I. — Etude morphologique et biolooique
4* // existe dans les cancers des formations anormales.
Des formations anormales ont été décrites par divers auteurs dans les cancers et considérées comme de nature parasitaire. Malheureusement, ces auteurs, se basant uniquement sur une étude morphologique, ont décrit des formes si différentes qu'elles ont été considérées comme exclusives les unes des autres, de sorte qu'on n'a pu aboutir à aucun résultat précis.
Dans notre étude d'un nombre très considérable d'épithéliomas, de <^rcinomes, de sarcomes, nous ne nous sommes pas basé uniquelisent sur Texamen de coupes histologiques auxquelles on peut toujours Opposer des doutes; mais toute tumeur, tout de suite après son ablation, '^ été examinée à l'état fraiSy ainsi que d'ailleurs l'avait déjà concilié RufTer. Nous avons fait une étude minutieuse du suc cancéï'cux, de produits de raclage recueillis en des points divers de la Sxirface de section : centre, périphérie, points jaunes, kystes, parties "amollies, etc. Cet examen a été fait à une lumière vive, sans coloration, puis après coloration, en particulier par le picrocarmin, le bleu de Roux, la safranine, le Biondi, la liqueur triacide d'Ehrlich diluée. Pour conserver indéfiniment les préparations, on fixe les éléments cellulaires par les vapeurs d'acide osmique ou, mieux, par Talcool au tiers de Ranvier, et après coloration on fait pénétrer lentement une goutte de glycérine et on lute.
Ces recherches ont été complétées par l'étude de coupes histologiques ^près fixation par le Flemming ou le sublimé acétique qui permettent ' emploi de colorations compliquées .
La synthèse de nos documents analytiques nous a conduit à cette onclusion : qu'il existe dans toutes les tumeurs des formations normales d'aspect très variable, mais dont il est facile de dégager lelquos types, les plus importants, au nombre de six : formes miobiennes, granulations, formes cellulaires, formes enkystées, rmes sarcodiques et enfin formes ciliées.
a) Les formes microbiennes'^ sont les plus abondantes. L^ur volume va de celui du plus fin microeoque i celui d'un gros staphylocoque ; leur forme est ronde ou lan<^olée et il existe autour d'elles une zone homogène et très réfringente, comparable a une capsule byaline (Pl. 'V, ûgAy â, 13; ûg. 22 aa). Très souvent, on constate un processus de division directe qui leur donne Tapparence d'un diplocoque encapsulé (Pl. V, ûg, 14 et Hg. 22 b). Situées ordinairement dans le protoplasme des cellules épithéliales ou conjonctives, elles peuvent siéger également dans les mailles du tissu coigonctif.
b) Les granulations sont formées par une masse ronde ou amiboîde, homogène, réfringente entourée d'une zone hyaline plus brillante et qui peut prendre un grand développement ; elles peuvent atteindre jusqu'à 1 (i de diamètre ; leur centre est plus lumineux sans qu'il existe de noyao, à proprement parler (Pl. V, fig, 3, 4, 5, 15; fig. 22, g et g').
c) Les formes cellulaires (ainsi nommées à cause de leur ressemblance avec la cellule type) peuvent être constituées simplement par une granulation volumineuse nucléée, entourée de la zone hyaline (Pl. V, Gg, 6, 16 ; ïig. 22 gr et 23 gr) ; des formes plus complexes présentent une masse protoplasmique volumineuse qui se différencie en 3 à 4 zones concentriques dont l'une renferme de fines granulations ; elle contient au centre un noyau vésiculeux à un ou plusieurs nucléoles ronds ou en navette et à corpuscule réfringent (Pl. V, £g. 7, 11, 18, Sg. 22 ce, £g, 22 cf, dy £g, 25 c). La masse protoplasmique peut demeui*er homogène, mais renferme un grand nombre de divisions nucléaires (Pl. V, £g. 22 my mo) ou prend l'apparence d'une marguerite ou d'une sphère formée par Tagglomération de sphérules nucléées constituant une mordi (Pl. V, ûg, 25 mor). Dans les formes cellulaires, nous devons faire entrer les formes pseudopodiqueSy parfois très volumineuses.
d) Les formes enkystées n^avaient pas été encore décrites avec netteté dans les cancers ,et leur constatation est d*une grande portée iQ point de vue de l'interprétation de la nature des formations anormales. Surtout constatables à Tétat frais, elles peuvent se distinguer nettement sur des coupes. Il existe des kystes parfaits avec une paroi géoinétri<ltt<) a double contour limitant une cavité remplie par une masse protoplasmique à gros noyau nucléole ; cette masse se rétracte sous forme dW sphère centrale granuleuse (Pl. V, fig. 9, 10, 21 ; ûg, 23 /), c, d). Certains kystes sont remplis par des corps géométriques ronds ou ovales, à doubl<^ paroi et nucléés, volumineux ; dans un cas nous avons constaté dans l'intérieur deux corps en croissant à noyau nucléole séparés par uflC masse granuleuse (spores) (Pl. V, fig, 11). D'autres kystes renfermenHi« nombreux petits corps lancéolés à contours précis et épais, à cefltï* réfringent (microspores) (Pl. I, ûg. 23, c, cf).
