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RATS ET PÉTROLE

PAR

le D' HENRI MANDOUL

Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Bordeaux

La prophylaxie culiciflige a eu une conséquence heureuse et inaltendue, dont on commence à peine à connaître les effets et à apprécier Timportance. La pétrolisation des eaux stagnantes et autres collections liquides où se complaisent les larves des Moustiques ne limite pas son action à ces derniers, elle agit aussi, dune manière indirecte, sur les Rats. Ross (1) vient, en effet, d'observer à Port-Saïd que cette opération entraînait la disparition des Rongeurs et de la peste qu'ils convoient (2).

Des expériences faites en septembre 1907, à bord de Vlméréthie, m'ont prouvé que l'emploi de ce procédé était capable de donner sur les navives des résultats aussi satisfaisants ^qu'à terre (3) .

Expérience i. — Une des cales de Vlméréthie, la cale 1, était entièrement dévastée par les Rats. Les cocons de soie embarqués au Caucase et sur la côte d'Anatolie étaient d'habitude la proie de ces Rongeurs. L'afiluence de ces derniers était due, suivant toute probabilité, à la présence d'eau douce provenant des fuites de la glacière placée dans le voisinage de la cale 1. A bord des navires, en effet, les Rats ont une prédilection particulière pour les endroits où ils trouvent de l'eau douce en abondance. Je conseillai au capitaine, M. Boulie, de pétroliser cette nappe d'eau, quon ne pouvait ni assécher ni empêcher de se produire. Cette opération fut pratiquée avec grand soin par le chef mécanicien. A l'arrivée à Mar-

(1) H.Measures against Mosquitoesin Port Sald and their results Journal of trop. med. and hyg., V, p. 99. i907.

(2) Dans le quartier européen de Port-Saïd, où l'on a effectué la pétrolisation des eaux, les Rats ont complètement disparu. En 1906, il n*y a pas eu un seul cas de peste dans ce quartier. Dans le quartier indigène, où la pétrolisaUon n'a pas été faite, il n'y a pas eu de diminution de cette maladie- Ces faits m'ont été confirmés tout dernièrement par le D' Pressât, médecin de la Compagnie du Canal de Suez.

(3) H. Mandodl, a propos de la dératisaUon à bord des navires. BulL de l*ÀS80C. fédérative des capitaines au long cours et officiers de la marine marchande, Marseille, p. 219, 1907.

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seille, c'est-à-dire quinze jours après la pétrolisation, on constata, au cours du déchargement, que, contrairement à Tliabitude, pas un cocon de la cale 1 n était endommagé.

Discussion de l'expérience i. — Comment agit le pétrole? Ross pense que les Rats sont tués par Tingestion de ce produit. Il n'a pourtant pas signalé la présence de cadavres au voisinage des eaux pétrolisées et, sur ïlméréthie, il n'en existait pas davantage près de la cale 1. Les recherches faites sur ce corps montrent en outre que sa toxicité est assez faible. Dans les pays d*origine, tels que le sud de la Russie, le pétrole est un remède populaire que les moujiks emploient intus etextra. Dans une observation curieuse, Sabrazès et Cabannes (1) rapportent le cas d'un bateleur a buveur de pétrole )), qui était arrivé, par suite de Tentraînement, à absorber des doses relativement considérables de ce produit. Au cours de certaines exhibitions en public, il en ingérait jusqu'à un litre en vingt minutes. Toutefois, on a observé, qu'en inhalation aussi bien qu'en ingestion, le pétrole pouvait provoquer chez l'Homme et les animaux des troubles nerveux rappelant l'ivresse. Le bateleur en question était comme grisé par le pétrole et avait du vertige, au cours des séances où il abusait de ce liquide.

J'ai cherché à déterminer la sensibilité du Rat pour le pétrole.

