GLYCÉMIE NORMALE ET DIABÈTE PANCRÉATIQUE
qui représente la moyenne de la perte de sucre qu'éprouve le sang, on peut se convaincre que la consommation de la glycose dans les tissus est aussi active chez les diabétiques que chez les animaux à glycémie normale. Certains expérimentateurs pourraient prétendre que nos résultats n'ont pas grande valeur, parce que les chiffres qui représentent la différence de la teneur en sucre des sangs artériel et veineux sont trop faibles et rentrent dans Terreur expérimentale. Cette objection aurait de la valeur si nos résultats reposaient sur une expérience isolée, mais ce n'est pas le cas. Nous avons répondu d'avance à cette objection en ne considérant que la moyenne obtenue dans nos séries expérimentales. D'ailleurs, le même reproche avait été adressé aux expériences faites par M. Chauveau, en 1856, par lesquelles il a montré, le premier, qu'une partie du sucre du sang disparaît dans les capillaires généraux et non dans le poumon. Les résultats obtenus ultérieurement par d'autres méthodes ont pourtant montré la légitimité des conclusions de M. Chauveau. D'ailleurs, les résultats que nous avions obtenus par la méthode de l'analyse comparative des sangs artériel et veineux de la circulation générale ont été confirmés dans mes nouvelles expériences faites par la méthode de l'isolement du foie*.
(b) En liant dans la poitrine, en avant du diaphragme, l'aorte, la veine cave postérieure et le canal thoracique, et en entretenant la respiration artificielle, j'ai constamment vu se produire une diminution de la proportion du sucre dans le sang qui continuait à circuler dans le train antérieur. Dans mes expériences faites comparativement sur des animaux sains^t d'autres diabétiques, le chiffre de glycose consommé par kilogramme de sang et par heure était sensiblement le même. J'ai constaté, en outre, que, chez les diabétiques, le sang stagnant dans la veine cave en arrière de la ligature s^enrichit en sucre pendant que celui qui circule dans les parties antérieures s'appauvrit en glycose. Aux expériences anciennes, je puis ajouter les suivantes :
Sur cinq chiens devenus hyperglycémiques et diabétiques à la suite de l'extirpation du pancréas, j'ai isolé le foie, en liant les vaisseaux de l'estomac, de l'intestin, du foie, de la rate et en extirpant souvent une partie de la glande hépatique. Dans ces conditions, les animaux respiraient naturellement et continuaient à vivre quelques heures. Or, toujours la proportion de sucre baissait rapidement dans le sang.
Dans ces dernières expériences, l'isolement du foie n'était pas absolument complet, mais la fonction de cet organe était suf^samment entravée pour mettre en relief la persistance de la consommation du sucre par les tissus des autres organes.
Dans tous les cas de suppression de la fonction hépatique, le sucre diminue dans le sang, aussi bien chez les diabétiques que chez les animaux normaux. L'hyperglycémie diabétique est donc le fait d'un excès de production de sucre par le foie et non d'une diminution ou d'un défaut de consommation de glycose dans les divers tissus.
* Comptes rendus^ 19 mars 1894.
214 M. kaufmànn.
(c) D'autres faits tirés de l'ensemble de nos connaissances sur la régulation dé la glycémie dans les différentes conditions de l'état normal et pathologique vieiinent encore confirmer notre conclusion. Les principales considérations de cet ordre ayant été développées ailleurs *, je n'y reviendrai pas ici. Qu'il me suffise de faire remarquei* que les expériences faites sur les échanges gazeux par C. von Voit, F*. Voit, Léo, etc., démontrent que lès bombustions se font, en général, chez les diabétiques avec la même intensité que chez les individus 6n état de santé.
La théorie de la surproduction du sucre dans le diabète étant adinise, la direction qu'il convient de donner aux recherches sur la pathogénie du diabète est nettement tracée. Au lieu de â*ingénier à rechercher les causes et les conditions d'un ralentissement de la consommation du sucre qui n'existe pas, il faut s'attacher à pénétrer le mécanisme par lequel le foie est sollicité à fabriquer plus de sucre chez les diabétiques.
Il est certain que l'excès de sucre du sang des diabétiques est d'origine hépatique. Les tissus autres que celui du foie ne participent qu'indirectement à la glyeoso-formation ; ils ne fabriquent pas directement la glycose, mais ils alimentent le sang en matériaux propres à donner du sucre dans le foie. Ce dernier point sera développé complètement dans les mértioires suivants.
