VARIATIONS MORPHOLOGIQUES ET PATHOGENIQUES
2<* Si des microbes autres que les précédents existent assez souvent dans les lésions, ils compliquent Tinfection purulente, mais ne sont pas nécessaires à son développement ;
8* Pour produire Tinfection purulente, le streptocoque doit revêtir la virulence qu'il possède dans les formes aiguës et graves de la septicémie puerpérale, et non celle qu'il montre dans Térysipèle ou le phlegmon simple ;
4** Il existe des rapports étiologiques étroits entre l'infection purulente chirurgicale, la septicémie puerpérale et l'érysipèle, mais on ignore encore où et comment s'opère la transformation des propriétés pathogènes du streptocoque qui lui permet de produire alternativement ces divers états cliniques.
Depuis l'étude qui vient d'être résumée, nous avons fait de nombreuses observations sur les changements de forme et de propriété* que peut subir le streptocoque de l'infection purulente, double question dont on se préoccupe dans presque tous les pays, en l'envisageant toutefois d'une manière plus ou moins large.
Qu'il nous suffise de citer, pour montrer tout l'intérêt que les bactériologistes attachent à ce sujet, les importants travaux poursuivis par Behring, et, sous son inspiration, par Lingelsheim, Knou, etc., et ceux relativement plus modestes de Marot, d'Achalme, de Monod et Macaigne, etc.
Behring et ses collaborateurs se sont efforcés de distinguer deux types autour desquels tous les streptocoques viennent se grouper : le streptococcus brevis et le streptococcus longus.
Us ont assigné à ces deux types des caractères différents, tirés de leur mode de végétation dans les bouillons et sur les milieux solides ainsi que de leur virulence sur la souris.
Bornons-nous à rappeler que leur streptococcus longus^ le seul qui soit doué de propriétés pathogènes, ne troublerait pas le bouillon dans lequel il végète et ne donnerait pas de culture visible sur la pomme de terre.
A ce type devrait se rattacher le strcptocotiue que nous avons observé, puisqu'il avait produit l'infection purulente; cependant, dans la série de cultures que nous avons faite, nous n'avons pas obtenu constamment les caractères végétatifs assignés par Behring.
Les colonies sur pomme de terre ont été généralement épaisses, jaunâtres ou brunâtres; les cultures en bouillon, tantôt uniformément troublées, tantôt grumeleuses et transparentes entre les grumeaux.
Les distinctions basées sur de semblables caractères sont donc peu concluantes et d'une grande fragilité. Mais nous n'avons pas l'inten-
* Voir notre commun icaliou au Congrès international de médecine. Home, 1894.
612 s. AHLOING ET ÉDOUAHD GHANTHE.
lion d'insister sur ce sujet ; nous voulons surtout examiner le polymorphisme des individus.
Polymorphisme du streptocoque.
On est généralement d'accord pour reconnaître que les streptocoques forment dans les cultures des chaînettes plus ou moins longues dont les cocci sont plus ou moins volumineux, plus ou moins ovoïdes et quelquefois de dimensions irrégulières.
Nous avons observé des variations beaucoup plus profondes que nous désirons exposer ici.
A maintes reprises, nous avons constaté, dans des séries de cul tures en milieu liquide artificiel et in anima vili^ la transformation des cocci en bacilles et des streptocoques en strepto-bacilles, sans qu'il soit possible d'accuser l'adjonction accidentelle d'un microbe étranger.
(a) Polymorphisme dans une suite de cultures en bouillon.' — Disons tout d'abord que, dans une série de cultures, il est très rare de voir se maintenir intacte la disposition des cocci en longues chaînettes : ou bien, les cocci se rangent en staphylocoques, ou bien en streptocoques courts, en diplocoques ou en cocci isolés.
Il a suffi de quelques cultures pour voir le streptocoque si net de la figure 1 donner les microbes de la figure 2. Souvent, en une génération, on voit disparaître l'agencement si caractéristique du streptocoque. Aussi l'un de nous insiste-t-il dans son enseignement pour donner le pas au critère pathogénique sur le critère morphologique chez les microcoques pyogènes.
Quant à la transformation bacillaire, elle s'accomplit en un temps plus ou moins long. On commence par rencontrer un mélange de la forme primitive avec la forme nouvelle dans la même culture, puis les bacilles prédominent^et, enfin, rempUssent toute la culture.
L'origine de la forme nouvelle est indiquée par des formes de transition. Ainsi, dans une chaînette de cocci, on trouve des articles intercalaires allongés, rappelant des bâtonnets; parfois on rencontre un coccus volumineux auquel fait suite un bacille ou bien une apparence bacillaire avec un étranglement au miheu; d'autres fois, les bacilles présentent encore des bords sinueux trahissant leur formation par soudure d'éléments ovoïdes.
Dans certaines cultures, on trouve associées en proportions diverses des microcoques et des microbacilles (consultez sous ce rapport les%. 8,4,5,6,7).
Le fait le plus curieux est l'apparition temporaire, dans les cultures, d'individus ramifiés.