‹ Archives de parasitologieChapitre 136 sur 161 · VI. — Expérimentations diverses · texte numérisé non relu

VI. — Expérimentations diverses

Durant les cinq mois que nous avons eu à notre disposition notre Chien infesté, nous avons pu instituer une série d'expériences dont nous donnons le résumé ci-après. Dans cette partie zoologique expérimentale, nous avons surtout injecté du liquide asci taire à des animaux nombreux et divers, de façon à pouvoir constater les résultats à venir. Nous avons traité ainsi quatorze Lapins, quatre Cobayes, dix Chiens, deux Porcs, deux Canards, deux Dindons et quelques Poissons. Nous avons obtenu ainsi quelques résultats particuliers qui ne laissent pas que de présenter un certain intérêt.

a. — Sur les Lapins et les Cobayes, les résultats ont été à peu près identiques et nous pouvons les donner à la fois.

Dés inoculations ont eu lieu, au moyen de trocarts, pour introduire, en injection intrapéritonéale, une quantité déterminée du liquide extrait du cœlome du Chien, puis il fut procédé au sacrifice des animaux en expérience, à des intervalles qui varièrent de quinze jours à trois mois.

Les nécropsies donnèrent lieu aux remarques suivantes :

1® Nos parasites s'acclimatent fort bien dans ces nouveaux milieux, et cela pendant un laps de temps pour ainsi dire illimité.

2^ Après quelques semaines* leur localisation se produit dans Tépiploon gastrique et, au bout d'un certain temps, la séreuse péritonéale de l'intestin n'en présente plus du tout.

3° Le nombre des parasites augmente et, dans la majorité des cas, nous en avons trouvé deux ou trois fois autant que nous en avions injecté. Il existe donc une reproduction plus ou moins intense qui ne saurait guère avoir lieu que par scissiparité, comme nous l'avons du reste déjà constaté directement.

4® Au point de vue de leur évolution personnelle, les progrès de nos parasites sont à peu près nuls. Ils conservent leurs caractères originels, sans modifications appréciables.

Pour ce qui est du Lapin, une certaine confusion s'est introduite dans nos expériences, parle fait que cet animal contient généralement dans son épiploon le Cysticercus pisiformis, que l'on sait être l'embryon du Tœnia serrata de l'intestin du Chien. Il était délicat de distinguer nos formations vésiculaires des individus les plus jeunes du parasite normal. Cependant, si l'on considère que beaucoup de nos vésicules avaient pris une forme globuleuse arrondie, présentaient bien souvent quelque chose comme un début d'invagination (?), émigraient précisément dans la séreuse épiploïque, intimement mêlés aux nombreux Cysticerques pisiformes, simulaient de prime abord toute une série de passages, l'on paraissait en droit de se demander si notre embryon ne serait pas précisément une forme aberrante de la même espèce, surtout si Ton c^onsidère que l'adulte habite l'intestin du Chien. Toutefois, ce ne sont là que des présomptions (1).

Les injections faites dans la cavité pleurale nous ont montré que nos parasites s'acclimataient aussi à ce nouvel habitat. Au bout d'un certain temps, la plèvre présentait des lésions notables; elle était même détruite en certains points et, en quelques endroits, elle se montrait en voie de perforation.

(i) Pour lever tout doute sur ce sujet, nous réaliserons rexpcricncc inverse, pour voir si le Cysticercus pisiforwis, introduit dans la cavlW pcl^ritonéalc du Chien, y vivrait et s'y perpétuerait sans évoluer. Pour cela, il faudra des états très jeunes, car après la formation de l'invagination céphalique, il semble que les propriétés évoluUves ne soient plus les mêmes.

Des inocuIatioDS faites dans le tissu cellulaire sous-cutané de Tabdomen ont aussi donné des résultats positifs : nos parasites y ont fort bien vécu, mais leur formes'est sensiblement modifiée. Ils sont devenus aplatis, allongés ou ovalaires, rappelant vaguement par leur forme certains Trématodes, toutefois sans que leur organisation primitive ait sensiblement varié.

