COLORATION DE3 OISEAUX ET MAMMIFERES DOMESTIQUES
de Java et que le surmulot qui nous est arrivé d'Asie, où il vit encore en rase campagne et où il est resté de nuance fauve, est en marche rapide vers le noir depuis qu'il a choisi les égouts des villes pour habitat.
A rester sur mon terrain, je n*ai qu'à citer la robe noire des deux principaux animaux domestiques des lieux marécageux de l'ancien continent, le buffle et le porc. L'espèce bovine montre une tendance de même ordre, et parmi les exemples qui se présentent à mon esprit, je n'en citerai qu'un seul, celui qui se rapporte aux bêtes de la Camargue. Ces bétes, dont le nombre va diminuant rapidement devant la mise en culture du delta rhodanien, sont un rameau de la race grise, mais la robe s'est foncée jusqu'au noir mal teint.
Dans les oiseaux domestiques, l'oie de Guinée a le bec, la caroncule et les jambes noirs ; le canard barbarin, qui fréquente les marais de l'AlVique et de l'Amérique centrale, a très fréquemment aussi le bec et la caroncule noirs, coloration qu'il perd sous notre ciel. Si la poule de Guinée a le plumage blanc, en revanche sa peau est si complètement noire, qu'on appelle race nègre le groupe auquel ce volatile appartient. La petite poule de Java est toute noire.
{d) Une excursion dans les pays brumeux et sur le littoral des mers montre des faits plus curieux encore. Le zootechniste qui part du golfe de Finlande pour aboutir à la pointe Saint-Mathieu ou à l'embouchure de la Loire, en s'éloignant peu du littoral, ne rencontre que du bétail bovin pigmenté avec prédominance de la localisation en plaques pour former le pelage pie-noir. Quelquefois ce bétail est complètement rouge ou pie-rouge, plus rarement froment gris avec muqueuses noires. En quelques points, on voit la robe bringée ou zébrée qui, en dernière analyse, n'est qu'une localisation pigmentaire en bandes; mais cette dernière robe, résultant d'un croisement, n'entre pas dans le plan de la présente étude, puisqu'un facteur autre que le climat intervient.
En Russie, les gouvernements d'Olmsk, de Novgorod, d'Esthonie, de Finlande et de Courlande ont une race bovine pie-noir, dite de Kolmagor, avec prédominance des plaques blanches à mesure qu'on monte dans le Nord, dans le gouvernement d'Arkangel, et vice versa quand on descend vers le sud.
En Danemark, on se trouve en face de bêtes dont le pelage est pie-rouge, rouge et pie-noir.
Les quelques têtes de bétail bovin qu'on trouve dans les îles de la mer du Nord, et spécialement en Islande, sont pie-noir ou pierouge.
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Toute la Hollande est peuplée de bêtes bovines pie-noir ; il en est ainsi pour la plus grande partie de la Belgique.
Qu'on suive les côtes des îles Britanniques, on trouvera des bêtes noires dans le Forfar, pie-rouge et rouges dans le Northumberland et le Durham, pie-noir dans le Norfolk, pie-rouge dans le Suffolk, rouges dans le Devon, pie-noir à peu près dans toute l'Irlande.
Dans les Flandres belges et françaises, le bétail est rouge foncé, pie et bringé sur les côt^s normandes, pie-noir en Bretagne, froment foncé avec mufle noir et tête charbonnée ou pie-rouge dans les îles de la Manche.
Je prévois qu'on va m'objecter la communauté d'origine qui pourrait unir tout le bétail bovin qui peuple les pays baignés par la mer du Nord et la Manche. Soit ; dira-t-on aussi que le petit bétail pienoir du golfe du Bénin et des lagunes de Kotonou est apparenté aux bêtes bretonnes qui ont le même pelage ? J'accepte l'objection qui n'est peut-être pas dénuée de fondement. Qu'on me suive alors dans la presqu'île de Crimée, c'est-à-dire dans une terre que les brumes de la mer d'Azof et de la mer Noire couvrent souvent d'un voile épais, on y trouvera un bétail de forte stature, ayant le pelage et le type des bêtes de la Flandre si complètement que la distinction en est très difficile, sinon impossible. Quand je le vis, je m'attachai à trouver des cai*actères vraiment distinctifs et, à parler franc, je les cherche encore.
Autre preuve : j'ai parlé du bétail uniformément fauve de l'intérieur de l'Asie Mineure, mais si l'on suit la côte que baigne la Méditerranée, on trouve de Beyrouth à Jaffa et jusqu'à Damas, des bêtes d'un beau rouge, comme celles de Crimée, mais appartenant à un autre type par le cornage et les formes.
L'espèce ovine considérée dans le bassin de la mer du Nord fnontre des faits identiques. Le mouton des Feroœ, des Orcades, des Shetland, le Black-faced d'Ecosse, l'irlandais, celui des dunes de Comouailles, de Devon et de Sussex, conune celui de notre Bretagne et des îles bretonnes est quelquefois complètement noir, le plus souvent à face et à membres pigmentés, la toison restant blanche avec ou sans quelques taches rousses.
