PARASITES DE LA LANGUE NOIRE PILEUSE
PAR
Docteur es sciences, Professeur agrégé à l'École supérieure de Pharmacie de Paris.
L'affection connue en pathologie humaine sous les noms variés de nigritie linguak, mélanotrichie linguale, hyperkératose mélanique linguale, glossophytie mélaniqm, etc, et désignée plus simplement sous le nom de langue noire pileuse, a déjà fait Tobjet de nombreuses recherches. Ordinairement bénigne, parfois très tenace ou récidivante, la lésion consiste essentiellement en une hypertrophie cornée des papilles filiformes, accompagnée de pigmentation: la région ainsi modifiée prend Taspect d'une sorte de plaque gazonnante, d'un brun noirâtre plus ou moins foncé, occupant la partie moyenne de la langue, et formée de brins rectilignes déjetés en tous sens sous le poids de la salive qui les humecte.
Si Ton connaît bien cette affection au point de vue anatomopathologique, il n'en est pas de même quant à l'étiologie, bien que la littérature médicale soit riche en travaux concernant ce point. L'historique de la langue noire a été reproduit, de façon plus ou moins complète, dans de récentes compilations (1) auxquelles nous renvoyons le lecteur. Il est nécessaire, avant de faire connaître le résultat de nos propres recherches, de mettre brièvement au point l'état actuel de la question. Bien que l'on ait constaté à plusieurs reprises, à la surface des papilles hypertrophiées, la présence d'organismes végétaux, parmi lesquels une Levure offrant des caractères remarquablement constants, des auteurs visiblement peu familiarisés avec les procédés modernes d'investigation parasitologique
(1) Gharpy, Contribution à Vétude de la langue noire. Thèse de Paris, in-B" de 88 p., 1904. — Index bibliographique étendu.
Archives de Parasitologie, XIl, n« 3, 1908. 22
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ont récemment mis en doute l'existence de ces organismes et la nature parasitaire de cette aflection, se fondant principalement sur Fimpossibilité où Ton est jusqu'à présent de reproduire expérimentalement les lésions de la langue noire.
Dès 1869, Maurice Raynaud (1) avait trouvé sur les papilles hypertrophiées, dans trois cas de langue noire, des « spores » qu'il décrivit et figura aussi complètement qu'on le pouvait faire à l'époque. Ces « spores arrondies ou légèrement ovoïdes avaient un diamètre de 3 à 5 ii, le plus grand nombre ayant 4 \lS; elles formaient des amas de quatre à cinq, parfois davantage. Fréquemment, on en rencontre deux ou trois placées bout à bout en manière de chapelet. Comparant ces organismes à VOidiutn albicanSy au Leptothrix buccalis, au Saccharamyces cerevisiaey Raynaud les juge très différents de ces trois plantes et finit par les rapprocher des rricAop/ij/ton de la teigne, avec lesquels il leur trouve une parfaite similitude (!).
Depuis lors, ce parasite a été retrouvé par plusieurs auteurs, notamment par Laveau (1876), par Dessois (1876), par Lancereaux (1877, 2 cas), par Brosin (1888), par Wallerand (1889), par Lucet (1901 ),qui Ta reconnu pour une Levure (Saccharomy ces [Cryptococcus] linguw-pilosaB), et en a fait une étude soignée, par Roger et Weil (1903) et enfin par nous-méme (1905) dans le cas qui nous a fourni les matériaux de ce travail. Ch. Rayer (1883) a également retrouvé les « spores )) de Raynaud dans certains cas, mais il affirme les avoir parfois aussi rencontrées sur la langue d'individus saios. D'autre part, il n'a pas rencontré ces corpuscules dans tous les cas de langue noire; aussi admet-il plusieurs variétés de cette affection.
Nous ne parlerons que pour mémoire des travaux de Ciaglinski et Hewelke(1883), de Sendziak (1894), de Shmiegelov (1896), qui ont isolé de l'enduit lingual, par la méthode des cultures, des Moisissures banales. Le ^f ucor niger de Ciaglinski et Hewelke est évidemment le vulgaire Rhizopùs nigricans, qui n'existait peut-être dans les cultures de ces auteurs qu'à l'état d'impureté accidentelle.
(i) Raynaud, Note sur une nouvelle affection parasitaire de la muqueuse linguale. Union médicale, 1869. — Dans ce mémoire capital, Raynaud signale, à côté de la Levure dont il a nettement figuré le bourgeonnement, « un certain nombre de filaments de Leptothrix buccalis, soit isolés, soit enchevêtrés en divers sens». Il dit avoir trouvé souvent le Leptothrix sans les grosses « spores », et celles-ci sans Leptothrix, ces deux éléments paraissant n'avoir entre eux aucune connexion.
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Citons rapidement les noms de ceux qui. n'ont trouvé aucun organisme dans la langue noire (Laborde 1869, Richter 1871, Féréol 1875, Stoker 1884), et arrivons aux recherches des auteurs qui, n ayant pu retrouver les « spores » de Raynaud, ont attribué la production de la mélanoglossie à des organismes de nature bactérienne.
Gallois (1869) (1) trouva au milieu des papilles a un assez grand nombre de filaments de L^ptot/im)) : l'observation fut contrôlée par Balbiani, qui ne réussit point à retrouver les corpuscules décrits par Raynaud. Dans la discussion qui suivit la communication de Gallois, Gubler rappela que dans un cas semblable, il n'avait pas non plus trouvé de spores.
Comil et Ranvier (1884), Vignal (1886) semblent attribuer à des Cocci la genèse de la langue noire. Brosin (1888) trouve, à côté des spores de Reynaud, le Leptothrix, des Bacilles et des Cocci avec un petit Champignon se reproduisant à peu près comme le Muguet. Mais comme les cultures de ces divers organismes ne revêtirent jamais la coloration noire de la lésion linguale, et qu'il fallait surtout faire cadrer l'hypertrophie papillaire avec la théorie de l'hyperkératose récemment édifiée par Unna, Brosin n'attacha aucune importance aux organismes isolés par lui, et ne jugea pas utile d'en pousser plus loin l'étude.