Expérience 2. — Le 9 juin 1907, un Rat d'égout (Mus decumanm Pall.) est soumis à l'action des vapeurs de pétrole (100 grammes environ de pétrole du commerce) dans une atmosphère confinée (une cloche communiquant avec l'extérieur par un orifice étroit). Au commencement de l'expérience, l'animal a de la dyspnée; il manifeste ensuite des signes dlnquiétude. Au bout d'une demiheure, il ne se redresse plus avec la même ardeur, quand on l'excite. Je n'ai pas observé les phénomènes nerveux décrits par les auteurs chez THômme et quelques animaux. C'est ainsi que, jusqu'à la fin de l'expérience, d'une durée de 45 minutes, le Rat est capable de se dresser sur ses pattes de derrière, bien que plus mollement qu'au début.

L'animal ayant été mouillé par le pétrole, se lèche, afin de débarrasser son museau et son poil de ce produit qui Tincommode. Après l'expérience, il reste abattu et mainge peu.

(1) Sabrazès et Cabannes, cités par L. J. F. Honorât, Contribution à Vétude du pétrole. Thèse de médecine, Bordeaux, 1S98; cf. p. 58.

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Le 12 juin, dans la matinée, c*est-à-dire 72 heures environ après Texpérience, on le trouve mort, raidi sous sa cage, le poil hérissé. A Tautopsie, les viscères, foie, rate, cœur, poumons, reins, intestin gréle, sont fortement congestionnés. L'ouverture de l'intestin laisse exhaler une forte odeur de pétrole, A la surface de Teau où est plongé l'intestin, on voit surnager de ce liquide.

Expérience 3. — Un autre Rat est mis le 10 juin au régime pétrolisé. Il se jette tout d'abord avec avidité, suivant son habitude, sur le pain ainsi traité, mais le lâche aussitôt. Il accepte par contre la viande trempée dans du pétrole. Il meurt (1), au bout de quatre jours de ce régime, après avoir présenté seulement des signes d'excitation.

Résultat des expériences. — Ces expériences montrent que :

1"* En inhalation, le pétrole ne présente pas une grande toxicité vis-à-vis des Rats. Son action n'est nullement comparable, par exemple, à celle de la benzine chimiquement pure, qui les tue en trois minutes.comme l'a observé Sabrazès.

A cet égard, l'essence minérale et le pétrole brut (qui renferme de l'essence) seraient beaucoup plus actifs, comme on Ta constaté sur l'Homme dans les raffineries de pétrole où je suis allé me documenter.

2o En injection, l'action du pétrole, pour être efficace, exige l'absorption de doses relativement élevées.

3^ Les Rats ne touchent pas spontanément aux aliments pétrolisés qu'on leur offre, ils ne les prennent que s'ils y sont poussés par la faim ou par la gourmandise. La répulsion qu'ils manifestent à l'égard du pétrole les met vraisemblablement à l'abri des effets de ce toxique.

Enquête dans les raffineries de pétrole. — Il était intéressant de savoir comment se comportaient les Rats dans les raffineries de pétrole et sur les bateaux qui transportent ce produit. Je me suis livré à cet effet à une enquête dans les usines de Bordeaux.

Les établissemeatsde la maison Desmarais frères, placés à Labastide, comprennent un dépôt renfermant des fûts de pétrole et une écurie située à quelque distance. Les Rats très abondants dans la région, se retrouvent en grand nombre dans l'écurie; on en voit

(1) L'autopsie n'a pu être praUquée à temps; le cadavre était putréfié: Je n'ai pu retrouver dans l'intestin des traces de pétrole, comme dans le cas précédent.

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plus rarement dans le dépôt. Le plancher de ce dépôt est imbibe de pétrole, mais dégage une odeur peu pénétrante.

Dans Tusine de la maison « Les fils de A. Deutsch », également située à Labastide, les Rats sont abondants. Ils sont surtout attirés par les fûts vides, enduits intérieurement de colle qui empêche le pétrole d'imbiber les parois. Ces fûts perdent très rapidement rôdeur de ce produit. La plupart de ceux que le directeur de rétablissement a bien voulu me laisser examiner avaient simplement rôdeur de colle. Le surveillant du dépôt aurait remarqué que les Rats ne touchent qu'aux balais neufs et laissent ceux qui sont usagés, c'est-à-dire plus ou moins enduits de pétrole.

