EXPLICATION DE LA PLANCHE
Toutes les ûgures ont été dessinées à la chambre claire de Malassez. Sauf indication contraire, elles sont au grossissent de 1.650 diamètres.
Fig. 1. •— Aspect d'un frottis fait avec les papilles (dahlia, alcool, baume).
Fig. 2. — Cryptococcus lingum-pUos^ Lucet. — a, sur décocté de foin gélatinisé (cinq mois) ; 5, sur carotta, même âge.
Fig. 3. ~ Culture sur bouillon mallosé (cinq mois). Formes rondes à corpuscules réfringents.
Fig. 4. — Cultures en tubes, sur Raulin neutre (cinq mois), a, formes Dematium ; b, pseudasques.
Fig. 5. — Oospora lingualis n. sp. — Coupe transversale d'une culture sur carotte (huit mois). L'une des colonies a pénétré dans uneanfractuosité du substratum. x 28.
Fig. 6. — Oospora lingualis : culture sur carotte, aspect définitif
Fig. 7. — Oospora, culture cellulaire sur gélatine (trois jours à -f 22*). x40.
Fig. 8. — Culture cellulaire sur bouillon (trois jours à + 22*). Mycélium cloisonné ; début de ramification, x 390.
Les figures 9 à 21 (sauf la fig. 14) sont prises dans les coupes d'une culture sur carotte, âgée de huit mois. (Dahlia, alcool, éosine, baume).
Fig. 9. — Mycélium stérile.
Fig. 10. — Germination d'une chlamydospore (?)
CRYPTOCOGCUS LINGUiG-PILOS/E LUCET
F. GnégaoD del. et se.
îlMthlll*?K
Organismes de la Langue noire pileuse.
Fig. 11 à 13. — Mycélium produisant des chlamydospores intercalaires ou terminales (c; et des tortillons (0-
Fig. 14. — For mes diverses: (rami Gestions, tortillons (t}^ trouvées le sixième jour à la périphérie d'une colonie en goutte pendante sur bouillon (0 = -h 220). X 390.
Fig. 15. — Coupe d'une très petite colonie développée dans une anfractuosité de la carotte.
Fig. 16. — Pénétration des hyphes dans l'intérieur d'une cellule de la carotte.
Fig. 17. — Eléments pris sur la face profonde d'une culture ; certains articles courts entrent en germination (g).
Fig. 18. — Germination des conidics.
Fig. 19. — Articles tarsiformes.
Fig. 20. — Tortillons entiers et produits de leur dislocation.
Fig. 21. — Surface decultures sur carotte, couverte de conidiophores et d'articles courts en voie de dissémination.
Note ajoutée pendant rimpresslon.
La mise en pages de ce travail était terminée lorsqu'à paru une note publiée par M. Vuillemin à la Société de Biologie (Sur VutiUlé du groupe des Microsiphonées, Séance du 13 juin 1908). Après avoir précisé sa conception de ce groupe, créé par lui pour des Champignons « dont les filaments continus et ramifiés, ont un calibre fin et assez uniforme... Tels sont les Nocardia, les Aciinomyces,,. etc. d^ M. Vuillemin conteste les affirmations qu'il a cru trouver dans ma récente communication à la Société de Biologie {Sur la position systématique des Achorion et des Oospora i mycélium fragmenté^ Séance du 16 mai 1908). Voici en quels termes 11 s'exprime : « Quant à VOospora lingualis, aux Achorion et aux Trichophyton, tout ce que j'en sais, c'est que ce ne sont pas des Oospora, »
Je n'ai jamais écrit que les /4c/iorion et los rric/iop/iyton fussent des Oospora. J'ai dit seulement, et j'affirme derechef, que le Champignon porteurde conidies, de chlamydospores, etc., que j'ai isolé et décrit dans un cas de de langue noire est un Oospora, car il possède la fructification conidienne du g. Oospora Wallroth. J'ai dit aussi que cet Oospora, dont le mycélium est doisonné, ne saurait prendre place dans les Microsiphonées (groupe provisoire I); qu'enfin les caractères tirés de la nature des membranes, et de la présence des appareils accessoires trouvés par moi dans VOospora lingualis semble permettre de ranger cet Oospora et ceux de mon groupe des continus parmi les G ymxoascées, a côté des Achorion et des Trichophyton. »
Laboratoire de Botanique cryptogamique de l'École Supérieure de Pharmacie de Paris, mai 1908.
ÉTUDE DES TYPHLITES PARASITAIRES NODULES DES GtEGMUS PARASITAIRES CHEZ LE FAISAN
PAR
MAURICE LETULLE «t MAROTEL
La question de Torigine parasitaire de certaines affections du tube digestif est redevenue d'actualité. Le fait suivant étudié avec soin, apportera une contribution aux problèmes en suspens.
Il y a quelque temps, le professeur Railliet recevait de M. Bouquet, vétérinaire à Courson (Yonne), les viscères d'un Faisan doré dont les caecums attiraient tout de suite l'attention. Leurs parois étaient infiltrées de nombreuses nodosités blanchâtres ou blanc jaunâtre, de forme générale globuleuse ou ellipsoïde et dont le calibre variait entre celui d'une tète d'épingle et celui d'un pois, de telle sorte qu'il était souvent supérieur à l'épaisseur totale des parois caecales.
Il en résultait que, malgré la tuméfaction dont ces parois étaient le siège, beaucoup de ces tumeurs faisaient saillie sur l'une ou l'autre des faces, ce qui expliquait Taspect mamelonné de celles-ci.
La face externe, péritonéale, présentait peu de bosselures : on n'en rencontrait guère qu'une par centimètre carré; par contre, la face interne en était revêtue d'un véritable tapis.
Le plus souvent, elles y étaient, non pas uniformément réparties, mais étroitement groupées par 3, 4 ou 5, formant ainsi des conglomérats, dont le volume devenait parfois considérable.
Ces agrégats étaient en outre vaguement disposés en séries linéaires paraissant orientées le long des plissements longitudinaux de la muqueuse intestinale.
Si, pour les écraser, l'on isole quelques uns de ces nodules, on les trouve formés d'une substance tantôt friable, tantôt résistante; si on les dissocie, on retire de chacun d'eux un parasite qui, sans conteste, représente la cause de leur développement.
Cest un petit Ver cylindroîde, blanchâtre, mesurant l'""'^ à 4 millimètres de long, sur 100 à 325 |i de large ("fig. 1).
362 M. LETULLE ET MAROTEL
Son extrémité antérieure est à peine atténuée, tandis que l'extrémité postérieure va se rétrécissant progressivement pour se terminer par une pointe longuement effilée.
Les seuls détails d'organisation qui soient visibles, sur ces échantillons examinés directement et sans coloration préalable, se rapportent à l'appareil digestif. Celui-ci débute, à l'extrémité antérieure du corps, par la bouche qui est entourée de trois lèvres, et à laquelle fait suite un œsophage renflé en massue à l'extrémité postérieure.
Puis vient un étranglement annulaire précédant l'mtestin^ cylindrique, qui, sans décrire de circonvolutions, parcourt la cavité générale d'avant en arrière, pour s'ouvrir par l'anus, vers les 5/6 postérieurs du corps.
Ces caractères suffisent pour rapporter avec certitude ces Vers à VHeterakis vesicxdaris (Frohlich).
Ce Nématode est, en effet, le seul qui, à l'âge adulte, habite les caecums des Gallinacés. Il fut possible, du reste, d'en recueillir d'assez nombreux exemplaires vivant en liberté à la surface de la muqueuse de ce Faisan.
Si quelque doute subsistait quant à cette détermip. ^ nation, elle serait encore confirmée par le caractère Urye d'ire- de la musculature, tel qu'il est mis en évidence par ^sieuYaris 1**^*^^^ ^®s coupes microscopiques, logée dans Ces préliminaires établis relativement à l'aspect X 4^"°** général et à Torigine des lésions, nous avons tenté de les
étudier plus en détails, par la méthode des coupes. Dans ce but, quelques fragments des parois ont été fixés au sublimé acétique, puis inclus à la paraffine et débités.
L'examen des préparations montre plusieurs caractères constants : l"" l'épaississement considérable des parois du cascum; 2"" l'absence d'ulcérations à la surface de la muqueuse, même dans les points où les lésions causées par le parasite au milieu des couches sous-jacentes affleurent de très près à la muqueuse et la repoussent vers la cavité intestinale; 3° la confluence des nodules inflammatoires causés par le parasite; 4° enfin, la présence habituelle du parasite à l'intérieur des nodules inflammatoires.
La lésion caractéristique est représentée par d'innombrables nodules inflammatoires semés surtout dans l'épaisseur de la couché sous-muqueuse. II est bon d'étudier méthodiquement ces nodules dont la confluence est la cause de la tuméfaction des parois de l'intestin (fig. 2).
Le siège des nodules est presque toujours précis : c'est l'intervalle compris entre la muscularis mucosœ et la musculeuse interne, autrement dit la couche sous-muqueuse; les nodules s'y accumulent si nombreux et si confluents qu'on a peine à trouver, de place en place, quelques zones normales du tissu conjonctivo-vasculaire constitutif de la couche sous-muqueuse.
Quelques nodules, aisément reconnaissables à leur structure fibroïde se trouvent aussi, mais très rares, dans l'épaisseur même de la couche musculeuse interne; ils sont remarquables parleurs faibles dimensions. Enfin, plus rares encore sont les petits nodules fibreux logés entre les deux plans musculeux de l'intestin.
La forme des nodules est, d'une manière générale, arrondie; leurs limites se déforment souvent, soit parce que quelques gros nodules, confluents, se tassent les uns contre les autres, soit parce que la coupe, oblique ou perpendiculaire à leur grande dimension, produit des images ovalaires ou vaguement polygonales. Un fait intéressant a trait à la saillie formée par les gros nodules tantôt à la surface interne de l'intestin, ce qui est le plus fréquent, tantôt à la surface péritonéale, accident rare.
Les dimemions générales du nodule n'ont rien de fixe; elles varient suivant Asl partie de leur saillie atteinte par le rasoir. D'une façon générale, les plus gros nodules ont 3 millimètres sur l'"'"4. Les moyens ne dépassent guère 1™»"4 sur 850 \l. Les plus petits ont, en moyenne, 230 ti. sur 350 \l. Il est à remarquer que les gros nodules siègent toujours dans la sous-muqueuse et les petits de préférence dans les couches musculeuses.
La structure du nodule varie suivant l'âge des lésions; certains nodules sont essentiellement composés d'amas de cellules connectives, volumineuses, polygonales>épithélioïdes même, groupées en ilôts assez distincts. 11 est facile de constater que ces Ilots sont orientés autour d'axes vascuiaires. Ces vaisseaux, à parois minces, sont pour la plupart des capillaires sanguins composés d'une seule couche de cellules endothéliales, d'apparence normale. Autour du
364 M. LETULLE ET MAROTEL
capillaii^, les cellules fixes, irritées, sans cependant montrer trace
Fig. 2. — Cîoupe du caecum inûltré d'Beterakis vesicularis, x 25.
de caryocinëse, se disposent en une espèce de tourbillon dont la cohésion forme le tissu du nodule inflammatoire. Dans leurs
interstices, flottent quelques rares fibrilles conjonctives et un petit nombre de cellules embryonnaires, petites, mononucléaires. Le parasite se loge au milieu de ces végétations conjonctivo-vasculaires, sans déterminer, à son contact même, de réaction inflammatoire plus aiguë.
