LÉSIONS DES CAPSULES SURRÉNALES
DANS QUELQUES EMPOISONNEMENTS Par M. A.-H. PJLLIET
Les capsules surrénales sont des organes d*origine mésodermique d'après tous les embryologistes. Elles sont en rapport direct avec la circulation sanguine et contiennent souvent un pigment qui paraît provenir du sang. D'autre part, elles jouent un rôle établi par la clinique dans la répartition des pigments cutanés. Elles paraissent donc être des émonctoires où les globules rouges altérés viennent se détruire et compléter le cycle de la vie du sang qui débute dans les organes de l'hématopoièse et finirait dans les reins succenturiés.
Pour vérifier cette hypothèse, il fallait provoquer par Faction de poisons connus du sang, tels que la méta-toluilène diamine ou les nitrites alcalins, une destruction globulaire intense et observer ce qui se passe alors du côté des capsules. Les recherches de Sadtelmann ont montré qu'elles pouvaient emmagasiner dans leurs cellules des acides biliaires, Facide hippurique, Tacide benzoïque. Au cours de certaines intoxications, celles de Mac Mumm y ont révélé la présence de rhématine et de Turohématoporphyrine ; et ce dernier auteur en conclut que les capsules retirent de la circulation les matières colorantes contenues en excès dans le sang. Nous pouvons donc nous attendre à y rencontrer des pigments dérivés du sang et même des pigments biliaires. Les premiers sont mis en évidence par remploi de Téosine qui colore vivement en rose le sang intact et n'a pas d'action sur le sang en voie de transformation pigmentaire. Peut-être les seconds sont-ils accusés par le vert de méthyle, c'est
A.-U. PILLIBT.
du moins ce que nous avons pensé voir chez le cobaye. Nos recherches ont porté sur le chien, le cobaye et le lapin et nous ont fourni des résultats assez concordants <.
Expériences sur le chien.
Sur un chien sain la capsule surrénale présente quelques détails qu*il convient d'indiquer, sans toutefois reprendre la description de sa structure. Elle se compose d'une enveloppe, d'une substance corticale et d'une substance médullaire.
Fig. 1.
Substance médullaire de la capsule surrénale d'un chien normal. Noyaux de cellules non pigmentées et énormes cellules interstitielles chargées do fibrine et creusées de vacuoles. (Grossissement : 480.)
L'enveloppe est surtout constituée par des fibres musculaires lisses; elle repose immédiatement sur les vésicules de Grandry qui constituent la partie la plus superficielle de la couche corticale; et elle englobe môme un grand nombre de ces vésicules qui, se développant isolément, forment de petits nodules particuliers. On en retrouve même qui sont tout à fait extérieures à la capsule et ne
^ Une première communication sur ce sujet a été faite à la Société de biologie ]e 3 février 1894 : A.-H. Pillibt, Pigmentation et hémorragies expérimentales des capsules surrénales {Comptes rendus, 9 f rier, p. 97).
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sont rattachées à l'efnveloppe que par quelques fibres lisses; ces capsules aberrantes ont été signalées par les différents auteurs. Les vaisseaux artériels qui pénètrent dans la capsule et gagnent son centre entraînent avec eux une partie de Tenveloppe de fibres lisses et des vésicules qui sont à son contact. La glande est donc morcelée par des sillons profonds et les éléments de la périphérie se trouvent amenés au milieu même de la couche médullaire, ce qui explique la diversité d'aspect des tubes que l'on peut y rencontrer. Cette disposition existe aussi chez les autres animaux.
