevisse. Elle apparut chez les Cobayes à partir du moment où ils eurent reçu 29^^' de sang d'Ecrevisse. A ce moment la propriété précipitante fut encore faible, elle devint dominante après l'injection à un de nos (Cobayes de 43^^ de sang d'Écrevisse. Avec le sérum de ce dernier Cobaye, le précipité apparaissait immédiatement et couvrait toute la préparation lorsqu'on mélangeait le sérum avec le plasma de l'Écrevisse dans la proportion de 1 pour 10.

La propriété précipitante arrivée la dernière, se maintenait longtemps dans les sérums. Elle était encore très forte dans le sérum conservé pendantiO joursà la glacière, le précipité se formait

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