Les faits exposés précédemment montrent que l'hypërglyeémie, quelle que soit sa cause éloignée, est le résultat de la suractivité glycosoformatrice du foie. On est donc conduit à admettre que le pancréas exerce normalement, pai- l'intermédiaire du sang, une action frénatrice sur la glycosoformation intra-hépatique.
Quel est le mécanisme de cette réfrénation du foie produite par le sang qui sort du pancréas?
Le mode d'après lequel s'opère l'action frénatrice du produit de sécrétion pancréatique interne sur lé foie, peut se concevoii' de diverses manières. On peut admettre que le produit pancréatique exerce son action modératrice sur le foie d'une manière directe ou indirecte, c'est-à-dire en agissant sur les cellules hépatiques au moment de son passage avec le sang à travers les capillaires du foie, ou bien en allant porter son action sur le système nerveux régulateur de l'organe hépatique. On peut encore supposer que le produit pancréatique va exercer une action ralentissante sur la dénutrition générale en agissant sur tous les tissus de l'organisme; sôit par l'intermédiaire du sang, soit par l'intermédiaire du système nerveux.
On sait depuis Cl. Bernard que le système nerveux exerce une influence très puissante sur la glycémie. Certaines actions nerveuses
* Semaine médicale^ 16 janvier 1S95, p. SI.
OLYCimE WORMALE ET DIABETE PANCREATIQUE. 215
détruisent Téquilibre qui existe normalement entre la production et la consommation du sucre ; les unes produisent V hyperglycémie et la glycosurie^ d*autres, au contraire, ï hypoglycémie. Ces deux déviations inverses de la fonction glycémique doivent être rapportées à la même cause immédiate : un changement dans l'activité de Forgane hépatique, c'est-àdire à Texaltation ou Tamoindrissement de la production dé la glycdse (Chaveau et Kaufmann). Elles peuvent être rédliâées expérimentalement Tune et Tautre.
L'hyperglycémie expériihentale, pouvant aboutir à la glycosurie, est obtenue par l'extirpation du pancréas (von Mering et Minko^ski), par cei*taines actions nerveuses et piar divers poisons.
Les principales actions nerveuses capables de provoquer l'hyperglycémie et la glycosurie sont : la piqûre du plancher du 4* ventricule (Cl. Bernard), Tàssommement (Cl. Bernard), les lésions de la protubérance et des faisceaux antérieurs dans toute la longueur de la moelle épinière (Schiff), la piqûre de divers points des èentres nerveux compris entre les couches optiques et la 6* paire dorsale (Schiff), la section et la destruction dû bulbe (Pavy), l'excitation du bout central des nerfs pneumogastriques (Cl. Bernard), l'excitation de la moelle (Schiff, Laffont), Te&citation d'un nerf mixte quelconque, du bout central des nerfs dépresseurs (Laffont), la section des nerfs vertébraux (Pavy), la section du ganglion cervical inférieur et des deux premiers thoraciques, la section du dernier nerf cervical et du premier dorsal (Eckhardt), l'extirpation des ganglions cervical inférieur et des 1" et 2* thoraciques (Cyon et Aladoff), la section du filet interne du nerf vertébral (tVançois-Franck).
L'hypoglycémie est provocjuée par la section delà moelle épinière dans la région comprise entre la 3* vertèbre cervicale et la 5* vertèbre dorsale (Cl. Bernard, cKauveau et Kaufmann) ; elle se montre auôsi après l'extirpation du foie ainsi que dans quelques empoisonnements par deë produits microbiens (Chârrin et Kaufmann).
L'action du système nerveux sur la glycémie étant indéniable, on doit se deihander si leâ autres causeft capables de ihodifier Cette glycémie, comme la dépancréatisation, diverses substances, toxiques ou non, agissent aussi par l'interihédiairë du système nerveux^ ou bien si elles provoquent l'hyperglycémie par un autre mécanisme.
