RÉSISTANCE ELECTRIQUE DBS TISSUS
mécaniques d'osmose lorsque ce liquide imbibe des conducteurs capillaires. Les tissus vivants , avec leurs espaces intercellulaires, peuvent être comparés à des conducteurs capillaires et les mêmes lois leur sont applicables. Ces actions seront surtout accusées au niveau des électrodes. Le sens du courant marchant du pôle positif au négatif, les tissus en contact avec le pôle positif s'imbiberont des liquides baignant Télectrode correspondante. Au contraire, au pôle négatif, les liquides de l'organisme, suivant le sens du courant, iront s'accumuler en plus grande quantité dans le tissu recouvert par l'électrode correspondante. Par son passage, le courant contribuera donc, du moins au début, à diminuer la résistance de la peau.
(c) A mesure que ce courant traverse le corps humain, il se fait, soit par excitation nerveuse, soit par irritation directe produite par l'électrolyse, une vaso-dilatation des vaisseaux cutanés, se percevant facilement par une rougeur plus ou moins intense des tissus en contact avec la plaque excitatrice. Par suite de cette vascularisation plus grande, la peau devient plus conductrice et le galvanomètre marque une intensité de plus en plus grande. Ordinairement cette vaso-dilatation s'accompagne d'hypersécrétion des glandes sudorales qui tend aussi à diminuer la résistance.
Cette vaso-dilatation peut être avec avantage provoquée avant l'examen, en faisant quelques frictions cutanées légères et en lavant la peau avec une éponge imbibée d'eau à 40®.
Toutes les causes de variation de résistance que nous venons d'énumérer contribuent à augmenter progressivement l'intensité du courant en diminuant la résistance de la peau. Nous venons de voir qu'on peut facilement les éviter. Dans ces conditions, le galvanomètre qui doit être de préférence apériodique, ira, dès l'établissement du courant, à son point maximum.
Nous allons maintenant étudier les causes qui augmentent la résistance, et c'est là surtout l'objet de ce travail.
IL — Causes qui augmentent la résistance électrique des tissus vivants,
La cause principale est due surtout à la polarisation. C'est en étudiant les phénomènes décrits sous le nom d'alternatives voltaïques que j'ai été conduit à l'étudier et à chercher les moyens de l'éviter.
Volta avait remarqué les faits suivants. Il mettait à cheval sur deux verres remplis d'eau légèrement acidulée et placés dans le circuit d'une pile, une grenouille récemment tuée et préparée à la manière de Galvani. En laissant le circuit constamment fermé sur l'animal pendant une demi-heure, les membres postérieurs de l'animal ne se
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contractaient plus quand on ouvrait ou qu'on fiermait le circuit. En renversant le courant, les contractions réapparaissaient, mais disparaissaient de nouveau au bout d'un certain temps de fermeture. En opérant ainsi ces changements de demi-heure en demi-heure, Volta pouvait pendant un jour entier annuler ou ranimer à volonté l'excitabilité des muscles. On a donné à ces phénomènes le nom d'alternatives de Volta. Cet aOaiblissement de l'excitabilité ne se manifes^ tait d'ailleurs que dans la portion traversée par le courant. Nobili avait expliqué ce -fait en disant que le courant électrique détermine dans la portion du nerf qu'il parcourt une altération d'autant plus forte que son passage est plus prolongé, altération qui rend le nerf incapable de transmettre l'action d'un courant agissant dans le même sens, et qui ne peut disparaître que par le passage d'un courant dirigé en sens contraire ou par un repos de quelque durée. Ces alternatives se produisent non seulement lorsqu'on excite les nerfs, mais aussi lorsqu'on excite les muscles. .
Ces alternatives voltaïques sont dues en grande partie à des phénomènes de polarisation soit au niveau des tissus, soit surtout au niveau des électrodes.
Tout le monde sait que si l'on fait passer le courant d'une pile à travers une résistance métallique, le galvanomètre indiquera toujours une même intensité qui sera en raison directe de la force électromotrice de la pile, et en raison inverse de la résistance. Il y aura bien quelques légères variations dues à réchauffement du métal, mais elles seront minimes et tout à fait négligeables. Il n'en est pas de même si nous substituons à la résistance métallique une résistance liquide formée par de l'eau acidulée. Le galvanomètre indiquera d'abord une certaine intensité; mais au bout d'un temps plus ou moins long le courant diminuera de force et tendra à devenir de plus en plus faible.
Cette diminution reconnaît pour cause d'abord l'accumulation des produits insolubles de la décomposition sur les électrodes, ensuite la naissance d'une force électromotrice de sens contraire à la force primitive, et due à la tendance qu'ont les éléments mis en liberté à se réunir.