Les injections intraveineuses n'ont guère fourni de résultats, étant donné le petit calibre des vaisseaux sanguins du Lapin et aussi les décès prématurés de ceux ci avant que des résultats aient pu se produire. Enfin, l'introduction par la voie stomacal:^ au moyen d'une sonde, ne nous a fourni aucun renseignement intéressant, nos embryons à cuticule mince n'ayant pas résisté à Taction du suc gastrique. A signaler encore l'introduction par voie rectale et aussi un dépôt direct dans une anse intestinale après laparoto* mie. Il ne semble pas que la constitution de nos embryons puisse se prêter à une vie normale dans la cavité digestive. Nous aurons l'occasion de constater ce fait chez d'autres animaux.

b, — l>es Oiseaux n'ont pas fourni de résultats intéressants. Nous avons agi sur des Dindons et des Canards, qui ne nous ont pas paru incommodés par nos tentatives, Après plusieurs mois, l'ouverture de la cavité abdominale, où avaient été déposés nos parasites, nous a montré qu'ils étaient en pleine régression et en voie de disparition. 11 est possible que le séreuse péritonéaledeces êtres soit trop sèche et trop fibreuse pour favoriser leur développement.

c. — Le Porc n'a pas donné de résultats plus satisfaisants. Les individus injectés dans la cavité péritonéale au moyen de cinq centimètres cubes de liquide ascitairc, et sacrifiés deux mois après, ne nous ont pas montré traces de nos parasites. Toutefois, nous

•avons trouvé trois formes de Cysticerques aplatis, larges d'environ 2 centimètres, rappelant assez bien les formes que nous avons signalées dans le tissu cellulaire sous-cutané du Lapin. L'examen microscopique de ces trois individus montre, sur les coupes, que ce sont là des formes vésiculeuses, pleines de liquide contenu dans une immense lacune centrale limitée par une mince couche de parenchyme et présentant, en un point, une tache sombre et opaque, qui parait constituer un début d'invagination, mais qui est dépourvue de toute trace de tête. Or, le Porc présente parfois le

Cysticercus tenuicollis qui représente, comme l*a montré Baillet, la forme embryonnaire du Taenia marginata du Chien. Toutefois, tant par la forme générale que par les dimensions, les trois individus que nous avons rencontrés semblaient présenter de notables diSérences avec tette dernière forme embryonnaire. On pourrait donc supposer qu'il serait possible qu'ils constituent une forme spéciale de nos parasites, produite sous Tinfluence d'un milieu nouveau et rappelant ce que nous avons déjà constaté dans le tissu cellulaire sous-<2utané.

d. — Les expériences sur les Chiens ont fourni les résultats les plus intéressants. Elles ont porté sur toute une série d'animaux; la grande vitalité de nos parasites dans leur cavité peritonéale et l'intensité de leur multiplication nous ont permis de continuer nos expériences pendant fort longtemps. Elles dureraient certainement encore, si des circonstances fortuites n'avaient supprimé le sujet témoin, réserve de nos parasites, qui est mort pendant notre absence, faute de soins.

Nos premières opérations ont consisté dans l'introduction dans les voies digestives, soit par la voie buccale, soit par le rectum, de quantités variables d'embryons. Pour les mêmes raisons déjà signalées pour le Cobaye et le Lapin, ces expériences n'ont donné aucun résultat probant. Il en est de même de l'introduction dans le tube digestif, par la voie abdominale après laparotomie.

Un autre genre d'essai, plusieurs fois renouvelé, n'a pas été plus encourageant. Il a consisté dans le dépôt, dans la cavité abdominale, d'ampoules artiliciellesen collodion, perméables aux liquides et aux Bactéries et contenant quelques centimètres cubes de nos parasites. Il s'est produit dans ces diflérents cas une réaction violente du péritoine de nature séro-fibrineuse, quia eu pour résultat un encapsulem'ent des ampoules et la mort consécutive de leurs hôtes. Chose curieuse, l'une d'elles a même été éliminée par l'intestin, grâce à un sphacèle de la région colique, par suite de la formation d'un abcès limité et non suivi de péritonite généralisée.

