C. — Transvasement du gaz du laboratoire dans le mesureur
L'absorption de Tacide carbonique ou l'explosion ayant eu lieu, on abaisse le réservoir du mesureur et on élève celui du laboratoire (F, ûff. 3. Le robinet P reste ouvert).
On met le robinet B en position 3. Le gaz passe dans le mesureur. On abaisse, rapidement d'abord, puis lentement, le réservoir de celui-ci, jusqu'à ce que la potasse vienne afUeurer au trait de repère r {fiff. 3) ; à ce moment, on ferme le robinet P ; le robinet B restant ouvert, on amène le gaz à la pression atmosphérique dans le mesureur, puis on amène le robinet B à la position 2 d'abord, puis à la position 1, pour laisser pénétrer le mercure jusqu'au trait de repère 0, et enfin à la position définitive 2. On rétablit la pression atmosphérique dans le mesureur et on fait la lecture.
D. — Opérations complémentaires après chaque analyse effectuée et avant chaque analyse à effectuer.
Après chaque analyse, il faut procéder au renouvellement de la potasse.
L'analyse étant terminée, et l'appareil étant dans le même état qu'à la fin de la série d'opérations C, on abaisse le réservoir F {fig. 3). On ouvre les robinets N et P. La potasse "de l'ampoule D arrive dans le laboratoire et le remplit, en se mélangeant à celle de l'analyse précédente. Quand elle arrive au bas du réservoir A, on élève F, la potasse rentre dans l'ampoule D ; quand le mercure arrive au niveau de la pointe du tube intérieur du laboratoire, on fenne P.
Si l'on juge qu'il reste encore trop de potasse, on fait arriver doucement le gaz du mercure (résidu de l'analyse précédente) dans le laboratoire, en laissant fermé le robinet P, et N ouvert. Une nouvelle quantité de potasse rentre dans l'ampoule D. On ferme N quand on juge convenable la quantité de potasse qui reste.
Après chaque analyse, et ces dernières opérations étant terminées, il faut ramener l'affleurement de la potasse au trait r (%. 3), si l'analyse suivante doit être faite de suite.
674 j. TissoT.
S*il doit s'écouler un temps plus long jusqu'à la prochaine analyse, le résidu est partagé entre le mesureur et le laboratoire, et mis à la pression atmosphérique.
Indications complémentaires,
11 est nécessaire d'employer une solution de potasse dont la concentration ne dépasse pas la proportion de 10 0/0, afin d'avoir une solution qui sature le gaz d'humidité.
Pour contenir les gaz à analyser, il est bon d'employer des cloches analogues à celle de la figure 8 ; leur extrémité recourbée et amincie permet facilement, par uoe adaptation parfaite sur l'extrémité du tube aspirateur, d'extraire I9 totalité de leur contenu.
Il est nécessaire do déterminer, par plusieurs analyses de l'air, la valeur de l'hydrogène- employé.
INTRODUCTION
DES COMBUSTIOxNS RESPIRATOIRES ET DE LA THERMOGÉNÈSE
Sous Pinfliieiice des toxines bactérieniies ;
Par MM. S. ARLOINQ et F. LAULANIÉ
A propos des théories émises sur le rôle palhojjunique des microbes, l'un de nous, dès 1886 (voy. Comptes rendus de FAcad, des sciences, 1. 103, p. (>10), avait étudié les modifications imprimées aux combustions respiratoires par deux maladies virulentes, Tune à microb(î aérobie, le charbon, Tautn^ à microbe anaérobie, la septicémie gangreneuse, à l'aide d'im outillage qui était une réduction de l'appareil de Pettenkofer j)our le dosage continu de l'acide carbonique de la respiration.
Il avait obs(îrvé, au cours de ces maladies, une diminution de l'acide carbonique exhalé, surtout dans la dernière période. Toutefois, elle était précédée d'ime légère augmentation, au début des symptômes de la septicémie gangreneuse.
Comme les affinités gazeuses des microbes de ces deux maladies sont différentes, il a conclu que ces affinités n'exercent pas une action primordiale dans la lutte qui s'établit entre l'agent virulent et l'organisme du malade.
Ce fait suggérait plusieurs réfiexions.
(a) Puisque les affinités gazeuses des microbes n'infiuaient pas sensiblement, d'une maladie à l'autre, sur le trouble d'une fonction aussi importante que la formation de l'acide carbonique, les désordres caractérisant la maladie tiennent donc moins au microbe qu'aux substances toxiques dont il est la cause ou l'agent déterminant. C'était donc vers ces substances qu'il fallait diriger l'attention quand on se proposerait d'étudier la production des symptômes généraux d'une afleclion virulente.
676 s. ARLOINO ET F. LAULANIÉ.
(b) Le relevé des changements de la température centrale dans les maladies sus-indiquées montrait une discordance entre les données thermométriques et les chiffres de Texhalation de Tacide carbonique. Effectivement, Thyperthermie est Tun des premiers signes de l'infection charbonneuse. La lièvre, jugée par Tétat de la température et du pouls, ne semblait donc pas liée invariablement à l'accroissement des combustions, conséquence aussi grave qu'intéressante qui méritait un examen sévère.