Le fonctionnement normal du pancréas est une condition nécessaire au maintien de la glycémie dans ses limites physiologiques. Pour expliquer ce fait, on doit admettre que la glande pancréatique règle la glycosoformation à l'aide d'un produit qu'elle déverse dans le sang et non par le moyen d'une action nerveuse qu'elle transmet aux centres nerveux. Mais ce produit pancréatique abandonné au sang, où et comment va-t-ii exei'cer son action régulatrice? Impressionne-t-il les centres nerveux et règle-t-il l'activité du foie par leur intermédiaire, ou bien se passe-t-il de cet intermédiaire ? Dans ce dernier cas, agit-il sur le foie ou sur l'ensemble des tissuSy ou encore simultanément en ces deux points ?
La solution de ces diverses cjuestiohs intéressé au plus haut degré la physiologie et la pathologie.
Depuis CI. Bernard, l*étudede la régulation de la fonction glycémique n^avait pas fait de progrès sensibles. Pendant longtemps les expérimentateui*s ne possédaient aucune méthode leur permettant d'approfondir plus complètement que ne Tavait fait Tillustre physiolo(;iste le mécanisme de la glycémie et de ses déviations.
La belle découverte de von Mering et Minkowsky, faite en 1889, a permis de donner à cette étude une nouvelle impulsion.
Cl. Bernard attribuait les déviations de la glycémie aux changements qui se produisent dans l'état de la circulation hépatique. Pour lui, l'hyperglycémie était la conséquence directe de la sura(*.tivité circulatoire dans le foie. La théorie exclusivement vasculaire du diabète sucré ne peut plus rendre compte de nombreux faits actuellement connus. Aujourd'hui les physiologistes admettent que les glandes reçoivent, outre les nerfs vasculaires, des nerfs dits glandulaires, divisés en excito et frénosécrétoires qui sont en rapport, non-seulement avec les sécrétions externes, mais aussi avec les sécrétions internes.
C'est en nous inspirant de cette nouvelle théorie que, dès 1802, nous avons entrepris, M. A. Chauveau et moi, une série de recherches expérimentales ayant pour but de déterminer les points du système nerveux central qui agissent sur la sécrétion interne du foie et du pancréas, d'établir le mode d'action de la glande pancréatique dans la régulation de la glycémie normale et de fixer le mécanisme du diabète expérimental de von Mering et Miukowsky.
Cet important travail, publié au commencement de l'année 1898, a servi de base à toutes les recherches ultérieures. Les faits expérimentaux qui y sont exposés subsistent et conservent toute leur valeur; mais il n'en est pas de même des conclusions, dont plusieurs n'étaient considérées d'ailleurs que comme provisoires. Celles-ci doivent être mises en harmonie avec les faits découverts plus récemment. D'ailleurs, ce travail n'était pour ainsi dire qu'une œuvre de déhnchement ayant surtout pour but de poser nettement les questions à résoudre et de tracer la voie à suivre dans les recherches ultérieures.
II. — Ce n'est pas par f intermédiaire des centres nerveux régulateurs du foie que le produit pancréatique agit sur la glycosoformation intra-hépatique.
Les faits précédemment exposés montrent que le pancréas doit être considéré comme le frein du foie ; que le mode d'action de ce frein ne peut se concevoir qu'avec l'hypothèse d'une sécrétion pancréatique interne.
Mais où et conmient le produit déversé dans le sang par le pancréas exerce-tril son action frénatrice?
OLYC^MIE NORMALE IT DIABETE PANCREATIQUE. 217
Les résultats expérimentaux que nous avions obtenus, M. Chauveau et moi, en 1893 *, nous paraissaient alors indiquer que cette sécrétion pancréatique exerce son action frénatrice, surtout en agissant sur des centres nerveux régulateurs du foie. En comparant entre eux les effets produits sur la glycémie par la section bulbaire et Textirpation du pancréas, nous avions, en effet, constaté une identité à peu près complète. Notre conclusion reposait principalement sur les faits suivants : 1^ Chez les animanx dont la moelle épinière est intacte, la section bulbaire, de même que la dépancréatisation, provoque l'hyperglycémie ; 2« chez les animaux dont la moelle épinière est coupée en un point quelconque dans la région comprise entre la 4* paire cervicale et la 6* paire dorsale, ni la dépancréatisation, ni la section bulbaire ne déterminent d'hyperglycémie ; dans ces conditions, c'est l'hypoglycémie qu'on observe ; 3^ chez les animaux devenus hyperglycémiques, soit par la section bulbaire, soit par la dépancréatisation, la section de la moelle épinière dans la région cervicodorsale ne produit plus l'hypoglycémie ; dans ces cas, l'hyperglycémie existante persiste et même s'accroît. De plus, ayant constaté que la section bulbaire n'ajoute rien à TefTet hyperglycémique de la dépancréatisation, nous avions conclu que la suppression du pancréas suffit à porter au maximum l'annihilation du centre Arénosécréteur du foie et à donner ainsi son plus haut degré d'activité au centre antagoniste, c'est-à-dire au centre excitateur de la fonction glycosoformatrice.