Une courte note de Morelli (2), passée sous silence par les auteurs qui l'ont suivi, est particulièrement importante au point de vue qui nous occupe. Cet auteur a trouvé « entre les cellules épithéliales et à l'intérieur môme de celles-ci, un amas de petits Bacilles de iJL 3 à [i. 4 de large, et de 2 à 4 {jl de long, et quelquefois, mais rarement, allant jusqu'à 6 [i». Cet organisme donne sur gélose de petites colonies transparentes; sur gélatine ou sur sérum, de petites colonies blanchâtres; sur pomme de terré alcalinisée, de petites bosselures blanc grisâtre qui restent stationnaires très vite. Nous reviendrons plus loin, à propos de l'un des organismes que nous avons nous-même isolé, sur les observations si intéressantes de Morelli. Emery, Gaston et Nicolau (1903) ont trouvé dans la langue noire des filaments qu'ils considèrent comme des Leptothrix. Enfin Roger
(1) Gallois, Sur un cas de coloration noire de la langue. C, R. de la Soc. bioL, p. 276. 1869.
(2) Morelli, Etudes sur un cas de langue noire. C. A« Soc. biol., p. 23, 1S93«
et Weil (1903) ont vu, à côté de la Levure de Lucet, « dans les cultures âgées, un véritable mycélium grêle, sans séparations cellulaires ))- Cette brève description suffit à établir la preuve qu'ils ont bien eu sous les yeux, ainsi qu'on le verra plus loin, un cas tout à fait identique à celui que nous avons observé.
Il est véritablement surprenant, après toutes ces publications, que la « théorie nerveuse » de la langue noire, édifiée par Wallerand (1890) à la suite du mémoire tendancieux de Brosin et de ses propres observations portant sur deux cas, puisse conserver des partisans. L'un des grands arguments invoqués à l'appui de cette théorie est que Ton observe surtout la mélanoglossie chez des malades émotifs et nerveux. Les états morbides dont les patients étaient aflectés, dans les divers cas relevés dans la littérature, suffisent amplement à expliquer leurs troubles psychiques. Les uns sont en eflet atteints de dyspepsie (Dessois, Brosin); les autres, de fatigue physique et morale (Féréol), d'autres de mal de Pott, de tabès (observations de Lannois), de névralgies faciales (Charpy), de phtisie, d'emphysème pulmonaire, d'angine, de typhoïde, de scarlatine, de pleurésie, de rétrécissement de l'urèthre (i). Un argument en apparence plus sérieux, invoqué par les partisans delà théorie, se fonde sur l'impossibilité où l'on est jusqu'à présent de reproduire expérimentalement les lésions caractéristiques. On peut répondre à cela que Ton n'a pas encore réussi à inoculer le typhus ni la pneumonie à partir des cultures, et que pourtant la nature microbienne de ces affections ne paraît f ai re de doute pour personne. Enfin, que penser d'une maladie nerveuse qui, comme la langue noire, cède aux applications antiseptiques ! On se presse un peu trop, actuellement, d'attribuer à des troubles nerveux les affections dont on n'a pas réussi à découvrir la cause tangible. 11 est évidemment plus commode d'édifier des théories que de réaliser des observations exactes et précises, qui ont le défaut d'être longues et délicates àeflectuer. Après avoir fait connaître brièvement le cas qui nous a servi de point de départ, nous exposerons les résultats de nos recherches sur les organismes que nous en avons isolés.
(1) Charpy, Loco citato, p. 30.
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Observation personnelle.
C.,âgé de 68 ans, opéré deux ans auparavant, avec succès, d'un papillome de roreilledroite, souffrait d'une sinusite du maxillaire supérieur du même côté, accompagnée de crises épileptoîdes survenant à de longs intervalles, et traitées par le bromure de potassium à hautes doses. En examinant la cavité buccale du malade, le médecin traitant y constata, en août 190o, en avant du V lingual, la présence d'une touffe de filaments bruns, dont quelques-uns, enlevés à l'aide d'une curette, furent examinés par M. Montavon, pharmacien à Calais, qui reconnut avoir affaire à un cas de langue noire. Un traitement par l'eau oxygénée à dix volumes n'eut d'autre résultat que de décolorer complètement les papilles. L'emploi du menthol, préconisé par Papon (1), ne réussit pas mieux. Un curetage, suivi de badigeonnages avec une solution de sublimé, amena pourun temps seulementla disparition des villosités,qui se reformèrent sur la moitié droite de la langue, moins nombreuses, il est vrai, et moins développées qu'auparavant.
Sur ma demande, M. Montavon, qui m'avait déjà fait un premier envoi en vue de la vérification de son diagnostic, m'adressa le 27 septembre deux lots de ces papilles hypertrophiées, l'un fixé par l'alcool à 90<>, l'autre déposé aseptiquement dans un petit tube stérilisé. Ces papilles, prélevées après le traitement par l'eau oxygénée, étaient d'un blanc faiblement jaunâtre, et non brunes comme celles du premier envoi ; ce sont ces papilles décolorées qui ont servi à mes recherches.
Examen microscopique. — L'examen microscopique de ces productions villeuses démontra, aussi bien dans le lot fixé par l'alcool que dans l'autre, la présence d'abondantes cellules de Levure, semblables en tout point à celles décrites par Lucet. Elles étaient mêlées de bâtonnets assez nombreux, immobiles, droits ou légèrement flexueux, se colorant par le Gram, coupés carrément ou légèrement méplats aux extrémités; leur calibre était un peu moindre que 0,5 [/., leur longueur variable, ordinairement 3 à 4, mais pouvant aller jusqu'à 6 et 8 [<..Ces bâtonnets étaient souvent juxtaposés bout à bout, simulant des Diplobacilles ou même des Cocci (fig. 1).