A la raffinerie a Fenaille et Despeaux » de Règles, le directeur, M. Rousseau, ma assuré qu'il n'y avait pas de Rats. Mais à côté de cet établissement se trouvent des fabri(|ues d'oléo-margarine qui sont le rendez-vous de ces Rongeurs. Dans les maisons voisines, les Rats ne sont pas non plus très abondants ; cependant , chez M. Rousseau, les Poussins et les jeunes Poulets sont parfois la proie de ces animaux.

Enquête sur les pétroliers, — A bord des navires qui apportent le pétrole destiné aux raffineries bordelaises, il n'existe pasdeRats, Ces « pétroliers », complètement en fer et mus par la vapeur, ont les cales remplies de pétrole. Le pont est réservé à l'équipage, composé environ d'une trentaine d'hommes. L'absence de marchandises ne parait pas suffisante pour expliquer cette abstention des Rats. Les provisions destinées] à Téquipage offrent des ressources capables d'attirer ces derniers. Les anciens pétroliers à voiles et en bois, pas plus que les pétroliers à vapeur actuels, ne possédaient de Rats. Et Ton sait pourtant combien nombreux sont ces animaux à bord des autres navires.

Discussion générale et conclusion, — Que conclure de ces faits? Un premier point se dégage nettement : les Rats ont une aversion particulière pour le pétrole; ils sont incommodés (1) par ce produit, toxique à doses élevées. La présence de ce corps paraît avoir pour effet de les éloigner plutôt que de les empoisonner, l'aversion qu'il leur inspire les mettant vraisemblablement à Tabri de son action

(1) C'est ainsi que le Rat de l'expérience 1, replacé dans sa cage, encore souillé de pétrole, s'attira la colère de son congénère qui chercha à le mordre à travers les barreaux qui les séparaient, alors qu'ils vivaient en bons termes auparavant.

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Les Rats sont en outre doués d'un merveilleux instinct, qui les met en garde contre le danger et les pousse à fuir les lieux où ils sont décimés, comme on Ta observé en particulier lors des épidémies de peste.

Ainsi à Bordeaux, le professeur Ferré, chai^gé en 1902 dedétruire les Rats des docks, avait fait placer en divers endroits des boulettes d'axonge et d'extrait de scille pour les empoisonner. Or, ceux-ci disparurent et Ton ne trouva qu'un petit nombre de cadavres. L'influence qu'exercent les Chats et autres adversaires des Rats sur la disparition de ces derniers est encore un fait bien connu. L'histoire (1) de ce missionnaire protestant, resté seul avec sa famille dans une localité dont les habitants avaient fui devant la peste et préservé de la maladie, lui et les siens, grâce aux Chats qui s'étaient réfugiés dans sa maison, en fournit une nouvelle preuve des plus convaincantes.

Si l'on tient compte de Tattraction particulière que Teau exerce sur les Rats, ainsi que des mœurs de ces Rongeurs, qui se comportent souvent, en particulier le Rat d'égout (Mm decumanus), comme de véritables animaux aquatiques, nageant et plongeant avec la plus grande facilité, soit pour donner la chasse aux Poissons soit pour éviter un danger, n'hésitant pas même à traverser les cours d'eau les plus larges, on s'explique aisément l'effet que doit avoir sur ces animaux la pétrolisation des eaux qu'ils hantent. Les émanations sinon délétères, tout au moins incommodantes qu'elles dégagent, peut être aussi l'agglutination des poils par le pétrole, nécessitant des léchages répétés, auront pour résultat de les éloigner, de les faire fuir devant le danger nouveau qui les menace. L'action insecticide du pétrole doit influer du reste sur la morbidité pesteuse en débarrassant les Rats de leurs parasites.

Quoi qu'il en soit, la pétrolisation, dont l'efficacité a été éprouvée aussi bien à terre que sur les navires, apparaît comme une arme nouvelle contre les Rats et les germes infectieux qu'ils convoient.

(1) A. BuGHANAN, Indian Public Health Municipal Journal, 1907. Analysé dam Jowmal of trop nied, and hygiène, p. 23, 19Û6.

SUL PÂRASSITA DEL 6IALLUME DEL BOMBYX MORf

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