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III. — Conditions de T expérience. Précautions nécessaires

L'attaque de la fibrine peut être le fait de trois agents : les microbes ; les ferments fixés à la fibrine, selon l'opinion commune ; le sel lui-même. Il faut, pour faire la part de ce qui revient au sel, écarter les effets dus à l'intervention des microorganismes et des ferments solubles. C'est là toute la difficulté, et d'ailleurs la seule difficulté de ces expériences *. Déjà elle se présentait avec les solutions salines concentrées : il fallait des précautions spéciales pour éviter la pullulation des bactéries et Tinfluence possible des ferments solubles, puisque les conditions de l'opération elle-même sont favorables à leur intervention, à savoir ; emploi de la fibrine fraîche,

' A. Dastre, La digestion saline de la fibrine {Arch. de phyaioL^ 1894, p. 464 el 919).

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action prolongée plusieurs jours — température de 40*». — Mais il y avait pourtant une condition favorable à Fexclusion de ces deux agents perturbateurs, c'est la concentration du milieu salin. Les solutions de sels neutres à 15 et 20 0/0, je Fai démontré avec d'autres observateurs, suppriment l'activité des ferments solubles, par exemple des ferments protéolytiques qui pourraient entrer ici en jeu, tels que la pepsine. D*un autre côté on les regarde comme aseptiques, c'est-à-dire impropres au développement des microbes. Ce n'est là qu'une vérité toute relative, ainsi que j'ai eu également l'occasion de le prouver * ; l'action préservatrice n'est pas assurée, elle n'est que facilitée.

Avec les solutions salines faibles, cette ressource même fait défaut. Elles ne nuisent pas à l'action des ferments solubles ; et pour ce qui est des microorganismes quelques-unes d'entre elles (chlorure alcalin) en favorisent à un haut degré le développement. Un redoublement de précautions est donc nécessaire ; et nécessaire aussi dans chaque cas la vérification que ces précautions ont été efficaces.

La meilleure précaution serait de recueillir la fibrine et de la laver à l'abri des microorganismes. J'ai imaginé un instrument qui réalise cette condition. Le sang arrive directement du vaisseau dans l'appareil stérilisé, il y est défibriné, séparé du sérum et des globules, lavé; et toutes ces opérations sont exécutées à l'abri des organismes de l'air et de l'eau. A défaut de cette organisation, on recueille la fibrine du cheval ou du porc dans les meilleures conditions possibles de soin et de propreté. On la conserve aseptiquement dans de l'eau distillée additionnée de la liqueur de thymol, ou mieux d'une quantité minima d'essence de moutarde (six gouttes par litre), et on la fait agir en présence des mêmes agents préservateurs sur la solution saline purgée elle-même par l'ébuUition préalable.

C'est avec ces moyens qu'ont été exécutées les expériences qui font l'objet de ce mémoire.

IV. — Vérification dans cîmque cas de l'efficacité des précautions prises contre T intervention des microbes.

On arrive ainsi à écarter les microbes, dans la plupart des cas ; d'autres fois les efforts dirigés contre eux restent impuissants parce qu'ils n'ont pu être absolument rigoureux. Il suffit d'un nombre initial infime de microorganismes pour amener une pullulation abondante, puisque toutes les circonstances conspirent à en favoriser le

* A. Dastre, Observations sur les moyens employés contre la putréfaction des milieux organiques (C. R, de la Soc. de biol,, 8 décembre 1894, p. 779).

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développement, à savoir la durée prolongée, la température, la constitution du milieu. Cette pullulation d'ailleurs ne se traduit pas toujours par l'odeur caractéristique de la putréfaction. U est remarquable que dans les conditions restrictives créées par remploi de Tantiseptique et par les autres précautions, les microorganismes banals qui se développent ne sont point bromogènes, — au moins pendant la première partie de la durée de T expérience. On n'est donc averti de leur présence ni par le trouble de la liqueur, puisque ce trouble est aussi bien le fait de la destruction de la fibrine — ni par Todeur de la putréfaction.

Il est donc de toute nécessité de vérifier dans chaque cas Tabsence de microbes. Pour cela, nous avons pratiqué chaque fois un examen direct au bleu de méthylène, une culture sur gélatine sensibilisée, une culture sur gélose, et en outre quelquefois une culture en bouillon. Ce n*est que lorsque toutes les épreuves ont donné un résultat négatif que Texpérience est considérée comme valable et qu'elle est retenue. Si Tune des épreuves a été positive, si Ton a trouvé des microorganismes, cela ne veut pas dire qu'ils soient les auteurs des transformations accomplies dans le contenu du flacon : mais le doute seul en serait insupportable. Ces cas sont donc exclus.

V. — Observation et analyse des changements subis par la fibrine.

On constate donc que les fragments de fibrine en suspension dans la liqueur se sont délités et ont été partiellement dissous, par Faction du sel, indépendamment de toute action microbienne. En général, une partie, plus ou moins considérable, échappe à la dissolution et se dépose, à l'état d'une poussière volumineuse, mais légère, au fond du vase. La nature de ce dépôt réfractaire reste à fixer. Mais la plus grande partie de la fibrine a passé dans le liquide. Elle y est à l'état de globulines et de peptones. On filtre cette liqueur et on analyse le filtrat de deux manières, soit par l'action de la chaleur, en observant les circonstances de la coagulation, soit par l'action du sulfate de magnésium à saturation.

