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IV. — Considérations physiologiques

Les anastomoses sont inconstantes et leur siège est variable. On peut cependant essayer de généraliser et supposer qu'elles servent de la même façon aux plis articulaires que les canaux de dérivation dans la pulpe digitale.

Admettons, comme Cl. Bernard et Bourceret l'ont fait pour l'adulte, l'existence d'une circulation mécanique et d'une circulation nutritive dans les plis articulaires. Pourquoi les anastomoses directes ne serviraient-elles pas de déversoir au trop-plein du sang?

Quand je n'avais pas encore trouvé d'anastomoses chez l'adulte, j'avais supposé que celles que j'avais notées sur le fœtus ou le nouveau-né subissaient une régression fibreuse qui doit s'observer quelquefois ou finissaient par former des vaisseaux distincts. J'avais même imaginé un processus de disparition que je résume ici :

1** On observe une disposition infundibuliforme avec point rétréci à la rencontre des branches artérielle et veineuse :

2** Les anastomoses répondent quelquefois à des artères ou à des veines signalées en anatomie descriptive. Exemples : anastomose entre l'artère et la veine iliaque externe donnant V artère du ganglion de Cloquet (%. 1); anastomose entre Tartère poplitée et la veine saphène externe donnant une artère articulaire. Peut-être les branches de communication s'oblitèrent-elles au niveau du resserrement signalé et donnent-elles simplement une artère et une veine, n'ayant plus d'autres relations qu'un filament conjonctif.

De même on peut supposer qu'une anastomose large entre l'artère aorte et la veine cave inférieure comme celle que nous avons observée sur un mort-né qui avait encore son canal artériel est presque fatalement destinée à disparaître si l'on réfléchit que cette disposition n'a jamais été signalée chez l'adulte. Tout le monde sait de même que le canal artériel s'atrophie et n'est plus représenté chez l'adulte que par un prolongement fibreux appliqué sur la face concave de la crosse de l'aorte. Pourquoi? En vertu de conditions mécaniques nouvelles dans la circulation après ja naissance. Ne peut-on pas appliquer la même explication aux vaisseaux artérioveineux dont nous avons signalé l'existence?

Inversement, les branches de l'artère pulmonaire n'ont aucune espèce d'importance pendant la vie fœtale et se développent considérablement dans la suite, toujours en vertu de conditions mécaniques nouvelles, en l'espèce, l'établissement de la respiration.

è"* L'oblitération dans les anastomoses se fait probablement au niveau de l'étranglement. L'artère va alors de son côté, ou sa collatérale devient artère principale ; la veine agit de même.

Telles sont les conclusions que j'avais cru devoir adopter pour

l'enfant. D'après les découvertes sur l'adulte, il est possible que la

. fusion des deux sangs, se faisant bien pendant toute la vie fœtale,

puisse encore s'opérer au moyen de ces petits canaux distribués un

peu partout et surtout aux plis articulaires.

L'existence de larges canaux artério-veineux peut s'accorder :

A) Avec la théorie de la seconde circulation (Cl. Bernard, Bourceret) ;

D) On peut leur attribuer un rôle de suppléance dans les troubles circulatoires (diminution de pression, action du froid, gêne par compression).

A. — Pourquoi a-t-on accepté si universellement les circulations collatérales aux extrémités? C'est qu'elles répondaient à un desideratum physiologique, à une vue de l'esprit des anatomistes qui

s'étonnaient, et à juste titre, de voir aux extrémités des artères nombreuses et nullement on rapport avec la quantité ou la qualité des tissus irrigués ^ On est donc forcé d'expliquer cette multiplicité de vaisseaux aux extrémités par Téloignement du cœur et Ton voit la nécessité de leur présence dans la régulation de la chaleur en ces points, constamment exposés à Tair.

11 est possible d'accorder aux anastomoses des plis de flexion une part semblable dans la régulation de la chaleur, ou bien admettre qu'elles servent à déverser le sang directement dans les veines quand son effort est trop considérable.

B. Rôle de suppléance. — Je crois que la contractilité, inhérente à tout rameau musculaire doit jouer un grand rôle dans l'état de réplétion ou de vacuité des branches d'anastomoses.