J'ai montré précédenunent le paon en marche vers le mélanisme dans les îles Britanniques ; le groupe des canards oflre une particularité semblable, car il existe de ces oiseaux à bec, pattes et plumage noirs dans le Buckingamshire. Pour trouver une pareille particularité dans les Anatidés, il faut se transporter dans une région non moins brumeuse que l'Angleterre et même plus froide, dans le Labrador américain ou sur le bord des grands lacs canadiens.
En réfléchissant sur l'action de la brume pour la production de
OOLORATION DES OISEAUX ET MAIOnFÂRES DOMESTIQUES. 6
la pigmentation^ action qui s'opère vraisemblablement par une tamisation qui retient certains rayons lumineux et en laissé passer d'autres, la belle coloration de certaines espèces retirées des profondeurs de la mer s'est présentée à mon esprit et, à tort ou à raison, j'ai établi un parallèle entre Teau qui arrête surtout les rayons les^ moins réfringents et les brouillards qui, vraisemblablement, agissent dans le même sens.
(e) L'habitat en régions montagneuses produit des effets semblables à ceux dont il vient d'être question pour les climats brumeux ou le littoral de la mer du Nord. Bien entendu, il ne s'agit ici que d'un habitat à des altitudes variant entre 800 à 1,500 mètres que ne dépassent guère les troupeaux. Plus haut, les effets sont différents, mais ils ne s'appliquent point aux animaux domestiques qui n'y vont pas et n ont pas à y aller, les pâturages n'y existant plus.
La montagne pigmente les races bovines qui l'occupent ; celles-ci sont brunes, pie-noir ou pie-rouge, fauves, enfumées, charbonnées. Pour le prouver, je n'infligerai pas au lecteur le supplice de rénumération de chacune des races qui occupent les diverses chaînes de montagnes de l'Europe ; qu'il me suffise de déclarer que je ne connais aucune race bovine montagnarde qui ne soit fortement pigmentée. Qu'il s'agisse des Vosges ou du plateau central, du Jura ou des Alpes, des Pyrénées ou des Sierras espagnoles, des Carpathes ou des Balkans, c'est toujours le brun, le fauve, le rouge, le charbonné ou le pie qu'on rencontre ; le blanc et le blond à muqueuses roses ne s'y voient pas.
Il est commun également de trouver des troupeaux de moutons roux ou pie dans les montagnes et une courte excursion dans le massif du plateau central ou dans les Cévennes en offre une démonstration locale.
Tous ceux qui connaissent le régime climatérique des pâturages de montagnes, des alpages comme on les appelle couramment, ceux qui ont passé quelques nuits dans les chalets et les fermes qui y sont disséminés et qui, le matin, ont trouvé leurs vêtements tout humides, ceux-là établissent immédiatement une assimilation entre un pays plat mais brumeux par voisinage de grandes masses d'eau et les montagnes léchées constamment par les nuages, baignées dans un brouillard qui persiste des journées entières, plongées en un mot dans des conditions d'humidité telles qu'elles se garnissent de gazon à la façon des vallées que parcourent des cours, d'eau. Il n'y a qu'à répéter que les mêmes causes engendrent les mêmes effets.
(/) Avant de passer aux conclusions, il nous reste à montrer que des riions déterminées semblent avoir une influence particulière
sur la production de tel ou tel coloris, du moins dans la classe des oiseaux domestiques, tout comme on Ta observé pour les oiseaux sauvages.
Je fi'ai point eu l'avantage, et je le regrette beaucoup, de visiter les pays que baigne la mer Jaune; je sais, comme tout le monde, qu'ils sont peuplés par la race humaine jaune et j'en connais la faune ornithologique domestique. Eh bien, lorsqu'on en a devant soi des échantillons, appartinssent-ils à des ordres très différents, tels que ceux des Palmipèdes et des Gallinacées, on y trouve, non sans étonnement, des couleurs semblables distribuées dans les mêmes régions, autant que le permet la conformation spécifique de chacun. A preuve, comparons le faisan et le canard de la Chine. Le premier constitue une espèce fort belle, celle du faisan doré (Pbasianus pictus)y le second une espèce non moins bien douée sous le rapport du plumage, celle du canard mandarin (A, sinensis). Afin de rendre la comparaison plus nette et plus démonstrative, plaçons en regard les caractères principaux du plumage et du coloris de l'une et de l'autre :
Faisan doré. Canard mandarin.
Tête avec crinière.
Collerette formée de plumes rougeorangé.
Couvertures supérieures de Taile jaunes.
Plastron rouge-safran.
Œil jaune.
Tête avec crinière.
Sur les côtés de la face, plumes
rouge-orangé.
Plume des couvertures internes
portant de longues barbes orangé.
Plastron rouge-brun.
Œil jaune.
Estril nécessaire de faire remarquer la présence du jaune -orangé dans les deux espèces? Elle est d'autant plus typique que le canard mandarin est le seul anatidé de l'ancien continent où on le trouve. Il semble donc bien que l'habitat dans le « pays jaune » pousse à l'apparition du rouge-orangé et du jaune. L'examen d'un gallinacé japonais, le coq Phénix, également porteur de belles plumes d'un jaune pur, appuie cette hypothèse.