II. — Nouvelles expériences
A. — Expériences avec la fibrine.
Pour savoir si les substances albuminoîdes par elles-mêmes transforment l'amidon et le glycogène en sucre réducteur, il faut éviter les microbes et les ferments diastasiques, dont l'existence a été signalée dans les liquides organiques naturels: ce résultat a été obtenu par l'emploi de la fibrine cuite. La chaleur détruit en effet les ferments solubles et les microbes.
Dans toutes mes expériences la fibrine cuite n'a transformé en sucre ni l'amidon ni le glycogène.
Les expériences ont été faites avec des solulions amylosiques stérilisées par la chaleur, ne contenant pas de sucre réducteur, conservées dans des ballons stérilisés. IjCs mélanges de ces solutions d'empois d'amidon et de glycogène avec de la librino cuite étaient maintenus :
Fendant "^ jours à -j- 40**
Pendant 6 jours à -]- iO<»
Pendant 8 jours à -j- "iO*»
Pendant 1 heure à -j- iâO»
Pendant 2 heures à -[- ^20**
Pendant 2 heures à -j- 140<»
1 *endant 2 heures à -f 150*»
* îScHwiKMNG, Avch. dc PHuger^ 1894.
albuminoIdes et amidon. 457
Le filtrat de chaque mélange ne renfermait jamais de substance réduisant la liqueur de Fehling.
A''. B, — Dans le mélange protéo-amylosique il n*y avait pas de substance empêchant la réduction du sel de cuivre, car en ajoutant artifl ciellement un peu d'un sucre réducteur, on obtint toujoure et promptement la réduction de la liqueur de Fehling.
Mais, pourraiiron objecter, la fibrine était cuite, coagulée, c'est-àdire peut-être considérablement modifiée. J'ai cherché à employer la fibrine crue.
Si Ton mélange la solution aqueuse d'amidon ou de glycogène (stérilisée, ne contenant pas de sucre réducteur) avec de la fibrine crue, et si l'on maintient trois jours à 40* le mélange fibrine-amylose dans des ballons préalablement stérilisés, on a trois cas différents à distinguer :
Tantôt le filtrat du mélange ne contient pas de substance réductrice;
Tantôt le filtrat du mélange renferme un peu de sucre réducteur, mais les cultures pratiquées sur gélatine et agai^agar et bouillon sont positives (il y a donc des microbes dans le mélange) ;
Tantôt enfin le filtrat du mélange renferme un peu de sucre réducteur, mais les cultures sont négatives.
Dans le premier cas, il n'y a pas d'amylose saccharifié : la fibrine crue n'a montré aucune propriété saccharifiante.
Dans le deuxième cas, on a constaté dans le mélange la présence de microbes; les microbes, on le sait, peuvent par eux-mêmes saccharifier l'amylose : ces expériences ne permettent de tirer aucune conclusion relative à la propriété saccharifiante de la fibrine.
Dans le troisième cas, on a constaté une saccharification légère de l'amylose en l'absence des microbes : la fibrine crue a présenté une propriété saccharifiante. Mais cette propriété saccharifiante doit-elle être rapportée à la fibrine elle-même ou à quelque impureté fixée par cette fibrine ? On sait que le sang extrait des vaisseaux contient un ferment amylolytique ; on sait que la fibrine crue, comme précipité albuminoïde, possède la propriété de fixer les ferments solubles ; on sait enfin qu'il est extrêmement difficile de débarrasser la fibrine des impuretés diastasiques. On est donc en droit de se demander si la propriété saccharifiante de la fibrine observée dans ces expériences ne doit pas être rattachée à l'existence du ferment amylolytique du sang fixé par la fibrine.
De ces expériences faites avec la fibrine crue on ne peut tirer aucune conclusion : la fibrine crue n'est pas une substance albuminoïde convenablement choisie pour une telle étude.
Une bonne partie des expériences a été faite avec de la fibrine crue, préalablement maintenue pendant une semaine, chaque jour une heure à 53-54<* (stérilisation discontinue). En procédant ainsi, on n^évite pas toujours les microbes, on n'évite de même pas toujours le ferment diastasique du sang. Il n'est pas prouvé, en effet, que le ferment est complètement détruit à 54<* : Paschutin a trouvé notamment que Tactivité du ferment de la salive n*est pas diminuée à 55<^. D'autre part, il s'agissait dans mes expériences, où s'était formé du sucre à l'abri des microbes, de si faibles réductions de la liqueur de Fehling, que la présence de très peu de ferment diastasique très affaibli les expliquerait complètement. Bref, en stérilisant la fibrine crue par la méthode discontinue, on observe tantôt une saccharification des amyloses, tantôt pas de saccharification.
B. — Expériences avec le blanc dœut.
Avantage du blanc d'œuf. — Dans le blanc d'œuf nous avons un mélange naturel des substances protéiques les plus importantes : albumine et globuline. Dans ce mélange, aucun ferment amylolylique n'a été jusqu'ici signalé. Sans doute le blanc d'œuf contient du sucre: c'est là une source de difficultés. Maison peut tourner cette difficulté. On peut se débarrasser du sucre par dialyse. On peut encore opérer comparativement, c'est-à-dire faire constamment deux déterminations parallèles, l'une avec un poidsdonné de blancd'œuf seul, l'autre avec le même poids de blanc d'œuf additionné d'une solution d'amylose.
Principe des expériences. — Pour réaliser ces expériences, j'ai dû avoir recours à rartiflce de la dialyse.
