SUR LA SÉCRÉTION INTERNE DE LA RATE
A FONCTION PANGRÉATOGàNE Par MM. J. QACHET et V. PACHON
(Travail du laboratoire de pbyâiologie de la Faculté de médecine de Bordeaux.)
Depuis 1862 que Moritz Schiff a apporté à la science tout un ensemble d'expérieuces destinées à démontrer que la rate prend une part prépondérante dans l'élaboration du ferment protéolytique du pancréas, la notion du rôle pancréatogène de la rate n'a pas, on peut le dire, pris encore rang parmi les données classiques et indiscutées. Les efforts soutenus de A. Herzen qui, à l'appui de la doctrine de rillustre physiologiste, a présenté de nouveaux et nombreux faits, qu'il groupait récemment encore ^ à côté de la longue série de ceux déjà établis par Schiff, dans une vigoureuse et méthodique défense de la doctrine de son maître, ne paraissent pas avoir encore triomphé entièrement du scepticisme d'autrefois. Le rôle pancréatogène de la iiite continue à être présenté sous une forme dubitative ^.
Il pourrait se faire que ce scepticisme fût près de céder. A. Herzen * fait remarquer avec raison que cette « substance » splénique, à laquelle Schiff attribuait un rôle dans la genèse du ferment protéolytique du pancréas et à laquelle lui-même attribue, d'une façon plus précise, la transformation (dans la glande pancréatique) de la
* A. Herzen, La digestion tryptique des albumines et la sécrétion interne de la rate (Revue générale des sciences pures et appliquées , 1S95). ' Cf. la plupart des Traités classiques, de toute langue.
864 4. GACHET ET V. PaCHON.
protrypsine en Irypsine, devait entrer aujourd'hui dans la grande classe des c sécrétions internes » d*organes. A Tépoque à laquelle SchifT annonçait sa découverte, Tesprit n*était pas préparé à accueillir volontiers le fait de la possibilité pour un organe d'agir à distance sur un autre, grâco à l'intermédiaire d'une substance déversée par celui-là dans le sang au cours de son activité Ibnctionnelle et capable d'influencer celui-ci. Un tel mécanisme d'association fonctionnelle n'était alors ni supposé ni compris. A Browa- Séquard était réservée la gloire d'imposer cette notion physiologique au monde scientifique.
La découverte isolée de SchifT, incomprise, fut ainsi rendue plus vulnérable, et cela explique que « quelques mauvaises expériences i — comme dit quelque part A. Herzen — aient paru pendant longtemps en avoir raÎ3on.
De nos jours, la notion de « sécrétion interne » devenue banale autant que celle de l'association fonctionnelle glandulaire, l'esprit se trouve de ce fait mieux disposé à se laisser convaincre par les expériences de SchifT et Herzen et à accepter définitivement la notion d'une sécrétion interne splénique à fonction pancréatogène.
L'un de nous a exposé ailleurs* les résultats d'un travail expérimental étendu de révision des principales expériences de Schifîetde Herzen sur le sujet qui nous occupe. Ce travail a abouti à la confirmation la plus complète et la plus absolue des expériences de Schifl* Herzen. S'il en est qui s'occ^upent encore de reprendre ces expériences, nous ne doutons pas, s'ils veulent bien tenir exactement compte des conditions déterminées dans lesquelles doivent être exécutées et interprétées ces expériences. -^ toutes choses longuement discutées dans ce travail, auquel nous renvoyons le lecteur—, nous ne doutons pas que leur œuvre expérimentale ne les conduise au but auquel nous a mené la nôtre, c'est-à-dire à la justification de la doctrine de SchifT-Herzen sur l'association fonctionnelle glan' dulaire de la rate et du pancréas : association fonctionnelle telle que la rate exerce une influence sur la transformation du zymogène pancréatique, proferment inactif,— en trypsine, ferment actif.
. Nous exposons ici quelques types nouveaux d'expériences se rapportant: 1° à la démonstration directe, in viVo, de la sécrétion interne splénique à influence pancréatogène ; 2* à la nature i^ cette sécrétion interne splénique.
* J. Cachet, Du rôle do la raie dans la digestion pancréatique de l'albunuD^ {Thhse de BorJoaux, 1897). * '