e) Les formes sarcodiqueSy qui se voient nettement dans certains sa^ cornes, sont formées par une masse protoplasmique à bords pseudopo-
La déhignation do « microbiennes » nMmpliqoe pas une question de natnr*» elle eil Bimplement en rapport avec l'apparence morphologique de ces formalio»"^*
pàrasitbs du. cancer. 461
piques, enfermée dans une loge de tissu conjonctif embryonnaire. CéUe xnasse contient des corpuscules lancéolés ou des corps ovales de structure oomplexe à contours géométriques,, qui renferment quatre corps ronds nucléés et nucléoles (spores) et sont entourés par un pigment verdfttre.
/) Nous n'avons pu constater que dans un seul cas Texistence d*une masse ronde granuleuse portant à sa périphérie des cils implantés par lear base et à extrémité libre très effilée (corps en flammèche).
Ces divers types de formations anormales existent dans les épithéliomas, les cancers et les sarcomes. Cependant, les formes microbiennes et les granulations dominent dans les sarcomes et parfois on n*y rencontre que ces seules formes contenues, au nombre de 2, A et davantage, dans une même zone hyaline. Mais, de même que les sarcomes peuvent contenir des iormes cellulaires volumineuses, de même des carcinomes peuvent contenir surtout des formes de petit volume dont certaines sont remarquables par leur ténuité et ressemblent à de \ei poussière chromatique.
2* Preuves de la nature organisée et parasitaire des formations anormales.
Diaprés cette étude morphologique, des éléments de forme si précise (en particulier les formes enkystées) peuvent être distingués des produits d'altération de nos tissus. Quoique d'une valeur démonstrative considérable, cet argument morphologique ne constitue pas toutefois une preuve suffisante de la nature organisée des formalions anormales. Nous allons trouver ces preuves dans l'étude de leurs réactions colorantes, de leur structure, de leurs rapports avec les tissus et surtout dans la constatation précise de phénomènes de reproduction, de cycles évolutifs, et la possibilité d'obtenir des cultures en milieu artificiel.
i' Coloration. — a) à F état frais et sur des coupes. — A Texamen microscopique de matière cancéreuse fraîche, sans coloration^ les formations anormales apparaissent comme des masses homogènes, lumineuses, à contours géométriques, renfermant au centre une masse un pea moins réfringente.
Une coloration convenable donne des élections très remarquables, permettant d*étudier les formations anormales à Tétat frais et en dehors de toute altération, et sur des coupes histologiques.
Il résulte de nos recherches que les formations anormales se différencient des tissus environnants, que chaque partie du parasite présente une coloration propre et que ces colorations sont comparables pour les formes de même ordre rencontrées dans les diverses tumeurs.
Nous devons signaler parmi les procédés les plus électifs :
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Le pierO'CBrmîUy qui colore en jaune vif la zone hyaline et en rouge sombre brillant les formes microbiennes et les granulations. Le protoplasma des formes cellulaires présente des teintes rouges et roses ; les fines granulations sont roagc foncé, et les nucléoles rouge sombre réfringent. Les formes pseudopodiques ont toute leur masse protoplasmique colorée en jaune clair brillant.
La safrêDÎDe^ en solution aqueuse à 1 0/0, teinte la zone hyaline en rose à Tétat frais et seulement sur les bords, et en rouge pourpre homogène, lumineux, 1res réflringent, les granulations et les formes microbiennes. Ces corps safranopfailes sont à rapprocher des corps de Rutsell.
Vbématéine colore fortement en bleu noir les formes microbiennes et les granulations, en violet héroatéine le protoplasma des formes cellulaires, et les fines granulations en violet foncé ; les nucléoles sont en bleu noir. A Tétat frais et sar les coupes, la zone hyaline est légèrement teintée en gris bleuAtre. Si on fait agir une solution aqueuse d'eos/ne après l'hématéine, la zone hyaline se colore eo rose vif homogène bien différent du rose sale du protoplasma de la cellule hôi«.
Le bl9u de Houx colore les formations anormales avec toutes les gammes da violet clair au violet noir, tandis que le protoplasma de la cellule hôte est teiolé en un bleu rosâtre et son noyau en bleu de ciel.