La substance corticale est remarquable chez le chien par le contraste qui existe entre les vésicules de Grandry et les tubes ou boyaux qui leur font suite. Les vésicules sont remplies de cellules plates, empilées, à protoplasma clair ; les tubes sont beaucoup plus étroits et bourrés de cellules polyédriques à protoplasma chargé de graisse. Le pigment si abondant dans la substance médullaire chez l'homme adulte ou âgé fait en général défaut chez les animaux. Les tubes de la substance médullaire ne sont pas tous rectilignes et isolés, ils s'anastomosent au contraire comme les travées du foie, que ces anastomoses latérales n'empêchent pas non plus d'avoir en masse un aspect radié; et ils n'ont d'autre membrane visible que l'endothélium des vaisseaux sanguins qui les sépare, toujours comme les trabécules hépatiques. Ces tubes se renflent hotablement en abordant la substance médullaire où ils se terminent.
Sans nous occuper des faisceaux nerveux, peu marqués du reste chez les animaux, nous rappellerons l'aspect des boyaux cellulaires de la substance médullaire. Ils sont remplis de cellules très volumineuses arrondies ou disposées en revêtement. Leur cytoplasma est homogène et réfringent, ce qui le distingue de celui de la substance corticale. Il n'est pas pigmenté. D est légèrement opaque et fixe avec une moyenne intensité les substances colorantes. Leur noyau est volumineux, sphérique. Elles contiennent souvent de grandes vacuoles claires qui refoulent le noyau. Leurs contours cellulaires sont peu distincts. Ces cellules vont s'égrenant en chapelets le long des vaisseaux sanguins et pénètrent ainsi assez loin dans la substance corticale. Elles sont isolées par un système de cloisons particulier. Ce sont des membranes fibrillaires, au point de croisement desquelles se trouvent de grandes cellules étoilées, fortement granuleuses, qui s'anastomosent entre elles par ces fibres que nous venons d'indiquer. Ces grandes cellules à plasma rempli de filaments anastomotiques peuvent devenir énormes, et former des épaississements latéraux ou même des cercles complets autour des boyaux médullaires. Quelques-unes sont gigantesques et se creusent d'une série de vacuoles claires qui forment parfois des couronnes autour des
noyaux, restant toujours très petits, et n'étant jamais plus de deux ou trois dans une grande cellule. Leur plasma contient les filaments d'union qui forment la charpente intertubulaire, et se remplit souvent d'un produit homogène, comme de la fibrine, qui fixe très finement les réactifs colorants. Ces grandes cellules interstitielles ont pu être prises pour des cellules nerveuses à cause de leur volume et de leurs prolongements. Elles sont, ainsi que leurs filaments, d'une teinte légèrement brune; et ce sont sans doute elles que Stilling t rencontré dans la substance médullaire du rein succenturié chez le chien. Ces éléments sont en rapport d'un côté avec les tubes médullaires, de l'autre avec l'endothélium des vaisseaux sanguins dont elles ne paraissent être qu'une transformation. Les tubes du centre de la capsule ne seraient donc limités comme ceux de la périphérie que par un endothélium vasculaire, possédant la propriété d'arrêter au passage du sang des éléments se rapprochant de la fibrine et de s'en charger au point d'obturer les capillaires en certains points, et de se charger aussi d'une certaine quantité de pigment. Leur rôle dans les cas pathologiques devient tout à fait restreint.
Exp. I. — Chien ayant reçu on injection sous-cutanée 50 grammes de métatoluilène diamine en solution à 2 0/0 en huit joui's.
Les coupes colorées au carmin d*alun ou à rhématoxyline éosinée montrent à envisager la substance corticale et la substance médullaire. Les boyaux de cette dernière substance offrent la disposition qui est normale chez le jeune chien, c^est-à-dire qu*à la périphérie ils sont remplis de cellules claires allongées, disposées parallèlement les unes aux autres et formant ainsi des piles d*éléments plats qui simulent un tube à lumière définie. Pourtant il n*en est rien, car les noyaux de ces éléments sont situés vers le centre du tube, et, sur les coupes longitudinales, on voit chaque cellule individuellement se continuer d'un bord à Tautre du boyau de cellules.
