EN OXYDE MK CARBONE
Produotion de ce composé diHieL l'organisme ;
Par M. MAURIOC NICLOUX
(Travail du laboratoire de physiologie gt^ncrale du Muséum d'hisloirc natunDe)
Avant d'entrer dans le détail des expériences qui font l'objet de ce mémoire, je rappellerai très brièvement quelques faits.
Nous avons montré en décembre 1897, M. Desgrez et moi*, que Tanesthésie chloroformique fait augmenter la proportion du gaz combustible du sang. La décomposition du chloroforme en solution aqueuse avec production d'oxyde de carbone* nous a fait admettre que cette augmentation est due à ce composé. L'appareil employé fut alors le grisoilmètre de M. Gréhant.
Peu de temps après 3, M, de Saint-Martin, répétant nos expériences, signalait dans le sang la présence normale d'une petite quantité d'oxyde de carbone et attribuait à ce moment l'origine tic Toxyde de carbone, trouvé à l'analyse, à l'action des réactifs, acide acétique ou tartrique, sur le sang lui-même. Nos expériences devenaient, par suite, susceptibles pour lui de critique, par ce fait que le sang normal fournit de l'oxyde de carbone aussi bien que celui recueilli après anesthésie.
Reprenant alors nos expériences, nous avons appliqué au contrôle de nos premières recherches une méthode absolument différente,
* Comptes rendus^ 6 décembre 1897.
* A. Desqrkz, Comptes rendus^ i5 décembre 1897.
^ L. Dk ^jaint-Martin, Comptes rendus^ 14 février 1898.
OXYDE DE CARBONE DANS LE SANG. i35
Tune sensibilité extrême; nous sommes arrivés à des résultats de nême ordre *. Ce fut l'occasion pour nous de confirmer la pré- 5ence de l'oxyde de carbone trouvé dans le sang par M. de Saintilarlin; mais, pour des raisons que nous avons développées dans lotre mémoire, nous n'avons pu admettre comme lui la décomposition d'une substance hématique par les acides organiques avec )roduction d'oxyde de carbone, et, sans formuler aucune hypothèse sur l'origine de ce gaz, nous avons été conduits « à admettre l'exis- «nce normale de l'oxyde de carbone dans le sang des chiens vivant i Paris».
D'ailleurs, postérieurement •, M. de Saint-Martin abandonnait de ui-même sa première hypothèse (action des réactifs sur le sang).
Tels sont les faits dans leur ordre chronologique.
tle préciserai, de plus, la technique générale que j*ai suivie dans toutes ces expériences.
L'animal étant fixé sur une gouttière, on pratique une prise de sang, soit dans l'artère carotide, soit dans l'artère fémorale. Les gaz sont extraits en général de 25 centimètres cubes de sang, à 100*, dans le vide, en présence de 50 centimètres cubes environ •l'acide acétique, au moyen de la pompe à mercure. Les gaz recueillis sont mesurés; on élimine l'acide carbonique par la potasse et le résidu gazeux additionné de 100 à 150 centimètres cubes d'air est introduit dans une petite cloche à robinet. Ce mélange gazeux circule dans l'appareil décrit précédemment (voir Arch, de physioL^ i" avril 1878, p. 382), constitué par trois tubes en U renfermant successivement potasse, ponce sulfurique, anhydride iodique. L'oxyde de carbone, au contact de l'acide iodique anhydre maintenu à lôO**, est transformé en acide carbonique et une certaine quantité d'iode est mise en iberté. On recueille l'iode au moyen d'un tube de Will contenant une lessive alcaline; Tiode passe à l'état d'iodure; on le <lose ensuite colorimétriquement, après sa mise en liberté par l'acide sulfurique nitreux; il se dissout dans le sulfure de carbone, et on iiompare la teinte obtenue avec celle fournie dans les mêmes conditions par une solution titrée d'iodure de potassium.
Si Ton emploie une solution de ce sel à 0"'»',1 par centimètre cube, on exprime le chiffre indiqué par la burette en milligrammes et le volume de CO à 0 et à 760 exprimé en centimètres cubes est donné par la formule:
* Comptes rendus (7 mars 1898), et pour plus de détails consulter le mémoire les Archives do physiologie (avril 1898, p. ïJ77).
* L. DE Saint-Mahtin, Comptes rendus^ 4 avril 1898.
436 MAURICE mCLOUX.
La détermination de Fiodure étant faite au l/lOO de milligramme, loi-sque la quantité à doser varie entre O"*»^,! et 0"*',2, et au l/'200' de milligramme si la quantité à doser est inférieure à 0"^'',1 (ce sont les conditions dans lesquelles les dosages ont été effectués), il s'ensuit que tous les chiffres, représentant la quantité de CO pour 100 centimètres cubes de sang, Tanalyse étant faite sur 25 centimètres cubes, sont déterminés avec une erreur absolue maximum ne dépassant pas 1/100" de centimètre cube.
Ainsi donc la présence normale de Toxyde de carbone dans le sang des animaux vivant à Paris constitue un fait parfaitement établi. La question se pose immédiatement d'en connaître l'origine. On est ainsi amené à formuler les deux hypothèses suivantes, qui peuvent, je crois, seules expliquer la présence de ce gaz dans le sang :
!• Fixation de l'oxyde de carbone de l'air (si Tair des grandes villes en contient) par l'hémoglobine des animaux soumis aux expériences ;
2** Production de ce gaz dans l'organisme lui-même.
I. — A première vue, une expérience simple parait devoir résoudre la question. Il suffit de se procurer des animaux vivant à lacampngne et de comparer la teneur en oxyde de carbone du sang de ces animaux au sang de ceux vivant à Paris. Si Toxyde de carbone du sang provient de l'atmosphère, comme il est difficile d'admettre la présence de ce gaz dans l'air de la campagne, le sang des animaux qui y vivent ne devra pas en renfermer.
J'ai fait alors l'expérience suivante :
Le 8 avril 1898 au matin, je me procure à Ris-Orangis (Seine-et-Oise), situé a 24 kilomètres de Paris, un chien vagabond, couchant continuellement dehors (c'est du moins ce que l'on m'a affirmé). Le chien est amené (le Ris à Paris dans un compartiment dont une fenêtre est restée ouverte et en l*al>sence de toute fumée de tabac. Le voyage dure de 1 h. 15 ni. à 8 h. iO m. L'animal est amené aussi rapidement que possible de la gare de Lyon au laboratoire de physiologie générale, quai Saint- Bernard.
A 8 h. 45 m., prise de 25 ce. de sang dans l'artère fémorale. Exti-action des gaz, passage à travers l'acide iodique.
Kl = 0°'fif'-, 12 ; CO = 0*=% 04 ; CO pour 100 ce. de sang, Q^, 16.
A 9 h. îJO m., deuxième prise de 25 ce. de sang. Mêmes opéivilioDS' Kl = 0»'ï% 1 2 ; CO = 0<=S 04 ; CO pour 100 ce. de sang, 0«, 16.
Or, dix-sept dosages d'oxyde de carbone dans le sang d'aninia^^ vivant à Paris m'ont donné les résultats suivants :