La solution de ce dernier problème ne pouvait être tentée qu*en associant la calorimétrie à la détermination des échanges respiratoires et aux observations sur les modifications de la température centrale.
L'auteur, à qui ces idées étaient suggérées depuis 1886, Ht de nombreuses tentatives pour créer l'outillage nécessaire à la réalisation de son programme. Arrêté, soit par des difficultés techniques, soit par des préoccupations d'un autre ordre, il a suspendu jusqu'à l'année dernière la continuation de ses recherches.
La reprise en a été possible grâce à l'instrumentation spéciale organisée, à l'école vétérinaire de Toulouse, par M. Laulanié et grâce à sa collaboration. Les expériences sur la mesure des échanges respiratoires et de la chaleur rayonnée ont été faites à l'aide de la méthode décrite par lui dans les Comptes rendus hebdomadaires de la Société de biologie, en février 1895 et dans deux mémoires publiés dans le présent numéro de ce journal.
Pendant cette interruption, M. Bouchard et M. d'Arsonval ont fait remarquer que le thermomètre ne pouvait pas nous renseigner exactement sur la quantité de chaleur produite par un sujet à un moment donné. Effectivement, la quantité de chaleur restant la même, la température moyenne centrale pourra monter ou descendre suivant que le sujet perdra peu ou beaucoup de calorique par ses différentes surfaces d'émission. Aussi donnent-ils l'excellent conseil d'étudier les questions de thermogénèse à l'aide de la calorimétrie.
MM. Langlois et Charrin, s'inspirant de ce conseil, ont montré au Congrès de physiologie tenu à Liège en 1892 une atténuation du rayonnement sous l'influence des produits solubles du bacille pyocyanique, coïncidant avec une élévation de la température rectale.
MM. d'Arsonval et Charrin, en 1894, ont corroboré ces faits à l'aide d'observations calorimétriques. Dans un mémoire inséré dM\ Archives de physiologie normale et pathologique (1892), ils pubUent quelques expériences où les agents modificateurs furent la tuberculine, les toxines pyocyaniques intactes ou décolorées et les cultures complètes du bacille pyocyanique.
On y voit, par exemple, qu'un lapin normal qui émettait 10 calo-
ries à Theure avec une température centrale de 88**, 7, n'émettait plus que 7***, 2 douze heures après avoir reçu une injection de culture du bacille pyocyanique, bien que sa température fût de 39*», 9, et émettait seulement 6"*, 1 soixante-douze heures après Tinjection, la température rectale étant 39**, 6, c'est-à-dire supérieure à la température normale de 0**,9. On y lit encore qu'un lapin rayonnait 10***, 35 et présentait une température centrale de 38*>,8 avant de recevoir en injection 1 centimètre cube de tuberculine. Dix-huit heures après l'injection, sa température étant 40**, 4, il n'émettait plusque8*«*S25.
La tuberculine et les toxines pyocyaniques intactes ont toujours déterminé une diminution de la chaleur cédée au calorimètre et simultanément une température centrale fébrile. Au contraire, les toxines pyocyaniques décolorées par le charbon ont déterminé une augmentation simultanée des évaluations thermométriques et calorimétriques. Ainsi, un lapin dont la température était à 38*>,9 émettait 9 calories à l'heure; il reçoit 12 centimètres cubes de toxines décolorées ; deux heures plus tard, sa température est à 40**, 4 et il émet 10***, 4; un peu plus lard encore, sa température est à 40**, 6 et il abandonne 12 calories.
Les auteurs en concluent que le charbon entraîne certains produits dont l'effet prédominant empêche l'accroissement du rayonnement. • Sans doute, l'emploi du calorimètre réalisé par MM. d'Arsonval, Gharrin, Langlois constitue un progrès. Il nous a éclairé sur la valeur des observations thermométriques. Mais seul ou uni à l'usage du thermomètre, il ne peut résoudre la question délicate des troubles (le la thermogénèse dans les empoisonnements bactériens.
La preuve on est fournie par le mémoire môme de MM. d'Arsonval et Chamn. Ces savants reconnaissent que la tuberculine et les toxines pyocyaniques modifient inversement les vaso-moteurs, et pourtant, malgré un changement si radicalement différent apporté aux conditions du rayonnement, les modifications calorimétriques et thermométriques déterminées par ces deux substances sont identiques. Ils conviennent eux-mêmes qu'il n'est pas facile « d'expliquer les résultats acquis en se basant sur l'état de la circulation superficielle ».
Il faut donc remonter plus loin, vers les sources de la thermogénèse, et ajouter aux observations calorimétriques et thermométriques l'élude simultanée des échanges respiratoires. C'est ce que nous avons tenté.
Nous poursuivrons de plus près la solution du problème. Cependant, nous ne prétendrons pas la donner entière. Nous ne savons pa:S en effet, si toute la chaleur rayonnée par un fébricitant procède exclusivement des combustions et s'il ne convient pas de faire inter-
ArCH. de PHY8., 5* SÉRIE. — VII. 44
678 s. ARLOINO ET f. LAULANIÉ.
venir dans ce cas particulier l'influence des phénomènes anaérobies qui paraît devoir être négligée dans la vie normale.
