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Chapitre II. — Action physiologique

Comment ces diSèrentes substances se comportent-elles quand elles pénètrent dans T organisme animal ? — Nous avons tout d'abord expérimenté en employant une simple dilution aqueuse du poison ; puis nous avons essayé l'action des deux substances obtenues : Substance a toxique ; substance p non toxique. Enfin, dans une dernière série de recherches, nous avons piqué directement les animaux avec les flèches recouvertes de leur enduit.

L Dissolution aqueuse du poison, — * Une dissolution est faite a 1 0/0 dans de l'eau distillée stérilisée. Son action est essayée : 1<* sur des ani* maux à sang froid (grenouilles, escargots), dont certains (escargots) signalés comme réfractaires aux alcaloïdes toxiques du groupe des digi-> talines ; ^ sur des animaux à sang chaud (lapins, chiens, rats).

!• Action sur les animaux à sang froid. Grenouille, — Dans une première série d'expériences, nous avons injecté la dissolution aqueuse du poison sous la peau du dos ou dans le pli de l'aine, après quoi nous laissions Tanimal en liberté sous une cloche.

Dans une deuxième série, nous fixions l'animal sur une plaque de Arch. db piits., 5* séaiE. — VIL 53

806 PERRé ET BU5QUET.

liège et mettions le cœur à nu. I^s injections étaient ensuite poussées dans le pli de Taine.

Première série. — Grenouille /i* f . — 4 h. 15 m. Injection sous la peau du dos de 1 centimètre cube de solution titrée ; grenouille sous un cristallisoir.

4 h. 20 m. La grenouille ne paraissant pas indis;>osée, injection nouvelle de 1 centimètre cube ; Tanimal paraît mal à Taise, se tourne dans tous les sens, saute sous le cristallisoir.

4 h. 30 m. I^a grenouille n*est subitement plus excitable à la piqûr^^ ; se meut difHcilement.

4 h. 31 m. Mort après quelques mouvements convulsifs.

Autopsie. — Oreillettes dilatées en diastole, inexcitables une minute après la mort, ventricule contracté en systole, inexcilable. Viscères très congestionnés.

Cette observation est typique ; toutes les autres de la série sont idc ntiques ; nous n*en ferons donc pas mention.

Deuxième série. — I^a relation des dix-huit observations que lious avons pu recueillir au jour le jour serait fort longue et sans intérêt, car les mêmes faits s'y trouvent consignés la plupart du temps ; aussi, ne rappoiHerons-nous qu'une de ces observations.

Grenouille n^ i, — Cœur, 16 battements dans un quart de minute.

4 h. 26 m. Injection de 1 ^, 5 sous la peau de la cuisse droite.

4 h. 27 m. Cœur, 18, légèi'e accélération.

4 h. 28 m. Cœur, 16.

4 h. 29 m. Cœur, 14. Irrégularités dans les contractions du ventricule.

4 h. 30 m. Le ventricule se vide complètement pendant plusieurs secondes, puis rebat ; les oreillettes restent dilatées.

4 h. 31 m. Le ventricule ne se contracte plus que rarement. Convulsions violentes qui durent quelques secondes. I^s oreillettes se ralentissent (10 pulsations).

4 h. 32 m. Le ventricule est immobile. Il est cependant encore excitable et répond par une systole quand on le touche.

4 h. 33 m. Les oreillettes se vident de temps en temps, puis se laissent dilater passivement. 1 contractions.

Le ventricule, après une excitation violente, recommence à battre.

4 h. 34 m. Ralentissement des battements des oreillettes, ^6; convulsions ; arrêt du ventricule en systole.

4 h. 35 m. Convulsions ; oreillettes, 5 battements, puis cessent de battre.

4 h. 36 m. Cœur immobile, excitable; sensibilité générale normale.

4 h. 40 m. Cœur immobile ; le ventricule en systole, les oreillettes sont dilatées en diastole.

La sensibilité générale est conservée.

4 h. 51 m. La grenouille n'est pas morte. Le cœur est excitable.

5 heures. Même état.

5 h. 3 m. Mort, Le cœur est inexeitable. Le ventricule est en systole ¥kle, pâle ; les oreillettes sont en diastole, pleines de sang. Le nerf sciatiq«tt est mis à nu des deux côtés, puis sectionné. Electrisation du bout périphérique : contractions très énergiques dans le membre gauche, pas de mouvements dans le membre droit, où Tinjection a été faite.

Dans un autre cas nous avons pu noter les divers .stades de l'immobilisation du ventricule (voir schéma, îig, 1).

