L. CAMUS ET E. GLEY
vements des vaisseaux lymphatiques, tout de même qu*elles agissent sur les vaisseaux sanguins. Ces excitations, dans Tun comme dans Tautre cas, se transmettent à des régions médullaires qui jouent le rôle de centres pour les nerfs du canal thoracique, comme pour les nerfs des artères.
Une étude minutieuse des effets de ces excitations servirait beaucoup pour la détermination de ces centres. En observant méthodiquement les variations de la réaction vasculaire lymphatique, avant et après la section du cordon sympathique thoracique, à différentes hauteurs, et, d'autre part, avant et après la section d'un certain nombre de rameaux communiquants, on arriverait à délimiter, sans
Fig. 12. — Expérience du 30 octobre 1894 (suite). Excitation d'intensité moyenne dû bout central du nerf sciatique gauche, à 5 b. 10 m. Légère augmentation de Técoulement, sous Tinfluence de cette excitation.
doute avec une suffisante précision, la région de la moelle d*où émanent les nerfs du canal thoracique. Nous avons commencé ces recherches.
D'autres moyens d'ailleurs peuvent être employés dans le même but. La notion de l'influence excitante centrale de l'asphyxie, par exemple, a été utilisée un grand nombre de fois pour la recherche et la localisation des centres nerveux vaso-moteurs, sudoraux, etc. On verra, dans un autre mémoire que nous publions dans ce numéro des Archives^ que nous avons essayé d'appliquer cette notion à la détermination des centres moteurs des vaisseaux lymphatiques.
L'étude approfondie de l'action de certaines substances toxiques peut également servir à cette détermination. Nous avons fait un assez grand nombre d'expériences concernant l'action de quelques poisons, en particulier de l'atropine et de la pilocarpine, sur la contraotilité du canal thoracique ; on en trouvera les résultats exposés dans les Archives de pharmacodynamie de 1895; au cours de ces recherches, nous n'avons pas négligé la question de savoir si ces poisons agissent sur des centres médullaires ou à la périphérie.
Sans doute nous n'avons pas encore pu délimiter la région de la moelle d'où proviennent les nerfs du canal thoracique. Mais nos expériences relatives à l'influence des excitations sensitives et à celle de l'asphyxie sur ce vaisseau suffisent à démontrer l'existence de cette région centrale et l'importance de son rôle.
Les résultats généraux de ces recherches sont faciles à résumer.
Nos expériences prouvent que le canal thoracique reçoit de la chaîne sympathique des nerfs constricteurs et dilatateurs < ; nous avions antérieurement montré que la citerne de Pecquet reçoit du splanchnique des filets dilatateurs ; dans le présent travail nous montrons que ce même nerf contient des constricteurs pour la citerne. Mais, quand on excite le tronc du splanchnique, comme lorsqu'on excite la chaîne sympathique thoracique, ce sont les dilatateurs que Ton fait entrer en action la plupart du temps; les constricteurs ou bien sont très peu nombreux, au niveau où nous irritons le nerf, ou bien sont beaucoup moins excitables. Chose curieuse, les excitations S3nsitives donnent lieu aussi très généralement, sinon toujours, à un réflexe dilatateur. L*asphyxie, par contre, agit d'abord sur les constricteurs.
Tous ces faits révèlent l'importance que peuvent avoir, par rapport à la circulation de la lymphe, ces mouvements des vaisseaux lymphatiques, d'origine nerveuse. Cette circulation apparaît maintenant comme dépendant de deux causes principales : la vis a tergOy qui résulte de la production incessante de la lymphe (force de propulsion agissant aux extrémités du système lymphatique), et la contractilité vasculaire, régie, comme la contractilité artérielle, par le système nerveux (force de progression agissant en tous les points du système lymphatique). Car la circulation lymphatique ne peut être constamment, en toutes circonstances, la même, d'une immuable régularité ; la formation de la lymphe peut bien être incessante, le cours de cette lymphe doit pouvoir se modifier suivant des condi-
* Nous devons dire qu'il n*est pas toujours facile de mettre ces nerfs en jeu. Dans plusieurs expériences nous avons vu des excitations, même fortes, rester inefficaces, tant sur les nerfs du canal thoracique que sur ceux de la citerne. U nous a paru que la préparation de ces expériences avait été plus longue ou particulièrement laborieuse; on conçoit, par exemple, que le canal thoracique, profondément situé derrière Taorte, ne puisse pas toujours être isolé rapidement ou que rintroduction d'une canule n'y soit pas toujours aisée; pendant ce temps, l'excitabilité des nerfs peut s'affaiblir. D'autres fois, par suite d'une négligence, la température de l'eau salée qui s'écoule dans le canal vient à varier dans d'assez grandes limites; il y a là peut^tre une cause de diminution ou de l'excitabilité des nerfs ou de la contractilité du vaisseau lymphatique. Il peut enfin exister d'autres causes d'erreur, tenant par exemple à des conditions anatomiques spéciales, pression exagérée de l'aorte sur le canal, compression du canal, un peu au-dessus de la crosse de l'aorte, entre le muscle long du cou et l'œsophage, si celui-ci est distendu, etc.