Par rétude des rapports de l'oxygène absorbé à Tacide carbonique exhalé dans la respiration, il est permis de se faire une idée de la nature intime des phénomènes d'où résulte ce dernier gaz, de faire la part des combustions et celle des fermentations.
Cette notion sera plus complète si elle repose, en outre, sur la connaissance des modifications de la masse gazeuse du sang artériel et du sang veineux.
En résumé, nous avons abordé ce travail avec Tintention de mettre en œuvre presque tous les moyens d'investigation dont on dispose, y compris la méthode graphique chargée de nous renseigner sur les troubles concomittants de la circulation et des phénomènes mécaniques de la respiration. Notre travail sera donc plus complet que celui de nos devanciers.
Avant de formuler des conclusions générales, il faut posséder un grand nombre d'expériences faites avec des toxines appartenant à des types différents. Aussi les résultats que nous présentons aujourd'hui, obtenus à l'aide des toxines diphtériques, ne sontrils qu'une simple introduction à l'étude des modifications de la température, des combustions respiratoires et de la thermogénèse sous l'influence des toxines bactériennes. Plus tard, le moment venu, nous écrirons un mémoire synthétique.
TOXINES DIPHTÉRIQUES
Disposition des expériences.
Dans ce premier mémoire, il sera question seulement des expériences OÙ furent étudiés les troubles imprimés par les toxines diphtériques à la température centrale, à la thermogénèse et au chimismo respiratoire.
Ces expériences ont été faites sur le cobaye, le lapin et le chien.
Les déterminations caloriques et respiratoires Airent obtenues dans l'appareil ad hoc de M. Laulanié et suivant sa méthode (voy. Comptes rendus de la Soc. de hiol., février 1895 et les mémoires précités).
Nous croyons devoir rappeler que la durée de la maladie artificielle communiquée aux sujets d'expériences est divisée en périodes plus ou moins nombreuses, distantes de deux heures en moyenne, pendant lesquelles les sujets sont enfermés dans le calorimètre k rayonnement et y restent inclus jusqu'à ce (|ue l'appareil soit en équilibre de température.
Lorsque l'animal est dans le calorimètre et lorsqu*il en sort, on prend sa température centrale.
Pendant son séjour dans l'appareil, on procède à une série d'analyses du courant d'air h sa sortie pour suivre la marche des combustions respiratoires.
Dans le calcul de la chaleur émise par l'animal, il est tenu compte de réchauffement ou du refroidissement subi par ce dernier, en supposant avec tous les auteurs que la chaleur spécifique du corps vivant est égale à 1.
La thermogénèse et le chimisme respiratoire sont exprimés en coefficients.
Nous appelons coefficient thermique (C. Th.), la quantité de chaleur produite par 1 kilogramme de poids vif en une heure ; coeïficient respiratoire en acide carbonique (C. R., CO*), la quantité d'acide carbonique rejelée par kilogramme de poids vif et par heure; coefficient respiratoire en oxygène (C. R., 0), la quantité d'oxygène consommée par kilogramme de poids vif et par heure.
Effets des toxines diphtériques sur h température^ les combustions respiratoires et la thermogénèse.
A. Sur la température. — MM. d'Espine et de Marignac avaient observé que le cobaye inoculé avec des cultures du bacille de Lôftler succombe avec une température inférieure à 36*. MM. Courmont et Doyon ont particulièrement fixé notre attention sur la marche de la température centrale dans l'intoxication diphtérique expérimentale (voy. Soc. de biol.^ 2 décembre 1894, et Arch. de pbysiol., avril 1895). Ils ont fait mourir des chiens, des lapins, des cobayes en leur injectant des toxines diphtériques filtrées sous la peau et dans le sang, à doses plus ou moins fortes, de manière à entraîner un dénouement fatal en l'espace de quelques heures ou de quelques jours.
Ces expérimentateurs insistent d'une façon toute spéciale sur lés phénomènes d'hypothermie qui terminent la maladie et prennent une intensité exceptionnellement remarquable lorsque les animaux sont exposés dans un logement dont la température est basse, non sans faire remarquer que ces phénomènes sont précédés d'une notable période d'incubation signalée par de l'hyperthermie se montrant très rapidement après Tinjection.
Le travail de MM. Courmont et Doyon a surtout pour but de montrer que les phénomènes hypothermiques associés à des troubles vaso-dilatateurs, qu'ils regardent comme les signes véritables de l'intoxication diphtérique, se produisent après une période d'incubation^ et \yQV suite se rattachent à des substances qui prennent naissance dans l'organisme sous l'influence des toxines.
Notre intention n'est pas de suivre les auteurs dans cette voie;
680 s. ARL0IN6 ET F. LAULANIÉ.
mais nous retiendrons des conséquences de leurs recherches, celles qui se rattachent aux troubles de la température et que nous avons corroborées, savoir : que l'intoxication diphtérique comporte une phase d'hyperthermie et une phase d'hypothennie, celle-ci beaucoup plus durable que celle-là.
Aux exemples signalés par ces deux expérimentateurs lyonnais, nous ajouterons quelques détails.
Nos observations ont suivi l'administration de doses de toxines capables de produire l'empoisonnement aigu ou subaigu, jamais l'empoisonnement chronique ; c'est dire que la maladie expérimentale produite par nous a évolué dans l'intervalle de quelques heures ou de deux à trois jours au plus.