Le reste du boyau subit un rétrécissement considérable et se trouve rempli de cellules tassées, polyédriques, par conséquent à protoplasma non plus clair, mais granuleux et légèrement jaunâtre. Cette teinte jaune est diffuse, car on n*aperçoit pas dans le corps cellulaire de corpuscules pigmentaires distincts, mais seulement de la graisse assez abondante, en gouttelettes fines.
La substance médullaire est paraemée de boyaux non plus parallèles les uns aux autres, mais anastomosés et formant un réseau. Ils sont volumineux à cause du volume môme des cellules qui les remplissent. Ce sont des éléments en forme -de coin, à base périphérique; leur protoplasma est situé au niveau de cette base ; comme dans les cellules des tubes contournés du rein, tout le plasma cellulaire est rempli d*un pigment de couleur rouille, qui imbibe le corps cellulaire et ne forme pas de blocs distincts. Les noyaux sont volumineux, sphériques, ils ne sont
LESIONS DES CAPSULES SURRENALES.
pas en voie de multiplication.. Beaucoup sont en voie de dégénérescence. Ils restent pftles sous Taction des couleurs électives. On rencontre de plus, dans ces cellules, des vacuoles claires et de la graisse, même dans les éléments les plus pigmentés.
Ces tubes médullaires sont entourés d*une membrane cellulaire composée de cellules membraniforme? à petits noyaux. Entre les tubes se trouvent des espaces remplis par des vaisseaux capillaires et surtout par les tubes de la substance corticale qui descendent s*intriquer à ceux de
Fig. 2.
Capsule surrénale de chien ayant été intoxiqué par la toluilène-diamine en injections sous-cutanées. On disiingue les vésicules à cellules claires de la couche sous-corticale, la substance corticale sans altération et les tubes de la substance médullaire fortement pigmentés.
la substance médullaire, mais en restent distincts par leur volume beaucoup plus petit et par Tabsence de pigmentation dans les cellules qui sont réduites et remplies de gouttelettes de graisse.
En résumé, il existe une pigmentation tranchée de la substance médullaire, bien supérieure à celle que Ton rencontre chez le chien à Tétat normal, elle est assez marquée pour donner à cette substance un aspect tout particulier. Nous retrouverons cette pigmentation avec atrophie d*un certain nombre de noyaux dans les autres observations suivantes, accompagnées de lésions plus étendues et plus significatives.
Ëxp. II. — Qhien ayant reçu en injections sous-cutanées 10 grammes
de chlorhydrate d'hydroxylamine en solution à 1/10* et 6 grammes de nitrate d*urane à 1/5* pendant neuf jours.
Cette expérience avait pour but d^obtenir à la fois la fixation de pigments sanguins dans les tissus des viscères et la production de la glycosurie, de façon à réaliser synthétiquement un ensemble de lésions comparable au diabète bronzé de Thomme. Mais les doses employées étaient trop fortes, la durée de Texpérimentation fut donc insuffisante. Pourtant certains organes offraient des lésions curieuses. Dans les capsules surrénales on a constaté Texistence d'une cavité centrale remplie d*un liquide d'aspect sanguin. Sur les coupes on constate Texistence d'une hémo-
r^t^cfl-^crolJ^iSO.
Fig. 8.
Chien empoisonné par le nitrate d'urane et le chlorhydrate d'hydroxylamine . Tubes pigmentés de la substance médullaire bordant un vaisseau vide. (Même grossissement que la figure 1.)
lymphorragie cavitaire assez abondante , la cavité capsulaire pouvant contenir un petit pois, ce qui est considérable pour le chien. Le sang épanché montre ses globules ronges en grande partie altérés ou tout à fait détruits, sans formation de caillots fibrineux ou de cristaux d'hémoglobine. La capsule sécrète donc des produits favorisant la dissolution du sang. L'hémorragie va jusqu'à cliver la substance corticale, envoyant entre ses tubes des traînées qui se propagent jusqu'à la tunique musculaire externe. Les cellules des boyaux de substance médullaire qui bordent la cavité ne sont pas extrêmement pigmentées ; leur teinte est nettement bistre, mais elle ne va pas jusqu'au noir. Elles possèdent pour la plupart plusieurs noyaux. La substance corticale ne présente rien de spécial à noter qu'une diminution relative de la charge graisseuse de ses cellules.