4^53 MJ54 %»Î55 4^56 4»»57

Fig. 1.

En résumé, chez les grenouilles, la mort survient de !1 à 54 minutes après rinjection. Le cœur passe par une première phase très brève d'excitation, après laquelle le ralentissement débute pour se continuer progressivement jusqu'à Tarrct (*x)mplet du cœur, qui se produit de 10 à 50 minutes environ après Pinjection. Le ventricule cesse de battre le premier ; il s'immobilise en systole, de 2 à 5 minutes après le début de rexpérience. Les oreillettes continuent à battre parfois pendant un temps assez long, 15 à 20 minutes, mais les contractions en sont lentes, irrégulières et peu actives. Le cœur est complètement inexcitable. De même pour les nerfs sciatiques et les muscles qui ont été en contact avec la solution toxique. Au contraire, les autres muscles répondent aux excitations électriques.

Escargots. — L'animal, après que la coquille a été brisée avec de forts ciseaux, est ûxé par le pied sur une plaque de liège, à l'aide d'épingles. Le manteau est fendu et rejeté avec le poumon ; le cœur, alors découvert, se présente l'oreillette en avant, le ventricule en arrière. Dans le pied, on pousse, à l'aide d'une seringue de Pravaz, une injection de i/'l centimètre cube de la dilution à l/lOO** du poison.

Des nombreuses observations que nous avons enregistrées, nous ne relaterons que la suivante :

Escargot, — L'animal est préparé comme nous venons de Findiqucr.

4 h. 10 m. Injection de 1/2 centiniètre cube de solution à 1/100*; cœur, 32 battements à la minute.

4 h. 11 m. Cœur, 32. L'animal écume beaucoup.

4 h. 12 m. Intermittences, irrégularités dans les contractions du cœur, 26.

4 h. 13 m. Cœur, 22.

4 h. 14 m. Le cœur se contracte difficilement, intermittences nom* breuses. Battements, 16.

' 808 PERRÉ et BUSÛtîEf.

4 h. 15 m. Les intermittences sont plus fréquentes; le cœur ralentit ses battements, 8.

4 h. 16 m. Le ventricule s'arrête en systole ; Foreillelte continue à battre, 8.

4 h. 18 m. L*oreilletto bat plus rarement, 6 ; le ventricule est immobile.

4 h. 19 m. L'oreillette est distendue par le sang, elle ne se vide plus et reste immobilisée en diastole.

4 h. 20 m. L'animal détaché est moi^. Le cœur est inexcitable.

2* Animaux à sang chaud. Lapin, — De toutes nos expériences sur le lapin, nous ne rapporterons que la suivante qui résume les observations faites sur tous les autres animaux de la môme espèce.

Ods. L — Poids du lapin, 1480 grammes.

2 h. 59 m. Injection sous la peau du dos d'un centimètre cube de solution à un centième.

3 h. 1 m. L'animal s'applique contre le sol. Respiration plus fréquente; il semble fatigué. I^ pupille est contractée.

3 h. 4 m. Le cœur bat rapidement et fort. Le lapin reste couché.

3 h. 7 m. Respiration, 120 dans une minute. Cœur très rapide, impossible à compter.

3 h. 10 m. Raideur dans les mouvements du train postérieur. Respiration, 180. Les spasmes respiratoires semblent commencer.

3 h. 12 m. Respiration, 148. Au point de départ la respiration est calme, puis, subitement, devient accélérée, entrecoupée; l'inspiration est lente, profonde, laborieuse et l'expiration rapide. Les mouvements respiratoires des narines s'accentuent; le lapin se gratte le nez et rejette des matières fécales.

3 h. 14 m. Les mouvements du cœur sont moins fréquents et ne peuvent encore être comptés. Pupille plus contractée.

3 h. 16 m. L'animal se laisse de plus en plus aller sur ses pattes ; il semble plus inquiet et fatigué. Respiration, 130.

3 h. 19 m. Il se couche; les pattes antérieures s'écartent; il se couche davantage, incline la tête à droite. Cœur irrégulier.

3 h. 20 m. Arrêt brusque, mais passager, du cœur; jet d'urine ; le lopin pousse des cris aigus et se couche. Convulsions.

3 h. 21 m. Exophthalmie, dilatation pupillaire. Convulsions, arrêt définitif du cœur. Mort.

Autopsie, -* Cœur très volumineux, dilaté, inexcitoble. Oreillettes distendues, en diastole. Ventricule droit en diastole. Ventricule gauche en demi diastole.