(1) Papon, Arch. deméd. militaire, 1903.
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La plupart des auteurs, Lucet entre autres, ont signalé la présence de Bacilles parmi les Levures de la langue noire, mais sansy attacher d'importance. Désirant me rendre un compte exact de la nature de ces microorganismes si polymorphes, j*en ils une séparation par la méthode des plaques. Au bout de trois jours à + 2â^, les bottes de Pétri étaient parsemées de deux sortes de colonies. Les unes, formant de petits boutons hémisphériques blanc-crème, faciles à détacher de la gélatine, étaient formées de Levure elliptique bourgeonnante. Les autres colonies consistaient en points blancs à peine visibles, croissant avec une extrême lenteur, car c*est à peine si au bout de quinze jours leur diamètre avait augmenté; elles étaient formées de bâtonnets et de filaments irradiant d'un centre commun. Il s'agissait par conséquent d'un fin mycélium, et non d'un Bacille.
Etude de la Lex^ûre, — La Levure isolée comme il est dit plus haut ofire tous les caractères du Cryptococcus linguœ-pilosœ Lucet. Nous n'insisterons donc pas longuement sur cetorganisme, nousbornant à préciser et à compléter les caractères biologiques qui permettent de l'identifier. Toutes nos cultures, à l'exception de celles sur milieux gélatines faites à 4- 22**, ont été obtenues à -h 37^; toutes provenaient d'une culture d'origine sur carotte, ensemencée elle même avec Tune des colonies de la plaque d'isolement.
Sur Raulin normal, léger sédiment augmentant pendant une dizaine de jours, puis demeurant stationnaire. Pas de fermentation apparente (cultures en tubes).
Sur Haulin neutre, trouble se résolvant en un dépôt furfuracé, composé finalement de grains ronds inégaux, les plus volumineux atteignant le diamètre d'une petite tête d'épingle.
Sur les mêmes milieux additionnés de gélatine, les stries atteignent dans les trois premiers jours leur aspect définitif : les cultures ne progressent plus ensuite qu'avec une extrême lenteur, et deviennent stationnaires au bout d'un mois. Ce sont des bandes blanches peu épaisses, planes, à bords faiblement ondulés; il n'y a jamais de liquéfaction.
Sur bouillon glycosé, un sédiment s'observe dès le second jour, avec dégagement d'acide carbonique dont les fines bulles forment un anneau à la surface du liquide ; le lendemain la fermentation se ralentit, et cesse dès le troisième jour. Un anneau blanchâtre
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crémeux adhère aux bords du tube, le bouillon tenant en suspension des colonies punctiformes. Dès le huitième jour le dépôt farineux, qui augmente peu à peu, brunit dans les parties les plus anciennes. La teinte foncée gagne de proche en proche, et le sédiment prend un peu l'aspect de la terre végétale.
Sur gélatine, les caractères sont à peu près les mêmes que sur Raulin gélatine.
Sur gélose, en piqûre, colonie discoïde plate, luisante, gagnant peu à peu les bords du tube ; dans la piqûre, il y a de petites colonies grenues. En strie, Taspect est le même que sur les milieux gélatines. Coloration le plus souvent jaune d'or à la longue.
Sur pomme de terre simple, on obtient le troisième jour de petites colonies circulaires, légèrement saillantes, ayant avec Tâge une tendance à confluer. A partir du cinquième jour, le substratum brunit sous les colonies. Finalementla Levure elle-même prend une teinte brun sale.
Sur pomme de terre glycérinée, la culture est plus abondante, et conflue promptement en une plaque humide, crémeuse, lisse, qui dès le sixième jour enveloppe tout le support et gagne le liquide sous forme d'un dépôt furfuracé. Un faible brunissement apparaît vers le huitième jour.
Sur pomme de terre octde, les caractères sont à peu près les mêmes que sur pomme de terre normale.
Les cultures sur carotte prennent dès le second jour un aspect caractéristique. De chaque côté de la strie d'inoculation se forment de fins denticules, s'allongeant bientôt en points d'exclamation perpendiculaires à la direction de la colonie. Le cinquième jour la base de la carotte est complètement envahie, le liquide de fond est sédimenté ; la culture, d abord blanc crème, vire au brunâtre, et finit par prendre une teinte chocolat clair.
Sureau de foin gélatinisée, en piqûre, on obtient une colonie en clou à tête hémisphérique, vernissée, blanc sale, stationnaire au bout d'une dizaine de jours. Pas de liquéfaction.
Sur topinambour apparaît en moins de deux jours une large bande blanche, huileuse, gagnant le liquide de fond qui lui-même fermente activement, avec formation simultanée d'un dépôt crémeux et d'un voile grimpant faiblement rosé, résistant à l'agitation. Au bout d'une semaine, la fermentation cesse, le voile tombe
elle topinambour brunit. Le liquide est trouble et visqueux, d'une odeuràia fois alcoolique etanimalisée rappelant celle delà peptone.
Le lait semble un assez bon milieu de culture. Dès le second jour, la fluidité paraît augmenter; quelques globules gras surnagent, en même temps que se forme un dépôt grisâtre. La coagulation a lieu quelques heures après, et dès le quatrième jour la liquéfaction commence. Elle est totale au bout d'un mois, avec dépôt couleur café au lait clair. Odeur aromatique et animalisée, réaction neutre au tournesol.
Sur Valbumine cocLgulée, la culture n'est bien apparente que le troisième jour, et s'accompagne d'une légère liquéfaction ; le phénomène s'accentue les jours suivants, mais progresse avec une grande lenteur, car l'attaque n'est pas encore terminée au bout d'un mois. Le liquide opalescent, jaunâtre, d'une odeur à la fois ammoniacale et animalisée, offre une réaction nettement alcaline.