Aujourd'hui notre conclusion ancienne ne peut plus être maintenue. M. Ë. Hédon ^ a, en effet, établi que la piqûre du plancher du 4" ventricule pratiquée sur un animal rendu diabétique par l'extirpation du pancréas, vient ajouter son effet à celui de la dépancréatisation, ou au moins renforce d'une façon très notable l'hyperglycémie et la glycosurie. Ce fait démontre que la glycosurie pancréatiqpie ne constitue pas une glycosurie maxima et qu'après l'extirpation du pancréas, le système nerveux continue à exercer une certaine influence frénatrice surlaglycosoformation.
Pour déterminer exactement le mode d'action du pancréas dans la production du diabète J'ai entrepris des recherches dans lesquelles j'ai combiné la dépancréatisation avec Ténervation de l'appareil glycosoformateur.
Le foie reçoit trois sortes de nerfs : 1* des rameaux directs du pneumogastrique gauche et quelquefois du droit ; 2*" quelques filets des nerfs phréniques; 3^ de nombreux rameaux du grand sympathique qui proviennent du plexus cœliaque et qui se rendent au foie en suivant l'artère hépatique.
J'ai étudié d'abord l'influence exercée sur la glycémie par la section isolée de chacun de ces nerfs, puis celle exercée par la section
* Comptes rendus de ÏAcàd. des sciences, mars iSdS. — Comptes rendus de la Soc. de biol.^ mars 1893.
• Arch. de physioL^ n» i, avril 1894.
218 M. KAUPMANN.
de tous les nerfs à la fois, enfin les effets de la dépancréatisation consécutive.
Voici le résumé des principales expéi*iènces faites d'après cette méthode.
A. — Effets de la section des nerfs pneumogastriques sur la glycémie normale.
Après la âectibn des nerfs vagô-sympathiqiiës au coil chez des animaux normaux, la glycémie ne se modifie pas sensibleinent pendant environ quinze heures, puis apparaît rhyJ)oglycémie qui se prononce de plus eil pliis jusqu'à la mort. Quand le pneumogastrique gauche est coupé dans la poitrine en avant du diaphragme, les àniinàux survivent el leur santé générale n*est pas troublée.
Ayant souvent coupé isolément le filet direct Ibiirnl au foie par les pneumogastriques en arrière du diaphragme, les animaux ainsi opérés restaient dans leur état normal et se comportaient à tous les points de vue comme avant la section.
B. — Effets de Vextirpation du pancréas sur les animaux dont les nerfs pneumogastriques sont coupés,
Exp. X. — Chien vieux. Sectibn des deux vago-sympathiques au cou, suivie aussitôt après de Textirpation du pancréas.
Sacre p. ioOO gr.
ae sang. îempérsiure.
Avant toute opération 1 .052 37*5
5 heures après la dépancréatisation 1 .560 39,3
22 heures après (sucre dans les urines) . . . 2.666 38,4
48 heures après (ranimai meurt peu après) . 3 . 333 31 , 8
Exp. XI. — Sur un chien guéri des suites de la section du pneumogastrique gauche dans la poitrine, on pratique Tabiation du pancréas.
Sucre p. lOOd gr.
de sang. Tempéraiore.
Avant Tablation du pancréas 0.860 SS^b
24 heures après Tanimal est glycosurique.
3 jours après 2.541 39,1
4 jours après on coupe le vago-sympathique droit au cou.
5 joules apt^ôs cette dei'hière opération 2.153 38,1
On sectionne alors le vago-sympathique
gauche au cou.
24 heures après cette dernière opération . . â.418 38,2
29 heui^es après ; 3.418 35,4
GLYCÉMIE NORMALE ET DIABÈTE PANCREATIQUE. 219
Les résultats fournis par les deux expériences de cette sérier B, montrent que la section des nerfs pneumogastriques pratiquée, soit au cou, soit dans Tintérieur de la poitrine, ne s'oppose pas à l'apparition de rhyperglycémie et de la glycosurie, quand après on extirpe le pancréas.