L'influence des doses injectées sur l'élévation de la température est très précise et s'exerce sur l'intensité du mouvement fébrile et sur la rapidité plus ou moins grande de son apparition.
L'hyperthermie augmente, bien que non proportionnellement, avec la dose de toxines administrées. Cela est très net sur le lapin, qui nous semble ici un réactif plus explicite que le cobaye. Dans quatre expériences où les doses injectées sous la peau ont été de 1, 2, 3 et 4 centimètres cubes, la température centrale s'est modifiée de la manière suivante :
Elévation de 0®2 pour 1 centimètre cubes.
— 0,9 pour 2 —
— 1,4 pour 3 —
— 1,8 pour 4 —
Elle a été, d'autre part, deux fois plus hâtive avec les fortes doses.
MM. Gourmont et Doyon sont parvenus à raccourcir la durée de la phase hyperthermique, par l'injection de fortes doses de toxines dans le sang, mais n'en ont jamais observé la suppression complète.
Dans des cas exceptionnels, nous avons vu qu'elle peut manquer ou être si fugitive qu'elle échappe à l'observateur. Ainsi, un cobaye avait 38^,5 à 9 heures du matin; à midi, à l'instant où on lui iryecte 0*'*', 5 de toxine sous la peau, il indique 38**,6; à 3 heures, il s'est abaissé à 38^,5; à 5 h. 30 m., il est tombé à 30^; il est trouvé mort le lendemain, à 6 heures du matin.
Ou bien, l'élévation de température est presque insignifiante tant au point de vue de l'intensité que de la durée. L'un de nos cobayes, inoculé avec 2 dixièmes de centimètre cube sous la peau à 2 h. 30 m., marque 37^,9 ; à 4 heures, la température croît seulement de 1 dixième de degré (38*»); à 5 h. 30 m., elle tombe à 84*, 6; à 8 h. 20 m., elle est à33^6.
De même, l'hypothermie, phénomène précurseur de la mort, peut
éTUDE DES TROUBLES DE LA TEMPERATURE. 681
ne pas avoir le temps de s'établir. Un chien, pesant 19 kilogrammes, extrêmement vigoureux, a une température matinale de 38^,1. A 9 heures, il reçoit 50 centimètres cubes de toxines très actives dans la veine jugulaire. A partir de ce moment, la température se modifie de la manière suivante :
10 heures 39,6
H heures 39,9
12 heures 39,9
3 heures 39,9
3 h. 45 m Mort du sujet
• La température fébrile baissait donc depuis douze heures et demie, mais elle était encore notablement au-dessus de la normale au moment de la mort.
Répétons que les faits consignés ci-dessus sont des exceptions. En général, la température s*élève insensiblement après les injections (il est très rare d'observer une période latente véritable), puis elle s'abaisse graduellement, tombe au-dessous de la normale plus ou moins bas suivant la durée de la survie et la température ambiante.
Nous verrons plus tard, par l'étude attentive du chimisme respiratoire, que l'on peut subdiviser la phase hyperthermique en hyperthermie croissante et hyperthermie décroissante.
B. Sur les combustions respiratoires, — On s'aperçoit que pendant la première période de l'intoxication diphtérique les combustions respiratoires augmentent. L'accroissement, apprécié par son maximum, est lié plus ou moins directement à la dose du poison, comme l'élévation de la température.
Pendant la seconde période de l'intoxication, les combustions respiratoires diminuent et d'autant plus que l'hypothermie est plus considérable.
Sur la thermogénèse, — Appréciés à l'aide du calorimètre et en tenant compte du refroidissement ou de réchauffement pendant que l'animal est enfermé dans l'appareil, les troubles de la calorification et des combustions respiratoires suivent une marche analogue. Autrement dit, la phase hyperthermique entraîne une augmentation de la calorification et des combustions, la phase hypothermique, une diminution.
Exprimés avec cette généralité, les effets des toxines sur les fonctions que nous avons envisagées offrent un faible intérêt. Au con-
682 s. ARL0IN6 ET F. LAULANli.
traire, ils en prendront un très vif si on compare leurs relations chronologiques et leur intensité.
Des relations entre la thermogénèse et la température centrale.
Si nous consultons nos tableaux d'expériences, nous remarquons que le coefficient thermique, c'est-à-dire que la quantité de chaleur produite par un kilogramme d'animal dans l'unité de temps, ne suit pas régulièrement la température dans ses modifications croissantes ou décroissantes.
Le coefficient thermique cesse de croître plus tôt que la température centrale pendant la phase d'échauffement de l'animal. Ou bien l'animal continue à se maintenir durant plusieurs heures à une température supérieure à la normale malgré une diminution très réelle du coefficient thermique.
Voici quelques exemples :
1» Lapin pesant 2^», 750.
Coefficient ther-
miqoe. Températare.
A 2 heures du soii- â,300 39*0
A S heures, injection de 2^ de toxine.
A 1 heures 3,792 39,9
A 8 heures 3,320 39,9
A 9 heures 3,400 39,9
2» Chien pesant 6^,800.
Coefficient thermique. Températare.
cal
A 8 heures du matin 3,876 38*4
A 9 heures, injection de 20^ de toxine dans le sang.