Quelques cellules géantes à noyaux multiples parsèment, çà et là, les nodules végétants encore jeunes.
Plus tard, le nodule est devenu fibreux. Il présente toujours l'aspect mouvementé du début, mais les axes conjonctivo-vasculaires sont denses, fibroîdes, désordonnés: on dirait un fibrome vasculaire ancien. Les coupes passant par un point quelconque du parasite le montrent enchâssé au milieu du tissu fibreux en question. Souvent, plusieurs fragments de ranimai se trouvent sur la même coupe.
11 est possible de trouver des nodules partiellement fibreux et partiellement végétants.
En outre, parfois, quelques Ilots de cellules lymphatiques accumulés autour d'un vaisseau capillaire ou d'une veinule se trouvent en plein nodule fibreux, indice probable d'une inflammation aiguë, récente, surajoutée au processus ancien.
Tous les nodules, quel que soit leur âge, sont entourés d'une mince coque de tissu fibreux, lamellaire.
Le reste des parties constitutives de l'intestin montre peu de lésions importantes.
La muqueuse est intacte dans les points non soulevés par les nodules; au niveau des saillies nodulaires, elle est amincie et ses glandes en tube apparaissent inclinées, couchées même presque parallèlement à la surface interne de l'intestin.
Le tissu sous-muqueux, là où il existe encore, contient quelques Ilots de cellules adipeuses, de nombreux leucocytes, mais pas d'exsudats fibrineux ; ses vaisseaux sont gorgés de sang.
Les couches musculeuses sont tassées, le tissu inter-musculaire n'est pas épaissi.
Les vaisseaux de la couche sous-séreuse sont distendus par le sang. Quelques lymphatiques s'y montrent également remplis de cellules blanches. De même, on trouvait dans quelques espaces inter-musculaires un certain nombre de vaisseaux lymphatiques remplis de cellules mononucléaires.
366 M. LETULLE ET MAROTBL
Le péritoine est normal.
L'étude du Ver donne les renseignements suivants.
Les sections les plus instructives sont les normales au grand axe dn Ver. De forme circulaire, elles montrent le corps creusé d'une cavité générale spacieuse dont la paroi est, de dehors en dedans, constituée par les couches suivantes :
1^ Cuticule. — Formée par une mince lame de chitine et présentant, en deux points placés aux extrémités d'un diamètre horizon tal, une saillie triangulaire en forme d'aiguillon de rosier. Il parait rationnel d'interpréter ces saillies comme représentant la coupe de deux arêtes ou ailes latérales, Tune droite et l'autre gauche, courant le long des côtés du corps.
2* Couche sous-cuticulaire. — Granuleuse et très réduite, sauf en 4 points équidistants coïncidant avec les extrémités de 2 diamètres perpendiculaires, l'un vertical et l'autre horizontal. En ces en droits, la sous-cuticule forme des épaississements, faibles pour les médians, très marqués pour les latéraux, et qui, eux aussi, représentent la section de bourrelets longitudinaux auxquels on a donné les noms de cliamps latéraux et de lignes médianes.
S"" Couche musculaire. — Découpée en 4 bandes logées entre les bourrelets sous-cuticulaires. Chacune de ces bandes est formée de nombreuses cellules vésiculeuses ; il s'agit donc, sans aucun doute possible, de l'un de ces Nématodes appartenant au type dit (( polymyaire ou cœlomyaire », ce qui justifie encore le diagnostic d^Heterakis.
Quant à la cavité générale, les seuls organes qu'elle renferme appartiennent à l'appareil digestif, qui se présente, ici, avec tous le scaractères qu'on lui connaît d'ordinaire.
II n'y a pas trace d'organes génitaux, pas trace de différenciation sexuelle par conséquent; il s'agit donc bien de larves et non d'adultes.
L'observation que nous venons de rapporter (1) n'a pas trait à (1) Cf. Bulletin Soc.cenlrcUe de méd. vétérinaire, p. 868, 23 mai 1901.
des faits absolument nouveaux, car ils ont été déjà signalés, en Italie, par Galli-Valerio.
Cet auteur rapporte, en effet, avoir rencontré chez le Faisan des tumeurs cœcales causées par des larves d'HeteralUs papillosa (1).
Mais la relation actuelle est néanmoins intéressante, et à plus d'un titre.
D*abord, au point de vue anatomo-pathologique. Le parasite a produit une réaction inflammatoire subaiguê, végétante, discrète et circonscrite. Le reste des parties constitutives de Tintestin souffre peu et ne réagit pas.
L*observation est aussi importante au point de vue clinique, car il s*agit de lésions mortelles. Les deux Faisans sont morts de cette affection, Tun avec des signes d'amaigrissement et d'anémie, l'autre avec des symptômes épileptif ormes.
VHeterakis vesicularis habite, normalement, les cavités caecales et, d'après les expériences de Leuckart d'abord, de Railliet ensuite, son évolution peut être tracée de la façon suivante: les individus sexués, qui vivent à demeure dans lescascums, s'y accouplent et les femelles y pondent leurs œufs. Ceuxd sont expulsés avec les excréments et rejetés à l'extérieur, où, seuls, ceux qui ont eu la chance de tomber dans un milieu humide continuent leur segmentation et deviennent embryonnés. C'est à ce stade que les parasites réintègrent l'organisme de leur hôte, par l'intermédiaire des boissons notamment. Ils éclosent dans le tube digestif et les embryons libres se rendent dans les caecums où ils s'installent et deviennent sexués, pour donner, ensuite, lieu au perpétuel renouvellement du même cycle.
Comme on le voit, aucune de ces phases évolutives ne comporte le passage du parasite dans les tissm par infiltration interstitielle.
Il est probable que, dans notre cas, c'est au moment où les embryons arrivaient dans les caecums qu'ils ne se sont pas contentés de vivre à la surface de la muqueuse, mais l'ont perforée et se sont répandus dans l'épaisseur de la paroi escale, amenant ainsi l'apparition des nodules inflammatoires, parla formation desquels Torganisme s'est défendu. Ils s'y sont accrus, mais il est douteux qu'ils aient pu y devenir adultes.L'observation enseigne que lors-
(1) Le neoformazioni nodulari. Parma, 1897,p. 136. — Manuale de Patologia générale comparata e sperimentale, Milano, 1896, p. 110*
368 M. LETULLE ET MAROTEL
quil s*agit de parasites erratiques logés dans les tumeurs, leur évolution, d'ordinaire écourtée, se termine par un avortement et une mort prématurée.
Il est permis de se demander quelle a pu être la raison du passage des embryons dans la paroi cascale ou, en d'autres termes, quel a pu être le déterminisme de cette évolution aussi exceptionnelle qu'anormale.
Ici, nous quittons le terrain solide des faits.
Etant donné le nombre considérable de parasites logés dans les parois caecales ou vivant à la surface de la muqueuse, il s*est agi certainement d'une infestation en masse. Peut-être, dans ces conditions, où les envahisseurs sont légion, la vie devient-elle pour eux plus pénible, la nourriture plus difficile à se procurer.
Rien d'étonnant à ce que certains combattants se décident à émigreretà chercher dans des régions inconnues des ressources qui menacent de leur faire défaut sur le sol natal.
Cette hypothèse sera d'autant plus permise, qu'au moins elle est de celles qui peuvent être vérifiées par l'expérience. Il suffirait, en effet, de réaliser artificiellement ces infestations massives et d observer ensuite, par l'autopsie, ce que sont devenus les embryons.
PAR
Introduction.
De tous les problèmes que soulève la biologie, il n'en est pas de plus attachant que celuiqui concerne les relations deTHomme avec les êtres organisés qui Tentourent. Vivant au milieu d eux, il est forcément en rapport avec eux, soit qu'il veuille les asservira ses desseins ou tirer avantage de leurs qualités ou des produits qu'ils fournissent, soit qu'il devienne victime de leur audace, de leurs besoins ou simplement de circonstances fortuites. Souvent le dommage qu'il en éprouve est de faible importance; mais parfois aussi sa santé et même sa vie sont compromises. Il a donc tout intérêt à étudier et connaître ces rapports, particulièrement ceux qui lui causent un préjudice quelconque. Parmi ces derniers, il en est de normaux et d'autres purement accidentels; les uns concernent les êtres qui ne peuvent vivre ou évoluer qu'aux dépens de l'Homme : ils constituent le parasitisme et sont suffisamment bien connus; les autres, formant le pseudoparasitisme, s'appliquent à des êtres qui se sont, pour ainsi dire, fourvoyés et qui n'utilisent que comme un pis-aller les ressources que leur offre l'organisme humain : ils sont en général très mal connus et pour cause. D'une très grande rareté, ils échappent à toute prévision et passent le plus souvent inaperçus. Parviennentils à attirer l'attention, ils sont simplement signalés comme un faif curieux, ou, si quelqu'un en entreprend l'examen, il n'y apporte pas tout le soin ou toute la compétence désirables. C'est en particulier le cas pour la myase vésicale. Je suis donc heureux de pouvoir, du moins je l'espère, jeter un peu de lumière sur cette question encore si obscure, et, dans ce but, je reprendrai ici, en lui donnant les développements scientiQques qu'elle comporte, l'étude d'un cas de myase vésicale que j'ai publié récemment en collaboration avec le D' Fauvel.
Archives de Parasitologiey XU, n» 3, 1908. 24
La question du pseudo-parasitisme des larves de Mouche dans les voies urinaires me paraît dominée par trois ordres de faits autour desquels gravitent tous les autres, et que résument ces mots : infestation, alimentation et respiration. Il est. en eflet, de la plus haute importance démontrer que Tinfestation est possible et qu*une fois introduites dans la vessie, les larves de Mouche peuvent y vivre, c'est-à-dire y trouver les conditions nécessaires et suffisantes à leur alimentation et à leur respiration. Mais avant d*aborder ces questions capitales, j'exposerai Thistorique des cas de myase vésicale qui ont été signalés jusqu'ici ; je publiei-ai ensuite Tobservation d'où procède ce travail, et enfin je terminerai cette partie préliminaire par la description des parasites rejetés avec Turine et, s'il est possible, celle des espèces de Mouche auxquelles ils appartiennent.
Historique.
