V. — Évolution des tondantes trichophytiques
A Début. — Les lésions pilaires de toutes les tondantes débutent par une lésion primaire épidermique très ressemblante aux efflorescences rouges, rondes et un peu saillantes de Térythème noueux. Et c'est sur la surface de ces cercles rouges que certains cheveux, non pas tous, sont envahis par le parasite et deviendront fragiles après quelques jours (1).
Pour sassurer qu'on a bien reconnu tous les points d'attaque d'une trichophytie tondante à ses débuts, il est recommandable de faire sur le cuir chevelu entier du petit malade une friction avec une teinture d'iode diluée d'alcool pur au 1/5. La couleur plus
(1) a Le début parait extrêmement bref parce que le cercle trichopby tique qui précède l'envabissement parasitaire du cbeveu est peu marqué et fugace. Entre sa disparition spontanée et la déglabration subite de la plaque, il s'écoule on laps de temps de douze à quinze Jours environ. Le plus souvent, tout ce premier stade de la maladie, le plus important, puisque c'est la période où la tbérapeuUque pourrait être acUve, passe complètement inaperçu et le premier symptôme dont on s'avise est la déglabration de la plaque malade. » — Les tridiophyties humaines, p. 172.
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accusée au niveau des cercles les révèle souvent lorsque Tœilsans cet artifice ne pouvait pas les voir (1).
D'après ce que nous montrera Tétude microscopique du cheveu au début de son envahissement par le parasite, il semble probable qu'une petite lésion épidermique doit précéder la lésion pilaire lors même qu'un seul cheveu sera envahi, ce qui n'est pas rare.
Les lésions trichophytiques de l'épiderme au cuir chevelu sont très éphémères, on les voit rarement. Au contraire les lésions pilaires sont essentiellement chroniques. Une fois constituées, elles persistent sur place, quasi indéfiniment, sans régression ni progression. On trouve, en un point donné, cinq cheveux trichophytiques; on les y retrouvera l'an prochain, et ce seront les mêmes cheveux. Une fois passée la phase d'invasion, le parasite semble avoir épuisé son pouvoir de contagion locale. Il est très rare de voir, quoique je l'aie vu, une tondante è demi guérie reprendre une nouvelle activité et créer dix à cinquante plaques nouvelles. C'est dans ce cas qu'on peut suivre l'évolution de la lésion au début et sa naissance par des cercles d'érythème trichophytique de 5 à 10 ^'^ de diamètre, identiques aux taches de l'érythème noueux.
En général, lorsque la tondante est constituée et les lésions épidermiques disparues de la surface de la peau, le parasite continue d'occuper les cheveux envahis sans paraître en envahir d'autres (2).
B. — Contagion, épidémicité. — Néanmoins cette tondante à lésions devenues torpides peut, sans aucun doute, devenir l'origine d'une épidémie. En changeant de substratum, le parasite semble renouveler et augmenter son pouvoir contagieux. Dans une épidé-
(1) Voir à ce sujet la note 1 de la page 169, Cf. Les trichophyties humâmes (1894), où ce procédé est indiqué.
J. SoBBL (Dermatomycoses In their relation toAUen's iodin ietï. Journal of the American médical Association, iJi mars 1902, p. 690), attribue ce procédé à Allen qui se servait du réactif de Lugol :
Eau distillée 100
lodure de potassium 10
Iode métallique 5
J'ignore k quelle, date Allen a publié celte technique.
(2) La lésion épidermique squamo-croûteuse qui recouvre les lésions disséminées des tondantes trichophytiques du cuir chevelu et les décèle, n'est pas par elle-même une lésion parasitaire mais une lésion d'irritation de voisinage ; l'étude anatomo* pathologique en fait la preuve.
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mie, les cas nouveaux croissent en gravité comme en nombre. Les tondantes trichophy tiques peuvent devenir alors aussi contagieuses que la coqueluche ou la rougeole. C'est lorsqu'on n'a pas été témoin de semblables épidémies qu'on peut croire les teignes tondantes des maladies bénignes de contagion rare. Une épidémie dans une maison scolaire laisse invariablement après elle une endémie encore plus durable qu'elle. Il y a des maisons d'éducation qui offrent des cas de teigne tondante depuis qu'elles sont fondées. Tous les dix ans, une épidémie grave survient. Dans leur intervalle, des cas sporadiques demeurent, et de l'endémie permanente une nouvelle épidémie nailra.
Les tondantes sont des maladies infantiles, mais leur âge est l'âge de l'école; elles sont rares chez le nourrisson (1) et rares après quinze ans, sauf comme reliquat d'une contagion de plusieurs années. Cependant j'en ai observé à 18 ans, à 22 ans et même un cas parfaitement caractérisé (Trichophyton cratériforme) chez une femme de 65 ans qui avait contracté sa tondante de sa petite fille. Ce sont là des exceptions fort rares et qui n'infirment nullement la règle qui veut que les tondantes soient des maladies cliniquement limitées à la seconde enfance (2).