Exp. III. — Chien ayant reçu 25 grammes de chlorhydrate d'hydroxylamine à 10 0/0 en injection sous-cutanée. Survie cinq jours.
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Sur ces coupes, on est d*abord frappé de la coloration bistrée, d\ui jaune noir extrêmement intense, que présente la substance médullaire, à Texclusion de la substance corticale. Les cellules des tubes, ou plutôt des boyaux pleins médullaires, sont polyédriques par fusion réciproque, énormes ; elles bordent les cavités des grands lacs nerveux centraux dont elles ne sont séparées que par Tendothélium, partout resté en place et bien visible. Elles offrent les stries claires irrégulières que nous avons mentionnées déjà.
Les boyaux corticaux sont isolés les uns des autres par la congestion intense des capillaires intercurrents et morcelés par des trajets de fibres lisses accompagnant les vaisseaux artériels qui vont de la périphérie au centre de la glande. Ils sont par places anastomosés les uns aux autres à la façon des trabécules hépatiques. Leurs cellules, non pigmentées, sont en nombre variable, et Ton peut voir des tubes dans lesquels elles sont tassées à cinq ou six en largeur, surtout au voisinage de la substance médullaire. Un grand nombre d*entre elles sont chargées de graisse.
Exp. IV. — Chien. Injections sous-cutanées de 5 grammes par jour d*huile d*aniline pure pendant quatre jours.
Sur ces capsules, la membrane d'enveloppe de fibres lisses est très mince et contient un grand nombre de vésicules de Grandry dispersées dans son stroma ; beaucoup de ces vésicules sont même tout à fait à Textérieur de la capsule. La substance médullaire contient seulement quelqii(es cellules légèrement pigmentées.
Exp. V. — Chien. Injections de nitrate d*urane, 6 grammes à 1/5®, et de chlorhydrate d'hydroxylamine, 6 grammes à I/IO*. Durée neuf jours.
I^ substance médullaire est fortement pigmentée de jaune brun. Elle envoie dans la substance corticale des prolongements rame ux qui suivent le trajet des vaisseaux et montent jusqu'au niveau des vésicules périphériques entre lesquelles ils s'insinuent. Les cellules qui les composent sont de très grand volume, arrondies, à noyau sphérique ; elles sont accolées aux parois vasculaires par groupes moniliformes. Les cellules de la substance corticale qui les entourent ne présentent aucune trace de pigmentation. Au centre même de la capsule elles sont souvent par groupes, creusées de grandes vacuoles claires qui refoulent en un croissant périphérique le plasma bistré. Leurs noyaux sont en général très pâles.
L*endothélium des vaisseaux en ces points est tuméfié et le cytoplasma de ses cellules est chargé du même pigment bistre. La transformation du sang débute donc dans l'intérieur même des vaisseaux et gagne ensuite les tubes voisins. Sur d'autres points, les cellules bistrées sont très chargées de pigment que Ton voit former des traînées de unes granulations noires accusant les stries claires que nous avons mentionnées, et les vaisseaux qu'elles bordent sont alors vides de tout globule rouge.
On rencontre des nids de cellules claires, provenant des tubes de la. substance corticale, au milieu de ces éléments.
Exp. VI. — Chien. Urane et métatoluilène diamine : 20 grammes de
métatoluilène diamme à 8 0/Q et 6 grammes de nitrate d*urane à 1/5* eu cinq jours.
L*aspect est le même en général ; Tes fésions moins accusées toutefois ; la substance médullaire présente un mélange de pigmentation bistre et de stéalose.