Dans le l""' volume de son Entozoorum site Vermium intestinal ium historia naturalis (1808-1810), Rudolphi énumère quelques cas de pseudo- parasitisme dus à la présence dans le corps humain de larves d'Insectes. Mais comme les Vers intestinaux formaient l'objet principal de ses études, il néglige la recherche des Insectes parasites et n'en donne qu'une liste fort incomplète. Un peu plus tard, le Rév. F. Hope (1840) ne s'attache au contraire qu aux seuls cas de parasitisme produits par ces derniers Animaux, et il en réunit 108. Les Diptères et les Coléoptères formaient la presque totalité des cas relevés, qui provenaient presque tous des voies digestives : 7 seulement étaient attribués aux organes urinaires. Le D^ H. A. Hagen (1879), ayant reçu du D' Cutler, de Waltham (Mass.), aux fins d'examen, une larve qu'un jeune paysan disait avoir rendue par l'urèthre, recherche à cette occasion, tousiescas publiés jusqu'alors d'Insectes expulsés avec les urines. Il en trouve 20 en tout. Muis, de même que le Rév. Hope, il comprenait dans ce nombre les Insectes de tous ordres. Je ne les suivrai pas dans cette voie; j'indiquerai seulement les cas produits par les Diptères. Donc, en défalquant de la liste de Hagen les cas attribués aux autres Insectes, il en reste 11 au compte des Diptères, dont 3 seulement lui paraissent présenter
un degré de certitude plus évident, sans toutefois entraîner sa conviction. A son tour le D' Paul Lallier (1) cite également 11 cas dont 3 ne figurent pas sur la liste de Hagen; 3 de cette dernière ont donc étésupprimés par Lallier. Cet auteurn'est pas plus convaincu que Hagen de Tauthenticité des cas qu'il rapporte, car il ajoute après son tableau : « Nous ne connaissons qu'un cas certain de la présence des larves de Diptères dans la vessie et justement notre liste n*en fait pas mention ». C'est celui de Hyrtl (1848), qui considérait que les larves avaient été introduites dans la vessie par la sonde.
En somme, chacun deces deux auteurs n'a relevé que 11 cas de myase des voies urinaires. En combinant leurs listes, on arrive au chiffre de 14. Comme on va le voir, ce nombre sera de beaucoup dépassé; plusieurs cas anciens leur ont échappé, de nouveaux se sont produits et la critique quils ont faite de ceux qu1ls signalent n'est pas toujours suffisante. Aussi me vois-je contraint de donner à mon historique plus d'étendue que je ne le prévoyais.
D'après Salzmann (1883), qui l'emprunte à Kûchenmeister, l'auteur qui le premier parait avoir constaté l'émission de larves de Mouche par les voies urinaires serait Plutarque. Je n'ai vu ni l'ouvrage de l'auteur grec, ni celui de l'auteur allemand; je cite d'après Salzmann : (( Plutarque dit qu'un jeune éphèbe, son ami et son hôte, à Athènes, rejeta, dans une abondante pollution, un animal velu muni de beaucoup de pattes. » Cette brève description est bien insuffisante; mais, comme le fait remarquer Salzmann, et je suis de son avis, l'expression a animal velu, pourvu de beaucoup de pattes» pourrait s'appliquer à la larve d'Anthomyia (Homalomyia) dont le corps porte de nombreux appendices sétiformes.
Ambroise Paré (1582) raconte ceci : « Duret ro*a affirmé avoir jette parla verge, après une longue maladie, une beste vivante, semblable à un Clouporte, que les Italiens appellent Porceleti^ qui estoit de couleur rouge; comme tu vois par ce pourtrait. »
Le dessin ou « pourlrait » qui complète cette courte mention est grossièrement fait et il est tout aussi difficile d'y reconnaître un Cloporte qu'une larve d* tlomalomyia. Cependant je crois que c'est
(1) p. Lallier, Tableau des larves de Diptères évacuées par l'urèthre. Thèse de Paris, 1897.
'M2 il. CUBVREL
ce dernier Animal qu*on a voulu représenter. Maisavant d'essayer d'en établir la preuve, on doit se demander s'il existe une présomption, sinon la certitude, que cet Animal a eflecUvement été rejeté par Turèthre? Je n*hésite pas à répondre affirmativement. J'ai eu entre les mains deux éditions des Œuvres d'Ambroise Paré ; dans Tune il est dit : « Duret ma affirmé... » et dansTautre : « Duret m*a asseuré... ». Que l'expression employée soit : «affirmé )> ou «asseuré», il semble découler de Tune comme de l'autre que l'interlocuteur paraissait sûr de son fait. Quel était donc celui-ci ? C'était Louis Duret, Docteur en médecine, Professeur au Collège royal, aujourd'hui Collège de France, médecin de Charles IX et de Henri 111, et fervent admirateur d'Hippocrate dont il interpréta les œuvres. L'affirmation d'un tel patient équivaut presque à une certitude et Ton peut sans trop de témérité admettre que l'Animal était bien sorti par l'urèthre.
Il est plus difficile d'établir son identité. La forme générale du dessin est celle du Cloporte (Oniscvs), mais les détails ne s'appliquent pas à ce petit Crustacé. Sa région abdominale, qui est très distincte de sa région thoracique, n'est pas marquée; ses deux grandes antennes, articulées ticoudéfn, sont figurées par deux arcs d'une courbure régulière, et entre elles se trouvent cinq appendices qui ne correspondent à aucun organe. A l'autre extrémité du corps, cinq autres appendices disposés comme les premiers en un faisceau légèrement flabelliforme, pourraient représenter les uropodes ; mais ils sont trop nombreux et trop saillants. Les anneaux du corps et les pattes qu'ils portent latéralement sont tous dirïgés d'arrière en avant, alors que chez le Cloporte les pattes des quatre anneaux thoraciques postérieurs ont manifestement une direction opposée. Mais ces pattes, qui sont à peine visibles chez le Cloporte vivant, sont ramenées sous la carapace après la mort. On ne les aperçoit plus ; seules se voient les denticulalions formées par le3 appendices latéraux du péréion, et toutes sont, comme les antennes, dirigées en arrière. Le dessin d'Ambroise Paré oppose au contraire la direction des antennes à celle des anneaux du péréion et des appendices latéraux, ce qui constitue une particularité tout à fait frappante. 11 y a donc peu de probabilité que ce dessin ait eu la prétention de vouloir représenter un Cloporte.
Pourrait-il représenter une larve d'Homalomyia ? C'est plus
SUR LA MYASR DES VOIES URINAIRES 'Hî^
probable. Si Ton excepte le faisceau de cinq appendices situé à Textrémité la plus pointue du corps, tout le reste peut s'appliquer à la larve A' Homalomyia, Celle-ci se contracte en mourant et prend une forme qui rappelle un peu celle du Cloporte ; cependant Textrémilé postérieure est toujours plus large et plus arrondie que l'extrémité antérieure, allongée en cône, ce qui n*est pas le cas chez le Cloporte. Ces petits détails échappaient à l'attention des Hommes du xvi° siècle qui, dépourvus de verres amplifiants perfectionnés, étaient obligés, pour les petits Animaux, de se contenter de Ta peu près. C'est ce qui explique que plusieurs fois ils aient pris pour la tête, la partie postérieure, large et arrondie, des larves d*Homalomyia. Quand celles ci sont contractées, tous leurs anneaux apparents, ainsi que les appendices spiniformes qu'ils portent, sont dirigés en arrière; cependant il arrive fréquemment que la paire la pluslongueetlaplus forte de ces appendices, située sur le segment terminal, se recourbe en avant; elle peut alors figurer, pour celui qui prend la queue pour la tète, une paire d'antennes. Dans ce cas, ces prétendues antennes, à courbe régulière et non coudée, ont une direction inverse de celle des autres appendices : c'est ce que montre exactement le dessin d'Ambroise Paré.
Mais ces remarques, qui n'ont, je le reconnais, rien de concluant, ne sont pas les seuls arguments qu'on puisse invoquer pour démontrer que l'animal rejeté par l'urèthre n'était pas un Cloporte.
Comme ces animaux habitent les lieux sombres et humides, et que la seule voie d'introduction dans la vessie est le méat urinaire, on peut affirmer :
l' Que leur genre de vie est un obstacle radical à leur pénétration naturelle dans notre organisme;
2o Qu'en admettant môme qu'une semblable hypothèse puisse avoir un semblant de fondement, lirritation produite, par leur présence, sur la muqueuse uréthrale appellerait aussitôt l'attention du patient, fait qui n'a jamais été signalé ;
30 Qu'ils ne pourraient vivre dans la vessie, car s'ils recherchent volontiers les endroits humides, ils évitent les liquides, où ils s*asphyxient rapidement.
Enfin j'ajouterai que si les auteurs anciens ont parfois signaléla
présence des Oniscus dans les cavités naturelles de THomme, ces assertions n'ont, que je sache, jamais été confirmées parlesauteurs récents.
Pour toutes ces raisons, je suis convaincu que l'animal qu'a voulu représenter Ambroise Paré n'était pas un Cloporte.
En tenant compte :
l"" De certains détails du dessin ;
2<) De Terreur de certains auteurs qui ont pris, comme je vais l'indiquer et comme je l'indiquerai encore plus loin, pour un Cloporte ce qui était manifestement une larve d'Homalomyia ;
3° Dune remarque de l'auteur suivant ;
Et 40 des mœurs de la Mouche qui produit cette larve, je puis presque affirmer que Tanimal rejeté vivant par Louis Duret était bien une larve d' Homabmyia,
Dans ses Observationes medicae, Nicolas Tulpius (1641), savant médecin d'Amsterdam, raconte qu'un de ses confrères, après une fièvre tierce, rendit par l'urèthre, dans l'espace de huit jours, 21 petits Vers, qui furent expulséssansdouleuretsansavoir provoqué de rétention d'urine; le liquide des mictions était seulement teinté par la bile et laissait un dépôt au fond du vase. La description qu'il donne de ces petits Vers est erronée sur plus d'un point; lui aussi prend la queue pour la télé, et les appendices du corps pour des pattes; de plus il cherche à établir une similitude complète entre ces Animaux et les Mille-pattes auxquels il les compare. Mais ses figures ne laissent aucun doute sur l'identité des petits Vers : ce sont des larves d'Homalomyiacanicularis L. Il a représenté une larve de grandeur naturelle, et une autre très grossie, afin, dit-il, (( de rendre apparents les parties fines et les détails qui autrement seraient restés invisibles ». Il ajoute qu'il s'est attaché à reproduire cet Animal avec d'autant plus de soin qu'il paraissait se rapprocher de très près du petit Ver qu'Ambroise Paré avait signalé comme ayant été évacué, après une maladie grave, par l'habile interprète d'Hippocrate, Louis Duret, alors convalescent.
Au commencement du xviiie siècle, un illustre médecin, professeur d'anatpmie à Amsterdam, Fred. Ruyscbius (1701j, à qui l'on doit la découverte de la lame interne de la choroïde (membrane de Ruysch), fit connaître un cas particulier, très intéressant, d'expulsion de Mouches à l'état nymphal. Un noble se plaignit un jour
de prurit au périnée et de difficulté d^uriner. Il fit mander un chirurgien; quelques jours après, Ruysch (ut appelé en consultation; les deux confrères n*observèrent rien d'anormal dans les urines, si ce n'est la présence de fines particules tenues en suspension et présen tant la forme de granules oblongs. Avec la permission du malade, il en emporta chez lui dans un flacon pour les étudier à loisir et s'aperçut avec étonnement, quelques jours plus tard, que le flacon se trouvait rempli de très petites Mouches. Le microscope lui permit de constater que les granules notaient autre chose que des nymphes, d'où les Nfouches étaient sorties. Celles-ci vivaient dispersées dans le flacon : quelques-unes volaient et parmi elles s'en trouvait une qui traînait à sa suite l'enveloppe pupale dentelle n'avait pu se débarrasser, preuve qui enlevait tout doute sur la provenance des Mouches.