Uurée n'est pas attaquée. Les nitrates sont faiblement réduits jusqu'à la phase nitrite.
Action sur les sucres.— Lucet a constaté qu'il y avait production de 4,85 p. 100 d'alcool aux dépens du lévulose, 4 p. lOOavec leglucose, 1 ou 2 p. 100 au plus avec le saccharose et le maltose. Les résultats que nous avons obtenus diffèrent de ceux de Lucet en ce que nous n'avons pas observé de fermentation du maltose pur; peut être cette divergence est-elle due à ce que nos essais ont été effectués avec du bouillon maltose, au lieu du liquide de Gohn employé par cet auteur.
Au point de vue de l'action de la température, nous avons trouvé que le Crj/ptococcus croît déjà à + 15°, mieux à -f 22°, plus vile encore à -f 37°. Le développement est faible à -f- 41^ et cesse à -h 45°. Nos résultats concordent donc avec ceux de Lucet, qui assigne à la Levure un optimum compris entre -h 25» et + 35<>. Cet organisme paraît nettement aérobie.
Les ascospores ont été recherchées vainement dans les cultures anciennes sur différents milieux et n'ont pu davantage être obtenues sur blocs de Hansen à diverses températures; l'organisme doit par conséquent demeurer dans le genre Cryptococcus.
Pléomarphisme. — Le Cryptococcus linguœ-pilosœ présente sur les différents milieux des variations intéressantes à signaler.  la surface des liquides, il se produit des formes pseudo-mycéliennes bien
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décrites et figurées par Lucet. Sur les milieux solides on ne trouve au contraire que des éléments ovales bourgeonnants ; sur gélose la plupart des cellules sont presque rondes.
Les cultures âgées (cinq mois) sur Raulîn neutre renferment des éléments d'aspect assez particulier. On y voit prédominer des cellules arrondies de diamètre assez considérable, pouvant aller jusqu'à 4 ou 5 |i. (flg. 4) entourées d'un cercle assez régulier de petits bourgeons ovales rattachés à la cellule-niëre par un fin pédicelle; le contour delà grosse cellule s'est réparti presque en entier dans les bourgeons, l'ensemble rappelant l'aspect du Dematium pullulans cultivé sur les milieux liquides (fig. 4, a).
Certains éléments ne portent que quatre ou cinq bourgeons petits et inégaux. Le reliquat du contenu de la cellule centrale peut alors se diviser en cinq ou six masses inégales, groupées en cercle à la périphérie, et pouvant s'entourer d'une membrane propre. Ce sont là des pseudmques analogues à ceux dont Sartory (1 ) a observé la formation chez diverses Mucorinées (Mucor flavus, M. fuscus, Rhizopus reflexus) soumises à l'agitation au sein des liquides (formes de souffrance, fig. 4, b).
Étude du pigment, — Nous avons vu que la Levure, sur la plupart des milieux, prenait à la longue une teinte brune ou noirâtre; cette coloration est limitée aux cellules mêmes, et ne parait avoir aucune tendance à diffuser dans le liquide. Au microscope, on voit des points noirs inégaux (grains d'excrétion ?) au nombre de deux ou trois dans quelques éléments, beaucoup plus abondants quelquefois, occuper les parties centrales de la cellule. Ces grains résistent à l'action de Teau oxygénée, tandis que le même réactif décolore la cellule, rendant ainsi les corps punctiformes plus nettement visibles. Les acides minéraux (chlorhydrique, azotique, sulfurique) agissent de même; l'ammoniaque restaure la teinte primitive, qu'un excès de réactif fait virer au jaune-paille.
Une vieille culture sur gélose, de teinte jaune d'or (131 C.C) (2), prit sous l'action des acides minéraux une teinte rouge -vif sanguinolente (81 C.C), alors que l'aide acétique demeura sans effet;
(1) A. Sartory, Éludes expérimentales de Vinfluence de l'agilalion sur les Champignons inférieurs. Thèse de doctorat es sciences, Paris, 1908.
(2) Ces chiffres correspondent à un numéro du Code des couleurs (Paris, P. Kiincksieck, 1908].
Tarn moniaque agit comme précédemment. L*âiction des réactifs, étudiée sous le microscope, montre que la coloration parait résider dans le protoplasme (1).
Dans les deux cas, il s*agit, semble-t-il, d'une même substance pigmentai re.
Nous avons vu plus haut que Teau oxygénée décolorait instantanément les papilles linguales. Rapprochant cette action de celle exercée par le même réactif sur les cultures, nous sommes porté à croire que la pigmentation de la langue noire, pigmentation dont on n'a pu jusqu'à présent trouver la cause, est due à la Levure. 11 faudrait toutefois des observations et des expériences multipliées sur de nouveaux cas pour établir avec certitude cette manière de voir.
Nous croyons utile de donner une diagnose complète du Cryptococciis linguœ pilosx, permettant, le cas échéant, de comparer à cet organisme les Levures que Ton pourrait trouver dans la cavité buccale.
Cryptogoccus LiNGUiE-piLoSiC Lucet (Saccharomyces linguœ-pilosœ Lucet, 1901).-> in stfu=Cellulis ovoideis 3-6diam., hyaliois, levibus,intus granulis refrlDgeotlbus sparse farctis. — incuUMn^^CeUulisrecentibus ovoideis aut eloogatis, 6 = 4-8-12-17, radiatim dispositis, gemmatione slraogulata mox secedeutibus; veteris rotuudatis. — CharacL biologiùs = Substratibus liquidis sive saccharatis, seu giucosatis autlevulosatis — sed non maltosatis — vélo primum albido et ievi, post plurîbus diebus griseo vel rufo, plicato, ad parietem adscendente, acido carbonico spumoso. Culturis veteris brunnescentibus. Gelatina non liquefacta, lacté ooagulato dein paullatim liquelacto, cum sedimento isabeliino, neutro ; albumioelfquefacto; oitratibus parce reductis. Optime culto 25' -f 35'.
