SUR LES
ÉCHANGES GAZEUX DES MUSCLES ISOLÉS DU CORPS Par M. J. TISSOT
(Travail du laboratoire de M. Cbauveau, au Muséum.)
Dans un travail précédent*, j*ai montré quelle était l'influence de la putréfaction sur les échanges gazeux des muscles. Les faits que j'ai déjà exposés montrent bien qu'il est de la dernière importance de se mettre à Tabri de cette cause d'erreur. On peut y parvenir de deux manières : soit en extrayant aseptiquemont les muscles qui doivent être mis en expérience, soit en ne faisant que des expériences de courte durée et ne dépassant pas une heure et demie ou deux heures. Dans ce dernier cas, la putréfaction n'a pas le temps d'intervenir, et on peut se borner à opérer avec propreté. Dans le premier cas, il est toujours nécessaire d'employer des appareils stérilisés. Toutes les expériences qui font l'objet de ce mémoire ont été faites par le deuxième procédé. Leur durée n'a jamais dépassé une heure et demie.
J'exposerai en quelques mots la méthode employée en général dans ces expériences et les précautions prises pour éviter toute cause d'erreur.
Je me suis servi des muscles des batraciens. Dans chaque expérience, ces muscles sont introduits sous le mercure dans une cloche {iîg. 1) contenant un volume d'air mesuré à l'avance avec précision. Après Texpé-
* Recherches sur la respiration musculaire {Arch, de pbysiol.^ octobre 1893).
ARCU. de PHYS., 5' SÉRIE. — Vil. 31
470 4. MsâOt.
rience, la totalité du gaz est analysée. L'analyse des gaz a été faite à Taide de Teudiomètre de précision de M. Chauveau, instrument dont on trouve la description détaillée dans une autre publication ^ 11 permit de faire l'évaluation des volumes gazeux à 0«",001 près. Toutes ces recherches ont donc pu être faites avec une grande précision, à l'aide de cet instrument.
Certaines causes d'erreur sont : 1® l'introduction possible d'une certaine quantité d'air avec les muscles, en faisant passer ceux-ci dans la cloche contenant le gaz déjà mesuré.
2° L'extraction d'une portion du gaz de la cloche en retirant les muscles lorsque l'expérience est ,,. ^ terminée.
On évite facilement ces causes d'erreur en agitant les muscles fortement sous le mercure avant de les introduire dans la cloche, ou avant de les retirer; on détache ainsi toutes les buUettes de gaz qui pourraient être entraînées.
Je ne m'étendrai pas sur l'historique de la question et sur les contradictions qui sont l'origine de ce travail; on en trouve l'exposé dans les traités de physiologie. Je passerai de suite aux faits.
J'ai démontré dans un travail précédent que, contrairement aux hypothèses de Hermann, le muscle placé dans l'air absorbe de Toxygène et dégage de l'acide carbonique, indépendamment de toute putréfaction. Je donnerai maintenant la démonstration des faits suivants :
1® L'absorption d'oxygène par un muscle extrait du corps est un phénomène vital ;
2° La quantité totale d'acide carbonique dégagée par un muscle extrait du corps ne doit pas être prise comme mesure de son activité physiologique ;
30 L'acide carbonique produit par le muscle provient de deux sources : [a) d'un phénomène physique : dégagement de l'acide carbonique préformé dans le muscle ; (A) d'un phénomène physiologique : production d'acide carbonique sous l'influence de l'activité vitale ;
4** Il existe dans le muscle un phénomène de respiration ;
C0« 5** Le rapport -jrf du muscle à l'état de repos, rapport toujours
inférieur à l'unité, s'en rapproche lorsque le muscle est mis à l'état de travail.
* Recherches sur les phénomènes de survie dans les muflcles (Aai2. des se. nat.f 1890).
icH ANGES GA2fitrX DES MUSCLES.
s 1. — L'absorption d'oxygène par un musolo extrait du corps est un phénomène yitaL
A. — Le muscle mort n'absorbe plus qu'une faible quantité
doxygène.