Les figures qui accompagnent cette observation sont assez bien dessinées pour permettre d'affirmer que Hope s'est trompé en les prenant pour des Musca domestica. Il suffit d'ailleurs de jeter un coup d'œil sur les deux figures  et C, de grandeurnaturelle, qu'il en donne, pour se convaincre que la Mouche de Ruysch est au moins 3 fois plus petite que la Mouche domestique. J'ai trouvé à Luc-sur-Mer (Calvados) dans un Chou pourri, parmi les Varechs roulés sur le rivage, un fragment de pupe de la taille de celles de Ruysch et présentant comme elles, à une de ses extrémités, 2 petites pointes divergentes. Il se pourrait que les deux espèces fussent voisines. J'ai également trouvé une larve qui me paraît être celle de la Mouche, mais je n'ai pas réussi à obtenir celle-ci.
Ruysch ajoute qu'ayant rapporté Thistoire de ses Mouches à son malade, celui-ci lui répondit qu'il avait eu déjà l'occasion d'observer le même phénomène dans l'urine d'une femme.
Daniel Leclerc (1) énumère, d'après les auteurs, les cas de Vers expulsés avec l'urine. Je ne m'occuperai que des larves de Mouche. 11 cite tout au long l'article de Ruysch, dont il reproduit également les figures, et ajoute que l'observation de cet Homme illustre a été confirmée tout récemment par le célèbre Valisnteri qui a eu l'occasion d'observer un cas tout à fait semblable.
J'ignore si le célèbre médecin et naturaliste italien a consigné
1) Histoire naturelle des Vers, 1715.
ce fait dans un de ses ouvrages; mes recherches à ce sujet ont été vaines.
Leclerc n'a fait aucune observation personnelle.
Au commencement du xviii*, siècle, Nicolas Andry (1718) publia à Paris et à Amsterdam un ouvrage qui eut ensuite plusieurs éditions. Celle de 1718 est accompagnée d*un volume de planches portant le titre : « Vers solitaires et autres de diverses espèces dont il est traité dans le livre de la génération des Vers, etc. )>
I^ première planche contient un dessin, fig. 4, qui porte cette mention : (( Ver sorti par les urines )). avec renvoi à )a page 57 du volume de texte. Je n'ai pu me procurer ce volume qui relate les circonstances dans lesquelles s est eflectuéeTexpulsion du Ver; mais le dessin, bien que grossièrement fait, représente nettement une larve d*Homalo/nyia. Il se pourrait toutefois que ces circonstances hoient celles qui ont été consignées dans la 3*^ édition de l'ouvrage d'Andry, parue en 1741. On trouve en effet, à la page 123 du volume I, les détails suivants d'une observation faite en avril 1713 : Une jeune fille de qualité, âgée de 7 ans, rendit avec les urines 4 petits Vers blancs après avoir bu de l'eau de Fougère. Ces Vers étaient ronds, minces el sans pieds.
Ce texte n'étant accompagné d'aucune figure, je ne puis affirmer queces petits Vers et la larve d'//oma{omyia représentée dans l'édition de 1718 soient identiques.
Une autre observation publiée par Veau de Launay (1792), de Tours, concerne indubitab ement la larve à' Homalomyia canicularis. (( Un homme de 45 ans, jouissant d'une bonne santé, ayant de l'embonpoint et ne vivant pas du travail de ses mains, rendit à différentes fois, parles urines, des Vers, mais un seul à la fois. Il ne s'en sentit point incommodé. La longueur de ces Vers est de 3 lignes 1/2 à 4 lignes; largeur 1 ligne 1/2. Latéteest petite, effilée, portant à son extrémité 2 petites antennules. On y distingue sur les côtés 2 petites houppes de poils. Il y a 9 anneaux ; deux rangées de pattes de 9 chacune; elles sont terminées par un crochet. Au-dessus des pattes, on voit de chaque côté une rangée de poils crochus et velus. La queue, qui est arrondie, large, porte aussi de chaque côté 3 de ces poils, ce qui en porte le nombre à 24, savoir 12 de chaque côté. Peut-être ces poils indiquent-ils les trachées. (( Sur le dos sont deux rangées de poils courts, droits et très peu
SUR LA MYASE DKS VOIKS URINAIHES 377
visibles sur les trois premiers anneaux. La couleur de l'Animal est un jaune fauve. »
Cette description, à part quelques erreurs d'appréciation, est d'une exactitude presque parfaite et les ligures qui l'accompagnent sont bien dessinées. 11 est impossible de s'y tromper: c'est bien la larve d'Homalomyia canicularis L. Cependant Rudolphila considère comme un Oniscus asellus. Si un savant d'une telle notoriété commet une pareille erreur, il n'est pas étonnant que les auteurs plus anciens, d'une compétence inférieure à la sienne, aient pris pour des Cloportes ce qui n'était que des larves dHomalomyia.
Cette remarque s'applique vraisemblablement au cas suivant que j'emprunte à Hagen (1878), n*ayant pu me procurer le périodique dans lequel Stringham (1805) a publié son observation. Il s agit d'une dame dont les souffrances furent soulagées et guéries après le passage (par l'urèthre ?) d'un grand nombre d'Insectes non décrits, mais que l'auteur considère comme appartenant au genre Actinia. Hagen dit que la figure, très grossière, ressemble à un Oniscus,
Comme je l'ai dit au commencement de cet historique, Rudolphi (1808-1810) cite, d'après les auteurs, dans le tome 1", p. 161-167, de son traité, quelques cas de larves d'Insecte sorties par les orifices naturels du corps humain, mais il n'apporte aucune contribution personnelle au sujet.
Le D' Canali de Pérouse ayant reçu un Animal qu'une Femme prétendait avoir rendu avec les urines, l'examina et le disséqua avec soin. Sa description parut dans le Giomale letterario di Pisa, L'exemplaire fut alors envoyé à Brera (1811 ) qui le prit tout d'abord pour la larve d'un SyrphuSy mais qui, après un examen au microscope, en lit le type d'un nouvel Entozoaire auquel il donna le nom de Cercosoma; Bremser (1819) ayant vu le dessin de Brera reconnut aussitôt en lui la larve d'un Insecte; mais pour lever tout doute, il consulta le professeur Ziegler qui lui répondit: « Cet animal n'est qu'une larve d'£mm/w et probablement celle d'£rtsta/i« peiidulus )>, c'est-à dire le Ver connu sous le nom de Queue de Rat, si commun dans les fosses d'aisance à inslallation rudimentaire. Malheureusement on ne donne aucun détail sur son expulsion; il est donc impossible de se faire une opinion sur l'authenticité de ce cas. En raison des mœurs de cette larve, il se peut qu'elle se soit introduite
dans le vase où elle ne fut aperçue qu'après la miction; c'est l'opinion de tou» ceux qui se sont occupés de cette question : c'est aussi la mienne.
Quelques années plus tard, Leroux (1816) publia (1) une observation que Germar (1818) a brièvemenf résumée. (( Un Homme éprouva des douleurs dans la région des reins et fut atteint d'hématurie. Il avait contracté ces malaises en buvant de Teau de citerne. Il sortit enfin avec Turine des larves qui, d*après la description, appartenaient vraisemblablement aux Diptères. » Cette brève description manque de précision et d'affirmation; c'est un cas à ne pas retenir.
En voici un évirient et remarquable à plus d'un titre. Sa connaissance est due à Schrader (1824 et 1826), qui Ta raconté longuement (2). Il s'agit d'un enfant malade, à qui Schrader futappelé à donner des soins. Il ordonna des frictions avec un Uniment de savon camphré, et c'est à l'action du camphre qu'il attribue à peu près exclusivement Teflet de la sortie des larves que l'enfant commença de rendre parl'urèthre, deux jours après la première friction. <( Le père aperçut, après que l'enfant eut uriné dans un vase propre, quatre larves vivantes qui faisaient des efforts pour recouvrer la liberté, essayant d'atteindi^ le bord du vase. » Schrader, mis au courant du fait, recommanda expressément de tenir toujours le vase en étatde propreté et d'en observer avec soin le contenu après chaque miction, pour éviter toute erreur. Le lendemain, au moment de sa visite, il trouva le père en train de recueillir cinq Vers parmi d'autres plus petits; mais comme le vase contenait aussi des excréments, on ne put savoir d'où provenaient exactement ces animaux. Ce doute fut levé le lendemain et les jours suivants : ils sortaient, sans erreur possible, des voies urinaires. L'enfant en rendit tantôt peu, tantôt abondamment pendant un espace de deux mois et demi, du commencement d'avril à la mi -juin 1825; le total n'en est pas donné, mais d'après la description, ce nombre a dû être considérable.
« Examinées à la loupe, ces larves ressemblaient, par la forme et la dimehsion, aux larves de la Mouche de chambre, comme on en
(1) Journal de Médecine et de Chirurgie de Paris, 1816. — Je n'ai pu réussir à me le procurer.
2) Rust's Magazine, XIX, p. 487. XXI, p. 26.
voit souvent Tété dans les plaies mal soignées; mais elles étaient cependant très différentes de celles-ci. » Il y en avait de diverses tailles; les pliisgrandes étaient en faible minorité ; elles mesuraient de 4 à 3 lignes de long sur une de large. Leurs mou vemeats étaient assez vifs: la queue (erreur, c'est l'extrémité antérieure), en avant, se portait dun endroit à l'autre; elles mouraient dans l'air dès qu*il les touchait, et dans Turine, dès qu'elle se refroidissait. Sur la tête (c'est au contraire le dernier segment) se trouvaient 2 petits points (stigmates postérieurs) de couleur sombre et la pointe de la queue semblait aussi d'un noir foncé.
Le reste de la description manque de netteté et surtout contient des erreurs grossières qui prouvent que Schrader n'avait aucune idée de l'organisation de ces larves. Non seulement il prend la tête pour la queue, comme je viens de le faire remarquer, mais encore il signale, à la face ventrale, des appareils de succion, disposés par paires, mobiles, et qui pourraient en outre, dit-il, servir à la sortie des jeunes que ces animaux portent en eux. Il est en effet convaincu que ces êtres ont un sexe; il sait distinguer les mâles des femelles, etc. Quoi qu'il en soit, les dessins qui accompagnent sa description la corrigent ou la complètent très heureusement. Tout en n'étant pas à l'abri de la critique, ils démontrent ((ue les larves appartiennent à Homalomyia canicularis L.
