INJECTIONS INTRAVEINEUSES DE PEPTONE
ET LEUR INFLUENCE SUR LA COAGULABILiré DU SANG CHEZ LE CHIEN Par M. CH. CONTEJEAN
(Travail do l'instital de pathologie du Muséum.)
Schmidt-MOlheim * a découvert que, chez le chien, les injections intraveineuses de peptone déterminent Tincoagulabilité du sang pendant un temps plus ou moins long, suivant la dose employée. Ce phénomène ne se produit pas chez tous les animaux, en particulier chez le lapin. Nous savons, depuis les recherches postérieures de Pollitzer^ et de Grosjean^ que Faction anticoagulante des injections intravasculaires de peptone ordinaire est due à la propeptone, impureté qui la souille toujours et dont on ne savait pas encore la débarrasser à Tépoque où parut le mémoire de Scbmidt-MOlheim. Pollitzer incrimine spécialement la deutéroalbumose et surtout Fhétéroalbumose de Kûhne. Grosjean a défmitivement tranché la question suivante, récemment encore entourée d*obscurité, que la propeptone n*a aucune action spécifique sur la coagulation du sang in vitro. En effet, dit-il, les doses de propeptone nécessaires pour suspendre la coagulation du sang sont comparables à celles de chlorure de sodium, de sucre ou d*autres substances indifférentes, capables de produire le même effet. Il montre, en outre, qu'il est nécessaire que la propeptone, pour acquérir son influence sur la coagulabilité du sang,
* Adolf Sohmidt-Mulheim, Bcitrâge zur Kenntniss des Peptons nnd seiner physioIogiBchen Bedeutung (Du Bols' Archivy 1880, ^. 50 u. folg.)
* PoLLrrzER, in Kubhne, Albumosen und Peptonen (Zeitschrift fiir Biologie^ 1885, N. F., Bd III, S. 2d2).
' Alfred. Grosjean, Recherches sur l'action physiologique de la propeptone et de la peptone (Mémoites de }' Académie royale de Belgique^ 1892).
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passe par Tun oa Tiratre des organes du corps et y subisse certaines, modifications ^
Il est possible de mettre obstacle à ce rôle sur la coagulabilité du sang que joue la peptone introduite dans Fappareil circulatoire. Schmidt-Mûlheim^ a reconnu que, lorsque la coagulation du sang a réapparu quelque temps après une première injection de peptone, elle n*est plus influencée par une nouvelle injection. Grosjean^ a vu persister cette immunité vingt-quatre heures environ après le retour de la coagulabilité. Fano * est arrivé au même résultat par un autre procédé. Une injection de peptone consécutive à une injection de tryptone n'entrave plus la coagulabilité du sang, bien que Tinjection préalable de tryptone n*ait eu elle-même aucune action sur cette dernière. Enfin, Grosjean ^, après avoir montré que la peptone pure, préparée suivant le procédé de Kûhne, ne supprime jamais la coagulation du sang et se borne à la diminuer, nous apprend qu'une injection de peptone confère Timmunité vis-à-vis d'une injection de propeptone pratiquée dans les vingt-quatre heures qui suivent.
Uensemble de ces faits nous montre que le chien peut être rapidement amené à tolérer une injection intravasculaire de peptone sans que le sang devienne incoagulable ; c'est ce qui m'a engagé à rechercher si on ne pourrait pas atteindre ce résultat par d'autres méthodes. Dans l'expérience de Schmidt-Mûlheim, le produit empêchant la coagulation du sang, produit qui provient de la transformation de la peptone dans un organe ou qui est sécrété par l'organisme lui-même sous l'influence de cette dernière, ce que nous ne savons pas au juste actuellement, a probablement déterminé de la part de l'organisme aflecté, une réaction dont l'efîet a été la sécrétion d'une substance antitoxique rétablissant la coagulabilité du sang et permettant à l'animal de résister à une intoxication ultérieure. S'il en est ainsi, il semble possible de provoquer cette réaction de l'organisme chez^ un chien normal en lui transfusant du sang de peptone ® dans les vaisseaux. Ce chien pourrait alors être peptonisé quelque temps après la transfusion sans que le sang perdit la faculté de se coaguler.
Avant de décrire les expériences que j'ai faites à ce sujet, je dois entrer dans quelques détails généraux sur la manière dont elles ont
* Grosjean, loc. cit.^ p. 33 et 34 du tirage à part.
* ScHMIDT-MiiLUElM, loC. Cj't,^ p. 52.
» Grosjean, loc. cit.j p. 17, 18, 19, 20, 23 et 24.
* D*" Fano, Das Verhalten des Pépions und Tryplons gegen Blut und Lymphe (Du Bois* Archiv, 1881, S. 279).
*' 6bo&ul&^» loc. ci t. y p. 26 et 35.
* A l'exemple des auteurs allemands, je désigne par sang de peptone (Pepton^ blut) dm sang' ÎBcosgaiabi» pàm mur tin eUea ayant reçu dans les vaisseaux une injection de peptone à dose suffisante. Le terme de sang peptonisé serait impropre, puisque le sang de chien, additionné de peptone, peut encore se coaguler.
nFLUBNCE DES PEPTONES SUR LA COAGULABELITE DU SANG. 47
été conduites. J*ai employé comme substance destinée à provoquer Viocoagulabilité du sang, la peptone de Witte, à Rostock. Il était inutile, en effet, pour le cas qui nous occupe, d'avoir recours à de la propeptone exempte de peptone dont la préparation est fastidieuse. Le produit de Witte est très riche en albumoses, et par suite très propre à rendre le sang du chien incoagulable. U suffit, comme un grand nombre d'expériences faites dans un autre but me l'ont enseigné, d'injecter même lentement 1/3 de gramme de cette peptone par kilogramme d'animal dans les veines d'un chien, pour déterminer pendant une heure environ l'incoagubilité du sang. Je citerai comme type une expérience oii précisément l'injection a été faite dans la veine porte.