On admet, en physiologie, que la contractiUté des capillaires est directement sous la dépendance du système nerveux (soit pour régler la pression, soit pour régulariser les échanges nutritifs) et indirectement est mise en jeu par des excitations diverses. A priori des rameaux de 1 millimètre de diamètre doivent avoir les mêmes propriétés.

La pression modifie l'état des capillaires qui répondent en se contractant ou en se dilatant; de même pour les vaisseaux de plus fort calibre.

On peut ainsi admettre que les anastomoses sont capables de régulariser la pression au même titre que la circulation dérivative.

11 est donc utile de savoir que ces anastomoses ne sont pas, a priori, inertes dans la circulation.

On arrive à admettre, par déduction, qu'au niveau des artères importantes des membres, il existe des vaisseaux allant directement aux veines, faciles à mettre en évidence (leur diamètre atteignant de 0,5 à 2""") absolument étrangers aux capillaires, susceptibles de s'ouvrir et de se fermer sous l'influence des vaso-moteurs. Mais alors que ces capillaires servent à la nutrition de tous les tissus, les vaisseaux de communication servent soit au retour du sang dans les veines (ou plutôt des veines dans les artères), soit à faire une dérivation utile en cas de congestion.

Lorsque la vis a tergo vient à faire défaut, la circulation veineuse est exposée à une stase nuisible à l'organisme et les branches de communication placées sous l'action du système nerveux, peuvent s'ouvrir en ce moment. Une cause adjuvante est la disposition de

* Voy. BouRCEnET, Les circulations locales; la main^ p. 48. Paris, 1885.

Tanastomose qui est souvent appliquée sur le paquet vasculaire luimême et dans sa gaine. Quand le sang remplit également les deux troncs placés côte à côte, la tension artérielle d'un côté, la réplétion veineuse passive de l'autre comblent exactement l'espace laissé aux troncs principaux et le canal de communication est vide. S'il y a diminution de tension dans Tartère, partant augmentation dans le nombre des battements du cœur (Marez) le retour du sang veineux s'effectue moins facilement. L'affaissement de l'artère a pour effet de détendre sa gaine vasculaire. Les veines gonflées laisseront alors écouler par les anastomoses une partie du sang qui ira à Tartère. L'effet imnïédiat sera une augmentation de pression dans les capillaires et écoulement plus facile du sang veineux.

Dans le cas contraire, oii le sang artériel afiflue en trop grande quantité, où le cœur bat moins vite parce qu'il éprouve plus de peine à se vider, une partie du sang pourra filer directement dans les anastomoses et remplir plus vite le système veineux.

L'utilité des anastomoses peut encore être ti*ès grande pour la nutrition des moignons et le rétablissement de la circulation dans les points amputés. Sucquet a en effet noté sur un amputé de cuisse l'existence d'une circulation collatérale abondante. Il est permis de penser qu'à côté de la circulation supplémentaire immédiate, les anastomoses jouent aussi leur petit rôle et que le sang ne se déverse pas seulement par ces collatérales, mais peut passer directement dans la veine qui agit alors à la façon d'une artère en charriant du sang moitié rouge, moitié noir, et en contribuant pour une grande part à la nutrition du lambeau.

Au point de vue morphologique, — L'existence des canaux artérioveineux est intéressante. On sait que chez les animaux inférieurs, les communications entre les artères et les veines sont autrement larges que chez les vertébrés supérieurs. Ces communications artério-veineuses se conservent en partie, pendant un certain temps de la vie des mammifères, au niveau du trou de Botal et du canal artériel. Eh bien, les canaux intercalaires que nous venons de décrire ne sont-ils pas les représentants des multiples communications entre le système artériel et le système veineux des animaux inférieurs? La respiration pulmonaire a fait disparaître C6s communications par suite de raisons mécaniques bien connues : pour mon compte, je suis tenté d'en voir les restes, les débris en quelque sorte, dans les vaisseaux intercalaires que nous avons découvert ça et là, et qui semblent attester que l'isolement absolu des systèmes artériel et veineux n'est pas encore complet.

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