Dans leur Introduction to Entomobgy (1). Kirby et Spence (1828) ont rapporté un cas qui se trouve également consigné à la page 74 de l'édition populaire de leur ouvrage. Une larve apode, appartenant à Tordre des Diptères, et sans doute au groupe des Tipulaires de Latreille, bien que la ressemblance ne soit pas assez parfaite pour enlever tout doute, fut rejetée, avec les urines, par une per sonne dont le sexe n'est pas indiqué. Cette larve, dont la description est soigneusement donnée, mesurait 3/4 de pouce de long sur une ligne de large. Son corps, effilé à chaque extrémité, était opaque et de couleur jaune pâle; il était cylindrique, formé de 20 anneaux sans la tête; celle-ci d'un brun rouge était cordiforme et beaucoup plus petite que l'article suivant, etc. Cette larve était fort agile et se mouvait, comme les larves de Diptère, à l'aide de ses mandibules. Elle fut envoyée pendant l'hiver à Kirby par un de ses amis, médecin à Ipswich.
11 n*est lait aucune mention des circonstances qui ont accom pagné son expulsion; il semble que le médecin dlpswich et Kirby se soient contentés de Taffirmation de la personne qui a prétendu avoir rejeté cette larve avec ses urines. Ce n*est pas suffisant pour que Ton puisse considérer ce cas comme authentique.
A la séance de la Société entomologique de Londres où le Rev. Hope lut le travail dont il a été parlé au commencement de cet historique, R. Owen (18i0), dans la discussion qui suivit, dit qu'un malade avait rendu par Turèthre plusieurs larves de Diptère. Elles n'appartenaient pas aux Anthomyia {Homafomya), car elles étaient dépourvues de filaments latéraux.
Kollar (1848) cite les deux faits suivants que je rapporte dans toute leur brièveté :
Une femme de Klagenfurth évacua, par le vagin, une très grande quantité de larves de la très commune Musca domestica L. : il s'ensuivit une gonorrhée.
Après des érections douloureuses, des maux de reins et des pollutions, un malade de Thôpital général de Vienne (Autriche i rendit, par Turèthre, des larves d une Mouche dont on ne put obtenir le développement.
Hyrtl( 1848) qui assistait à la séance prit la parole après la lecture de Kollar et fit connaître un nouveau cas de larves de Mouche dans la vessie d'un malade. Celui-ci ne pouvait uriner qu'en employant un cathéter; l'instrument n'était pas nettoyé, et, pendant les chaleurs de l'été, 1 urine qui était restée dedans se décomposa: l'odeur ammoniacale attira les Mouches ; elles pondirent leurs œufs dans le cathéter: c'est par ce moyen que ceux-ci furent introduits dans la vessie.
11 est douteux, dans le i^^ cas de Kollar, que la gonorrhée ait suivi l'expulsion des larves de Mouche ; il est beaucoup plus probable que c'est elle qui a été la cause initiale de l'infestalion. Mais, chez la femme, l'inllammaLion blennorrhagique ne se limite pas à l'urèthre; elle envahit la vulve et le vagin, et c'est ce qui explique la présence des larves dans ce dernier organe. Nous sommes donc vraisemblablement en présence d'un cas de myase vaginale consécutif à un cas initial de myase uréthrale.
Quant au cas de Uyrtl, je me réserve de le discuter plus loin.
SUR LA MYASE DBS VOIES URINAIRES 381
Hobineau-ûesvoidy (1849) faisait une communication à la Société entomologique sur la présence, dans des vomissements, de larves de Mydœa vomuurationis^ lorsque, en terminant, il fit connaître le «fait d'une dame d*Auxerre, traitée pour des douleurs de bas-ventre.Un jour ces douleursaugmentërentau coldelavessie,et,àlasuite d'une abondante émission d'urine, on trouva dans le vase une espèce de Ver qui inarchait; ce Ver recueilli dans l'esprit de vin me fut remis et je le possède encore. C'est la larve d'un Oestre. Les souffrances de la malade cessèrent aussitôt. »
Hagen (1879) a publié un nouveau cas qui laisse des doutes sur son authenticité; mais le travail qu'il y a consacré est intéressant tant à cause des observations critiques que lui a inspirées la présence d'Insectes ou de larves d'Insecte dans les voies urinaires, que du nombre, relativement considérable (20) de cas qu'il a réussi à relever dans la littérature.
Une larve d'Insecte, qu'un jeune paysan disait avoir rendue avec les urines, fut envoyée par le D' Cutler, de VValtham (Massachusetts), à S. Henshaw qui la communiqua au D' Hagen pour en faire l'examen. C'était une larve à!Hcmitlomijia Wilsoni Walsh, voisinede //. scalarU Meigen. Il n'est donné aucun détail sur les circonstances de l'expulsion ; mais le D' Hagen ajoute dans une note terminale, qu'à l'instigation du D' Cutler, le jeune paysan observa ses garde-robes avec beaucoup de soin et constata à plusieurs reprises qu'elles contenaient des exemplaires de la larve qu'il avait, sans doute par erreur, cru rendre avec les urines.
Ce cas est donc très problématique; malheureusement il n'a pas été observé avec tout le soin désirable. Comme les défécations sont habituellement accompagnées de mictions, les larves trouvées dans le vase pouvaient provenir tout aussi bien de la vessie que de l'intestin ; il est regrettable que les instructions données par le médecin au jeune paysan, ou que les détails transmis à Hagen, n'aient pas été plus précis.
Deux ans plus tard, le D>^Abt, de Gmund (1881), communiqua à la Société de médecine du Wurtemberg le cas d'un vieillard de sa clientèle qui rendit par l'urèthre environ 80 petits Animaux vivants que Ton ne put déterminer. Le D>^ Schûppel,à qui l'on s'était adressé, n'avait pu reconnaître leur identité. Ils mesuraient de 5 à 6°'°* de
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long sur 2 ""* de large, avaient environ 20 pattes et une petife lêle noire pointue. Le malade, atteint d'un catarrhe de la vessie, se faisait des injections à laide d'un cathéter. On supposa que ces petits êtres pouvaient provenir de l'eau dont se servait le malade et qui contenait en abondance ce que les Allemands appellent « des Maueresel, » Asellua aquaticus. Cétait la même erreur que celle qui faisait confondre aux anciens les larves d*//oma/oinyia avec les Cloportes (Onùcus), Isopodes voisins des Asellus.
Ce cas n'aurait sans doute pas eu d autre histoire sans la curiosité et la sagacité d'un Homme, dont le très inléressant et très important mémoire semble avoir été méconnu de tous mes devanciers. Salzmann (1883), ayant lu la communication du D' Abt, voulut essayer de savoir quels étaient ces parasites et comment ils avaient pu pénétrer dans la vessie. Il se mit aussitôt en rapport avec le D' Abt, qui lui envoya 3 exemplaires conservés dans Talcool, et un peu plus tard quelques autres desséchés. Muni de ces spécimens, il se rendit à la Collection entomologique de Stuttgart et trouva bientôt une larve de Diptère semblable aux siennes; elle provenait des déjections d'une femme et portait létiquette de [lomahmyia scalaris F. « Au premier abord, dit Salzmann, l'aspect paraissait identique à celui des Cloportes de cave. » Ainsi donc, même à notre époque, on ne peut se défendre d'établir une comparaison entre les larves d'Homalomyia et les Cloportes. Est-il étonnant que les anciens médecins ou naturalistes, qui étaient moins bien outillés que nous, et dont les connaissances en sciences naturelles étaient moins étendues, aient assimilé deux Animaux si différents d'organisation et même d'aspect ?
La nature du parasite étant élucidée, Salzmann voulut savoir comment ces larves avaient pu pénétrer dans l'organisme, dans quelle région des voies urinaires elles s'étaient logées, et pendant combien de temps elles avaient pu y vivre. Il institua à cet ellet de nombreuses expériences dont il sera reparlé plus tard et fit. auprès du D' Abt, et auprès du malade lui-même une longue enquête dans le but d'élucider le mode d'introduction du parasite. Il était convaincu que c'était par l'intermédiaire du cathéter, et il pensait recevoir confirmation de ses soupçons. Mais l'enquête lui fournit un tout autre résultat. Elle lui démontra dabord que les larves, en raison de l'extrême propreté du malade, qui d'ailleurs prenait fré-
quemment des bains de siège, n*avaient pu trouver un abri sous le prépuce et qu elles étaient sorties, sans doute possible, par Turèthre ; puis, que ni lecalhéter ni Teau quiservaitaux lavages ne pouvaient être incriminés; qu'enfin Tâge déjà avancé du patient et sa culture intellectuelle éloignaient toute idée de simulation.
De son enquête et de ses expériences il conclutque « la seule supposition imaginable, bien que cela puisse paraître étrange, est que les larves sorties par les voies urinaires, y étaient entrées comme larves ». Et il ajoute : « Si cette circonstance ressort comme la seule possible pour les voies urinaires, cela demande moins d'efforts de Taccepter aussi pour l'anus que de croire que les larves circulent sans être digérées dans le canal intestinal. » C'est aussi l'opinion que j'ai émise dans un travail récent (1907 a).
Dans son étude sur la myase du tube digestif chez l'Homme, Lallier (1897) analyse brièvement un certain nombre de cas de myase des voies urinaires signalés antérieurement à son travail. Il n'ajoute rien aux faits connus et résume ses impressions dans la conclusion suivante : u II n'est pas établi, jusqu'à présent, que des larves de Diptère aient réellement vécu dans la vessie et aient été évacuées par Turèthre. »
Je dois à l'obligeance du D' Cackovic. d'Âgram, qui en a déjà donné une très bonne analyse (1), la traduction en français d'un cas observé par le D>^ L. Car (1897). Le patient avait eu la gonorrbée ; son état s'était amélioré et les gonocoques avaient complètement disparu, mais son urine contenait encore parfois des filaments uréthraux. Il ressentit un jour une conslriction douloureuse de Turèthre et, en urinant dans son vase habituel, il remarqua qu'il sortit un Ver vivant avec le liquide. L. Car reconnut dans cet Animal, non un Ver, mais une larve de Diptère, et sa diagnose reçut la confirmation d'un spécialiste en Entomologie. Ayant acquis du patient la certitude que la larve avait bien été rendue par lurèthre, Car en fit un examen plus approfondi et crut reconnaître en elle la larve de Sarcopkaga caraaria. Elle avait 11™° de long. « 11 est reconnu, dit-il, que Sarcophaga camaria recherche les plaies purulentes pour y déposer ses larves. Il est probable que la suppuration de la gonorrhée a attiré la Mouche.
(1; Centralblatt f. Chirurgie, 1897.
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Ou ne peul pas savoir si le fait s'est produit pendant le somuieii ou dans toute autre occasion ; mais il suffit d*un moment pour que la Mouche dépose à Torifice de Turèthre sa progéniture, et pour que celle-ci pénètre en rampant à Tintérieur de cet organe. Ce qu'il y a de plus singulier, c est que la larve soit restée là et y ait grandi. 11 est vrai que sa cuticule porte de très petites papilles aiguës, semblables à des dents, qui lui ont permis de résister au courant de Turine. h
La présence de cette larve n*a pas été sans action sur la muqueuse uréthrale, car Turine contenait des flocons purulents.