2 février i894, — Chienne de 19 kilogrammes. Pas d*anesthésie. On découvre un rameau de la veine porte à Taide de la cocaïne et on y fixe aae canule. De 3 h. 45 m. à 4 h. 30 m., on injecte sans interruption, c'est4-dire avec une très grande lenteur, 6«', 5 de peptone de Witte . Le sang coule en nappe par la plaie du ventre et on ne peut parvenir à arrêter rhémorragie. L'animal recousu est placé dans une cage à urine. A 6 h. 15 m.jjil n'a pas émis^une goutte d'urine, maison trouve dans le vase du sang qui n'est pas coagulé. Ce chien n'a pas poussé un 3 seule plainte pendant toute l'opération.
Cette expérience, qui nous montre que la peptone injectée dans la veine porte, dans d'excellentes conditions, produit les mêmes effets que lorsqu'on l'injecte dans une autre veine, bien que le contraire ait été soutenu, nous prouve en outre que 1/3 de gramme de peptone, même injecté lentement, suffit à rendre le sang incoagulalable. Une dose bien moindre peut même produire ce résultat. Je vois, par exemple, dans une expérience de Schmidt-Miilheim, qu'un chien de 23 kilogrammes, ayant reçu 8 grammes de peptone, a eu son sang incoagulable pendant plus d'une heure *. On remarquera que dans nos expériences nous avons toujours donné à nos animaux une dose beaucoup plus forte, le plus souvent supérieure à 1/2 gramme par kilogramme ; que l'injection a toujours été faite en cinq minutes environ et, par suite, le sang aurait toujours dû être incoagulable. Le sang dont la coagulabilité devait être examiné, était puisé dans une artère, par un tube de verre qui y était fixé à demeure. Il était recueiUi de temps en temps dans des tubes à essai, après qu'on avait laissé couler le sang stagnant entre les prises dans la canule de verre et qu'on avait au besoin expulsé avec une plume d'oiseau les caillots qui s'y étaient formés. La peptone était employée dissoute à
• SCHIIIDT-MÛI-HBIM, loC. Cit., p. 52.
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chaud dans de Teau salée à 5 p. 1000 environ et injectée encore tiède au titre de I/IO^ après avoir été soigneusement filtrée. Les animaux étaient enveloppés dans une couverture pendant la durée de Texpérience, afin d*empôoher un refroidissement trop rapide. Voici les protocoles de quelques expériences :
80 octobre 1894, — On injecte dans la veine jugulaire externe d'un chion de 10 kilogrammes 8 grammes de peptone. L'opération dure dix minutes. Du sang, puisé immédiatement après dans la carotide , n*est point encore coagulé le surlendemain. On fait alors dans ce vaisseau une prise de quai*ante centimètres cubes de sang que Ton injecte aussitôt, à 2 h. 30, dans la veine fémorale d'une chienne pesant 30 kilogrammes. Bien que ce deuxième animal ait un kyste asses volumineux à une mamelle, il parait être dans un état de santé satisfaisant.
Cette chienne est reprise vers 4 heures. Elle paraît très abattue et n'oppose aucune résistance quand on la fixe sur une gouttière. On lui fait une prise de sang dans l'artère fémorale. Elle coagule en quelques minutes. De 4 heures à 4 h. 5 m., on lui injecte dans la veine fémorale 23 grammes de peptone ; puis on recueille dans l'artère du sang, de cinq en cinq minutes. Chaque prise coagule en cinq minutes environ. L'animal est dans un état de profonde narcose ; la respiration est pénible et se fait avec un fort cornage. L'expérience ne peut être poursuivie après 4 h. 30 m., car l'animal meurt. Ija dernière prise de sang a coagulé en moins de cinq minutes.
26 octobre i894, — A 10 h. 45 m., on injecte en cinq minutes 10 grammes de peptone dans la veine fémorale d'un chien de 11 kilogrammes. Une demi-heure après (il h. 15 m.), on puise dans l'artère fémorale de ce chien 18 centimètres cubes de sang incoagulable que l'on injecte aussitôt dans la veine honteuse externe d'un chien de 18 kilogrammes. Des prises de sang faites à ce deuxième chien dans l'artère crurale, de cinq en cinq minutes, se coagulent rapidement. La dernière est faite à 11 h. 35 m.
A 3 h. 40, on injecte à ce deuxième chien 10 grammes de peptone dans la veine saphène interne. L'opération dure trois minutes. A 3 h. 45 m., on fait une prise de sang dans l'artère fémorale : coagulation en cinq minutes. On injecte encore 5 grammes de peptone et, à partir de 3 h. 50 m. jusqu'à 4 h. 30 m., on fait des prises de sang artériel toutes les cinq minutes. Chacune de ces prises commence à se coaguler dans les cinq minutes, et au bout de dix minutes environ, on peut retourner le tube à essai. Les prises 3 et 4 ont demandé un quart d'heure pour se coaguler. Les deux dernières étaient complètemeut coagulées en moins de cinq minutes. La narcose a été remarquablement faible ; elle a presque cessé à partir de 4 h. 10. Ce chien, extrêmement hargneux, cherchait alore à mordre chaque fois qu'on l'approchait. On remarque aussi, vers la fin de l'expérience, que le sang jaillit avec force de la canule placée dans l'artère fémorale, ce qui prouve que la j ression sanguine se relève beaucoup.