Hab. in ilngua humaua morbosa, « lingua-nigra pilosa » dicta, comité Oospora linguale. Mus musculus injectione subcutanea necatur.
ÉTUDE DE LOOSPORA I. — Morphologie et Taxinomie.
L'organisme bacilliforme qui accompagnait la Levure à la sur face des papilles linguales oilrait dans les colonies sur plaques de gélatine une disposition nettement radiaire, et paraissait formé
(1) Ce sont peut-être des formes analogues que Balbiani avait observées dans la levure qui lui avait été remise par Raynaud {toco citato).
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d'un fin mycéliam aisément dissociable en bâtonnets. L'étude des semis en cellules sur gélatine et des cultures âgées sur carotte permet de s'assurer qu'il s'agit d*un Ooapora, dont nous allons décrire les caractères.
Cultures en cellules — Si Ton ensemence en goutte pendante, sur bouillon à 4- 22**, quelques fragments de mycélium provenant d'une colonie sur plaque, on voit au bout de trois ou quatre jours ces éléments s'allonger, en formant des sortes de lignes brisées dont chaque angle est occupé par une espace clair. Çà et là, principalement dans les parties centrales, on voit naître quelques ramifications, de même aspect et de même allure que l'axe principal (fig. 8). Ces filaments ne tardent pas à se fragmenter, et leurs débris viennent s'accoler les uns aux autres en formant de petits faisceaux.
Sur gélatine les filaments se développent de même, mais restent en place etprolifèrent abondamment. Il en résulte de petites colonies formées d'éléments enchevêtrés, dont la périphérie émet des hyphes bizarrement contournées et ramifiées(fig. 14). Du cinquième au sixième jour apparaissent surces filaments des rameaux d'aspect particulier, affectant la forme de spirales à quatre ou cinq tours, parfois davantage. Ces tire-bouchons, dès qu'ils ont atteint une certaine longueur, se fragmentent en petits crochets, en S, ou en boucles plus ou moins fermées : on voit ces débris, aux places occupées primitivement par les spirales, formerde petits groupes à la surface du milieu nutritif (fig. 14^ t). Çà et là, quelques filaments ont leur extrémité faiblement renflée ; on n'observe guère cette clavulation que dans les cultures cellulaires les plus âgées (fig 14, r).
Cultures sur carotte — Sur ce milieu, ainsi qu'on le verra plus loin, l'organisme donne de petites colonies punctiformes qui atteignentaubout dequelquesjoursleurs dimensions définitives, l'im^ 1°>'°5. Ces thalles passent insensiblement, à la longue, du blanc crème à la teinte café au lait, et après quelques mois prennent un aspect pulvérulent, indice de leur sporulation (fig. 6).
L'extrême fragilité des hyphes ne permet pas de recourir à la dissociation pour l'élude du Champignon. Il est préférable d'inclure à la paraffine un fragment du subslratum garni de cultures et préablement fixé par l'alcool absolu; on le débite en coupes aussi
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minces que possible. Les séries, collées à l'albumioe, sont traitées par la solution aqueuse de dahlia, différenciées par Talcool à90<>, recolorées à Téosine et montées au baume.
L*examen de ces coupes montre (fig. 5) que certaines colonies occupent la surface de la carotte, au-dessus de laquelle elles forment des amas arrondis; d'autres s*insinuent dans les dépressions du substratum, quelles comblent en partie. Lorsqu'il a pénétré dans une fissure, le Champignon semble proliférer plus abondamment et forme des amas plus étendus. Chacun de ceux-ci est formé de filaments dont le diamètre moyen atteint à peine un demi [/., assez fortement enchevêtrés, et formés d'une partie colorée d'une longueur moyenne de 2 à 3 [i, mais pouvant aller jusqu'à 6 [1. ou descendre à 1 {x; ces segments sont séparés par des cloisons ayant environ 1/4 ou 1/3 de u., légèrement biconcaves, et apparaissant incolores sur le fond rose de la préparation. Le mycélium est donc cloisonné; le contenu des articles parait sensiblement homogène, peut-être un peu plus réfringent auprès des cloisons ; il est impossible d'y discerner aucun noyau.
Certaines portions des filaments sont irrégulièrement ondulées, ou même enroulées sur elles-mêmes (fig. 11 à 13); un tel aspect s'observe assez fréquemment au voisinage du^ sommet des hyphes les plus longues. Les extrémités libres, régulièrement arrondies, se distinguent aisément des troncatures provenant de la fragmentation.
Les ramifications apparaissent peu nombreuses dans les coupes, en raison de la fragilité du thalle. Elles sontle pi us souvent à angle droit, assez éloignées des extrémités libres. Le rameau se forme toujours au voisinage immédiat d'une cloison, et le calibre en est souvent plus faible que celui de Thyphe qui le porte (fig. 9). Ces petites branches caduques abondent au centre des colonies, qui paraît ainsi formé d'une multitude de bâtonnets grêles (fig. 15).
Tortillons, — Surleshyphes périphériques on trouvedes tortillons analogues à ceux des cultures sur gélatine, mais plus abondants. Ils se fragmentent en bâtonnets que Ton reconnaît immédiatement à leur courbuie régulière (fig. 20, à gauche). A deux ou trois reprises j'ai observé l'existence d'un renfiement sphérique (conidie ou chlamydospore ?) au sommet de pareils tortillons (fig. 20, r).