Le malade déclare qu'il se porte bien depuis l'expulsion de la larve ; celle ci est sortie au mois de juin.
Viaud-Grand'Marais (1898) a publié (1) une note relative à la présence, dans le corps humain, de la larve de Teichomyza fnsca Macquart. Comme il est hostile à l'idée que ces larves puissent vivre chez l'Homme, il ne s'est pas donné la peined étudier avec soin les cas dont il a eu connaissance. « Dans le cours d'une pratique médicale de plus de quarante années, dit il. j'ai été souvent consulté au sujet de bizarres Animaux qu'on me disait avoir été rendus par les urines ou par les selles. 11 s'agissait toujours de la môme bestiole (Tekhomyza fusca). Je répondais que l'Animal était une larve de Muscide, vivant dans l'urine et non dans le corps humain; que je la connaissais depuis longtemps sans avoir pu en déterminer l'espèce. Cette affirmation rassurait le prétendu parasité et faisait disparaître toute espèce d'accident. :»
Je ferai remarquer que le D' ViaudGrand-Marais pouvait avoir raison, mais que la plus petite observation bien conduite aurait eu infiniment plus de valeur pour confirmer ou infirmer ses dires, que tous les effets de son éloquence persuasive. Il est donc impossible de savoir si les trois cas dont il parle dans sa note s'appliquent à des larves tombées accidentellement dans la cuvette des cabinets ou provenant de la vessie ou de l'intestin de ses clients. Le premier concerne un Homme qui remarquait la larve de Teichomyza fusca « en abondance dans la cuvette des lieux quand il venait de la quitter. Ceci le troub.ait au poiut qu'il en avait la colique de peur et que sa santé s'altérait ». Le médecin, qui soignait ce
il) Association française pour l'Avancement des sciences, C. R. de la 27« session.
malade, <( par excès de conscience et pour agir sur le moral de son client, lui administra un anthelrointhique. de l'essence de térébenthine, si j'ai bonne mémoire. Le malade, n'ayant plus aperçu de Vers, se considéra comme guéri. Lodeur de la térébenthine les avait éloignés de la cuvette. » Le second cas est celui d'un enfant de 10 ans, et le 3^ celui d'une fille d'une vingtaine d'années, qui aperçurent 1 étrange bêle dans la cuvette des lieux après y avoir uriné. « Les deux sujets ont présenté une légère irritation de la muqueuse, mais sans trace de parasites. » La jeune fille, habituellement constipée, restait longtemps sur le siège. Elle raconta que, depuis quelques jours, elle avait observé dans la cuvette, après la miction, un grand nombre de ces Animaux. Elle croyait les avoir rendus et était très effrayée. Quand le D' Viaud- Grand-Marais, et un confrère qui était présent, lui eurent affirmé qu'il s'agissait, non d'un Ver vivantdans l'intérieur du corps, mais d'une larve se cachant entre le siège et la cuvette et apparaissant dans celle-ci quand elle renfermait de l'urine, elle les quitta rassurée et complètement guérie.
Dans tous les cas pour lesquels le D' Viaud-Grand-Marais a été consulté, les larves se trouvaient non dans les fèces, mais dans l'urine. Elles ne lui ont jamais été ((Signalées quedans des lieux dont la soupape fonctionnait mal ou dont la cuve n'était pas hermétiquement jointe au siège. Elles apparaissaient dans celle-ci quand elle était arrosée d'urine et d'autant plus nombreuses que ce liquide y séjournait plus longtemps ».
Ces lignes constituent le meilleur argument que Ton puisse invoquer en faveur de la thèse du D^ Viaud-Grand-Marais; mais elles ne suffisent pas pour entraîner la conviction. Il reste trop de points dans l'ombre en ce qui concerne les trois cas qu*il rapporte, et leur examen exigerait de nombreuses critiques, Je me contenterai de faire les remarques suivantes.
Dans le 1«' cas, l'odeur de térébenthine eut pour effet d'éloigner les larves de la cuvette. Cet effet se prolongea-t-il au delà de l'emploi du remède?
Dans le 3' cas, la jeune fille sortit de la visite rassurée et complètement guérie; mais les larves continuèrent-elles de se montrer dans la cuvette après chaque miction? Ces questions demeurent sans réponse.
Archives de Parasitologie, XII, n* 3, 1908. 2î»
;i86 R. CHEVHEL
En ce qui concerne le 2« et le 3« cas, Viaud-Grand- Marais dil que la muqueuse montrait une légère irritation. Pourquoi? On ne peut supposer que les larves exercent une action irritante à distance; il faut donc admettre que Tirritation était due à leur contact. Mais alors sa thèse croule. Il est vrai qu'il considère comme possible que les larves puissent ramper sur la peau jusqu'aux muqueuses si celles-ci restent humides. Mais si le simple contact des larves suffit pour irriter les muqueuses, il doit produire sur la peau au moins une sensation désagréable, un léger chatouillement qui attire 1 attention et provoque le geste qui en fera disparaître la cause.
Un autre motif d'étonnement vient de ce qu'aucun des trois malades n'ait constaté la présence des larves dans la cuvette avant d'en avoir fait usage, au cas, bien entendu, où ces larves n'eussent pa» été expulsées par eux. Car, il est hors de doute que sous l'empire de l'appréhension qu'éprouvaient ces malades à la penséequ'ils pouvaient héberger des bétes qui les épouvantaient au point de leur donner a la colique de peur », leurs yeux devaient avidement scruter le fond de .la cuvette avant comme après son utilisation. Mais est-il possible que les larves, comme le pense Viaud-Grand- Marais, aient apparu dans la cuvette pendant les mictions? Assurément oui et cela se voit de temps à autre, mais les choses ne se passent pas tout à fait comme l'indique cet auteur. Ces Animaux ne se tiennent pas pour ainsi dire aux aguets entre le siège et la cuvette, tout prêts à descendre dans celle-ci dès que l'urine y est déposée. Leur séjour habituel est la fosse d'aisance où elles trouvent toutes les conditions biologiques qui leur conviennent. Quand le temps de la nymphose approche, elles cessent de prendre toute nourriture; elles s'éloignent, rampent à la surface des murs et montent dans le tuyau de vidange. Si l'installation des cabinets est défectueuse, elles peuvent passer entre la soupape et le vase, ou entre celui ci et le siège. Dans leurs pérégrinations le long des bords de la cuvette, il leur arrive de tomber dans celle-ci, mais tout à fait accidentellement et à un moment quelconque ; elles n'y sont nullement attirées par l'urine, qu'elles fuient au contraire pour chercher un lieu propice à la nymphose.
11 est donc étonnant, si l'hypothèse de Viaud Grand-Marais est fondée, que les trois malades n'aient pas eu une seule fois la chance
de constater, pendant plusieurs joui^ consécutifs, la présence des larves dans la cuvette des cabinets avant d'en avoir fait usage.
En résumé, certaines raisons militent en faveur de lamyase; mais à défaut de preuves, il est impossible de retenir aucun des trois cas signalés par cet auteur.
Le dernier cas de myase des voies urinaires fourni parla littérature est celui du D' Edouard d*Haenens (1898). Un jeune homme, qu'il avait soigné plus d*un an auparavant, vint le trouver un jour pour de légers chatouillements qu'il ressentait depuis 5 ou 6 jours dans le canal de Turèthre, au niveau de Tunion du tiers postérieur et du tiers moyen de Turèthre antérieur. Les urines étaient limpides, sauf un très léger et intermittent filament muqueux. Le malade, ancien blennorrhéen, qui était expert dans Tart de faire paraître la goutte, déclara n*avoir pas vu le moindre écoulement; son canal, disait-il, était sec comme les sables du désert. Il fut ordonné un lavage de Turèthre antérieur avec une solution de nitrate d'argent à 1/4000. Le lendemain, rejet d'une larve de Musca domestica. « Comme je manifestais mon incrédulité, dit le D' d*Haenens, mon malade, que je savais bon observateur, m'expliqua qu'il avait dû lui-même retirer la larve au niveau du méat; elle était apparue là avec les dernières gouttes d'urine. Au surplus, il invoquait le témoignage de son frère qui avait assisté en spectateur à cette pêche d'un nouveau genre et qui, pour appuyer le récit, accompagnait son cadet. Les chatouillements avaient cessé environ 1 h. 1/2 ou 2 heures après le lavage de la veille.))
(( Immédiatement, j'endoscopai le canal du pisseur de Ver et j'ai pu voir, en déplissant l'urètbre, au commencement de la portion bulbaire, un peu à droite de la médiane, une zone hyperhémiée ayant l'aspect de la muqueuse dans l'uréthrite glandulaire légère. »
Le malade confessa que chaque fois qu'il prenait un bain (environ tous les deux ou trois jours) il s'injectait dans le canal 5 ou 6 seringues d'eau du bain et qu'il laissait traîner son instrument un peu partout.
En raison de ces faits, le D>^d'Haenens suppose que, trouvantTendroit propice, une Mouche aura pondu sa graine sur l'embouchure de la seringue et que Tœuf entraîné par le jet se sera arrêté dans un des plis du canal; ou, ce qui est plus probable, que, déposé
3S8 R. CHKVREL
dans la baignoire ou le réservoir d'eau, le grain a été maintenu en suspension dans le liquide du bain et propulsé par rinjection. Quel que soit le mode d*introduction de l'œuf ou de la larve dans 1 urèthre, Tauthenticité du cas ne parait pas douteuse.
Enfin Erich Peiper (1900) a publié un opuscule dans lequel il passe en revue quelques cas de myase des voies urinaires, mais sans apporter lui-môme aucune contribution personnelle à la question.
Je devraisarréter làTexposé des cas que j ai relevés dans la Littérature. Mais pour être complet je crois devoir en mentionner encore quelques autres qui pourraient se rapporter tout aussi bien à des larves de Mouche qu'à celles d'Insectes d'un autre ordre.
Le D' Werholf (1735) décrit ainsi un Animal rendu, avec les urines,par une jeune fille adulte à la suite d*une violente crise de douleurs néphrétiques : Blanc,longde61ignessur ldelarge,acuminé, aplati supérieurement et inférieurement, cet Animal était, comme les Ténias, diviséen articles par des lignes transversales et marqué de traits élégants qu'on aurait dit sculptés.
S'agit-il d'une larve de Mouche? Peut-être, mais la description trop brève ne permet pas de l'affirmer.
Howship (1816) a publié un cas relaté en ces termes ( 1 ) : 1 1 Insectes sortis vivants, avec l'urine, occasionnèrent des accidents semblables à ceux de la pierre.
J'ai vainement cherché l'ouvrage dans lequel Howship anotéson observation. Celui (2) qu'il fit paraître quelques années plus tard ne la mentionne pas.
