CALCIFICATION DU GERME DENTAIRE
Nous venons de résumer aussi brièvement que possible ' l'origine et les premiers développements des germes des dents. Il nous faut maintenant étudier l'activité fonctionnelle des formations précédentes, et faire voir comment la dent se constitue et s'édifie ; en un mot, suivre pas à pas son 'évolution, sa progression aussi bien que sa décadence. Nous ren- ■ trouB ainsi directement dans la sphère de nos recherches personnelles.
La calcification du germe dentaire comprend : 1" la formation de l'ivoire ; 2° la formation de l'émail ; 3° la formation du cément, autrement dit — elle comprend l'étude de la fonction des organes de l'ivoire, de l'émail et du cément.
Formation de l'ivoire. — C'est par l'ivoire que débute la calcification. Les agents actifs de cette formation, ce sont les odontoblasles que nous avons signalés à la surface du bulbe. C'est également la forme de ce dernier qui détermine rigoureusement la forme de la dent. La forme de la dent lui est donnée par le bulbe, conique pour les canines, légèrement trifolié pour les incisives, bicuspidé pour les prémolaires, Iricuspidé ou davantage pour les molaires.
L'ivoire se forme à la surface du bulbe ou papille dentaire, de telle façon que les couches d'ivoire nouvellement forméei»
loyGoot^Ic
viennent s'ajouter à l'intérieur du chapeau de dentine précédemment formé.
Sa première formation s'aperçoit sous la forme d'un petit chapeau, cornet ou cône grisâtre (cornet d'ivoire revêtu de son capuchon d'émail) qui grandit peu à peu et envahit ainsi finalement toute la surface du bulbe. Simple pour les dents unicuspidées , ce cornet s'étend en suivant invariablement dans son accroissement la surface du bulbe sous-jacent. Multiples pour les dents à plusieurs tubercules, ces chapeaux denlinaires finissent par se réunir pour donner lieu au plateau coronal, La couronne primitive des molaires est donc constituée par la soudure des divers chapeaux, dentinaires primitifs.
Les mamelons du bulbe se recouvrent donc du cornet d'ivoire. Celui-ci grandit, s'épaissit et entoure le bulbe qui subit un retrait progressif au fur et à mesure de l'augmentation en épaisseur du chapeau dentinaire d'abord, de la couronne dentaire ensuite. La dentine enferme ainsi le bulbe dans une cavité qui se rétrécit graduellement et devient la cavité dentaire; le bulbe s'allonge en raison du développement de la racioBj se bifurque ou se trifurque dans les dents à racines multiples, et passe enfin à la condition de pulpe dentaire, enfermé désormais dans la cavité de la couronne et ses prolongements radiculaires.
Quel est le mécanisme de la formation de l'ivoire? Quelle part prend dans ce phénomène k muraille de cellules odontoblastiques ?
Une théorie ancienne , soutenue par KoUiker , Lent , Hertz, etc., admet que l'ivoire est un produit de sécrétion, soit des cellules odontoblastiques, soit du bulbe dentaire luimême. Waldeyer, Frey, BoU, Lionel Beale, Ch. Tomes estiment que c'est là un produit de transformation directe des odontoblastes ; Legros et Magitot enfin, donnent l'ivoire comme un produit d'élaboration des cellules de la dentine, produit élaboré qui se dépose autour de k queue, simple ou ramifiée, des odontoblastes, qui, eux, persistent indéfiniment à toutes les périodes de la vie, tant qu'il y a de la pulpe vivante au centre d'une dent, pour continuer leur fonction : faire da l'ivoire.
Le phénomène commence par le dépôt d'une substance molle , élastique et amorphe. Dès que cette couche (chapeau d'ivoire à l'état de mince lamelle encore) a atteint une cerlaine épaisseur, des corps globulaires commencent à se montrer dans son épaisseur.
Ces globules réfringents et ovalaires, dits grains dentinaires, se réunissent ensuite pour Constituer l'ivoire achevée, en suivant le processus indiqué par Raynie et Harting. Il peut arriver que dans certains endroits, ces grains se soudent incomplètement, d'où la présence d'espaces intergiohulaires de Czermak sur l'ivoire adulte. Ce dernier état n'indique qu'un arrêt de développement localisé.
Ainsi se forme la couronne et la racine, recouvrant le bulbe dentaire d'une coque d'ivoire dont l'incessant accroissement en largeur et en épaisseur, rétrécit d'autant et d'une fagon progressive le volume du bulbe." Celui-ci arrive de la sorte peu à peu à se trouver enfermé dans une cavité close, la cavité dentaire ou cavité de la pulpe. La queue de l'odontoplasle, axe de développement de la dentine, persiste à l'intérieur de l'ivoire d'une façon permanente et indéfinie. C'est là la Êbre dentinaire de Tomes. Cette fibrille plus ou moins ramifiée remplit exactement son canalicule de dentine, d'où les tubes ou gaines de Neumann admises par Beale, Tomes et autres n'existeraient pas (Legros et Magitot).
On comprend dès lors que l'ivoire soit canalicule chez l'adulte. Il est, en effet, composé d'une substance fondamentale homogène organo-calcaire ou finement grenue, creusée d'une infinité de canalicules anastomosées dont le diamètre ne dépasse pas 5[i, exactement rempHs par les fibrilles dentinaires de Tomes, qui ne sont, répétons-le, que les queues bifurquées et anastomosées des cellules de l'ivoire (odontoblastes), cellules qui recouvrent, on le sait, toute la surface du bulbe audessous du tissu dentinaire (ivoire) enfouies au sein d'une lame amorphe, la çvéXGnàne membrane pré formalive.