Exp. VII. — Chien ayant reçu par la bouche en plusieurs fois 200 grammes d^éosine en poudre, en vingt jours.
La pigmentation de la substance médullaire est très nette et bien distincte de la coloration du sang intra-vasculaire ; la substance médullaire n'a rien de particulier.
Il en est de même chez un chien traité par la métatoluidine (exp. VIII) qui donne des résultats comparables à ceux de Taniline, et chez un autre animal traité par le chlorhydrate d'hydroxylamine (exp. IX).
Ces produits, quand ils ne sont pas associés au nitrate d'urane, ne provocpient qu'une pigmentation bien moins active de la capsule, quoique ce soient nettement des poisons du sang.
Exp. X. — Chien ayant reçu 10 grammes de formol pur en injeetioft sous-cutanée, mort le lendemain.
On constate sur les coupes de la surrénale une distension considérable des capillaires entre les tubes à cellules claires de la périphérie de Torgane. Ces tubes sont refoulés par les vaisseaux sanguins congestionnés, mais ils ne sont pas comprimés ; leur diamètre est, au contraire, augmenté et le volume de leurs cellules également. C'est donc une congestion hyperplasique au début. Dans la substance médullaire, on constate un mélange cutané de globules rouges et de cellules pigmentées. Sur quelques points Tendothélium des vaisseaux est encore visible et participe à la pigmentation, tout comme les cellules parenchymateuses du voisinage.
En résumé, congestion de tout l'organe et début de la pigmentation au centre de la glande.
Exp. XI. — Chien ayant reçu 5 grammes de formol en une seule fois; survie trois jours.
Les lésions sont tout à fait semblables à celles que nous venons de signaler, mais plus accentuées. Il existe dans la substance corticale des hémorragies disposées en stries, très diffuses par endroits. Dans la substance médullaire on voit une congestion extrême ; les globules rouges intra-vasculaires sont abondants et reconnaissables ; il n'existe que peu de cellules pigmentées, et aucune n'atteint la teinte brun bistré si marquée avec les dérivés de la houille. Le processus est donc surtout hémorragique plutôt que pigmentaire.
Exp. XII. — Chien ayant reçu 1 grammes de formol en injecticfns sous-cutanées; survie sept jours.
Dans ce cas la congestion est plus intense encore; mais les cellules
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médullaires ont réussi à transformer le sang altéré qui leur venait des veines et elle présentent une coloration brun bistre très intense. Ainsi, on peut obtenir avec le môme agent chimique la congestion, Thémorragie et la pigmentation, suivant les doses employées et le degré de résistance de l'animal.
Exp. XIII. — Chien ayant reçu en injections sous-cutanées 30 grammes d^huile phosphorée en solution saturée, survie huit jours.
On constate une distension légère de quelques vaisseaux, et encore ce processus ne s'éloigne pas sensiblement de ce que Ton rencontre à Tétat normal. Le fait le plus intéressant, c'est la généralisation de la stéatose, ce qu'on devait prévoir d'après les effets déjà connus du phosphore sur les parenchymes. Elle s'étend jusqu'aux vésicules de la périphérie, dont les cellules, allongées et disposées en piles, gardent d'ordinaire chez le chien un plasma clair, sans graisse ni granulations fixes.
Un second chien tué par le phosphore a fourni les mômes résultats.
Exp. XIV. — Chienne ayant reçu 5 centigrammes de nitrate de soude à i/20* en injection sous-cutanée, morte le même jour.
Les capsules ne présentent qu'une congestion légère, sans pigmentation.
Exp. XV. — Chien ayant reçu 15 centigrammes de nitrate de soude en injections sous-cutanées, mort en deux jours.