A a heures 4,700 39,2
A 2 heures 4,630 41 ,6
A 7 heures 3,530 40,0
. Le résumé de ces deux expériences suffit à établir que l'on se tromperait étrangement si l'on prétendait apprécier les modifications de la thermogénèse par les variations de la température centrale. La température peut monter encore alors que le coefficient thermique est en pleine décroissance.
Pendant la phase hypothermique de la maladie, c'est-à-dire pendant que la température s'abaisse au-dessous de la normale, le coefficient thermique est faible.
Toutefois le malade paraît se refroidir plus facilement qu'il ne s'échauffe.
Dans l'examen dos rapports que ces troubles affectent avec le
chimisine respiratoire, nous allons trouver les faits les plus curieux et les plus propres à nous éclair(?r autant que possible sur leur pathogénie.
Des relations entre la température centrale, la tbermogénèse et le chimisme respiratoire.
Nos expériences sont au nombre de huit et dans toutes on a cherché à déterminer les mêmes éléments, au cours de Tintoxication diphtérique, savoir : la température, le coefficient thermique, le coefficient respiratoire en acide carbonique, le coefficient respiratoire on oxygène, le quotient respiratoire. Les déterminations ont été faites autant que possible à des moments correspondants dans chaque expérience. Malgré tous les efïorts qui furent déployés, elles n'ont pas été toujours complètes, soit parce que le mouvement fébrile ne survenait pas à Theure présumée, soit parce que certains phénomènes se produisaient à un moment où l'observation était impossible. Heureusement les éléments qui font défaut dans une expérience peuvent se retrouver dans une autre. Nous avons donc pu conclure sans difficulté.
A titre de spécimens, nous donnons ici des tableaux résumant les déterminations faites sur un lapin et sur un chien.
Tableau n* 1. — Injection sous-culance de 4 centimètres cubes de toxines
sur le lapin.
TBMPÉBATOaB II
centrale 1
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-, ,. Il
»ATU.
HBoau.
roiM.
introdaitet.
ks
lit
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1»' avril
ih.50-3h.50
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Injection
2 avril
ih.40in.
Mort dans
rappareil
^=Sm
s. ARLOING ET P. LAULANDÊ.
Tableau n»2. — Injection de 20 eentimètrea cubes de toxines diphtériques sur ua chien de 6^*^S00.
TKHPiRATCKB |
centrale |
DATBB.
HiDin.
POIDS
CORDITIOIfS
introdaitM.
ja
6,loO
lit
Ut
cal
15 mai
Normal
Injection
12hM2b.20
16 mai
20 h. après l'injection
Mort de ranimai
Si on compare sur ces tableaux les coefficients respiratoires en acide carbonique et en oxygène, aux coefficients thermiques et à la température centrale, on s*assure que Télévation de la température a toujours sa source dans une exagération des combustions respiratoires. Quand la température et le coefficient thermique sont audessus de la valeur primitive, une plus grande quantité d'oxygène et de carbone est engagée dans le chimisme respiratoire (voy. les lignes 1, 8, 4, 5 du tableau 1, et 1, 4, 7 du tableau 2).
Mais une fois établie, la température fébrile ne réclame plus pour s'entretenir une dépense chimique spéciale. Les combustions respiratoires atteignent à peine la mesure normale et le plus souvent tombent au-dessous de la normale. De sorte qu'il est curieux de trouver la coexistence d'un mouvement fébrile et d'un ralentissement très marqué des combustions.
Parfois (voy. ligne 5, tableau 1), le chimisme respiratoire reste élevé pendant toute la durée de l'hyperthermie.
On observe cette particularité dans les cas où le mouvement fébrile
est remarquablement aigu. Môme dans ces circonstances, les combustions s'abaissent et tendent visiblement à reprendre leur mesure accoutumée.
Quant à l'hypothermie, ses liens avec la diminution du chimisme respiratoire sont constants et inévitables, puisque nous voyons déjà les coefficients respiratoires et le coefficient thermique diminuer avant que la température fébrile ait atteint son maximum.
Le refroidissement de Tanimal est ici un phénomène secondaire dont la cause primitive et essentielle est une dépression vitale frappant sans doute tous les éléments de Torganisme. Il est, en effet, très différent du refroidissement primitif causé par les basses températures, les douches, la tonte, le vernissage, etc.), lequel entraîne toujours une exagération parfois énorme des combustions respiratoires.
L'hypothermie diphtérique se rapprocherait davantage de Thypothermie asphyxique où le refroidissement dépend de l'insuffisance des combustions; cependant la limitation imposée à ces dernières dans Tasphyxie est purement physique, tandis que, dans l'empoisonnement diphtérique, elle procède de l'amoindrissement de la vie.
En étudiant le tableau 2, on s'aperçoit que chez le chien, qui fut l'objet de cette expérience, il s'est écoulé une phase d'incubation d'une heure environ pendant laquelle la température, la caloriflcation et le chimisme respiratoire n'ont subi aucun changement.