Chlamydospores.— On observe dans ce Champignon, sur le trajet
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des plus gros filaments ou parfois au voisinage de leur extrémité, la présence de chlamydospores. Celles-ci ont l'aspect de corps ovoïdes ou piriformes, assez souvent simples, d'autres fois un peu allongés et divisés par une cloison médiane un peu plus mince que le reste de la membrane ; dans quelques cas il peut se former jusqu'à deux et trois de ces cloisons (fig. H à 13, c). La membrane des chlamydospores n'est pas sensiblement plus épaisse que celle des iilaments, mais leur contenu est plus réfringent et se colore beaucoup plus fortement que celui de ces derniers. J'en ai observé la germination, qui s'opère latéralement avec production d'un tube se ramifiant aussitôt comme Sauvageau et Radais (1) l'ont décrit dans les conidies d*Oospora Guignardi (fig. 10).
Organes tarsif ormes. — Dans les mêmes cultures et surtout dans la profondeur, on trouve de temps en temps, mêlés aux filaments simples en voie de dissociation, des organes disséminateurs assez particuliers. Une hyphe se termine par un petit article court, surmonté lui-même de deux ou trois bâtonnets segmentés en éléments subquadrangulaires par des cloisons très rapprochées (fig. 19). Ces appareils offrent une certaine analogie avec les « tarses » que forme YAchorion SchcBnleini dans le cheveu favique. Aussi les désignons-nous sous le nom d'organes tarsiformes.
Appareils conidiens. — La surface des vieilles cultures sur carotte est couverte de conidiophores : l'extrémité libre d'un filament s'allonge assez fortement sans se cloisonner, devient très réfringente et se renfle en une massue dont le sommet dilaté se sépare de la base en s'arrondissant, en même temps qu'un début de cloison apparaît au-dessous, dans ce qui reste de la partie renflée de la massue (fig. 21). Le même phénomène se reproduisant à plusieurs reprises, il en résulte une chaînette de conidies d'abord cylindroîdes ou en tonnelet, mais qui s'arrondissent à mesure que s'étirent leurs étranglements séparateurs. II semble bien que ces corpuscules soient endogènes comme c'est le cas dans beaucoup de Mucédinées; du moins, ils paraissent tels dans les chainettes qu'un accident de préparation a détachées avant leur maturité. On ne peut toutefois affirmer positivement qu'il en soit ainsi, l'extrême petitesse de ces éléments et l'impossibilité
(1) C. Sauvaorau et M. Radais, xinn. Inst. Pasteur, 18^.
d'en colorer la membrane rendant Tobservation très difficile.
La fragilité de ces chaînettes empêche de les observer entières dans les coupes. La plus longue que j*aie vue, et qui se trouvait protégée par un filament voisin, comprenait seulement six élé ments, sensiblement isodia métriques et à peine supérieurs à 1 u. (fig. 21, à droite).
J*ai observé plusieurs fois la germination de ces conidies. Le corpuscule se renfle légèrement et donne issue, latéralement à ce qu'il semble, à un filament tantôt grêle, tantôt presque aussi gros que la conidie elle-même (fig. 18). Ce filament est d'ordinaire légèrement flexueux, et ne commence à se cloisonner qu'à une certaine distance de son origine. Je n'en ai pas observé la ramification.
Etude taxinomique (1). — Les caractères du mycélium et de l'appareil conidien sont donc bien ceux d'un Oospora que nous considérons comme nouveau, et que nous nommons Oospora lingualis en raison de son habitat. Il doit prendre place dans la section des continus, créée par nous en 1904 (2) pour les Oospora à mycélium de calibre inférieur à 1 h^, à cloisons nulles ou obsolètes. Les caractères du mycélium de YOo. lingualis nous obligent à modifier la diagnose de cette section, si homogène d'ailleurs, et qui renferme presque tous les Oospora parasites de THomme et des animaux supérieurs. Nôtre espèce, en effet, possède des cloisons au niveau desquelles les filaments offrent une particulière fragilité, ce qui lui donne l'aspect que l'on retrouve chez tous les Oospora de cette section des continus. Ces membranes épaisses et incolorables ne diffèrent pas, en somme, de celles que Ton connaît dans les Achorion, genre qui a tiré son nom de l'absence apparente d'enveloppes cellulaires (a, xôptw).
La section des continus devra donc prendre le nom de section des fragiles, avec la diagnose ainsi modifiée : « mycélium de calibre inférieur ou au plus égal à 1 jjl, ramifié, que des cloisons hyalines, épaisses, inégalement distantes, sectionnent en articles facilement dissociables... )) etc. En raison de l'apparente continuité des filaments d'Oospora, Vuillemin (3) avait cru devoir les ranger, avec les
(1) Voir aussi F. Guéguen, Sur la position systématique des Achorionei des Oospora a mycélium ramifié. C. R. Soc. BioL, 16 mai 1908.
(2) F. GuÉQUEN, Les Champignons parasites de VHomme et des animaux. Paris, 1904, p. 228.
(3i P. Vuillemin, Nécessité d'instituer un ordre des Siphomycètes et un ordre
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Œdocephalum, les Cunninghamella, et certains Sepedonium dont il fait le sous-genre Sepedoniella, dans un ordre spécial, celui des Microsiphonées parallèle aux Siphomycètes, et comme ces derniers caractérisé par un thalle continu. On voitque les Oospora, non plus que les Cunninghamella que Ton sait être des formes conidiennes de Mucorinées, d'après Blakeslee (1), ne peuvent être maintenus dans cet ordre, si tant est que Texistence de ce groupe soit ellemême justifiée.