G. — Effets de la section des nerfs diaphragmatiques sur la glycémie. Effets de la dépàncréàiisation consécutive.
Eixp. XIL — Sur un chien, à jeun, pesant 28^», 500, on coupe les nerfs phréniques des deux côtés à rentrée de la poitrine.
Sucre p. 1000 gr.
de teng. température.
Atànt la sectioii des phréniques oio due SS^A
21 heures après 1 .066 40,1
15 jours après, la guérison de la plaie étant
parfaite Cl.888 39,2
On extirpe le pancréas.
3d heures après réxtirpation du pancréas . 1 .860 4b, 2
48 heures après Turine contient beaucoup
de sucre.
5 jours après 3.018 39,6
La section des deiix netfs phréniques ne modifie donc pas sensiblement la glycémie normale et elle n'empêche pas l'apparition de l'hyperglycémie et de la glycosurie quand on extirpe le pancréas.
b. — Effets de la section des deux nerfs splanchniquès en avant des capsules surrénales sur des animaux qui conservent le paiicréas.
Là dection des deux nerfs splanchnicjties ne modifie J)a8 not&blettiënt la glycémie normale. Les animaux recouvrent bietitôt leur santé antérieure.
E. — Effets de la dépancréatisation sur les animaux qui ont les splanchniquès coupés.
Exp. XIV. — Chien adulte. Section des deux nerfo splanchniquès en arrière du diaphragme, puis dépancréatisation.
Sucre p. 1000 gr.
de sang. Température.
Avant la section des splanchniquès 1 .230 »
28 heures après la dépancréatisation 2.850 38<>
Autopsie. A gauche la section du grand et du petil Splanchnique est complète ; à droite, un filet du petit splanchniqae est i^és^ecté.
Exp. XV. — Ghienhe adulte pesant 8''*?, 600 à jeUn. Section des deux splanchniquès en arrière du dia()hràgme, puis ëxtirt)ati6h dit paiicréas.
L,^ lendemain de Topération, Turine renferme beaucoup de sucre. I/autopsie a montré que les splanchniques étaient complètement coupés des deux côtés.
F. — Effets de f extirpation incomplète du plexus cœliaque et des rameaux nerveux qui accompagnent F artère hépatique,
Ëxp. XVI. — Gros chien noir adulte, vigoureux, à jeun depuis quatorze
heures, pesant 21 kilogrammes. On détruit toute la partie gauche des
ganglions solaires et on coupe la plupart des fUets nerveux qui entourent
le tronc cœliaque.
Glyeosa p. 1000 gr.
de sang. Température.
3 jours après l'opération 0.101 40*
10 jours après 0.884 89,1
15 joui's après, Tanimal étant guéri 0.051 39,1
On extirpe le pancréas.
23 heures après la dépanci*éatisation 1.403 40,1
45 heures après, les urines sont sucrées
3 jours après 2.352 39,9
11 jours après 2.851 39,6
82 jours après 8.555 38,2
Autopsie. — Au nionicnt où Tanimal a été sacrifié il ne pesait plus que 11 kilogrammes. Il avait donc diminué de 10 kilogrammes depuis le commencement de l'expérience, c'est-à-dire environ 31 0/0 de son poids primitif. Le foie est jaune et très gras; quand on en fait bouillir un morceau dans Teau, la graisse surnage et forme une couche assez épaisse ; il ne contient que des traces de matière glycogène. On ne trouve plus de trace de pancréas à Texamen macroscopique. Les deux portions ganglionnaires gauches du plexus cœliaque sont détruites, mais les deux portions droites sont intactes. Les filets qui accompagnent l'artère hépatique sont détruits et par cette voie les ganglions droits intacts n'ont rien pu fournir au foie. Cet organe, en somme, ne recevait plus que la branche directe fournie par le pneumogastrique gauche.
/ Exp. XVII. — Chien rouge, très vigoureux, adulte, à jeun, pesant
21 kilogrammes. Cet animal a subi les mêmes opérations que le précédent.
Suore p. 1000 gr.
de lang. Température.
