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ACTION DES HAUTES PRESSIONS SUR LES BACTÉRIES

l'expérience était prolongée pendant quatre ou cinq heures, sont arrivés à les déti'uire ; il va sans dire que toutes les espèces ne résistent pas de même, ce qui explique les résultats, en apparence contradictoires, de MM. Sabrazès et Bazin.

La question que nous avons étudiée est diflérente ; nous nous sommes proposés de déterminer Faction qu'exerce sur les bactéries la compression du liquide où elles végètent. Nous avons fait à ce sujet deux ordres de recherches : nous avons étudié d'abord l'influence de chocs brusques et répétés ; nous avons recherché ensuite l'action des compressions lentes.

La première série d'expériences a été exécutée au moyen d'un appareil fort simple qui a été mis à notre disposition par son inventeur, M. le docteur Gozand. Il se compose essentiellement d'un réservoir en fonte, rempli d'eau ; l'extrémité supérieure présente une ouverture où glisse à frottement doux un cylindre en cuivre, qui l'obstrue hermétiquement ; une lourde masse métallique peut tomber sur ce cylindre d'une hauteur de 8 ou 4 mètres ; le choc ainsi produit se traduit évidemment par une compression du liquide, c'est-àdire par une élévation brusque et instantanée de la pression ; mais cette élévation de la pression est tellement passagère qu'elle ne donne aucune indication au manomètre ; pour la mettre en évidence, il faut employer un petit instrument spécial : c'est un étui de fonte dont l'intérieur est plein d'air ; une des extrémités est fermée par un disque de verre dont l'épaisseur a été exactement déterminée ; l'instrument étant placé dans le liquide, celui-ci est soumis à des chocs de plus en plus intenses, jusqu'à ce qu'on ait trouvé à quelle hauteur il faut élever la masse métallique pour briser l'obturateur en verre ; il suffit alors de répéter l'expérience en plaçant l'instrument dans les appareils qui servent à graduer les manomètres, et de rechercher quelle est la pression nécessaire pour rompre des verres de même épaisseur. Nous avons fait de cette façon, avec le concours de M. le capitaine Meillet, un grand nombre d'évaluations et nous avons pu constater que la pression produite par les chocs variait de 200 à 250 kilogrammes par centimètre carré ; ces chiffres étaient identiques à ceux que M. Meillet avaient obtenus par le calcul, d'après la vitesse que possède le mobile à la fin de sa course.

Les cultures microbiennes, qui ont servi à nos recherches, ont été faites dans du bouillon ; on en introduisait un centimètre cube dans de petits tubes de caoutchouc stérilisés, qu'on fermait aux deux bouts au moyen de fils fortement serrés ; ces tubes étaient plongés dans le liquide de l'appareil et la minceur de leurs parois, tout en assurant leur résistance, permettait la transmission immédiate des changements de pression ; chaque culture a été soumise, dans ces

conditions, à des chocs de 200 à 250 kilogrammes répétés de 5 à 10 fois de suite. Les microbes employés, stjqphylocoque doré, bacille du côlon, streptocoque de Térysipèle, bactéridie charixMmeuse sporulée ou asporogène n'ont nullement été influencés par ces actions mécaniques ; des ensemencements, faits comparativement, avant et après les chocs, ont donné des cultures identiques : le nombre et Taspect des colonies, la rapidité du développement, la forme et la virulence des microbes ont été semblables, que les bactéries aient été ou non soumises aux élévations de pression. Du reste, Teau de l'appareil a été semée à plusieurs reprises, avant les expériences et après avoir reçu 15 à 20 chocs successifs; le nombre des colonies a été le même dans les deux cas.

Devant ces résultats négatifs, nous avons entrepris une deuxième série de recherches ; celles-ci ont été exécutées dans Tusine de M. Bourdon, au moyen des appareils qui servent à graduer les manomètres. Les cultures, enfermées comme dans les expériences précédentes, ont été placées dans un cylindre plein d'eau ; un piston s'enfonçant dans le cylindre faisait monter la pression à 800 et 1000 kilogrammes. Les quatre microbes, que nous avions étudiés dans nos premières recherches, ont été soumis à ces hautes pressions pendant un temps qui a varié de cinq à six minutes ; ils ne subirent aucune modification, ni dans leur végétabilité, ni dans leur virulence. L'eau contenue dans l'appareil, semée sur plaques, après avoir subi quatre compressions successives à 1,000 kilogranmies contenait autant de microbes que l'échantillon prélevé avant l'expérience. Nous pouvons donc conclure que les microbes supportent sans inconvénient des pressions fort considérables ; ces résultats cadrent parfaitement avec ceux que fournit l'étude sur les autres êtres inférieurs, avec les recherches de M. Regnard qui n'a pu tuer les bactéries de la putréfaction à 1000 kilos et avec une expérience signalée dans une note de M. Certes : cet auteur a étudié avec M. Roux l'action d'une pression de 600 atmosphères, sur du sang charbonneux ; après être restée vingt-quatre heures dans ces conditions, la bactéridie pouvait cultiver encore et avait conservé sa virulence.

Il était important d'étudier l'action de pressions encore plus élevées ; c'est ce que nous avons pu réaliser grâce à un appareil qui permet d'atteindre 8,000 kilogrammes par centimètre carré, soit 2903 atmosphères. Les cultures étaient, comme d'habitude, enfermées dans des tubes de caoutchouc ; mais, sous ces pressions élevées, l'eau filtre à travers les parois des appareils ; aussi est-ce de l'huile qui remplit le cylindre où nous plaçons nos tubes. Un dispositif spécial, mis en mouvement par une machine à vapeur, fait

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