Si maintenant nous passons en revue les différents appareils reproducteurs de notre Oospora, nous y trouvons, outre les conidies caractéristiques du genre, des tortillons, et des chlamydospores intercalaires simples ou septées. On sait que ces deux or ganes, dont la présence ne paraît pas encore avoir été signalée chez les Oospora, s'observent fréquemment dans les Gymnoascées, qu'ils permettent de caractériser en l'absence de formations péri théciennes : c'est en effet la présence des tortillons et des chlamydospores dans les cultures de teignes qui a permis à Matruchot et Dassonville (2) d'entrevoir les relations de ces organismes avec les Gymnoascées, relations confirmées par les travaux ultérieurs de ces mêmes botanistes (3). L'existence de ces appareils chez VOo. Hngtialis permet donc de la classer parmi les Gymnoascées, à côté des teignes qui, comme le Microsporon minutissimum Burchardt, donnent des formes dissociée^ en chaînettes (formes Oospora).
Par la présence de ses organes tarsiformes et la nature particulière de ses membranes hyalines et non colorables, VOo, lingualis a des affinités avec les Aciiorion. Si l'on rapproche ces observations de celles faites par Bodin (4) sur ses « trichophytons faviformes m, ainsi que des travaux récents de Truffi (5) sur c( VAchorion à lésions trichophytoîdes » de l'Homme, on conviendra qu'il y a
des Microsiphonées, parallèles à l'ordre des Hyphomycètes. C. R. Àca4. des se, p.2i9, 25ianyierl904.
(1) A. F. Blakeslee, Two conidia-bearlng Fungi, Cunninghamella And Thamnocephalus. Bot. Gazette, XL, i90o, p. 161.
(2) Matruchot et Dassonville, Sur le Ctenomyces serratus Eidani; comparé aux Champignons des teignes. Bull. Soc. myc Fr., 1899.
(3) Matruchot et Dassonville. Eidamella spinosa, dermatophy te produisant des périthèces. Bull. Soc. myc. Fr., 1901.
(4) E. Bodin, Sur les Champignons intermédiaires aux Trichophytons et aux chorions. C. R. Acad. des se, CXXVI, 1898, p. 1528.
(5) M. Truffi, Hyphomycètes du type ilc^orton déterminant chez l'Homme des lésions trichophytoîdes. Archives de Parasitologiet XI p. 419, 1907.
quelques raisons de classer les Oospora continus parmi les Gymnoascées, entre les Trichophyton et les Aciiorion (1).
n. — Biologie.
S'il est aisé, comme on l'a vu, d'isoler Y Oospora lingualis a l'état de pureté, il est moins facile d'en étudier les caractères biologiques. Le Champignon se développe péniblement sur tous les milieux essayés, et Ton n'obtient jamais que de maigres thalles punctiformes ; encore ne réussit-on qu'avec des serais copieux.
Sur Raulin normal et Raulin neutre, ainsi que sur les mêmes milieux solidifiés par la gélatine, il ne se produit aucun développement. C'est vraisemblablement la raison pour laquelle Lucet, ayant opéré l'isolement de sa Levure sur ce même liquide, n*a pas observé r Oospora.
Sur bouillon, on obtient au bout d'une dizaine de jours quelques points blancs, formant à la longue un faible dépôt grenu.
Sur gélatine en piqûre, on observe le sixième jour une culture punctiforme, demeurant longtemps stationnaire. Au bout de six mois il s'est formé, autour de la piqûre, une petite dépression en toupie de cinq à six millimètres de diamètre, sans aucune liquéfaction. Cette dépression est occupée par une masse blanchâtre peu consistante, formée de mycélium segmenté; au fond de l'entonnoir est une colonie sphérique d'environ un millimètre de diamètre. En strie, on obtient une série de petits points blancs, cessant de croître vers le quinzième jour ; il n'y a pas de liquéfaction. Sur décodés de carotte et de foin gélatinisés, milieux habituellement si favorables aux Oospora, les résultats sont les mêmes.
La gélose copieusement ensemencée ne montre encore, après plusieurs mois, qu'une strie d'environ 1 millimètre de large à bords crénelés, résultant de la confluence d'une multitude de colonies punctiformes. La croissance est encore plus lente sur la pomme de terre simple ou glycérinée, et sur la pomme de terre acide ; le résultat final est sensiblement identique.
Ces caractères culturaux concordent avec ceux que Morelli (loco cit.) avait assignés à son Bacille. Il s'agit donc évidemment du même organisme.
(1) Voir, à la fln do ce travail^ la note ajoutée pendant l'impression.
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La carotte est nettement le milieu de choix. Au bout de trois jours à -f- 37°, y observe déjà de très petits points blancs qui grossissent peu à peu, et arrivent à former des coussinets hémisphériques d'aspect terne, de 0"*" 5 à 1"" 5 de diamètre (fig. 6). Au bout d'une quinzaine de jours les colonies cessent de s'accroître ; à la longue elles virent au crème et à l'isabelle clair (146 C. C), en prenant un aspect faiblement pulvérulent. C'est Tindice de la formation des conidies, étudiées plus haut.
Le topinambour est également un assez bon milieu ; les colonies y manifestent une certaine tendance à confluer, mais n'acquièrent pas le relief qu'elles prennent sur la carotte.
Lelaity ensemencé largement, se coagule vers le troisième jour; le lendemain le caillot se rétracte et commence à se dissoudre. Cette liquéfaction progresse avec une extrême lenteur et s'arrête promptement^ malgré une agitation quotidienne faite dans le but de renouveler les contacts. La digestion de la caséine paraît se faire un peu mieux (?) avec le lait surmonté d'une couche de beurre que lorsqu'il a été préalablement fixé ou écrémé. Le petit lait solidifié par la gélatine donne de maigres colonies punctiformes, croissant principalement en profondeur.
Sur Yalbumine coagulée les colonies sont perçues au bout d'une semaine environ, grâce à la liquéfaction qui déprime le substratum autour d'elles. A la longue on obtient un peu de liquide jaunecitron, opalescent; les petits fragments isolés d'albumine s'émoussent lentementaux angles. Le liquide exhale une odeur faiblement aromatique; il ne donne pas la réaction du biuret : il n'y aurait donc pas de peptonisation.