Avant les sections nerveuses 1 .038 40^4
24 heures après 0.999 40,8
13 jours après, l'animal étant guéri 0.833 39,8
25 jours après, on lui enlève le pancréas. . » 38,4
2 jours après la dépancréatisation (l'animal
est toujours à jeun depuis l'opération) . . 1 .250 39,9
3 jours après (a mangé la veille au soii*) . . 2.388 39,5 A partir de ce jour les urines étaient sucrées.
GLYCÉMIE NORMALE ET DUBÂTE PANCREATIQUE. 221
Autopsie, — Plus tard, Tanimal ayant été sacrifié, on a constaté que la portion gauche du plexus cœliaque était bien détruite, que le ganglion du côté droit était intact, mais que les filets qu*il envoyait du côté du foie avaient été coupés au niveau de Fartère hépatique. Le foie a une apparence normale, mais il est gorgé de sang. Le pancréas n'a pas été enlevé complètement ; une portion de la grosseur d'une noix persiste vers l'extrémité gastrique. Cette partie restante est enkystée et renferme une cavité remplie de suc pancréatique bien clair.
G. — Effets de Fénervation totale du foie sur les animaux normaux.
Exp. XVIII. — Chien adulte, vigoureux, à jeun.
Saore p. 1000 gr.
de sang. Température.
Avant rénervation du foie 1 .000 39^1
22 heures après 0.420 38,6
L^autopsie montre que tous les filets nerveux sont coupés.
Exp. XIX. — Chien vieux, à jeun, pesant 16 kilogrammes.
Sucre p. 1000 gr.
de sang. Teapératore.
Avant rénervation totale du foie 0.990 38<»5
7 heures après 0.824 38,4
21 heures après 0.169 38,2
A Tautopsie, on a constaté la section complète de tous les filets destinés au foie.
Exp. XX. — Chien ratier, très vigoureux, a jeun, pesant 13 kilogrammes.
Sucre p. 1000 gr.
de sang. Tempérttare.
Avant rénervation totale du foie 1 . 142 39*1
1 heures après 0.833 39,3
22 heures après 0.771 38,6
52 heures après 0.987 40,1
18 jours après, Tanimal étant guéri complètement 0.754 39,6
23 jours après, santé parfaite 0.751 38
Exp. XXI. — Chien griffon épagneul âgé de 2 ans, à jeun, pesant 14^v,500. Section de tous les nerfs du foie.
Cet animal a parfaitement guéri. Vingt jours après Topération, le sang contenait is*, 176 de sucre par kilogramme ; la santé était excellente.
L*autop8ie a montré que la section des nerfs était parfaite.
Exp. XXII. — Chien ratier, à jeun, pesant 12*'«,500. Section de tous les nerfs du foie.
888 M. KAUfMANN.
L'animal a guéri, il n'a rien offert d'ifnormal. Dix jours après Toperatiou, son sang contenait 0^,9^2 de sucre par kilogramme. A l'autopsie, on a trouvé tous Jes nerfs coupés.
Exp. XXIII. — Vieux chien, vigoureux, à jeun, pesant 2"2*'«,500. Eneryation totale du foie.
La guérison de la plaie s'est faite rapidemei^t. Conservé pendant soixante-dix jours, cet animal n'a rien présenté d'anormal. II a servi ensuite à d'autres opérations.
L'autopsie faite plus tard a i^ontré la parfaite section cje^ nerfs hépatiques.
Exp. XXIV. — Chien âgé de 1 an, à jeun, pesant Hk8r,900. Section de tous les nerfs du foie.
Cet apimal est conservé pendant quatre-vingt jours. Il n'a rien présenté d'anormal.
Les sections nerveuses ont été trouvées complètes à l'autopsie.
Exp. XXV. — Chien adulte, à jeun, pesant 10*^8^,200. Section de tous les nerfs du foie.
Conservé pendant trois mois, cet animal n'a rien présenté d'anormal.
A l'autopsie faitp plu? tard, on a reconnu la parfaite section de tous les nerfs du foie.
H. — Effets de l'extirpation du pancréas sur les animaux dont le foie est totalement énervé.
Exp. XXVII. — Chien adulte, à jeun, pesant 11''», 500. On énerve le foie, puis assitôt après on extirpe le pancréas.
Sucre p. 1Q00 gr.
de sang. Température.