Un autre cas qui laisse aussi planer des doutes sur sa nature est celui de Fleischmann (1837). Un Homme de 28 anssoufirait depuis longtemps de douleurs dans le voisinage du col de la vessie et de démangeaisons à la parlie antérieure de l'urèthre. Il rendit 3 petits Vers en urinant et à partir de ce moment les accidents cessèrent. Longs de 3 lignes, ces petits Vers étaient ronds et minces; leur corps était formé de 20 anneaux, de longueur et de grosseur inégales. La tête montrait de chaque côté un point oculiforme et se terminait par une trompe brune. Il existait un certain nombre de
(1) Germar's Mag. d. Entotn., 1818.
(2, Trailé des causes des plus importantes maladies qui affectent la sécrétion et l'excrétion de l'urine, 1823.
poils sur la tôle et sur quelques autres anneaux. L'extrémité de la queue avait une forme semi-ovalaire et portait des lignes, des taches et des points d'un brun verdâtre.
Etait-ce une larve de Diptère ? Oui, d'après plusieurs caractères ; non, d'après d autres. L'absence de figures et rinsuilisance de la description ne permettent pas de se prononcer.
Un 4® et dernier cas douteux a été observé par Curling (1843). Une petite fille de 5 ans, jusque-là de bonne santé, fut atteinte de rougeole d'abord, puis de pneumonie subaiguê. Elle souffrit en même temps de Vers intestinaux qu'elle rendit à plusieurs reprises par les selles. Enfin, le 26 mai 1839, les urines présentèrent quelques petits Vers, et les jours suivants elle en expulsa chaque matin 7 ou 8.
Curling avait d'abord prisées Vers pourdes larves d'Insecte ; puis, revenant sur son opinion, il les rangea parmi les Nématodes ; mais comme leur anatomie difiérait de celle de tous les Nématodes connus, il en fit un genre nouveau, Dactyliits, et une espèce nouvelle, aculeattis. La description qu'il en donne ne permet pas de se faire une opinion nette. Il semble bien que ce soient des larves d'Insecte; Salzmann ne serait pas éloigné de les prendre pour des larves de Muscide; je ne vois pas que les caractères sur lesquels il s'appuie justifient sa timide supposition.
RÉSUMÉ. -— Si Ion réunit tous les cas de myase des voies urinaires dont je viens de parler, authentiques, probables, douteux ou incertains, on arrive au chiffre de 29; mais sur ce nombre il faut en défalquer9 sur lesquels les renseignements sont trop imparfaits pour qu'on puisse en faire état : ce sont ceux de Plutarque, Werholf, Howship, Leroux, Fleischmann, Curling et les 3 de Viaud Grand-Marais. Sur les 20 qui restent, il en est qui n'ont d'autre garantie que l'afiirmation des malades ou celle de personnes dépourvues de toute autorité scientifique ou dont l'autorité ne s'est exercée que sur la détermination du parasite et non sur sa provenance exacte ; on doit les tenir pour douteux : ce sont ceux de Ruysch (2^), de Canali-Brera, deKirby etSpence et de Cutler Hagen. Les 16 autres mentionnés par des médecins ou des naturalistes acquièrent de ce fait une très grande probabilité sinon une authenticité parffiite ; malheureusement la plupart n'ont été l'objet d'aucune observation spéciale, d'aucune enquête qui aurait pu mettre
leur authenticité à Tabri delà critique. Les auteurs se sont contentés de les signaler en quelques mots; mais tous, sauf Hyrtl. Tont fait d'une manière très affirmative : tels sont les cas de Paré, Vallisneri, rapporté par Daniel Leclerc, Andry, Stringham. Owen, Kollaret Robineau-Desvoidy. Le cas du D'L. Car a toutes les apparences de Tauthenticité ; mais l'expulsion s*est faite en dehors de lui et il n'a pu que répéter les dires de son malade. Cependant il est un fait qui plaide en faveur de Tauthenticité de ce cas comme de ceux de Stringham et de Robineau Desvoidy : c est la disparition des douleurs ou de Taflection après Texpulsion des larves.
Néanmoins, j'admets que pour ces cas, et surtout pour ceux que j'ai cités un peu plus haut, l'évidence n'est pas manifeste ; mais l'autorité de ceux qui les ont fait connaître permet au moins de leur attribuer une grande probabilité.
Il n'en va pas de môme pour les cas de Tulpius, Ruysch (l«f ), Veau de Launay, Schrader, Abl-Salzmann et d'Haenens ; ceuxci me paraissent réunir les conditions essentielles d'une véritable certitude.
Quand un observateur sagace se trouve pour la première fois en présenced'un faitsimple, il peut donner de celui-ci une explication erronée; mais s'il en est plusieurs fois le témoin, son attention éveillée le conduira nécessairement à donner dece fait uneinterprétalion exacte. C'est ce qui a dû se présenter pour les cas de Tulpius, Veau deLaunay et Abt-Salzmann. Dans chacun d'eux, le malade, homme d'un certain âge et d'une condition sociale élevée, de bonne sauté habituelle et n'ayant aucune des tares qui auraient pu en faire un simulateur, remiirque. à plusieurs reprises, des Vers dans ses urines. Il en éprouve de l'inquiétude, car son premier mouvement est d'aller consulter son médecin. En admettant que celui-ci ne lui en ait pas suggéré l'idée, le simple bon sens du malade a dd le porter à inspecter le vase avant la miction comme il le faisait après, afin de s'assurer de la provenance exacte des Animaux qu'il voyait s'agiter dans ses urines. On peut être certain que s'il affirme avoir rendu les Vers par l'urèthre, c'est qu'ils sont bien sortis par cette voie.
Dans le cas de Schrader, le malade était un enfant; mais le père de celui-ci, guidé par les recommandations du médecin, a pris les soins de propreté destinés à prévenir toute erreur, et Schrader put
sua LA MYASE DES VOIES UR1NA1RB6 l\d{
se convaincre les jours suivants que les larves étaient bien rejetées par Turèthre.
Quant au cas de Ruysch, l'expulsion paraît s'être faite en une seule fois, ou du moins les médecins n'ont observé le fait qu'une fois. On pourrait donc supposer que les pupes recueillies se trouvaient dans le vase avant la miction. Cela laisserait supposer que celui ci était malpropre et n'avait pas servi depuis longtemps, puisque les œufs que les Mouches y auraient pondus auraient eu le temps d'éclore, les larves de grandir et de se transformer en pupes. Or Ruysch n'était pas le médecin habituel du patient; celui-ci devait donc se sentir assez malade pour s'être décidé à faire appel aux lumières d'un illustre Docteur. Dans ces conditions, il serait surprenant que le malade n'eût pas fait usage de son vase les jours qui ont précédé la visite de Ruysch, ne fût ce que pour donner au médecin ordinaire la possibilité d'éclairer son diagnostic par l'examen des urines. L'hypothèse de la malpropreté du vase me semble tout à fait inadmissible et la seule conclusion raisonnable est celle qu'admit Ruysch lui-même : l'expulsion par lurèthre.
Enfin le cas rapporté par d Haeoens ne souffre aucune difficulté. Le patient a avait dû lui-même retirer la larve au niveau du méat », et cela en présence de son i'rère qui confirma au Docteur le récit de son cadet.
Ainsi la littérature nous fournit 6 cas bien authentiques (et une dizaine d'autres très probables) de myase des voies urinaires. Le D' Fauvel et moi (1907 b.) n'en avons indiqué que 5 dans notre travail ; cette erreur est due à ce que nous ne connaissions le cas du D^^ d'Haenens que par le résumé insuffisant qu'en a donné le Centralblatt far innere Medicin, 1899. Mais grâce à 1 amabilité du D' d'Haenens, j'ai pu rectifier notre travail sur ce point.
Je vais maintenant faire connaître le cas observé par le D^ Fauvel et moi et montrer que son authenticité est indéniable.
Observation.
(( Mme L... était une femme de 35 ans ayant eu quatre enfants. Hémiplégique depuis février 1906 ; atteinte en outre d'une insuffisance mitrale, elle présentait souvent des crises d'asystolie ; elle était albuminurique et n'urinait qu'avec beaucoup de difficulté.
Son mari, cultivateur, et ses enfants passaient la plus grande partie de la journée dans les champs et la malade restait seule à la maison. En raison de son état, on l'installait sur une chaise percée et c'est là qu elle passait tout le temps que durait labsence de sa famille, n'ayant d autre distraction que de s'appuyer de temps en temps sur un tréteau qu'on avait placé devant elle. Dans cette position, elle souffrait moins que dans le décubitus dorsal ;elle pouvait en outre, quand le besoin s'en faisait sentir, faire des efforts pour essayer d*uriner. Cette femme aurait ressemblé de tout point aux autres albuminuriques et cardiaques, n'eût été une parlicularité remarquable : elle éprouvait au col de la vessie des picotements qui lui donnaient une envie incessante d uriner. Or, dans la première quinzaine de mai, les douleurs devinrent plus aiguës et les mictions se firent encore plus difficilement ; enfin le samedi 19, elle rendit, avec l'urine du matin, une grande quantité de larves vivantes; il en fut de même les trois jours suivants, mais les larves étaient en moindre quantité. A ce moment, Mme L... rendait 3 gr. d'albumine par litre d'urine. La présence de ces larves nous détermina à faire des lavages de la vessie avec de l'eau boriquéeà 40/0, en môme temps que le salol, à la dose de 2 à 3 gr. par jour, était administré à l'intérieur. Le premier lavage fut fait le 26 mai ; l'urine du malin contenait de 30 à 40 larves vivantes, de dimensions différentes, et l'albumine, mesurée à TalbuminimètredEsbach, accusait o gr. par litre. L'augmentation de la quantité d'albumine nous ayant frappés, nous observâmes dans la suite un parallélisme à peu près constant entre la quantité d'albumine et le nombre de larves rendues. Celles-ci diminuèrent vers la fin de juin et disparurenten juillet. Il n'en reparut plus dans les urines de Mme L..., ni dans les lavages, jusqu'à l'époque de sa mort qui arriva dans le coma urémiqiie le 31 août. » — R. Cuevrel etD' Falvel. Cette observation demande à être complétée sur certains points. Mme L. . . n'avait jamais été sondée avant l'expulsion des premières larves, qui se fit le samedi matin, 19 mai, après une journée pénible pendant laquelle la malade n'avait pu émettre une seule goutte d'urine. Le mari, étonné de voir au fond du vase des Animaux qui s'agitaient et se déplaçaient, les mit de côté pour les montrer au D' Fauvel. Ils étaient morts le 22 mai, jour de sa visite ; mais l'urine du matin en contenait d'autres parfaitement vivants. Pour être bien
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certain de la provenance de ces petits êtres, ie Docteur fit nettoyer soigneusement le vase qui servait à la malade et recommanda expressément de le tenir toujoui*s en parfait état de propreté. De nouvelles larves furent recueillies les jours suivants, principalement avec la première miction, qui se faisait d'ordinaire vers 4b. du matin. La plupart se conservaient vivantes jusqu'à 1 h. de Taprësmidi, heure habituelle de la visite. D'autres se montraient également dans certaines mictions de la journée, mais toujours en quantité moindre. Et grâce aux précautions prises et à la curiosité des personnes qui donnaient leurs soins à la malade, il fut facile d'établir, sans hésitation possible, que ces larves provenaient bien des voies urinaires.