En somme, de toutes nos expériences, ce ne sont guère que les dépôts directs dans la cavité périlonéale et dans le tissu cellulaire sous-cutané qui nous aient fourni des résultats plus ou moins curieux.

Chez les divers Chiens observés, les renseignements recueillis

étant à peu près identiques, comparables et superposables, nous nous bornerons à décrire un type unique.

Cinquante centimètres cubes de liquide extraits au trocart du Chien malade, sont injectés, au moyen d*une seringue, dans la cavité abdominale d'un Chien adulte et bien portant, cequi a pour résultat plus ou moins lent un grossissement progressif de l'abdomen. Deux mois après, une ponction exploratrice de cette mémecavite, au niveau de l'ombilic, donne issue à environ vingt-cinq cenUmètres cubes d'un liquide crémeux, jaunâtre, très dense, passant difficilement par le trocart et contenant une quantité considérable de nos parasites. Le liquide est beaucoup plus épais que d'ordinaire, en proportion, et la sérosité moins abondante.

A l'examen microscopique, nous retrouvons les caractères ordinaires des parasites souches, avec cette diSérence que leur volume plus réduit atteint au maximum celui d'une tête d'épingle. Leur constitution est aussi plus dense. Il semblerait presque qu'il y ait une sorte de rétraction générale et des divisions plus ou moins multiples des premiers organismes, sans qu'il y ait, du reste, jamais de ventouses ni de crochets. Le liquide de la cavité générale ne parait donc pas très favorable à lexistence de nos vésicules et, sans doute, il faut des conditions pathologiques particulières pour leur permettre uiie vie facile. On perçoit ici les effets d'une lutte qui ne semble pas douteuse entre le milieu envahi et Thôte envahisseur. A cùté de ces formes répandues, on en rencontre quelques autres présentant l'aspect de fins filaments deSà 6 millimètres de longueur, mais toujours aussi sans ventouses ni crochets.

Les différentes ponctions exploratrices, réitérées 'de temps en tem ps, donnèrent des résultats analogues avec une simple différence de quantité, celle-ci étant notablement augmentée. C'est ainsi que nous avons pu extraire en une seule fois jusqu'à 250 centimètres cubes de liquide à vésicules. Il est bon de noter que, durant toute cette expérimentation et pendant un laps de temps considérable, les grossesses de nos Chiennes en expérience suivirent leur cours normal.

Nos animaux ne paraissaient incommodés en aucune façon par la présence de nos parasites; ils ne présentaient aucun trouble nutritif ou nerveux; jamais leur tube digestif n'élimina de parasites,

sauf cependant chez une petite Chienne qui rendit en abondance des anneaux de Mesocestoides litteratus.

L'endurance de nos Chiens en expérience était encore accentuée par ce fait que les soins qui leur étaient donnés laissaient vraiment à désirer et qu'il y en eut qui durent subira plusieurs reprises des jeânes aussi forcés qu'intempestifs. Dans l'espace de quatorze mois, nous n'avons eu à enregistrer aucune mort naturelle, et par conséquent tous nosanimaux.sauf ledernierquipéritaccidentellement, durent être sacrifies.

Les nécropsies pratiquées sur des Chiens sacrifiés2à3 mois après leur infection ne montraient chez eux aucune lésion appréciable. Il semblait que la partie séreuse du liquide injecté se soit résorbée rapidement. Nos parasites se retrouvaient en quantité à peu près triple dans les divers replis du mésentère, surlMntestin, sur le foie et, en général, sur tous les viscères, sur lesquels ils paraissaient ramper d'une façon bien autonome.