Comme ces cellules reçoivent des nerfs par l'inlermédiaire du suhslratum des odontoblastes (Magitot), on s'explique dès lors la sensibilité de la dentine.
A la périphérie de la couroime, le réseau flbrillaire de
L'oDONTOaÉHtE . &3
l'ivoire pénètre jusque dans Isa vacuoles propres de l'émad. Cette disposition, mise en doute par Hertz et Waldeyer, a été démontrée par Ch. Tomes, en particulier chez les Marsupiaux .
Le travail des cellules de l'ivoire se fait, avons-nous dit, par étages ou strates. La présence des lignes de contour de R. Owen, si flexueuses sur les dents des Labyrinlhodontes, est la démonstration de ce processus. Ces lignes sont le résultat des ondulations des libres dentinaires de Ch. Tomes (Magitot, Ch. Tomes).
Formation de l'émail. — L'émail apparaît simultanément avec la formation de la première couche de dentine à la surface externe ou convexe du chapeau dentinaire. Pour les uns (Ch. Tomes), il est le résultat de la transformation directe des cellules de l'organe de l'émail (cellules de la membrane adamantine) en prismes de l'émail; pour les autres (Kôlliker, Huxley, Wenzel, Legros et Magitot), l'émail est un produit d'élaboration ou d'exsudation des cellules épithéliales prismatiques, dites de l'émail (adamantoblastes), dont chacune produit un prisme de forme identique à elle-même.
J. Renaut considère l'émail comme un produit de la vitrée basale des cellules de l'émail. C'est au sein de cette lame vitrée que se développent les primes de l'émail. Les cellules de l'émail comme les cellules de l'ivoire persistent à la formation de ces produits, donc elles ne se transforment pas.
Quant à la cuticule de l'émail, les uns admettent qu'elle est la conséquence de la soudure, à la périphérie, des plateaux des cellules de l'émail (prismes hexagonaux de l'émail) ; d'autres la considèrent comme une couche nidimentaire de véritable cément (Owen, Tomes, Legros et Magitot) ; certains auteurs enfin (Rashkow, Kôlliker, Henlé, etc.) l'ont considérée, à tort croyons-nous, comme le dernier vestige de la membrane préformative des cellules de l'émail.
Quand l'émail est formé, on ne trouve plus trace de la membrane adamantine. Chaque adamantoblaste s'est allongé et a produit un prisme de l'émail : il a disparu ensuite, à l'instar de ces insectes qui n'ont point sitôt pondu leur œuf qu'ils entrent dans l'éternel sommeil et s'évanouissent.
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L'organe de l'émail est donc un organe transitoire. 11 ne persiste toute la vie que sur les incisives des animaux (Rongeurs) qui croissent d'une façon continue {Gh. Hobin, Magitot).
Formation du cément. — ■ Le cément radiculaire naît à la face profonde de la paroi du sac dentaire (futur périoste alvéolo-den taire) et aux dépens d'une couche d'ostéoblastes. Au contraire, le cément coronaire des Herbivores, des Solipèdes et des Pachydermes s'ossifie aux dépens d'un cartilage préexistant.
Mais dans les deux cas, et que l'on admette ou n'admette point la présence d'un organe spécial du cément, on ne peut que répéter que le cément se développe exactement comme le tissu osseux.
De même que pour celui-ci, l'ossification du cartilage qui donnera le cément coronaire dos Herbivores présente doux phases successives : i" une phase préparatoire dans laquelle le cartilage se calcifié et devient tissu ostéoïde; 2° une phase définitive caractérisée par l'apparition des ostéohlastes et la formation de la vraie substance osseuse.
Dans la première phase, la substance fondamentale du cartilage s'incruste de sels calcaires, en même temps que les cellules du cartilage se segmentent et prolifèrent.
Dans la seconde phase, les cellules cartilagineuses continuent à se multiplier, mais les capsules cartilagineuses qui les renferment, primitives ou secondaires, se dissolvent, et la substance interstitielle calcifiée disparait en partie par résorption, laissant des cavités anfractueuses, des travées (espaces médullaires), tapissées de ces cellules (tissu médullaire jeune).
Ce sont les cellules cartilagineuses qui, par leurs métamorphoses successives, deviendront ostéoblastes, puis ostéoplastes ou cellules des os; ce sont elles qui élaborent la substance osseuse fondamentale.
Lorsque le cément, comme l'os, prend naissance dans le tissu conjonclif, le processus est le même; ce sont alors les cellules du tissu conjonclif qui jouent le rôle des cellules car-
lilagineuses, passant successivement au rang de cellules médullaires, ostéoblastes, ostéoplastes, en même temps qu'elles fournissant par leur activité les matériaux de la substance foadamentale que leur apportent les vaisseaux sanguins.
Lee fibres dû Sharpey elles-mêmes, qu'on peut observer dans le cément comme dans l'os, ne sont autres que des fibres, ou plutôt des faisceaux de fibres lamineuses non modifiées, incrustées de eele calcaires et s'enfonçant perpendiculairement dans le cément, comme dans l'os.
Tablesa de l'origine et de l'époque d'apparition des formationa dentaires '.
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