Rapprochant, en outre, les éléments du chimisme respiratoire, des modifications de la température, on voit qu'il est possible de distinguer quatre phases dans l'intoxication diphtérique :
1** Phase d'incubation proprement dite y souvent difficile à saisir;
2* Phase d'hyperthermie croissante caractérisée par une augmentation simultanée de la température, du chimisme respiratoire et de la thermogénèse ;
3** Phase d* hyper thermie décroissante pendant laquelle la température descend lentement tout en conservant le caractère fébrile en dépit de la chute des combustions au-dessous de leur valeur normale ;
4° Phase d'hypothermie où le refroidissement est lié à une dépression très accentuée du chimisme respiratoire.
Modification du quotient respiratoire.
En général, pendant la deuxième phase et le commencement de la troisième, le quotient respiratoire s'abaisse, surtout chez le lapin et le chien. Par conséquent, la quantité d'oxygène qui disparaît dans le poumon augmente plus, proportionnellement, que la quantité d'acide carbonique exhalée.
686 s. ARLOING ET F. LaULANIÉ.
Lorsque la température baisse franchement et notablement, assez souvent le quotient respiratoire s'éloigne de Tunité.
Dans Texpérience poursuivie sur le chien (voy. tableau 2), ce fait revêt une précision particulière, attendu que cet animal était nourri au pain et avait au début de l'expérience un quotient très élevé.
L'abaissement du quotient respiratoire qui, d'aillem's, accompagne la fièvre d'une manière générale, nous permet de supposer que l'augmentation de l'acide carbonique liée à la première phase hyperthermique, dans Tempoisonnement diphtérique, tient réellement à une suractivité des combustions et non à des phénomènes anaérobies capables de modifier la thermogénèse.
Conclusions,
1* L'intoxication diphtérique détermine successivement la fièvre et des troubles hypothermiques.
2* L'hyperthermie n'est point l'expression ni la mesure des combustions respiratoires et de la thermogénèse.
8** Elle coïncide pendant un certain temps avec une diminution des combustions respiratoires.
4** L'hypothermie est secondaire et résulte de la dépression vitale imprimée à l'organisme.
5* Elle coïncide toujours avec un abaissement infligé à l'intensité des combustions respiratoii'es et marche relativement à la cause principale plus vite que réchauffement.
6^ Dans le cas particulier, Thyperthermie reste le seul témoin clinique et physiologique de l'état fébrile.
7° Des facteurs étrangei-s au chimisme respiratoire interviennent à un certain moment des phases hyperthermique et hypothermique et concourent à produire réchauffement ou le refroidissement.
8** Ces lacteiii's restent à déterminer et seront l'objet d'un travail ultérieur.
DES LESIONS HEPATIQUES EXPERIMENTALES
ENOENDRIÊES PAR LA TOXINE DIPHTERIQUE Par MM. 4- COURMONT, M. DOYON et PAVIOT
Les altérations du foie, chez Thomme mort de diphtérie, ont été relativement peu étudiées. Cet organe est augmenté de volume, gorgé de sang. Le microscope dénote une infiltration graisseuse des cellules endothéliales des capillaires sanguins intralobulaires et des cellules hépatiques, surtout marquée au voisinage des espaces portes ; de la dilatation vasculaire à prédominance au contraire centrale, sus-hépatique; et de Tinfiltration leucocytaire des espaces portes (Morel). -^rtel a vu des hémorragies capillaires, sous-capsulaires et interstitielles. Gastou * a décrit les lésions du foie infectieux en partie sur des pièces de diphtériques.
Au point de vue expérimental. Roux et Yersin ont signalé la teinte jaune et la friabilité du foie chez le lapin injecté avec des cultures complètes ou filtrées du bacille de Lôffler ; cet aspect manque chez le cobaye.
Gastou estime que le foie infectieux de Hanot, caractérisé par des plaques blanches, offrant parfois des granulations en saillies (foie granuleux infectieux), ou même des tumeurs ressemblant à des angiomes caverneux, est toujours le résultat, quelle que soit la maladie générale, diphtérie ou autre, d'une infection secondaire gastro-intestinale. Les altérations hépatiques constitueraient donc une complication due directement aux microbes de Tintestin ayant pénétré par la veine porte. Voici textuellement la huitième conclusion de sa thèse. « L'expérimentation et rexamen histologique montrent que ce foie infectieux résulte de l'infection gastro-intestinale, se transmettant au foie par la voie des radicules portes intestinales. Cette infection portale altérant les capillaires et consécutivement les cellules, appelle et facilite les infections biliaires, toujours précédées de
• Gastou, Du foie infectieux (Thèse de Puris^ 18a3).
688 a. couRMONT, m. doyon et PAVIOT.
cette infection sanguine. » Les expériences sur lesquelles s'appuie Gaston ne nous paraissent pas démontrer cette pathogénie du foie infectieux.
Les injections de cultures de staphylocoques pyogènes^ de bacilles du côlon dans la veine porte, le cholédoque, rintestin,etc., prouvent simplement qu'il existe des infections hépatiques à staphylocoques, à bacilles coli, etc., infections univepsellement admises. Les cas dans lesquels l'ingestion de microbes ou leur introduction violente eh un point quelconque du corps de l'animal a &\é accompagnée de l'action de substances telles que : phosphore, sublimé, arsenic, acétate de plomb, etc., sont encore moins suggestifs, toutes ces substances altérant le foie par elles-mêmes et en outre créant ainsi des lésions d'appel sur cet organe.