La recherche de lindola dû être effectuée dans une culture de trois mois sur bouillon peptoné, le Champignon ne s'étantpas développé dans l'eau peptonée simple ; elle est d'ailleurs demeurée négative.
Vurée paraît, sous l'influence du Champignon, subir l'hydratation : une culture de six mois sur milieu à l'urée exhalait en effet une odeur nettement ammoniacale. Bien entendu, il a été impossible de procéder à aucun dosage.
Le bouillon nitrate, au bout de trois mois, renferme une quantité appréciable de nitrites; le réactif de Griess (chlorhydrate de naphtylamine et acide sulfanilique) lui communique en effet une coloration légèrement vineuse. 11 n'y a pas de dégagement gazeux. Archives de Parasitologie, XII, n* 3, 1908. 23
L*actioii sur les hydrates de carbone a été étudiée en ajoutant à du bouillon gélose un centième en poids des corps suivants : dextrine, inuline, saccharose, glucose, lévulose, maltose et lactose. Ces milieux ont été ensemencés, aussi également que possible, en strie, et les cultures mises à + 37° comparées chaque jour avec une culture-témoin sur carotte et une autre sur gélose. Les différences constatées n'ont pas été très nettes. Il semble cependant que ce soit sur maltose et surtout sur lactose que le développement s'effectue le mieux; sur ce dernier milieu, il égale presque celui observé sur la carotte. Sur les autres hydrates de carbone, la culture n'est guère plus abondante que sur le bouillon gélose ordinaire.
Optimum culturaL — Il a été recherché à l'aide de cultures sur carotte. Au bout de trois jours, pas de développement à +18*+20**; à + 28*», colonies à peine visibles ; à 4- 34^ la culture est plus apparente ; à + 37o elle est très visible ; à + 41o le développement est aussi complet qu'aprësquinze jours à -f 37"; à + 45' + 48®, rien. La croissance se produit seulement à la longue entre -+- 20o et -f- 34**, mais l'optimum paraît se tenir au voisinage de + 41<'; il est donc plus élevé que pour le Cryptococcus.
Action de Voxygène. — On sait que plusieurs Oospora se développent mieux à l'abri de l'oxygène qu'en présence de ce gaz. Nous avons tenté de cultiver notre espèce sur carotte à + 41° en anaérobie strict (vide répété avec rentrées d'hydrogène) et en anaérobie relatif (carotte sous huile de vaseline). Le Champignon ne semble pas pouvoir se développer dans le vide, mais il croit mieux sous l'huile de vaseline qu'à l'air libre. C'est à + 41° sous l'huile que les plus belles colonies, de la grosseur d'une forte tète d'épingle, ont été obtenues : ces cultures demeurent constamment blanches et stériles. Il y a donc seulement tendance à l'anaérobiose, comme le prouvent également l'obtention de colonies au fond des piqûres sur gélatine, et la pénétration du Champignon dans les anfractuosités de la carotte (cf. plus haut).
m.—- Influence du Cryptococcus et de V Oospora l'un sur l'autre.
La présence simultanée des deux organismes à la surface des papilles linguales pouvait faire supposer que, dans ce consortium, l'un des deux favorisait l'autre, soit en ^entraînant mécanique^
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ment, par sa croissance même, à la surlace du milieu, soit en rendant le substratum plus favorable par des transformations (dédoublements, etc.) propres à en faciliter Tassimilation par l'autre organisme, soit enfin en excrétant des substances favorisantes. Dans le but de vérifier l'exactitude de l'une ou de l'autre de ces hypothèses, les expériences suivantes ont été faites.
1^ Une carotte inoculée en strie, dans toute sa longueur, avec le Cryptococcus, reçut ensuite deux stries horizontales d'Oospora. Inversement, une autre carotte fut inoculée en long avec l'Oospora, puis en travers avec la Levure.
Au bout d'un mois, chacun des deux organismes s'était développé normalement, la Levure formant de larges bandes crémeuses, coupées par la mince traînée ôeVOospora. Les prélèvements opérés en différents points des stries ont montré, tant par l'examen direct que par les essais de culture sur plaques, qu'en dehors des points de croisement où la culture était mixte, chacun des organismes s'était développé séparément. Il n'y a donc pas, au moins dans les cultures artificielles, entraînement d'un Champignon par l'autre.
2° Une culture de Levure sur bouillon glucose, âgée de quinze jours, a été filtrée à la bougie-pipette, et répartie par volumes égaux dans plusieurs tubes. De ceux-ci trois lots ont été faits.
a. — Ceux du premier lot furent additionnés d'un quart de gélatine nutritive stérilisée, puis maintenus au bain- marie pendant une demi-heure en vue de détruire les diastases que la Levure aurait pu sécréter : ils ont été ensuite solidifiés en strie;
b. — Ceux du second lot ont été gélatines de même, mais seulement portés à + 37''pour liquéfier leur contenu, et ensuite solidifiés;
c. — Ceux du troisième lot ont été laissés tels quels.
Chacun des tubes des trois lots a été ensemencé, soit avec du CryptococcuSy soit avec de YOospora^ en même temps que des tubestémoins garnis de milieu neuf. 11 fut impossible d'observer entre les différentes cultures d'un même organisme des différences nettes. On peut en conclure, semble-t-il:
1** que le Cryptococcus ne vaccine son milieu, ni vis-à-vis de lui-même, ni vis-à-vis de YOospora;
2^ Que la Levure ne sécrète, dans les conditions sus-indiquées, aucune substance favorisant YOospora.
Pour être complet, il eût fallu procéder aux mêmes essais avec
un bouillon de culture d'Ospora flltré; la difficulté avec laquelle pousse cet organisme n'a pas permis d'obtenir la grande quantité de liquide nécessaire à la réalisation de cette expérience.