ACTION DES HAUTES PRESSIONS SUR LES BACTERIES
monter la pression assez régulièrement de 800 kilogrammes à la minute ; de telle sorte qu*il faut dix minutes pour atteindre 8,000 kilogrammes. Cette pression, la plus haute qui puisse être obtenue actuellement, est maintenue pendant deux minutes; on ne peut, sans danger pour l'appareil, prolonger Texpérience plus longtemps ; on laisse alors la pression retomber à la normale ; la descente est rapide,elle ne dure que dix secondes. Ce fait a une importance considérable; car peut-être quelques-uns des effets que j*ai obtenus doivent-ils être attribués à la décompression. '
Dans ces conditions, le bacille du côlon et le staphylocoque doré n'ont encore subi aucune modification ; leurs cultures ont été aussi abondantes après qu'avant Texpérience ; leurs fonctions n'ont même pas été troublées, car le staphylocoque a conservé son pouvoir chromogène.
Les résultats obtenus avec le streptocoque et la bactéridie charboimeuse ont été plus curieux.
Le streptocoque a été semé sur agar avant et après la compression ; les tubes, mis à l'étuve à six heures du soir, ont été examinés le lendemain matin à neuf heures. Ceux qui avaient reçu les cultures normales étaient couverts de colonies ; les autres étaient restés stériles ; mais le soir ils présentaient des colonies d'environ un tiers moins nombreuses que les tubes témoins ; sauf ces différences numériques qui restèrent les mêmes les jours suivants, il n'y eut aucune modification appréciable ni dans l'aspect des colonies, ni dans la forme des microbes.
En même temps que les ensemencements, des inoculations furent pratiquées à des lapins ; on introduisit sous la peau de l'oreille 10 gouttes de culture. Le surlendemain, les lapins qui avaient reçu le streptocoque soumis à l' influence de la pression présentaient un ërysipèlede l'oreille qui augmenta les jours suivants, puis rétrocéda et s'éteignit vers le dixième ou le onzième jour. Chez les témoins, il n'y eut pas de lésion locale : les animaux succombèrent à une infection générale de cinq à six jours après l'inoculation.
Ainsi, une pression de 3,000 kilogrammes est capable de tuer quelques streptocoques ; elle détermine chez les survivants une sorte d'engourdissement qui se traduit par un notable retard dans le développement ; elle diminue la virulence et ne laisse au microbe que le pouvoir de susciter une lésion locale rapidement curable.
Les effets produits sur la bactéridie charbonneuse varient notablement, suivant qu'on emploie des cultures sporulées ou asporogènes.
Le charbon sporulé, semé sur agar, après avoir supporté une pression de 8,000 kilogrammes, pousse aussi bien qu'auparavant ;
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mais sa virulence est légèrement diminuée; les cobayes auxquels on rinocule succombent deux ou trois jours après les témoSas.
Si les cultures sont asporogènes, les résultats sont bien plus net&. Avant la compression, on sème sur agar la minime quantité de liquide que contient une anse de platine ; le lendemain matin, la surface nutritive est couverte d'innombrables colonies; le même liquide, semé d'une façon identique, après avoir supporté 2,000 ou 8,000 kilogrammes, donne 50 à 60 colonies dans le premier cas, 16 à 19 dans le second. La virulence des microbes qui survivent est notablement diminuée : au lieu de tuer les cobayes en trois ou quatre jours, les cultures qui ont supporté 2,000 kilogrammes font périr les animaux en douze ou treize jours ; celles qui ont été soumises à 3,000 kilogrammes n'amènent la mort qu'en dix-huit ou dix-^neuf jours. On arrive donc à créer ainsi une maladie chronique analogue à celle que M. Phisalix a obtenue en inoculant certains vaccins charbonneux.