Le sexe parait sans influence sur le développement de ces maladies; cependant, à Paris, les garçons présentent plus souvent la ton-
(1) Ebstein, de Prague, a vu plusieurs fois la trlchophytie chez les nouveau-nés. La contaminaUon avait dû se produire aussitôt après la naissance, mais l'origine de la maladie est souvent demeurée inconnue. Douze jours après sa naissance, un enfant assisté présentait au pli naso-labial une lésion circinée de contour net qui se développa pendant que des lésions analogues se produisaient au visage et au cuir chevelu. L'examen microscopique et la culture furent probants. L'espèce trichophyUque ne fut pas diilérenciée. ~~ S. Toch, Ueber Herpès tonsurans bel Neugeborenen. Archiv fur Dermatologie und SyphiliSt XXXII, p. 365, 1895.
J*ai observé plusieurs fois la trlchophytie de la peau ou du cuir chevelu chez renfaat du premier âge mais presque toujours elle résultait d'une contagion par le frère ou la sœur plus ftgés. J'ai remarqué que la trichophyUe pilaire du nourrisson guérissait plus vite que chez l'enfant plus âgé. Sa durée dépasse rarement une année, même en l'absence de tout traitement.
(2) C. Peluzari a observé pendant trois mois une femme de quarante-quatre ans atteinte de trlchophytie du cuir chevelu : trlchophytie par Ilots disséminés formant indéfiniment des plaques rondes, étendues, régulières. •— G. PeluzABi,... Ricerche sul Trichophyton tonsurans, Giornale ttaltano délie malatiie vener. e délia pelle, mars-ISSS. — Aldersmitb a montré à la Dermatological Society of London (8 déc. 18J7) un cas de teigne tondante chez un Homme de vingt-trois ans qui l'avait contracté de son frère. Le type objectif était banal; le type microscopique était celui des Trichophylons ordinaires endothrix à mycélium résistant.
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dante microsporique et les filles la tondante trichophytique. Ce fait que j'avais observé dès 1894 reste vrai en 1907.
W. Dubreuilh semble avoir iait la même remarque à Bordeaux en 1891 (1) et Lefebvre Ta faite plus expressément à Bruxelles en 1903 (2). Ce dernier n*aurait même jamais observé de tondante trichophytique chez les garçons.
Les mœurs des tondantes, leur contagion en font le type des maladies familiales. 11 est rare dans une famille de plusieurs enfants de n'en trouver qu*un seul qui soit atteint, il est beaucoup plus fréquent de les trouver tous teigneux.
C. —- Marche, durée, terminaison, — L'évolution spontanée de toutes nos tondantes banales se compte par années, quelle que soit leur nature microsporique ou trichophytique. Les deux tondantes trichophy tiques ne se distinguent pas sous ce rapport de la tondante microsporique, et c'est à tort qu'au début de mes études sur ce sujet j'ai pu croire la tondante microsporique plus rebelle.
Les tondantes trichophytiques de culture acuminée ou de culture cratériforme finissent toujours par guérir toutes seules, lorsque le sujet atteint 13, 14, 15 ou 16 ans, plus rarement 18 ou 20 ans. On en voit qui guérissent plus tut.
Lorsqu'un cas marche vers la guérison spontanée, le poil se détache aisément à l'épilation et vient entier. Ce cheveu peut dès lors être considéré comme guéri.
Souvent un cheveu qui guérit montre son orifice pilaire marqué d'un point rouge, à peine perceptible, signalant une réaction inflammatoire légère. C'est sans doute à la faveur de cette réaction que le cheveu se détache de la papille, comme il arrive au cours des folliculites. Ce processus, dans les tondantes dont je parle, est peu visible: il existe néanmoins, car un certain nombre des cheveux trichophytiques ne sont dans la suite jamais remplacés. C'est un axiome dermatologique (et une erreur) dédire que les tondantes
(1) w. Dubreuilh, De quelques formes rares de la trichophy Ue du cuir chevelu. Annales de ta policlinique de Bordeaux, 1891, n« 5, p. 279. L'auteur décrit sur un cuir chevelu de fillette des Ilots pityriasiques disséminés, dans les squames desquels on trouve un tronçon de cheveu enroulé qui se casse, s'enlève avec la squame et est infiltré de spores. Des chevaux semblables s'observent isolément ou par groupes de trois ou quatre. Dubreuilh n'a jamais rencontré cette trichophy tie que chez les filles, jamais chez les garçons. Il croyait que le sexe jouait un rOle dans la forme de la maladie.
(2) A.LirEBVRB, Annales de dermat., de syph, et d'uroL de l'hôpital S*-Pierre de Bruxelles, 1904, nM, p. 84.
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guérissent par restitutio ad integrum. Beaucoup des cheveux trichophytiques d'une plaque, lorsqu'ils sont éliminés, sont remplacés par une cicatrice. Et il est tout à fait rare, même en l'absence de toute thérapeutique destructive, qu'on ne puisse, sur une tête guérie, retrouver la cicatrice arrondie, signalant une plaque de tondante trichophy tique ancienne. Beaucoup de cheveux sains persistent à sa surface, mais beaucoup de cheveux manquent définitivement.