La question de savoir si les altérations hépatiques, qu'on observe dans certaines maladies infectieuses, et plus spécialement dans la diphtérie, sont dues aux toxines des microbes spécifiques ou à une complication infectieuse gastro-intestinale ne nous paraît donc pas résolue en faveur de cette dernière opinion. Nous pensons, au contraire, pouvoir démontrer que le bacille de Lôffler peut engendrer, à l'aide de ses seules toxines répandues dans la circulation générale^ une hépatite rappelant de très près l'aspect macroscopique du foie infectieux de Hanot et les figures de foies diphtériques publiées dans la thèse de Gaston. Cette hépatite est donc une lésion franchement diphtérique, purement toxique, à point de départ non portai ; elle n'est pas le fruit d'une complication infectieuse intestinale.
Dans le cours de nos expériences sur la toxine diphtérique, nous avons déjà étudié les lésions de l'intestin produites chez le chien d'une façon suraiguë par injection intraveineuse de ce poison*.
Nous avons constamment obtenu chez cet animal une congestion intense du foie, accompagnée parfois d'ictère généralisé très prononcé. Le duodénum est souvent gorgé de bile.
Le lapin mourant en dix-sept heures à la suite d'une injection intraveineuse de 1 centimètre cube de toxine diphtérique, et le cobaye succombant en soixante heures à une injection sous-cutanée de 2 dixièmes de centimètre cube de la même toxine, ne nous ont présenté aucune altération macroscopique du foie, autre qu'une légère congestion. Le microscope n'a décelé ni hémorragie, ni dégéné-
* CouRMONT, DoYON et Paviot, Des lésions intestinales dans l'intoxication diphtérique expérimentale aiguë {Soc. de bioï.y 2 février 1B95, et Arcb. de pbys.^ juillet 1895).
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rescence ou altération cellulaire quelconque, mais simplement quelques points de vaso-dilatation.
Chez le chien, nous avons parfois observé, à la suite d'une injection de quelques centimètres cubes de toxine diphtérique dans le système veineux général^ la production en quelques heures d'une hépatite nodulaire spéciale que nous allons maintenant décrire.
Nos premiers résultats ont été communiqués à la Société de biologie, le 27 juillet 1895 *, dans la même séance où MM. Teissier et Guinard * relataient des observations presque identiques, faites sur des chiens ou lapins injectés avec la toxine diphtérique ou la pneumobacilline d'Arloing.
Citons un exemple avec détails :
Le 26 janvier 1895, un chien de 11''k,500 reçoit dans la veine tibiale 1<^,5 d*une culture filtrée de bacilles de Loffler, tuant le cobaye en quarante heures environ, à la dose de 1 dixième de centimètre cube injecte sous la peau. 11 meurt en vingt^trois heures avec les symptômes habituels.
A Tautopsie, Fintestin gi*êle présente les lésions que nous avons antérieurement décrites. Les reins, la rate sont simplement congestionnés. Il existe de Tœdème à la base des deux poumons.
Le foie est volumineux et gorgé de sang. Ija surface est parsemée de nodules saillants dont le volume varie de la grosseur d*un pois à celle d'une noix ; ils sont blancs, mouchetés de taches brunes et se détachent sur la surface jaunâtre du foie. A la coupe, les nodules sont arrondis ou légèrement allongés en forme de haricots, s'enfonçant dans le tissu hépatique; leur limite est excessivement nette, tracée par une ligne festonnée. Ils sont composés d*un stroma aréolaire blanc jaunâtre, paraissant gorgé de sang noir. On dirait les noyaux secondaires d'une tumeur devenus télangiectasiques. Certains nodules, des plus volumineux, se présentent à la surface avec le même aspect, mais sans faire saillie. Dans Tintérieur du foie, on compte un très grand nombre de ces nodules qui, en certains points, se touchent tous, plusieui^ petits groupés autour d'un nodule plus volumineux. Quelques-uns ont une limite plus confuse.
Examen histologique, — On prit dans ce but :
1<* Un fragment renfermant la moitié d'une des tumeurs les plus volumineuses, ne faisant pas saillie à la surface du foie, de teinte rouge sombre ;
2<^ Un fragment comprenant une des plus petites tumeurs sanguines avec une portion étendue du tissu hépatique adjacent.
* CouRMONT, DoTON el Paviot, Lésions hépatiques engendrées chez le chien par la toxine diphtérique {Soc. de biol.y 27 juillet 1895).
' Teissier et Guixard, Lésions expérimentales du foie réalisées chez les animaux par injection intra- veineuse de toxines microbiennes (pneuraobacilline diphtérie principalement) (Soc. de biol.y 27 juillet 1895).
690 i, COURMONT, M.DOTON ET PàVIOT.
1<* Dans le premier fragment, la masse faisant tumeur est d'une grande friabilité, elle s'effrite et tombe sous le coup de rasoir.
Les rares coupes obtenues expliquent ce manque de cohésion. Il s*agit en effet d'un bloc à contours plus ou moins dentelés, presque détaché du tissu qui Tentoure. La constitution lobulaire y a complètement disparu.