^9x fait une première série d'expériences en tuant les muscles par la chaleur. Des expériences de ce genre ont été déjà faites par Hermann, qui a conclu de ses recherches que le muscle tué par la chaleur absorbe encore de Toxygène.
Je ne ferai que citer les objections, fort justes d'ailleurs, que fît Paul Bert à ces recherches ; il reprocha à Hermann d'avoir mis ses muscles dans une atmosphère qui n'était mesurée qu'à la fin de l'expérience, alors que cette atmosphère avait varié de volume sous l'influence des échanges du muscle. Cette cause d'erreur a été supprimée dans mes recherches.
Dans -toutes mes expériences, je me suis servi des membres postérieurs entiers de la grenouille, préparés comme il est dit à Texpérience I.
Exp. I. (27 décembre 1894). — On coupe le train postérieur d'une grenouille, et on en sépare les pattes au niveau du pubis. Les pattes dépouillées et débarrassées du pied, à partir de Tarticulation tarso-métatarsienne sont, Tune cuite à 70<^ pendant quinze minutes, Tautre abandonnée à Tait pendant ce temps ; puis toutes deux. Tune fraîche et excitable, l'autre cuite, rigide et inexcitable, sont introduites dans deux cloches placées sur le mercure et contenant des volumes égaux et connus d*air. On les y laisse une heure et demie, puis on les retire et on analyse les gaz. Voici les résultats obtenus ^
Volume primitif
do
Tatmos-
phère & 0«
et 760--.
Volume après rexpérieoce.
Ozygèoe avant Tezpérience.
Ozjgène
aprèa. roi-
périoDce.
Oxygine absorbé.
Acide
carbonique
dégagé.
Patte normale
Patte cuite à 70*
ce 12,519 1S,503
1Î,5Î0 lî,678
Ainsi la patte cuite à 70° n'a absorbé que 0««,002 d'oxygène, tandis que la patte fraîche en a absorbé 0<^,215.
* Tous les volumes donnés dans ce tableau, ainsi que tous ceux donnés dans le reste de ce mémoire, sont ramenés à 0' à la pression de 760 millimètres et à l'état MC,
Exp. IL '5 janvier isil^i;.— Une patte d'une greo ouille est cuite pendant cinq minutes à 60*, l'autre re^te normale. Une patie d'une deuxième grenouille est cuite à Si* pendant ringt minutes; les deux pattes cuites scuit rigides et inexcitables quand on les met dans les cloches. Durée de Fexpérience : une heure et demie.
r<Amme priaitîf
et
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Paue cujie i U*....
Pmtte cuiie à 60-....
et 12,331 12,237 12,3M
ce 12,2S7 12,510 12,J5t
Même réi»ullat que dans Tex périence précédente. Les pattes cuites n*ont absorbé que (K«,006 et 0^,009 d'oxygène, tandis que la patte fraîche en a abwjrbé 0",^26.
Exp. III, — I^sdeux pattes de la même grenouille sont soumises. Tune à une température de 50* pendant quinze minutes, Tautre à 4^ pendant quarante minutes. Toutes deux sont inexcitables et rigides quand on les met dans les cloches. L'expérience dure une heure et demie.
Volume
prinilif
de
phrre.
Tolnme
•près Tei-
perieaee.
O avaat
périenet.
0 après
périfnce.
0 abaMbé.
Patta cttite à 50» ... .
PaUe caita à iS* . . . .
et 12,421 12,386
et 12.747 12,680
On voit d*après ces trois expériences que les quantités d^oxygène absorbées par un muscle normal et par un muscle cuit sont entre elles
22 22 dans le rapport approximatif ---p ou -r-
Pour les muscles soumis à
(l«*s températures inférieures à 42®, on constate constamment une absorption d'oxygène dont la valeur dépend du temps pendant lequel !<• muscle a été chaulTé, et de la température à laquelle on Ta soumis. Elle est d'autant plus faibh» que le chauffage a été plus long, ou fait H une température plus élevée. Il est en effet diflicile de tuer un muscle à une température inférieure à 40*. J'ai vu plusieurs fois des muscles soumis à une température de 40* présenter encore des traces d'excilabililé au bout de vingt-cinq à trente minutes; dans d'autres