III. — Preuves de l'existence des anastomoses
Il faut avant tout se mettre en garde contre de nombreuses causes d'erreur. Un grand reproche qu'on a fait à Sucquet est le suivant :
Fig. 1. — Exemple d'anastomose directe entre l'artère et la veine iliaque. (Jeune enfant de 5 jours.)
1, artère aorte; 2, veine cave inférieure; 3, artère iliaque; 4-4', anses anasiotiques; 5, arlériole allant au ganglion de Cloquet; 6-7, pli de l'aine.
l'insuffisance des moyens employés (dissection à la loupe), l'irrégularité et rinconstance des canaux dérivatifs. Le même grief pourra s'élever contre moi : les branches anastomotiques que j'ai observées ne se trouvent pas ou n'ont pas été décelées en des points fixes ou
symétriques. Je n*ai noté le fait qu'une seule fois (%. 1). Le plus souvent leur disposition est fantasque, imprévue ; les rapports et les points d'abouchement changent dans chaque cas.
L'existence d'anastomoses directes, volumineuses entre les artères et les veines, est démontrée par quatre moyens : A. l'injection générale ; B. la dissection ; C. l'injection locale ; D. l'examen microscopique.
A. Injection générale, — En injectant la carotide avec le liquide coagulant ordinaire (injection grossière), il est rare que l'injection arrive jusqu'aux confins du système artériel.
Si, dans ce cas particulier, les veines sont injectées, la communication n'a pu se faire par les capillaires, puisqu'il n'y avait pas pénétration dans les artères terminales. J'ai vu deux fois la veine collatérale de la fémorale remplie seulement sur une distance de 1 ou 2 centimètres, et sans pouvoir trouver de rameau anastomo tique. Il est probable que, dans ces cas, les procédés d'investigation étaient insuffisants ou défectueux. Mais, alors même que l'injection a pu ne pas atteindre les extrémités artérielles, certains vaisseaux veineux peuvent être injectés. Je conclus que, dans ces cas, il doit exister des canaux artério-veineux intercommuniquants.
B. Dissection, — J'examinais après l'injection les quatre grands plis do flexion, par une incision faite dans l'axe du tronc principal et coupée par une deuxième incision perpendiculaire. Tous les tissus étaient sacrifiés, les vaisseaux seuls respectés, a) Une branche qui paraissait anormale était libérée et tendue sur le dos d'un scalpel. De cotte façon, s'il s'agissait de l'accolement d'une artère et d'une veine, le tissu conjonctif qui les retenait sautait vite. Dans le cas contraire, les vaisseaux sont assez solides pour résister à une traction assez forte, b) La disposition et les rapports de l'anastomose supposée étaient vus, les vaisseaux étaient piqués et disséqués sur du liège.
Toutefois la dissection ne peut suffire. Certaines anastomoses sont très déliées et l'on ne peut tirer de conclusion immédiate. Sur un adulte, après une injection très réussie du creux poplité à la gélatine, j'ai obtenu un nombre considérable de veinules qui semblaient aller à l'artère; une dissection très minutieuse me montra que le plexus périartériel très abondant était indépendant. Ces veinules étaient simplement accolées à la tunique externe, mais ne pénétraient pas dans l'artère. J'ai ainsi suivi sur un même sujet une vingtaine de ces branches et pas une seule fois il n'y avait pénétration. Un peu plus loin elles se rendaient dans les muscles.