Viscères congestionnés.

Chien. — Sur le chien on observe des accidents cardiaques et respiratoires identiques à ceux constatés chez le lapin. Mais il survient en plus des vomissements alimentaires.

Obs. 1. — Poids du chien, b^«yAOO.

4 h. 33 m. Injection sous la peau du dos, à gauche, au niveau du grand oblique et du grand dorsal de deux centimètres cubes de solution à un centième.

4 h. 35 m. L*animal semble inquiet, un peu agité; il ne peut rester eu place.

4 h. 37 m. LMnquiétude augmente ; le chien semble las, se couche.

4 h. 39 m. Vive inquiétude. La dyspnée commence ; Tanimal souflle biniyammont et semble moins solide sur ses pattes. La respiration est rauque.

4 h. 44 m. Le cœur est tumultueux, difficile à compter. Pouls fémoral, 132 à la minute ; dyspnée ; respiration, 44 à la minute.

4 h. Al m. Mouvements fréquents de déglutition. Respiration plus fréquente, 80, haletante, précipitée, soufflante, dyspnée intense. L^animal, pendant une demi-minute, respire comme un chien qui a beaucoup couru, puis la respiration redevient fréquente et courte.

4 h. 50 m. Vomissements alimentaires.

4 h. 51 m. Deuxièmes vomissements alimentaires.

4 h. 53 m. Troisièmes vomissements alimentaires^ Respiration plus lente.

4 h. 54 m. Le chien vacille sur ses pattes.

4 h. 55 m. Vomissements bilieux; efforts violents et fréquents de vomissements (vomissements glaireux seulement). L'animal s^arcboute sur ses pattes.

4 h. 57 m. L'animal tourne subitement deux fois sur lui-même, tombe brusquement en poussant des cris aigus; convulsions, salivation abondante ; dilatation pupiltaire.

4 h. 58 m. Mort.

Autopsie. — Les oreillettes gonflées, pleines de sang, en diastole, surtout l'oreillette droite. Le ventricule, du côté droit, très distendu en diastole. Le ventricule du côté gauche, plein do sang, eu trois quarts de diastole (la diastole est presque complète).

Le cœur enlevé après une ligature est ouvert.

Ventricule droit : caillot violacé ayant moulé l'intérieur du cœur.

Ventricule gauche : caillot rouge vif ayant moulé l'intérieur du cœur.

Ces caillots sont plongés dans une éprouvette graduée pleine d'eau.

Ventricule droit : volume, 13 centimètres cubes.

Ventricule gauche : volume, 8 centimètres cubes.

Cœur inexcitable à la piqûre et à l'excitation électrique.

Les muscles du corps sont tous excitables. La région où a eu lieu l'injection est disséquée. Le grand oblique est inexcitable dans les libres situées au niveau de l'œdème dû au liquide injecté; plus bas et plus haut les autres fibres sont excitables. Donc les muscles qui sont en contact avec le poison sont inexcitables.

Le nerf sciatique mis à nu est excité; contractions énergiques des muscles correspondants.

Le foie et les reins sont congestionnés.

810 tehrk et busuuet.

Le poumon droit a quelques taches ecchymotiques*

La vessie est pleine.

En résumé, la dissolution aqueuse du poison à un centième dans Teau distillée, stérilisée, agit d'une manière énergique et rapide sur les animaux d'expérience.

La grenouille meurt le plus souvent de 11 a 14 minutes après Tintroduction de la substance toxique dans l'organisme, mais la mort peut être retardée jusqu^à 54 minutes dans des cas rares. La mort survient par ralentissement de la respiration et arrêt du cœur. En un temps très court, 2 à 5 minutes, le ventricule est immobilisé en systole ; les oreillettes après 8 à 40 minutes s'arrêtent en diastole ; ils sont inexcitables. Avec des doses faibles, on suit pas à pas cette action paralysante sur le muscle cardiaque. La sensibilité générale est conservée jusqu'au dernier moment.

L'escargot meurt en 5 à 10 minutes par arrêt ducceur, en diastole pour l'oreillette, en systole pour le ventricule.

Le lapin cesse de vivre 20 ou 30 minutes après l'injection (un centimètre cube de dilution au centième). I^e cœur se ralentit, puis cesse de battre ; la respiration, après une phase d'accélération, diminue de fréquence aussitôt que le cœur est immobile et, s'arrêtant définitivement, provoque la mort. Le ventricule droit est en diastole, le ventricule gauche est en demi-diastole, les oreillettes en diastole.