Les nécropsies pratiquées après un laps de temps plus long, de 8 à 14 mois, au moment où Tascite était bien caractérisée, fournissaient des résultats bien plus curieux. Le même liquide ascitaire avait augmenté ; il y en avait au moins 1500 grammes. Les lésions décrites plus haut étaient reproduites. Dans toutes les parties du péritoine, d'une façon identique à ce que nous connaisons déjà pour le Chien qui a servi de point de départ à ce travail, nous avons constaté un envahissement général avec une transformation pathologique des tissus qui ne pouvait pas laisser de doute sur les pro grès du mal. Les parasites semblaient donc avoir modifié le milieu de leur nouvel habitat ou s'y être mieux adaptés et redevenus susceptibles d'une évolution . ultérieure plus considérable. Nous retrouvions la coloration jaune safran, les découpures du mésentère en dentelle, à mailles limitées par des capillaires, des infiltrations leucocytaires des vaisseaux, les mêmes épaississements et surcharges graisseuses des épi ploons, etc. L'examen microscopique des lésions ne faisait que confirmer ces analogies.

Au point de vue évolutif général, ces autopsies ont fourni quelques données intéressantes. A côté des innombrables descendants normaux des individus injectés, nous constatâmes la présence de formes ayant des caractères différentiels faciles à reconnaître. Les unes étaient de la grosseur d'un pois, vésiculaires, à parois très

minces etsans aucunediflérenciation. D'autres, assez rares, étaient filamenteuses, enchevêtrées entre elles en peloton, racémeuses, et constituant en quelque sorte de minces rubans de 2 à3 centimètres de longueur sur 1 à 2 millimètres de lai^e. On n*y voyait cependant ni anneaux distincts, ni une tête différenciée, ni rien d*ailleurs, qui pût être considéré comme un début d'évolution vers une forme adulte (fig. 12).

L*examen du contenu intestinal ne nous a pas montré beaucoup de parasites. Dans un ca^ seulement, nous avons trouvé le Dipylidium caninum, dans un autre, le Tamia serrata. Pour compléter Texposé expérimental qui précède, nous ajouterons que, nous basant dune part sur certaines ressemblances entre le Cysticerque pisiforme du Lapin et nos formes embryonnaires, nous avons tenu à nous convaincre qu'il n'y avait Fi 12. —Formes ^^^^^ ''®^ entre ces diverses formes ou même que filamenteuses notre parasite n'était pas simplement une forme

f^***"^* ^?"* aberrante et accidentelle de l'une de ces espèces. lepéritoiDed un *^

Cblen en expé- En conséquence, nous avons fait diverses ino-

Tiion^ mênf no^ culations inverses: par exemple, nous avons déposé

table du corps, dans la cavité péritonéale du Chien des Cysticer-

sorlê d^^mé ^"®^ pisiformes tirés du Lapin. D'un autre côté,

rendaUoD. nous avons pris des anneaux mûrs de Mesocestoi-

des litteratus de l'intestin du Chien malade et nous

les avons déposés, d'une part dans la cavité péritonéale du Lapin,

d'autre part dans la cavité péritonéale et dans le tissu cellulaire

sous-cutané du Chien. Il est à remarquer que ces anneaux de Ténia

ont été préablement soumis à l'action du suc gastrique artificiel. Les

résultats de ces expériences seront publiés plus tard.

La révision de l'ensemble de ce qui précède sur nos expériences consiste essentiellement dans la constatation que nous avons repro duit sans aucun doute les lésions constatées chez un sujet spontanément malade. D'un autre côté, il en découle aussi que nos parasites ont une vitalité des plus énergiques dans les milieux séreux et dans les tissus péritonéaux, de même que dans la plèvre. La limitation exacte aux seules séreuses est identique dans les cas spontanés et dans les cas expérimentaux. Nos vésicules acéphaliques constituent très nettement des parasites exclusifs des séreuses,

produisant sur elles des actions particulièrement intenses (destruc-. tions, réactions de dégénérescence, de défense, etc.).

Page 1