Les espaces portes persistent sous forme d*tlots conjonctifs rouges, ren fermant leurs organes habituels. En dehors d'eux, on ne voit qu'une nappe rouge brunâtre, dans laquelle on reconnaît des globules rouges, mais en nombre proportionnellement beaucoup moindre que les cellules hépatiques, celles-ci apparaissent sous forme de masses granuleuses, sombres, déformées, irrégulièros, ne laissant plus voir leur noyau.
Histologiquement la limite de cette masse, de cette fausse tumeur est aussi nette qu'a l'œil nu ; celle-ci est à moitié éliminée, le sillon d*élimi^ nation s^ traduisant par une fente discontinue, travei*8ée çà et là par des fractions de blocs cellulaires également sombres et granuleuses. ' Mais, fait important, il y a dans cette masse en voie de nécrobiose beaucoup moins do sang qu'à son pourtour.
Immédiatement en dehors d'elle, en effet, l'organe reprend une consistance à peu près normale, mais on trouve une transsudation sanguioe poussée à un très haut degré. Sans qu'il y ait hémorragie en nappe, la continuité des trabécules hépatiques est détruite, les cellules écrasées n'apparaissent plus que sous forme de blocs brunâtres plongés dans une nappe verdâtre de globules rouges. Il en est ainsi jusqu'aux limites de la coupe.
L'étude de ces coupes ne peut rien nous apprendre au point de vue des lésions cellulaires autochtones, elles ne peuvent y être séparées des altérations traumatiques dues à la compression par une réplétion intense des capillaires sanguins.
2® IjC second fragment nous a permis d'établir nettement la nature des lésions cellulaires.
D'ubord, ces tumeurs de plus petit volume, faisant saillie à la surface du foie, sont réellement dues à des hémorragies.
Celles-ci sont interstitielles et intralobulaires, c'est-à-dire que la capsule de Glisson les limite en dehors, mais on trouve des espaces portes marqués par leurs îlots conjonctifs rouges en pleii^e hémorragie jusqu'au voisinage de la capsule même ; donc celle-ci n'est pas détachée du foie par le sang.
Dans l'hémorragie même, à contour diffus, on ne distingue que les espaces portes, sauf quelques vagues traînées rougeâtres, vestiges des trabécules hépatiques.
La limite histologique en est mal tranchée, car à l'hémorragie succède une dilatation intense des capillaires sanguins^ s'atténuant sans disparaître complètement à mesure qu'on s'éloigne de l'hémorragie.
A la périphérie de la coupe, les altérations cellulaires sont faciles à étudier; elles sont profondes : ici les cellules sont transformées en gros blocs granuleux, troubles, à noyau presque invisible; là on ne trouve
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plus qu'une nappe continue de granulations et de globnles sanguins semés de noyaux libérés de leur atmosphère proioplasmique.
En un mot, les amas brun rougeAire, fhigiles, à peu près circulaires, semblables à des noyaux secondaires d*une tumeur très vasculaire, ne sont pas, comme on le croyait macroscopiquement, de vastes hémorragies, mais offrent tous les caractères de foyers nécrobiotiques récents. Leur nature n^est pas facile à déterminer, étant donné la jeunesse des lésions et la rapidité avec laquelle elles se sont produites ; cependant la teinte sombre des éléments qui les composent, leur manque de cohésion, cette ligne d*élimination dentelée presque continue, nous ont paini des caractères suffisants pour affirmer qu'il s'agit de territoires hépatiques mortifiés en bloc. La lésion est plus cellulaire qu'hémorragique.
Il semble donc que les lésions observées peuvent se résumer ainsi : vaso-dilatation générale et altérations cellulaires profondes. La première peut aller jusqu'à produire des foyers hémorragiques interstitiels (petites tumeurs saillantes). Les lésions cellulaires intéressent tout l'organe, elles vont de la tuméfaction trouble ou dégénérescence granuleuse jusqu'à la désintégration protoplasmique et la libération des noyaux ; mais par place il y a des foyers de mortification, distribués peut-être suivant certains territoires vasculaires.
Conclusions.
1*» La toxine diphtérique introduite dans le système veineux général, peut engendrer, en quelques heures, chez le chien, une hépatite parenchymatause, rappelant macroscopiquement le foie infectieux de Hanot ;
2** Celui-ci peut donc être le fait d'une intoxication générale et n'est pas forcément le produit d'une infection gastro-intestinale, comme l'a soutenu Gaslou ;
3" Ces lésions toxiques suraiguës portent spécialement sur la cellule hépatique (tuméfaction trouble) et sur le système vasculaire (vaso-dilatation générale, hémorragies interstitielles). Elles sont généralisées à la totalité du foie. Poussés à Textrôme en certains points, ces deux processus forment des nodules volumineux dus, soit simplement à une hémorragie en foyer (nodules saillants), soit à un foyer nécrobioti(iue (nodules volumineux et peu saillants) ;
4« En raison de la rapidité de l'intoxication, on n'observe ni dégéné* rescence graisseuse dos cellules hépatiques, ni infiltration embryonnaire, ni aucune modification du tissu conjonctif des espaces portes. Il ne s'agit donc pas encore d*un processus cirrholique, compai'able à celui qui envahit le foie diphtérique humain, dont Tintoxication est plus lente.