COLORATION DES OISEAUX ET MAMMIFERES DOMESTIQUES
La région du Righi en possède les plus beaux représentants ; leur couleur est gris brun foncé, celle du mâle est même tellement accentuée qu'elle confine au noir.
Nombreux sont les échantillons de cette race transportés en France, en Italie, dans TEurope centrale. Toujours le résultat fut le même. Chaque fois que Timplantation s'est faite dans un pays de plaine, dès la troisième génération et quelquefois dès la deuxième, le gris brun pâlit et, petit à petit, il vire au gris plus ou moins clair ; j'en ai fait la remarque dans des fermes de nos vallées de la Saône et do la Loire, ainsi que sur le bétail des marcites de la Lombardie, des plaines de la Basse-Autriche et de la Hongrie. Bien des fois mes observations ont été corroborées par le témoignage des éleveurs, qui me faisaient remarquer eux-mêmes rallaiblissement progressif de la nuance de leur bétail.
Les mêmes observations sont faciles à recueillir quand on suit une auti'e race bovine, également de pelage gris, et elles deviennent plus intéressantes et plus démonstratives parce que Taire géographique occupée par cette race est immense. Il s* agit de la race dite des steppes, caractérisée, entre autres choses, par un développement énorme du cornage. L*observe-t-on dans les très grandes plaines de la Hongrie, sortes de steppes européens, dont Arad et Szegedin sont le centre, elle est d'un gris si clair que de loin on la croirait toute blanche. La suit-on sur les plateaux de Transylvanie, on la voit se foncer peu à peu ; Texamine-t-on dans les passes des Garpathes et des Balkans, elle devient gris fauve, en se charbonnant aux extrémités à mesure qu'elle s'élève. C'est également sous cette même nuance fauve que je l'ai retrouvée dans les montagnes de l'Asie mineure. Lorsqu'on examine cette même race dans une région marécageuse, humide, le gris clair primitif devient du gris blaireau foncé ; les bœufs de la campagne romaine, tout comme ceux de la Dobroudja, en sont des exemples typiques. Enfin, et c'est peut-être Tune des choses qui m'ont le plus frappé dans mes voyages, l'observation attentive d'animaux de ce type vivant sur les bords de la mer (il s'agit, en l'espèce, d'observations faites sur les rives de la mer Noire et de la mer de Marmara) m'en a fait découvrir chez lesquels le pigment, au lieu d'être disséminé à la surface du corps pour constituer le gris, commençait à se localiser pour former des plaques cendrées dont le pourtour était plus ou moins dépigmenté. J'en ai trouvé qui étaient franchement pie-noir.
Voilà donc une race dont la robe est gris très clair, fauve, grisblaireau, pie -cendré et accidentellement pie -noir, suivant son habitat.
Si je ne craignais de fatiguer le lecteur, je lui ferais suivre la race
bovine afVicaine des rives de la Méditerranée au désert ou même jusqu'au golfe de Guinée. Il retrouverait, trait pour trait, les mêmes modifications dans le pelage, le fauve étant l'apanage des régions désertiques et le pie-cendré et le pie-noir celui des rives basses du Dahomey.
Espèce ovine. — Il est une race qui nous vient d'Angleterre et qui présente, entre autres caractères, la tête et les membres dépourvus de laine et de pigmentation. Ceux de nos éleveurs qui habitent les bords de la Manche voient survenir, sur la tête et aux oreilles de leurs moutons dishleys, car c'est d'eux qu'il s'agit, de petites taches noires ; ils n'en sont point surpris et préviennent ceux qui viennent acheter des béliers chez eux de ne pas se préoccuper de ces taches, qui sont un effet du climat maritime et ne se reproduisent pas sur les sujets élevés dans un milieu continental. Cette assertion est exacte, nous l'avons vérifiée.
Espèce canine. — Il y a un tel mélange parmi les chiens qu'il est à peu près impossible de suivre une de leurs races sur une étendue un peu considérable sans être exposé à trouver des métis et par conséquent à voir intervenir un facteur de coloration étranger au sujet traité ici. Mais il est bien connu que, pendant la durée de sa vie, la nuance de la coloration d'un chien varie quand cet animal, se déplaçant pour suivre son maître, change d'habitat. J'en citerai ici un seul exemple, mais très probant en raison de la sincérité de celui qui l'a recueilli. Livingstone raconte qu'en quittant l'Angleterre pour aller s'enfoncer en Afrique, il emmena un chien noir ; après un an de séjour dans le continent africain, ce chien était devenu fauve jaunâtre.
Espèce cuniculine. — Le lapin de garenne de l'Europe du nord et centre est d'un gris cendré bien connu ; le même lapin observé dans les pays méridionaux est gris roux.
Oiseaux de basse-cour. — Les Anglais possèdent une fort belle race de canards, celle d*Aylesbury, dont le plumage est tout blanc et le bec rose. Ils attachent une grande importance à ce dernier caractère et ne considèrent comme de race pure que les sujets qui le présentent. En raison de sa valeur, cette race a été introduite et acclimatée dans la plupart des pays de l'Ancien et du Nouveau- Monde, mais dans tous ceux du centre et du midi — et la France en est — on ne peut maintenir la couleur rose du bec ; elle vire impitoyablement au jaune, de sorte que dans nos concours et expositions, les membres du jury ont été obligés de ne pas regarder cette coloration rose comme caractéristique de la race.