Avant de conclure que les effets observés sur le streptocoque et la bactéridie sont dus à l'augmentation de la pression, il faut résoudre une question préalable* L'élévation de température, produite par la compression des liquides, suffit peut-être à expliquer tous les phé* nomènes ; dans ce cas, les pressions, même les plus hautes, n'auraient par elles-mêmes aucune influence ; elles agiraient indirectement. M. le capitaine Meillet a étudié ce problème et a trouvé, par le calcul, qu'à 3,000 kilogrammes, la température ne s'élevait que de 5', 8. Encore est-il que ce chiffre est trop fort, car on a dû supposer que tout le travail était transformé en chaleur; les effets thermiques ne pourraient donc expHquer l'action des pressions. Mais on ne saurait trop faire de réserves sur ce sujet, car on se heurte à une série de problèmes d'ordre physique dont la solution ne peut être donnée actuellement, et dont l'étude devra être abordée par des expériences directes. H faut donc, pour le moment, enregistrer les résultats, sans se prononcer d'une façon définitive sur le mécanisme mis en œuvre.
Conclusions. — En résumé, il existe une différence très curieuse entre la sensibilité des bactéries à l'action des gaz comprimés et leur résistance aux simples élévations de pression ; mais tous les microbes ne se comportent pas de même ; le staphylocoque doré et le bacille du côlon supportent, sans être modifiés, des chocs répétés de 250 kilogrammes ou des pressions de 2,000 à 8,000 kilogrammes. Le streptocoque et la bactéridie sporulée ou asporogène résistent aux chocs et aux pressions de 1,000 kilogrammes ; mais à 3,000 le streptocoque est notablement influencé; les individus les plus faibles
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succombent ; ceux qui résistent sont comme engourdis et ne se développent que tardivement ; voilà donc une analogie entre les •fkto produits sur les microbes et ceux que M. Regnard a observés en étudiant les levures, les algues et les protozoaires ; en même temps que la vitalité, la virulence diminue, et l'inoculation sous-cutanée, au lieu de produire une septicémie mortelle, ne détermine plus qu'une lésion locale, un érysipèle curable.
Comme on devait s*y attendre, les résultats obtenus avec le charbon diffèrent suivant qu'on emploie des cultures sporulées ou non ; dans le premier cas, une pression de 8^000 kilogrammes ne modifie pas. la v<^(idMil6, mais diminue légèrement la virulence ; dans le second cas, les troubles sont encore plus marqués qu'avec le streptocoque : après une pression de 8,000 et même de 2,000 kilogrammes, la plupart des bâtonnets sont tués ; ceux qui survivent ne produisent plus qu'une maladie chronique, se prolongeant de douze à vingt jours.
Ainsi, même en admettant que ce sont les pressions qui agissent et non les modifications thermiques, nous voyons que pour influencer la vie ou les fonctions des microbes, il faut employer des élévations énormes, dépassant de beaucoup les variations cosmiques actuelles, puisqu'au fond des mers la pression n'est que de 500 ou 600 kilogrammes. On peut donc affirmer que les changements de pression qui se passent sur notre globe ne jouent aucun rôle dans les modifications de virulence présentées par les microbes qui nous entourent.
Mais la question que nous avons étudiée n'a pas seulement un intérêt théorique : on pouvait espérer, en effet, qu'on arriverait à stériliser des liquides en les soumettant à des compressions brusques. Malheureusement le résultat n'a pas répondu à cette attente ; pour obtenir des effets appréciables, il faudrait avoir recours à des pressions colossales, et par conséquent il faudrait employer des appareils qui ne seraient plus pratiques.
Je tiens, en terminant, à remercier tous ceux qui ont bien voulu me faciliter mes recherches. Je dois adresser l'expression de ma gratitude à M. Bourdon, le constructeur bien connu, qui m'a autorisé à employer les appareils si précis qui servent à graduer les manomètres, et à M. le D' Grozand qui a inventé l'ingénieux dispositif qui m'a permis d'étudier l'action des chocs répétés. M. Etienne, chef de la maison Bourdon, s'est toigours mis à ma disposition avec une complaisance inépuisable pour faire marcher les appareils dont j'avais besoin. Enfin M. le capitaine Meillet, qui m'a constamment aidé dans mes recherches, a été pour moi un collaborateur dont je n'oublierai jamais le précieux concours.
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