Les tissus vivants ne doivent pas être assimilés à un corps métal' lique, mais bien à un électrolyte qui se décompose surtout au niveau des électrodes par le passage du courant. Ce sont les produits de l'électrolyse qui, soit en s'accumulant au niveau des électrodes, soit en déterminant une force contre-électromotrice, amènent une diminution dans l'intensité du courant* Ces produits de polarisation sont surtout une grande cause d*erreur lorsque le pôle négatif est en communication avec ^électrode active ou petite électrode : on sait en
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effet que le développement gazeux dû à Télectrolyse est deux fois plus fort au pôle négatif, car c'est à ce pôle que vient se porter l'hydrogène. Cette polarisation se fait aussi dans l'intérieur des tissus (la polarisation peut être endo-cellulaire ou interstitielle). Elle est la principale cause de la diminution de l'intensité du courant. On peut la supprimer de deux manières :
1* D'abord en employant des électrodes impolaris&bles. Leur usage est très facile en physiologie grâce aux électrodes de M. le professeur d'Arsonval faites avec une lame d'argent recouverte de chlorure d'argent fondu et plongée dans la solution physiologique de chlonu*e de sodium. Mais en cUnique l'emploi de ces électrodes est plus difficile, surtout à cause de leur résistance relativement assez considérable. D'ailleurs ces électrodes impolarisables n'empêchent pas la polarisation de se faire dans les tissus eux-mêmes.
2" En augmentant de beaucoup la force électromotrice au moyen de résistances appropriées intercalées dans le circuit.
(a) Expériences faites avec deux électrodes polarisables plongées dans un liquide conducteur, — Deux lames d'argent sont plongées dans une solution de chlorure de sodium ; elles sont réunies par un conducteur aux deux pôles d'une pile : sur le trajet d'un de ces conducteurs se trouvent un galvanomètre et un interrupteur à main. Un seul élément est mis dans le circuit et le galvanomètre marque d'abord 0,010. Mais au bout d'un certain temps le galvanomètre marque une intensité moins grande, intensité qui peut descendra jusqu'à 0,004. Si au contraire, on met dans le circuit 60 éléments et qu'au moyen d'une résistance appropriée on ramène l'intensité à 0,010, le courant ne subit qu'une variation minime qui est soixante fois moindre.
[b) J'ai refait les expériences de Volta, non pas sur la grenouille préparée à la manière de Galvani, mais en opérant par la méthode unipolaire. Le pôle indifférent était placé sous la face ventrale de la grenouille et le pôle actif était en communication soit avec le muscle, soit avec le nerf. Les électrodes consistaient en une électrode indifférente formée de zinc recouvert d'amadou et de peau de chamois, et en une électrode active consistant en une serre-fine d'argent.
En mettant en circuit un nombre de volts suffisant pour donner une intensité capable d'exciter le muscle, on observait tous les phénomènes décrits par Volta. Mais si on intercalait une grande résistance en mettant un nombre de volts suffisant pour produire la même intensité, on n'observait pendant longtemps que des modifications peu apparentes soit dans l'intensité du courant marquée au galvanomètre, soit dans les phénomènes d'excitation du nerf ou du muscle, surtout lorsque le pôle positif était en communication avec l'électrode
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active. L'explication de ces phénomènes est facile. En effet lorsqu'on excite sans mettre de résistance dans le circuit, la force électromotrice employée est le plus souvent assez faible. De plus la résistance due à la polarisation peut être très forte relativement à la résistance existant déjà. Supposons que la résistance totale du circuit soit de 1,000 ohms et la force électromotriCve de 2 volts; une résistance de 500 ohms due à la polarisation et une force contre-électromotrice qui dans quelques cas peut atteindre plus d'un volt, feront baisser le courant d'une manière notable. Les phénomènes d'excitation ne se manifesteront plus ni à la fermeture ni à l'ouverture du courant.
Si au contraire, on met une résistance de 30,000 ohms et que l'on ajoute une force électromotrice égale à 60 volts de manière à avoir la même intensité, les phénomènes de polarisation resteront toujours les mêmes : l'augmentation de résistance due à la polarisation sera toujours de 500 ohms et la force contre-électromotrice ne variera pas. On comprend que, vu la grande résistance du circuit et la grande force électromotrice employée, le courant ne sera affaibli que d'une quantité négligeable. En opérant ainsi, les phénomènes, décrits sous le nom d'alternatives voltaïques, s'atténuent d'autant plus que la force électromotrice et la résistance sont plus considérables pour une même intensité.
ni. — Conclusion,
Dans les recherches d'électro-physiologie et aussi d'électro-diagnostic, lorsqu'on voudra éviter la cause d'erreur due à la résistance de polarisation, on devra user d'un grand nombre d'éléments avec résistance appropriée. De plus, il faudra employer des électrodes aussi impolarisabies que possible. Il va sans dire que, lorsqu'on emploie un grand nombre d'éléments de pile, il faut s'assurer qu'ils sont eux-mêmes exempts de polarisation et que leur force électromotrice reste absolument constante : à ce dernier point de vue les piles au bioxyde de manganèse sont préférables aux piles au bisulfate de mercure, pourvu que l'intensité soit faible.
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