Avant rénervation et la dépancréatisation. 0.909 39*9
1 h. 30 m. après 2.352 37,1
Autopsie. — Le fllet direct fourni par les pneumogastriques est bien coupé. Les nerfs qui accompagnent l'artère hépatique sont coupés, à l'exception de deux nerfs qui sont fortement serrés dans une ligature.
Exp. XXVIII. — Chien très vieux, à jeun depuis dix-neiif heures, pesant fl kilogrammes. Enervation lota)e i\u foie.
Sucre p. 1000 gr.
de sang. fempérature.
Avant rénervation et la dépançréatisfitiQn. 1.230 38*3
6 h. 35 m. après 1 .818 38,9
20 h. 30 m. après '. 2.424 31,1
27 heures après 2.580 39,9
Autopsie. — Sur ce sujet l'énervation est absolument complète. Aucun filet nerveux n'a échappé à la section.
OLYCàflB NORMAL^ KT piABÈTfB PANCRiATIQUE. 888
Exp. XXIX. — Chiea épagpeul eduUe, très vigojirpux, § jeun, pesfffft iÔ^^^SÛO. SecljoQ de Jpus les Jilets nerveux qui pén^trpuj dans le foie, puis aussitôt apfès, extirpation du pancféas.
Suore p. lOPû gr.
de sapg. Tompénf^urp.
Avant rénervation et |a dépancréatisatiop- Q.9J9 S8«5
6 Ji. 45 m. après 1.40? 39,3
21 heures après 1 .632 38,9
32 heures après 1 .904 39,6
L*autopsie montre que tous les filets nerveux qui pénètrent dans le (oie sont coupés.
Exp. XXX. — Sur le chien de Texpérience X^V dont tous les nerfs étaient coupés depuis trois mois, on extirpe le pancréas. L'animal est devenu rapidement diabétique. L'urine contenait 40 grammes de sucre par litre, le sang Jugulaire 3»', 478 p. 1000.
Exp. XXXL — Chien adulte, très vigoureux, à jeun, pesant 23^^,700. Aussitôt après avoir totalement énervé le foie, on extirpe le pancréas. Dès le lendemain, Furine est sucrée et le sang contient 2^,962 p. 1000 de glycose.
Les résultats fournis par les expériences ci-dessus conduisent aux conclusions suivantes :
1* L'énervation partielle ou totale du foie ne modifie pas sensiblement la glycémie normale ; les animaux même survivent à Topération et reprennent toutes les apparences d'une santé parfaite ;
2* La régulation de la glycosoformation persiste malgré l'interruption de toutes les communications qui relient le foie aux centres nerveux encéphalo-rachidiens ;
8* Ce n'est pas par l'intermédiaire des centres nei-veux régulateur du foie que le produit de sécrétion interne du pancréas agit pour régler la formation du sucre dans la glande hépatique ;
4* Si le produit pancréatique exerce réellement une action sur le foie, cette action ne peut être que directe, c'est-à-dire qu'elle ne peut s'exercer qu'à l'aide du sang et pendant que ce liquide traverse le réseau capillaire intra-hépatique.
Mais on pourrait encore concevoir autrement le mécanisme de l'action frénatrice exercée sur la glycoso-formation par le produit pancréatique ; on pourrait, en effet, admettre que ce produit n'exerce aucune influence directe sur le foie, qu'il agit uniquement sur l'ensemble des tissus de l'économie, en modérant dans ceux-ci la désintégration histologique et par conséquent en ralentissant le déversement dans le sang des matériaux nécessaires à la fabrication sucrée
224 M. KAUFMANlf.
qui s'effectue dans le foie. Si on adoptait cette manière de voir, l'activité de la glande hépatique ne serait pas directement sous la dépendance du produit de sécrétion interne du pancréas; elle serait réglée par les matières mêmes qui concourent à la fabrication du sucre, matières cédées au sang par les tissus, ou autrement dit, l'activité du foie serait sous la dépendance de l'activité de la résorption histologique générale, et celle-ci seulement serait sous l'influence directe du produit pancréatique.
Les faits que je produii*ai dans les mémoires suivants sont plutôt dans leur ensemble favorables à l'hypothèse d'après laquelle le produit pancréatique mélangé au sang, agit à la fois directement sur le foie et sur l'activité de la désintégration histologique de l'ensemble des tissus organiques.