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V. — Etude anatomo-pathologique des lésions

Des coupes pratiquées sur un fragmeat du feuillet péritonéal d'environ i centimètre d'épaisseur, nous ont fourni un certain nombre de renseignements intéressants (fig. 11).

En contact avec le tissu musculaire de la paroi abdominale et très adhérent à lui, commence une épaisse couche cellulaire dont la constitution ne paraît guère avoir de rapport avec celle du péritoine normal. C'est à la fois un mélange de tissu conjonctif graisseux, épaissi, mais normal, et de tissu cellulaire de nouvelle formation, évoluant par endroits sous une forme néoplasique, et envahi par places par d'abondantes cellules lymphatiques. Le tissu néoplasique forme d'abord une couche tangentielle, occupant la place de l'ancien feuillet péritonéal, mais constituée par 5 à 10 cou-

J. KUNbTLEK ET CH. GINESTE

ches de cellules (fig. 11, d). Puis, cette couche envoie vers l'intérieur des sortes de cloisons cellulaires (/), délimitant entre elles des logettes de 2 à 5 millimètres de diamètre environ, circonscrites vers l'intérieur, du côté de la cavité générale, par un orifice plus au moins rétréci. De cette façon, se trouvaient constitués des

Fig. il. — Coupe d'un fragment du péritoine pariétal, montrant les lésions de péritonite et la réaction défensive (safranine et vert lumière), —a, tissu conjonctif; ft, fibres musculaires longitudinales ;c, fibres musculaires coupées en travers; d^ cellules de nouvelle formation occupant la place de l'ancien péritoine et envoyant les cloisons f vers l'intérieur ; c, tissu graisseux ; f, cloisons cellulaires ; g^ constitution du follicule fibreux définitif ; h, infiltration de cellules lympholdes ; t, vaibseau sanguin dilaté et gorgé de sang ; 1-5, divers états d'englobement du parasite; 5, le parasite étoutlé présente une dégénérescence complète ; on voit encore çà et là quelques noyaux.

sortes de nids qui contenaient à leur intérieur des parasites isolés et compacts.

La friabilité de ce tissu, l'abondance des cellules lymphatiques et l'hypertrophie considérable des vaisseaux semblent indiquer une réaction de défense assez intense. D'ailleurs, contrairement à ce qu'on eût pu prévoir, ces nids parasitaires ne sont nullement les lieux de multiplication de ces êtres ; mais il semble qu'il s'y

produise des phénomènes de réaction fort curieux. C'est ainsi que le tissu de nouvelle formation englobe de toute part le parasite et paiait Tenserrer peu à peu. Il se constitue même une sorte de tissu fibreux qui Tencapsule en quelque sorte comme un kyste, de façon qu'il est entouré de toute part par une membrane limitante épaisse qui semble progresser de plus en plus (fig. 11, g).

Du côté du parasite, les phénomènes de réaction sont peu marqués. Etouffé par le tissu envahissant, il semble présenter peu a peu des phénomènes de dégénérescence plus ou moins nette. La membrane cuticulaire devient plus épaisse et le tissu conjonctif interne dégénère rapidement. Les cellules effacent leurs contours ; les noyaux disparaissent progressivement et, en fin de compte, sous cette épaisse cuticule, ou ne trouve plus qu'un magma d'apparence caséeuse, parsemé de quelques noyaux, dans lequel s'observent même quelquefois des débuts décalcification (fig. 11, 1-5).

La constitution du follicule défensif et envahissant semble due à ce que d'abondantes cellules lymphatiques (t) s'organisent et forment un ensemble rappelant un peu les follicules de Koster dans les lésions tuberculeuses. Cette apparence est d'autant plus nette que l'on peut voir se produire, dans cette sorte de membrane tuberculigène, d'abondants dépôts pigmentaires hématiques, voire même une sorte d'anthracose. Ce sont là des sortes de pseudotubercules d'origine helminthique. Ces lésions microscopiques confirment en tous points ce que Devé (i) a affirmé au point de vue macroscopique pour certains cas d'envahissement du péritoine de l'Homme par le Tsenia echinococcus. Il y a là véritablement une pseudittuberculose parasitaire. Du reste, on sait depuis longtemps que les tubercules ne se produisent pas seulement sous les atteintes microbiennes spécifiques et que des corps étrangers de nature quelconque peuvent arriver au même résultat. Les expériences de Villemin sont encore présentes à toutes les mémoires.

En définitive, cette réaction péritonéale est purement défensive et la péritonite généralisée qui en découle, nullement purulente offre des caractères d'asepsie tout particuliers. Notons enfin que le parasite s'attaque exclusivement aux séreuses et qu'aucun autre organe ne montre jamais aucune altération primitive

(1) DsTi, De Véchinococcose secondaire. Thèse de Paris, 1901.

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Étant donnée l'étendue des lésions produites et la péritonite étant générale, quoique aseptique, il est surprenant que le retentissement sur la santé moyenne ait été si longtemps sans importance sur un animal aussi parfaitement atteint. Nous n'avons, en effet, pas constaté dans ce cas, ni dans d'autres, de ces retentissements nutritifs et nerveux si communs dans les invasions parasitaires. Cependant, cette pullulation d'organismes devait produire une sécrétion éminemment pathogène et plus ou moins toxique; des ptomaïnes étaient formées sans aucun doute. Étant donnée Tabondance extrême des parasites, il n'est pas douteux qu'il a dû s'établir entre le malade et ses hôtes une sorte d'existence symbiotique permettant l'évacuation des produits de déchet. A ce point de vue, notre travail soulève une question de biologie générale de haut intérêt, à laquelle des travaux prochains fourniront peut être une réponse. Le décès de notre Chien est survenu après cinq mois de maladie et cinq opérations successives; il est sans doute dû à une dégénérescence septique et post-opératoire d'une péritonite parasitaire parfaitement aseptique.

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