Pour rechercher le sucre contenu dans une liqueur renfermant de l'amidon et des substances protéiques, il faut se débarrasser de ces substances par l'alcool fort, seul agent capable de précipiter simultanément les substances protéiques et les amyloses. Mais en opérant ainsi on risquerait de perdre au moins une petite partie du sucre, car l'alcool ne dissout qu'avec difficulté la totalité du sucre en présence des précipités albuminoïdes. En outre, pendant les filtrations nécessaires pour retenir le précipité albuminoïde-amylose — filtrations toujours très longues, impossibles à réaliser à l'abri des microbes, — une partie de l'amylose pourrait être transformée en sucre par les microorganismes.
Par la dialyse, au contraire, on peut avec la plus grande facilité séparer le sucre du mélange albuminoïde-amylose : ce mélange reste dans le dialyseur ; le sucre, les sels, la mucine passent dans le liquide extérieur. Pour ne pas saccharifier l'hydrate de carbone contenu dans la mucine, il suffit d'éviter une réaction acide de l'eau extérieure.
ALBUMINOÎDES ET AMIDON. 459
Précautions, — Pour éviter les microbes, il faut de toute nécessité avoir recours aux mêmes précautions pénibles que le bactériologiste préparant des cultures pures. J'ai stérilisé tous les objets employés dans ces expériences (verrerie, tubes à dialyser, instruments, eau, solutions d*amylose, etc., etc.) par la chaleur humide à 120® ou par la chaleur sèche à 150** pendant deux heures, en n'oubliant pas la désinfection des mains et de la surface extérieure des coquilles des œufs avec la solution aqueuse de sublimé à 1 0/00.
J'ai évité l'emploi des antiseptiques tels que le thymol, afin de ne pas introduire de substances étrangères.
1" SÉRIE. — Le blanc d'oeuf, passé à travers un linge stérilisé, est introduit dans le dialyseur stérilisé : la dialyse dure plus de deux semaines. A ce moment, l'eau extérieure (on a toujours employé de l'eau distillée stérilisée) ne contient plus de substance réductrice, même si elle n'a pas été renouvelée depuis quatre jours.
On ramène cette eau extérieure par évaporation au centième de son volume; on Tadditionne de 6 volumes d*alcool absolu pour précipiter les substances albuminoïdes (on sait qu*après une dialyse prolongée on trouve toujours une petite quantité de substance albuminoïde dans Teau extérieure); on filtre, on rejette sur le filtre jusqu'à ce que le fîltrat passe clair ; on évapore ce dernier à siccité au bain-marie et on dissout le résidu dans une très petite quantité d'eau distillée. Cette solution ne réduit pas la liqueur de Fehling.
A ce moment, on verse dans le tube à dialyser renfermant le blanc d'œuf la solution d'amylose stérilisée, ne contenant pas de sucre. Le tube plonge dans l'eau distillée stérilisée renouvelée. On ferme le tube, on ferme le vase à dialyser et on met le tout trois jours à 40*. On fait alors une nouvelle analyse de l'eau extérieure comme ci-dessus. Cette eau ne contient pas de sucre.
2* SÉRIE. — L'albumine du blanc d'œuf, dialysée longtemps en présence d'eau distillée, n'est précipitée que très peu par l'ébullition, même lorsqu'on a acidulé avec l'acide acétique: la plus grande partie reste dissoute, mais précipitable par la liqueur de Brùcke chlorhydrique par exemple. En ajoutant de nouveau un peu de chlorure de sodium, on rétablit la coagulabilité par la chaleur. Lorsqu'on dilue directement et fortement le blanc d'œuf, on obtient un résultat analogue. On se trouve donc en présence d'une solution albuminoïde stérilisable par la chaleur, sans que toute la substance albuminoïde soit coagulée.
J'ai essayé d'utiliser cette propriété.
Le blanc d'un œuf est dilué avec 1 litre d'eau distillée ; on filtre
et on stérilise le filtrat par la chaleur. Par ce traitement la solution est devenue louche, mais comme la liqueur de Brùcke chlorhydrique par exemple peut déterminer encore un abondant précipité, la stérilisation n'a pas coagulé la totalité de Talbumine.
Une solution d'empois d'amidon et une solution de glycogène, toutes les deux stérilisées, ne contenant pas de sucre, sont mélangées à la liqueur précédente.
L'appareil dialyseur I reçoit dans son tube 125 centimètres cubes de la solution albuminoïde ; le liquide extérieur est représenté par 1750 centimètres cubes d'eau distillée stérilisée.
L'appareil dialyseur II est préparé de la même manière, on introduit en outre dans son tube une forte proportion de mélange amylosique.
Les tubes sont fermés, les verres sont fermés, les deux dialyseurs
sont maintenus une demi-heure à 100® et trois jours à 40**.
Voici un résultat :
(Sans tiinylose.) (A.yeo amflote.)
L'eau extérieure 1650 1690
Eau de lavage +140 +100
Liqueur totale 1790 1790
Pour essais préliminaires — 110 — 110
Restent à évaporer 1680 1680
Évaporé à 100 100
10 centimètres cubes de la même solution de Fehling ferrocyanurée
sont réduits :
ce ce
Par 8,8 8,9
Par 8,8 8,8
n n'y a donc pas sacchariftcalion d'amylose.
8* SERIE. — On peut enfin faire les expériences avec le blanc d'œuf tout à fait frais, dans les conditions les plus favorables à une transformation des amyloses par les substances albuminoïdes, ces dernières se trouvant dans un état aussi normal que possible.
On recueille par exemple 95^,2 de blanc d'œuf frais dans un verre stérihsé — en ayant soin d'employer les précautions les plus rigoureuses pour éviter les microbes.
L'appareil dialyseur I reçoit dans son tube 47»',6 de ce blanc
d'œuf et 100 centimètres cubes d'une solution amylosique stérilisée,
I ne contenant pas de sucre (bref, du même mélange amido-glycogé-