En chauffant au thermostat à 57°, on constate un dépôt abondant d'une matière albuminoïde, qui se forme strictement entre 54 et 57**. C'est la ûbro-globuline a, analogue au fibrinogène. Si, après avoir séparé ce dépôt par filtration, on continue à chaufler la liqueur, on aperçoit un nouveau louchissement, vers 75**, et un dépôt nouveau apparaît, mais, cette lois, entre des limites plus étendues de température, de 75 à 90**. C'est la seconde ûbro-globuline p, analogue à la sérumglobuline. Une seconde portion de la liqueur initiale peut être

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traitée par le sulfate de magnésie à saturation. Il se produit un dépôt floconneux abondant ; on filtre, on lave avec la solution saturée de sulfate de magnésium, et Ton soumet le dépôt à la dialyse. On y reconnaît les caractères des globulines et on peut les séparer en redissolvant dans Teau salée faible et chauffant à coagulation.

La liqueur qui reste après la séparation des globulines est formée de propeptones et d'une quantité très faible de peptones vraies. On constate immédiatement qu'elle contient desalbuminoïdes, au moyen du réactif de Millon. Elle ne précipite d'ailleurs pas à Tébullition, même lorsque Ton acidifie légèrement. Elle donne une coloration rose avec le biuret. Enfin, dans beaucoup de cas, on constate, avec une extrême netteté, l'existence des trois réactions protéosiques , ou au moins des deux dernières.

Quant aux proportions de ces trois corps : ûbr(hglobuline a, ûbro-globuUne p, protéoses^ elles varient suivant les proportions des corps en présence et suivant la durée de l'opération. La ûbrchglobuline a est de beaucoup la plus abondante, et si l'opération est prolongée, elle subsiste presque seule, à côté des propeptones.

Cette circonstance seule, parmi beaucoup d'autres, suffit à exclure l'action de la pepsine ou d'aucun autre ferment protéolytique. Celuici, en effet, exercerait très rapidement son action sur la fibro-globuline et c'est, en effet, ce qui paraît se produire dans la digestion gastrique véritable , où la fibro-globuline n'a qu'une existence très éphémère.

VL — Expériences.

Je signalerai seulement quelques expériences , prises comme exemple, parmi beaucoup d'autres.

Exp. I (5 octobre 189 i). — lodare de potassium à 14 0/00.

On met à Tétuve un flacon contenant :

Fibrine crue gO»*" »

lodure de potassium 3 50

Eau 250 »

Solution de thymol 80 gouttes

On relire après six jours. Pas d'odeur autre que celle du thymol. L'examen direct, les cultures sur gélatine et sur gélose ne décèlent pas de microbes.

On prélève 150 centimètres cubes. On filtre. Le filtrat, chauffé à 54», fournit un abondant précipité que l'on recueille sur un filtre (taré à sec S»'). Après dessiccation prolongée à 105<», le poids du filtre est 3»%310, soit 1«',310 de fibro-globuline a, à l'état sec, et pour les 250 centimètres cubes de liqueur, 25',150, ce qui équivaut, à l'état humide, à 12 grammes.

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Le filtrat, chauffé avec précaution, donne un louchissement à Ib^ et un dépôt minime qui se continue jusqu'à 95^ Le poids, à Tétat humide, de ce dépôt est 0v%650.

La liqueur filtrée contient des protéoses , fournissant les réactions caractéristiques. On prélève un échantillon ; on précipite par Talcool fort. La pesée fournit 3»', 10 à Tétat humide.

Un second échantillon, traité par le sulfate d*ammoniaque à chaud, acidifié, puis alcalisé, donne un filtrat où Ton reconnaît la réaction des vraies peptones.

Exp. II (3 août 1894). — Chlorure dammonium à 12 0/00.

Flacon à Tétuye contenant :

Fibrine crue 20»'

Chlorure d*ammonium 3

Eau 250

Thymol 30 gouttes

Après huit jours, on retire le flacon. L'examen, au point de vue des microbes, a été négatif ; pas d'odeur. Le dépôt réfractaire est dense, peu volumineux. L'analyse donne : fibro-globuline a, 9 grammes ; fibi*oglobuline §, 1 gramme ; protéoses et peptones, 4 grammes (environ).

Exp. III.— Chlorure de sodium à 12 0/00.

L'analyse a donné, dans les mêmes conditions : fibro-globuline a, 11«%5; globuline p, 1«',6; protéoses et peptones, 3«',8.

Ajoutons qu'avec le fluorure de sodium à 5 0/00, l'attaque a été faible ; elle a été nulle avec le fluorure d'ammonium à 5 0/00. Avec les fluorures, l'action est d'autant plus énergique que la solution est plus concentrée. Avec le fluorure d'ammonium à 30 0/00, la digestion est presque complète. Avec les chlorures et les iodures, au contraire, la digestion est au moins aussi énergique avec les solutions faibles qu'avec les solutions fortes.

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