II. — Recherches personnelles sur la Douve de Chine
Pour la commodité de Télude, les échantillons que nous possédions ont été éclaircis par un séjour prolongé dans la glycérine acétique; un certain nombre d'entre eux ont été colorés au picro-carmin de Ranvier. Afin d'obtenir une transparence plus parfaite, et dans le but de rendre plus évidents certains détails anatomiques« quelques-uns ont été déshydratés par Talcool absolu, traités par le salicylate de méthyle, et montés au baume de Canada : toutefois, comme cette technique amenait chez les échantillons une contraction sensible, et de près de un dixième de la taille, nous avons dû en tenir compte dans nos mensurations.
La transparence obtenue dans ce dernier cas nous a particulièrement servi pour obtçnir des microphotographies de nos préparations; la figure 1 reproduit Tune d'elles.
L'examen de cette figure ne laisse aucun doute sur la détermination des parasites, car on y retrouve tous les caractères attri-
p. VERDUN ET L. BRUYANT
lin
bues, depuis les premiers observateurs, à la Douve de Chine. La forme ramifiée des testicules et leur situation vers la partie postérieure du corps est tout à fait caractéristique et a servi à Looss pour justifier la création d'un nouveau genre, le genre Clonorchis, C'est donc à ce genre que nous rattacherons les spécimens dont nous allons maintenant étudier les caractères spécifiques.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, les échantillons que nous devons à l'obligeance du D"" Séguin constituent deux lots. Le premier, de beaucoup le plus important, est celui qui nous retiendra le plus longtemps. 11 provient du foie d'un Annamite mort de pleuro-pneumonie à l'hôpital d'Hanoï et comprend plusieurs centaines de Distomes : encore ne représente-t-il que le cinquième environ du nombre des parasites recueillis. En examinant ce lot, formé de Douves de Chine, notre attention fut attirée par un petit nombre d'individus de taille beaucoup moins grande. Au moyen d'un faible grossissement, nous reconnûmes, à notre surprise, qu'ils appartenaient à l'espèce Opisthorchis felineus, non encore signalée, chez l'Homme, au Tonkin. Ce fait et l'association parasitaire qui en est la conséquence, ont été l'objet d'une note qui ^èL a été présentée par nous à la Société de biolo-
^ gie(l).
Le deuxième lot ne renferme que quelques spécimens ayant des provenances diverses. Ce sont les individus du premier lot qui vont nous permettre d'exposer très minutieusement les variations des caractères spécifiques.
A . — Étude du premier lot.
Dimensions. — Les mensurations que nous avons effectuées avec le plus de précision possible, sous le microscope, à l'aide d'une platine mobile munie d'un vernier, nous ont montré que le plus
(1) p. Verdun et L. Bruyant, Existence de la Douve du Chat {Opisthorchia felineus Riv.) au Tonkin. Son association, chez l'Uommc. avec la Douve de Chine (Clonorchis sinensis Cobb). C. R. Soc. de biol., LXII, p. 704.
Fig. 1. — Clonorchis endemicus. x 8.
SUll LA DUALITE SPECIFIQUE DE LA DOUVE DE CHINE
grand nombre des Douves examinées mesurait une longueur infé rieure à 13 millim., mais qu'une certaine quantité dépassait très nettement cette dimension. Si nous faisons ici intervenir ce chiffre de 13 millim., c'est parce que Looss le donne comme limite supérieure de la taille de son CL endemicus et comme limite inférieure de celle de son CL sinensis. En conséquence, dans les descriptions qui vont suivre, nous donnerons, sans rien préjuger, le nom de grandes formes à toutes les Douves qui dépassent 13 millim., et le nom de petites formes à toutes celles qui restent en dessous de ce chiffre.
Ceci posé, voici, dans un tableau, quelques-unes des dimensions que nous avons relevées sur dix échantillons de grandes formes, pris au hasard.
GRANDES FORMES
DÉPASSANT 13 ■■ ET POSSÉDANT, PAR SUITE, LES DIMENSIONS LONGITUDINALES DU CL sintnStS DE LOOSS
SPÉCIMENS
LONGUEUR
LARGEUR
Moyennes
Voici, d'autre part, des mensurations faites sur un nombre égal de petites formes.
IIO
p. VEKDUN ET L. BRUYANT
PETITES FORMES CORRESPONDANT AU CL endemicus de looss
SPÉCIMENS
LONOUEUR
LARGSUR
Moyennes
ll.l
Pigmentation. — Au microscope, on peut reconnaître, dans le parenchyme, l'existence de granulations noirAtres. Lorsque cellesci sont abondantes, les échantillons prennent une teinte plus ou moins foncée; mais chez les individus où elles sont rares, la couleur reste claire et blanche, il ne paraît y avoir aucune relation entre la taille d'un individu et sa coloration. C'est ainsi qu'il existe, dans le même lot, de grandes et de petites formes, les unes blanches, les autres pigmentées et par suite opaques et brunes. Par exemple des spécimens pigmentés mesurent respectivement, 14 ™"» sur 3; 10™™ sur 2,3,; 11™"» 9 sur 3; 8™™ ti sur 2,4; lo™™4 sur 2,2; j3™™6 sur 2,7. De même, des formes blanches nous fournissent les mensurations suivantes : 13™™3sur 2,6; 10™™1 sur 2,7; H™™sur 2,7; I5™™3sur2,8; ll™™6sur 2,8; 14'""' sur 2,5.
Ventouses. — Les ventouses sont inégales ; la ventouse orale est plus grande que la ventrale. Pour établir des moyennes assez pré cises, les mensurations ont porté sur vingt échantillons, dix de grande taille et dix de petite. Voici, à côté des dimensions respectives des individus de chaque variété, les diamètres en \f. de leur ventouse orale et de leur ventouse ventrale.
GRANDES FORMES