FERRÉ ET BUSQUET
Professeur à U Faculté do médecine Aide-major de 1'* classe,
de Bordeaux.
En janYier 1894, un de nos amis nous apporta sept flèches empoisonnées pi*ovenant des peuplades sauvages qui habitent le pays de Segou, dans le Soudan français ; il nous déclara que ces flèches passaient pour très dangereuses. Nous piquâmes aussitôt un lapin en lui laissant la flèche sous la peau du dos pendant 2 minutes, et nous vîmes Tanimal mourir en 17 minutes.
Jusqu'à présent, pour la région occidentale de TAfrique, on n*a étudié que le poison des flèches des peuplades du Gabon (Pahouins). Pelikan, Tun des premiers, d*abord en collaboration avec Dykowski (1861), puis seul (1865), montra nettement sur la grenouille que le poison des flèches du Gabon est un toxique du cœur qu'il paralyse après quelques minutes en systole, déterminant ainsi promptement la mort.
Depuis, en 1870, Legros, sur un chien et des grenouilles, Bert, sur des chats, firent des constatations identiques ; mais alors que Bert considérait la systole du cœur comme un phénomène de rigidité cadavérique, Legros affirmait qu*elle était due à l'action même du poison.
En 1872, Polaillon et Carville élargirent lé cercle des investigations expénmentales ; cependant, ils essayèrent plutôt l'extrait des graines d'Inée (Strophantus hispidus) que le poison qui recouvrait les quatre flèches qu'ils avaient reçues de chez les Pahouins. Ils conclurent que l'Inée ou suc du strophantus agit directement sur la fibre musculaire en détruisant sa contractilité et n'a aucune action sur l'élément nerveux.
En 1876, Gallois et Hardy étudièrent l'action physiologique de l'écoice de mançone, arbre de la Guinée, que les peuplades de la côte occidentale de l'Afrique emploient pour empoisonner leurs flèches. L'érythrophléine (c'est là le nom de ralcaloide qu'ils en i*etirèrent) agit comme poison
802 FERKÉ ET BUSQUET.
musculaire sur lo cœur, qui est immobilisé : le ventricule en systole et les oreillettes en diastole (grenouilles), les ventricules et les oreillettes en diastole (animaux à sang chaud).
Gley et Lapicque, en 1887, reçurent deux flèches du Gabon et en étudièrent l'action sur des grenouilles et des chiens. Chez les uns et les autres, la mort survint par arrêt du cœur, tantôt en systole (grenouille), tantôt dans un état de demi contraction (chien). Ils conclurent que le poison n'était autre qu'une strophantine, mais, en ce qui concerne son action cardiaque, qu'il n'était pas possible de décider si cette action porte sur les appareils ganglionnaires intracardiaques ou sur le tissu musculaire luimême. Ils virent qu'il se produit une diminution du pouvoir excito-motcur de la moelle et une action sur le bulbe.
La question était donc absolument neuve; personne, à notre connaissance, n* avait étudié Faction nocive des flèches du Soudan français sur les anitaaux. Il était en outre fort important de savoir si oui ou non ces flèches étaient dangereuses, car le pays d*où elles proviennent est en pleine période de conquête et quelques-unes de nos troupes y tiennent garnison.