Le premier lavage de la vessie eut lieu le samedi 26 mai, c'est-àdire huit jours après la première émission de larves. Jusqu'à cette date, il est donc impossible de considérer les instruments comme la cause possible de la contamination, puisque jusqu'alors la malade n'en avait pas subi le contact. Je vais montrer qu'il n'y a pas davantage lieu de les incriminer depuis le moment où l'on a commencé à en faire usage jusqu'à l'époque de la disparition totale des larves. Ces instrumeuts consistaient en une seringue en verre, de Luêr, et une sonde métallique de 4 à 5 millimètres de diamètre. On les purifiait en les mettant pendant quelques minutes dans l'eau bouillante avant chaque opération. Celle-ci terminée, ces mêmes instruments étaient nettoyés par le même procédé, essuyés avec une serviette blanche et replacés dans leur boite fermant à clef; la boite elle-même était emportée et déposée dans une vitrine également fermée à clef. Ces précautions, qui n'ont pas été omises une seule fois, écartent toute possibilité de contamination par l'intermédiaire des instruments, car ni les œufs ni les larves n'auraient pu résister, même quelques secondes, à l'action de l'eau bouillante.
Voilà donc un cas indéniable de myase des voies urinaires produit en dehors de l'intervention de l'Homme. J'examinerai le processus naturel de contamination après la description des parasites.
Larves.
Une cinquantaine de larves furent mises de côté pour l'étude ; toutes, sauf une, portent, sur différentes parties du corps, de longs
appendices coniques, spinuleux qui constituent Tun des principaux caractères distinctifs du genre Homalomyia Bouché. On sait que ce genre fournit la plus forte proportion des cas de pseudo- parasitisme interne occasionnés par les larves de Diptère chez l'Homme. Les espèces les plus fréquemment rencontrées dans les affections myasiques appartiennent à: H. ranicalarisL.j H.scalarisF., H. manicata Mg., elc; mais, comme les larves de ce groupe sont encore ou inconnues ou mal connues, on ne peut lesattribuer à telle ou telle espèce d' Homalomyia que si Ton en obtient Timago. J'ai donc essayé l'élevage de quelques-unes de mes larves. Je leur offris du blanc d'œuf cuit; pendant 10 jours, elles parurent s'accommoder de cette nourriture. Elles étaient très vivantes et ne paraissaient nullement souffrir; mais au bout de ce temps, j'eus la malheureuse inspiration de leur renouveler leblancd'œuf; celui que je leur donnai était insuffisamment coagulé; elles s'engluèrent et s'enveloppèrent d'une couche d'albumine semi-liquide; quand je m'en aperçus, elles étaient presque toutes asphyxiées. Mes soins pour les ramener à la vie furent inutiles; les moins atteintes moururent les jours suivants.
La forme et la disposition des appendices de mes larves me laissaient supposer qu'elles appartenaient à Homalomyia canicularis L. ou comme je l'appellerai désormais pour me conformer à la loi de priorité, à Fannia canicularis L. (1) ; mais les descriptions ou les dessins que les auteurs ont donnés de ces larves sont insuffisants et de plus les miennes présentaient des caractères particuliers qui n'étaient mentionnés nulle part, si ce n'est dans un travail récent de Tabbé Kieffer(1898)et dont j'aurai à m'occuper un peu plus loin. Ma perplexité menaçait donc de durer, quand le hasard vint à mon aide. Dans le but de soumettre les larves de Muscides à certaines expériences, j'avais, pour m'en procurer, récolté, au printemps de 1907, des Champignons en putréfaction et des végétaux divers en décomposition. J'eus la satisfaction de retrouver dans des Oignons
(1) Bouché (1834) dans son travail inUtulé : Nalurg. d.Insect., 2, paru en 1834, avait sép «ré du g. Anthoniyia un certain nombre d'espèces pour en faire son g. Honialuinyia. Mais dès Ic^, Robiiieau Desvoidy, dans son Esmi sur les Myodaires, avait créé pour certaines de ces espèces, les g. Fanaia, Philinta et Aniinta. Ck)mme aucun de ces g. ne tombe en synonymie, et que Faunia est le ier par ordre d'inscription No 567 I. Faunia aallatrix Kob. Desv. = Muscascalaris P.), c'est donc lui qui a la priorité sur les deux autres, et sur le nom Homalomyia,
SUR LA MYASE DES VOIES UHIXAIRES
pourris des larves tout à fait identiques à celles qui provenaient de Mme L... Les unes servirent à mes expériences, les autres furent conduites à la phase d imago. Les Mouches ainsi obtenues ressemblaient de tout point à la petite Mouche de chambre, si connue par les danses qu'elle exécute autour des objets suspendus à nos plafonds. Mais pour que le doute ne pût subsister sur ma détermination de Tespèce, je la fis vérifier par le Professeur P. Stein, dont la compétence en ce qui regarde les Homalomyia est universellement reconnue. C'était bien la petite Mouche de chambre, Fannia (H.) canicu laris L.J*adresse mes sincères remer" ciements au Prof. P.Stein pour son aimable complaisance.
Comme je l'ai dit précédemment les auteurs qui ont décrit ou représenté les larves de Fannia (ïl.) canicu.
laris L. se sont contentés de Ta peu près ; j^essayerai d'être plus exact ou plus précis.
Larve de Fannia (H.) canicularis L.
(fig. 2 et 3.)
Le corps a la forme générale d'un ovale allongé, faiblement atténué et arrondi en arrière, forlement atténué et pointu en avant ; sa section transversale offre un contour polyédrique
dont les angles correspondent aux lignes d'insertion des appendices flagelliformes (fig. 1). A l'état d'extension, une larve, parvenue à son maximum décroissance, mesure de 6 à 7"" 1/2 de long: sa largeur est comprise entre le tiers et lequart delà longueur; l'épaisseurest plus faible que la largeur. Une larve jeune a le corps d'un blanc crème; il est d'un blanc sale chez les larves d'âge moyen, et d'un jaune fauve plus ou moins foncé chez les plus âgées. 11 est formé de 12 segments (1). Le premier ou pseudocéphale n'est visible que lors-
Fig. 1. —Coupe transversale, un peu schématisée, du cinquième segment du corps de t'annia caniculari}^ L. — a, appendice flagelliforme dorsal; 6, appendice branchu ; c. appendice flagelliforme latérodorsal; cl, appendice flagelliforme, latérovenlral; f, papille ventrale antérieure ou de la série longitudinale; /'papille ventrale postérieure ou de la série transversale.
(1) Je laisse de côté la question de savoir de combien de métamëres se compose réellement le corps de la larve. Je ne veux qu'indiquer les segments nettement visibles sans vouloir préjuger de la complexité probable du 1*' et du dernier segment.
K. THEVREL
que rinsecte se nourrit ou se déplace ; en dehors de ces deux circonstances, il est invaginé dans le segment suivant. On n'aperçoit doncle plus souvent que 11 segments; les 3 pre miers habituellement visibles, c'est-à-dire les 2*, 3* et 4% représentant les segments thoraciques, ne se distinguent par rien d'essentiel des 8 der niers, ou segments abdominaux. Tous portent à leur surface une multitude de petits dessins arrondis ou elliptiques, placés au centre de plaques polyédriques qui sont rangées en séries rectilignes ou curvilignes plus ou moins régulières : ce sont des nodu les, à surface lisse ou épineuse, variés d'aspect et de taille, mais assez uniformément répartis. Cependant leur distribution nécessite quelques remarques.
Le pseudocéphale,ou f*^ segment, nen porte que dans sa
Fig. 2. — Larve de Fannia canicularis L région postérieure et ils ne — a, organe anlenniforme; b, pseudocé. j» i
phale évaginé ; t\ 1" appendice flageili. SOnt bien développes que SUr forme dorsal; d, stigmate antérieur; e, ga face ventrale; sur le 2*" seg- 1 " appendice branchu; /*, appendices fia-
gelliformesdopsaux;^, appendices bran- ment, OU 1' thoracique, US chus ; /i, appendice flagelliforme laté- gont distribués suivant un anro-dorsal ; t , ' appendice flagelliforme . #
latépo ventral;;, stigmate postérieur :ik, neau qui en OCCUpe le quart dernier appendice flagelliforme latéro- postérieur ; le segment suidorsal; /, dernier appendice flagellifor- au*
me latéro ventral ; m, dernier appen- vant, OU 2 thoracique, porte dice flagelliforme dorsal. deux anneaux semblables, lun
au bord antérieur l'autre au bord postérieur ; ils sont réunis par quel-
SUR LA MYASE DES VOIES UHINAIRES 397
ques bandes de môme tissu. Tout le reste de la surface de chacun de ces deux derniers segments est transformé en un large bouclier annulaire, fortement chitinisé, et formé parla réunion de nombreuses productions cuticulaires spéciales; ce sont de larges plaques ou de simples ép;iississements en forme de bandelettes droites ou incurvées, recourbées en fer à cheval ou enanneau,etdont les dimensions sont toujours supérieures à celles des nodules. On les retrouve plus clairsemées sur les segments suivants: elles forment par exemple au-dessous de chaque appendice ilagelliforme latéro-venlral, dont il va être parlé, deux demi cercles dont la concavité se regarde, et chaque demi-cercle est relié, par une série longitudinale de productions semblables, à la papille ambulatoire ventrale. On en trouve é.alement dans la région dorsale de chaque segment, et en particulier sur le segment terminal où elles sont nombreuses; enfin elles constituent, à la face ventrale et à la lace dorsale de chaque incision inlersegmentaire, une bande étroite, unisériée, qui forme le trait d'union entre 2 segments consécutifs.
La distribution de ces nodules épineux à la surface de la cuticule n'est pas arbitraire; elle résulte des frottements qui se produisent entre les segments, ou entre ceux-ci et le milieu extérieur. Donc tous les points du corps qui, par la reptation ou le genre de vie de l'animal, se trouvent fréquemment amenés au contact de parties solides, ont leurs nolules surmontés d'une spinule, et le développement de celle-ci est lui-même subordonné à l'importance du frottement. Le bord antérieur et le bord postérieur de chaque segment sont dans ce cas; il en est de même de l'angle antéro-latéral supérieur; mais les spinules acquièrent un développement remarquable à la surface des mamelons qui portent les longsappendices flagelliformes dontil sera parlé un peu plus loin, et surtout sur l'arête qui prolonge antérieurement la b:;se de ces appendices. La face ventrale, sur laquelle rampe la larve, devrait être tout entière garnie de ces aspérités; mais le jeu du segment dans la reptation montre qu'il n'en peut être ainsi. Le bord postérieur se rapproche du bord antérieur; il raccourcit donc le segment qui se plie ventralemenl en accordéon. Il se forme ainsi trois bourrelets transversaux qui constituent trois surfaces de contact : un antérieur, un médian et un postérieur. Le médian, peu développé chez les jeunes individus, est très accusé chez ceux qui approchent de la nym-