Le chien meurt en 25 minutes environ en présentant les mômes phénomènes que le lapin avec des vomissements en plus. Le ventricule droit est en diastole, le ventricule gauche est en demi-diastole, les oreillettes en diastole.

II. Substance a toxique. — Cette substance dissoute dans l'eau chaude et injectée aux mêmes animaux que dans la série précédente, détermine les mêmes phénomènes physiologiques. Elle est très active.

1° Les animaux à sang froid sont tués par la même substance « toxique à des doses très faibles, i centimètre cube d'une solution à Ov',0005 pour 100 grammes d'eau suffH pour faire mourir une grenouille dans un temps qui varie de 9 à 12 minutes. De même 1 centimètre cube injecté dans le pied d'un escargot arrête presque immédiatement les mouvements du cœur.

Comme nous l'avons déjà remarqué pour la dissolution aqueuse de l'enduit des flèches, le ventricule est en systole, les oreillettes (grenouille) ou l'oreillette (escargot) en diastole et pleines de sang.

2^ Les animaux à sang chaud éprouvent aussi rapidement les troubles dus a l'action du poison. Aux doses de 1 a 2 centimètres cubes de la solution déjà indiquée la mort survient de 20 à 80 minutes après l'ii^jection ; aux doses de 2 à 5 centimètres cubes la survie est moindre et n'excède jamais 15 minutes; elle est dans ces cas de 10 minutes environ. Dans une expérience (lapin de 950 grammes) la mort a été déterminée en 9 minutes par l'injection de 4 centimètres cubes sous la peau des flancs.

A l'autopsie tous les animaux avaient le ventricule droit en diastole ;

FLÈCHES EMPOISONUéfeS DU SOUDAN FRANÇAIS. 81 1

le ventricule gauche eu demiMiiÉstole ; les oreillettes en diastole et gorgées de sang. Le cœur était inexcitable aux piqûres et au courant.

III. Substance fi non toxique, — Quand on traite la dissolution aqueuse du poison par Falcool à 90 degrés, il se forme un précipité abondant, grumeleux, d'un blanc sale. Ce précipité recueilli sur un filtre, desséché, puis redissout dans Feau, est injecté à des animaux. C'est lui que nous avons désigné sous le nom de substance p non toxique. Injecté, en effet, à différents animaux: grenouilles, poules, rats, lapins, il n'a produit aucun accident.

IV. Piqûre directe par les flèches. — Nous avons piqué différents animaux (grenouilles, lapins, rats) directement avec la flèche empoisonnée en la laissant dans les tissus un temps plus ou moins long.

Les résultats ont été sensiblement les mêmes que ceux obtenus avec la dilution aqueuse du poison.

Rat, — On a signalé la résistance de ces animaux à Tintoxication par le poison des flèches du Gabon. Nous avons pu constater les mêmes faits avec celui du Soudan français. Les rats meurent dans un temps qui varie entre deux heures et demie et quatre heures après la blessure.

La dyspnée débute cependant de bonne heure ; 6 minutes après le commencement de Texpérience la respiration est saccadée, irrégulière, tantôt très rapide, tantôt très ralentie. Elle devient de plus en plus difficile, et, au bout d'une heure, la dyspnée s'accentue tellement que l'animal s'accroche aux barreaux de sa cage pour respirer. Les flancs se dépriment profondément à chaque mouvement respiratoire.

La fatigue se fait sentir tout de suite et force l'animal à se coucher après 15 ou 20 minutes; il se relève cependant de temps en temps, mais oscille sur ses pattes et retombe sur le flanc. Au moindre effort, la dyspnée s'exagère. Les convulsions et l'exophthalmie sont constantes.

La mort survient après quelques convulsions agoniques.

A Tautopsie immédiate, le ventricule droit est en diastole, le ventricule gauche en demi-diastole. Les oreillettes sont en diastole. Cœur inexcitable.

Du côté des muscles, mêmes phénomènes que chez le lapin, c'est-à-dire inexcitabilité des muscles touchés par la flèche.

Action du poison sur les divers appareils physiologiques.

Respiration. — Aussitôt que l'iDg ection a été poussée sous la peau de ranimai, la respiration s'accélère ; ce fait, très net chez les animaux à sang chaud, est beaucoup plus difficile à saisir sur les animaux à sang froid, car chez eux cette phase est de' très courte durée, quinze à vingt secondes à peine, alors que chez les premiers elle persiste pendant une minute et plus. On constate alors que Tinspiration se prolonge un peu, car elle égale sensiblement l'expiration (voir tracés 1 à 3).

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