Les cellules de la substance médullaire commencent à se pigmenter, mais en jaune clair et non en bistre. Le sang contenu dans les vaisseaux intermédiaires aux tubes a disparu en grande partie. On peut s'assurer par une réaction de micro-chimie que l'hémoglobine contenue dans les cellules du parenchyme est déjà différenciée de celle qui existe dans les globules rouges encore inclus dans les vaisseaux ; l'éosine colore ces derniers en rose vif et laisse aux cellules pigmentées leur coloration jaunâtre. Cette réaction persiste après plusieurs mois sur les coupes incluses dans le baume de Canada.
En résumé, les poisons du sang tels que les dérivés de Faniline, le formol, les poisons minéraux, Turane, le nitrate de soude, déterminent chez le chien, lorsqu'ils sont introduits par la voie hypodermique, des lésions marquées du rein succenturié. Elles sont encore plus accentuées si Ton associe deux poisons de variété différente , tels que la toluilène-diamine et le nitrate d'urane. Elles peuvent se résumer ainsi, en allant du simple au composé :
1** Période de début : congestion de la capsule pouvant aller jusqu'à la formation de foyers apoplectiques;
2* Période de surcharge pigmenlaire des cellules de la substance médullaire ;
3<> Période d'hémorragies cavitaires, occupant le centre de la capsule et de pigmentation des débris de la substance médullaire.
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Il y a donc de la part de la capsule un véritable appel pour les globules rouges altérés ou détruits par les poisons du sang, une accumulation de ces globules, comme le fait a lieu dans la rate soumise aux mêmes conditions d'expérience. Mais, dans la rate, la formation pigmentaire est limitée ; le phénomène principal qui suit la congestion, c'est l'essaimage des cellules formatrices de globules rouges qui composent le corpuscule de Malpighi ; dans la capsule surrénale, c'est l'accaparement de l'hémoglobine et sa transformation en pigments par les cellules médullaires, qui se trouvent en pleine suractivité fonctionnelle et prennent une teinte pigmentaire d'autant plus foncée que l'intoxication a été plus profonde et que le poison a plus spécialement agi sur le sang*.
Expériences sur le cobaye.
Les éléments de la capsule surrénale du cobaye sont fort petits. La couche des vésicules de Grandry est très peu développée et réduite à un mince liseré périphérique. L'organe est volumineux par rapport à la masse de l'animal ; sa substance médullaire est abondante et d'une couleur qui rappelle la substance grise de l'encéphale. Il est très fragile et l'on y détermine des lésions profondes beaucoup plus facilement que chez le chien.
Exp. XVI. — Cobaye ayant reçu dans restomac 2 centimètres cubes d'essence de géranium rosa d'Algérie, mort en 12 heures.
Les coupes examinées à un faible grossissement montrent un désordro profond dans la structure de la capsule surrénale qui est toute parsemée de foyers de congestion et d'apoplexie. Les tubes de la substance corticale sont encore reconnaissables à la périphérie de Forgane; mais cette substance elle-même est presque tout entière dissociée par des nappes hémorragiques étendues. On voit les amas sanguins qui remplissent les vaisseaux dissocier tout à fait le tissu en morcelant les tubes. L*endothélium ne résiste pas et Ton peut constater la présence des globules rouges dans les tubes eux-mêmes. Ce premier phénomène en amène d'autres ; dans les tubes ainsi infiltrés de globules rouges, les cellules sont augmentées de volume et remplies de grains de pigment dont les plus fins paraissent noirs, les plus volumineux jaune brun. Ce pigment fort réfringent reste donc longtemps sous forme de granulations, au lieu dUnûltrer le plasma d*une façon diffuse, comme chez le chien. Beaucoup de cellules tuméfiées par cette surcharge montrent deux noyaux, ce qui montre que l'accumulation du pigment n'est qu*une exagération du travail physiologiq[ue de la cellule et que celle-ci réagit à un excitant or-
* Cf. PiLLiBT, Action sur la rate de quelques poisons du sang {Archives de médecine expérimentale^ X** novembre 1S94).