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CHAT SANS ESTOMAC

Hianière remarquable. Comme nous l'avons écrit*, cette paressé, très nette pendant les deux premiers mois post-opératoires, semblait avoir disparu au troisième mois. Tandis que nous avions été obligés jusqu'alors de suppléer souvent par le gavage à rinsufflsance de l'alimentation volontaire, l'animal s'était mis à manger spontanément la nourriture que nous lui donnions, nourriture constituée par une bouillie faite de lait, farine de riz, œufs et sucre. Mais ce nouvel état de choses fut passager, et nous fûmes de nouveau obligés de gaver notre animal, qui refusait de se nourrir spontanément. Avec le gavage la digestion se faisait convenablement, et l'animal se maintenait en équilibre de nutrition. On assistait à ce fait curieux que l'animal était capable de digérer l'alimentation qui lui était ofierte, mais paraissait ne ressentir aucun besoin de manger. Quel que fût l'aliment présenté à l'animal, qu'on lui présentât de la viande cuite ou crue, une solution de sucre, un morceau de poumon, dont les chats sont ordinairement si avides, notre chat restait impassible devant cette nourriture ; l'animal refusait de manger spontanément. Cependant le pancréas, l'intestin continuaient leur travail glandulaire normal, puisque les aliments étaient digérés quand on les faisait absorber de force à l'animal. Le refus de manger n'était donc pas un fait subordonné à une impuissance digestive ; il s'agissait d'un trouble d'ordre sensitif que l'on devait rattacher à une perversion dans la manifestation normale de la sensation interne du besoin de manger. Tout s'est passé comme si notre chat agastre avait perdu la sensation de la faim.

Or, comme bien l'on pense, c'est précisément des suites mêmes de cette perte de la sensation de faim qu'est mort notre animal, car celle-ci a amené évidemment l'inanition, à laquelle a succombé fina lement le chat agastre, quand nous avons suspendu le gavage.

Dans ces conditions, notre conclusion se dégage d'elle-même.

Si l'existence anatomique de l'estomac, organe moteur et peptique, n'est pas absolument indispensable pour la digestion proprement dite — ce que démontrent toutes les expériences d'extirpation de l'estomac pratiquées soit sur le chien, soit sur le chat — il semble, par contre, que l'on doive accorder une grande importance à son rôle d* organe sensitif périphérique en rapport avec la manifestation normale de la sensation interne du besoin de manger *. C'est à ce

* Arcb, de pbysioL, 1895, p. 355.

Si nous nous ratlacbons, pour La compréhension du mécanisme intime des

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titre, sans doule, qu'il n'est pas indifférent de pratiquer sur les animaux une gastrectomie absolument totale ou seulement presque totale. Et, dès lors, disparaît toute contradiction entre notre dernière expérience et les expériences précédentes qui, par le fait même de Textirpation incomplète de Testomac, étaient impuissantes à établir cette donnée physiologique.

rapports de Torgane stomacal avec la sensation interne de la faim, à Topinion qui voit dans ces rapports des relations d'ordre sensitif, plutôt que d'admettre rexistence d'une sécrétion interne stomacale agissant sur les centres encépha* liques, c'est que ce serait là actuellement une hypothèse nouvelle, toute gratuite. La conception exclusivement nerveuse a, du moins, l'avantage d'être en harmonie avec les faits dans lesquels la suppression de la sensibilité de la muqueuse stomacale, par la cocaïne par exemple, supprime du même coup la sensation de la faim. Il reste toutefois à déterminer sous quelle influence (distension cellulaire par l'emmagasinement des proferments?) cette sensibilité de la muqueuse stomacale est normalement mise en jeu, à l'origine de la sensation dje faim.

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