Uhénaatéine-fucbsiDo acide-orange donne de belles élections (Pl. V, Gg, 22 à 25). Sur les coupes fixées au Flemming, on fait agir Thématéine pendant une heure environ, puis une solution aqueuse de Aichsine-acide à 2 0/0 pendant cinq à six minutes; après lavage à Teau, on passe rapidement une solution aqueuse saturée d'orange G. Le protoplasma de la cellule hôte est coloré en jaune, son noyau en orange vif teinté de violet par endroits ; la zone hyaline est orange vif; les formes microbiennes et les granulations sont violet hématéine rougeâtre; les formes cellulaires ont un nucléole rouge vif, un noyau rouge bleuâtre, les zones protoplasmiques violet clair; les fines granulations protoplasmiques sont violet foncé.
Les formes enkystées ont une paroi bleu violacée, Tespace cavitaire est à peiiie teinté en bleuâtre sur les bords, la sphère granuleuse centrale est d'un violet foncé, renfermant un noyau vésiculeux bleuté et un ou plusieurs nucléoles rmP sombre. Lorsqu'il existe dans ce kyste les corps de petite taille en navette (microspores), ils sont colorés en un rouge foncé, réfringent, lumineux au centre.
La fuchsine acide-bleu de Roux donne de belles différenciations. Après avoir coloré pendant cinq minutes avec une solution aqueuse de fuchsine>acide à20/D, on lave à l'eau et on colore au bleu de Roux pendant une minute environ. Od décolore en suivant l'opération au microscope jusqu'au moment où les noyaox des cellules hôtes sont teintés en bleu de ciel et le protoplasma en rose à granolatiODS légèrement violacées. La formation anormale a sa zone hyaline colorée en violet homogène, les formes microbiennes et les granulations sont colorées en rouge fuchsine brillant ; les formes cellulaires ont des nucléoles d'un roug< vif, des zones protoplasmiques de teintes rouges différentes et de fines granQtalions protoplasmiques violet foncé. Les formes enkystées sont très nettement différenciées : paroi du kyste violette, sphère granuleuse centrale violet foo^ à noyau vésiculeux lilas, renfermant un ou plusieurs nucléoles rouges. Dans \^ kystes à microspores, celles-ci sont colorées en un rouge brillant.
Liqueur do Biondi^ liqueur triacide d'Ebrlich. — Ces deux liquides donnent des réactions à peu près identiques. Nous employons d'une façon exclusive» liqueur triacide d'Erlich diluée dans trois à dix fois son volume de glycérine, pour les examens do raclage de pièces fraîches (Pl. V, /?y. 1 à, 12). Le Biond'i en solution très faible, laissé longtemps (24 heures à 3 jours) sur des coupei fixées au sublimé, donne des colorations très électives et d'une grande finesse-
La zone hyaline est colorée en rose homogène, lumineux, réfiringent, plus foncé 8ur les bords; les formes microcciques et les granulations sont d'un rouge foncé lumineux et légèrement vineux; les formes cellulaires présentent une masse colorée en lilas clair et un noyau rouge, ou un nombre^ variable de divisions nucléaires rouge sombre; lorsqu'il existe plusieurs zones pratoplasmiques, on observe des teintes qui varient du rose vif au lilas et au bleu pur. La forme enkystée à corps en croissant, que nous avons déjà signalée (spore), avait sa paroi colorée en rouge, ses corps en croissant en bleu pur à noyau rouge, et sa masse de reliquat à peine teintée de rose sale (Pl.V, ûg. 11). Les morulas sont formées par de petites sphères à périphérie colorée en bleu et à noyau rouge volumineux.
Au contraire, la cellule hôte a un protoplasma d*un rose jaunSlre et un noyau vert foncé. Les figures de karyokinèse et le noyau des globules blancs sont d'un vert intense.
La safranino-induline donne de belles préparations quand elles sont réussies : solution aqueuse de safranine à 2 0/0 pendant dix minutes; sécher au papier buvard; solution saturée d'acide picrique dans Talcool absolu pendant trois minutes; écouler Texcès de celte solution et remplacer par une solution d'induline à 1 0/0 dans l'alcool à 60*. Après quelques minutes, laver à Tcau et décolorer par la série des alcools jusqu'au moment où la teinte rougeâtre des noyaux des cellules disparaît. Le protoplasma des cellules et le tissu conjonctif sont colorés en ui beau bleu, le noyau en jaune ocreux ou verdâtre, tandis que la zone hyaline est à peine teintée en bleu clair homogène, les formes microbiennes et les granulations en rouge pourpre réfringent, à centre brillant. Les formes cellulaires volumineuses ont leur masse protoplasmique colorée en bleu foncé très uni et présentent une ou plusieurs granulations rouge pourpre.
b) Fixation et coloration électives, sur lanwSy des formations anormales à fétat frais (Pl. V, lig. 13 à 21). — Nous avons fait des raclages à la partie périphérique de cancers renfermant de nombreuses inclusions protoplasmiques. Une goutte de ce suc, non placée à l'extrémité d'une lame de verre, a été étalée rapidement en couche mince avec le tranchant d'une lamelle et séchée par agitation à l'air. Après avoir passé trois fois la lame dans une flamme de Bunsen on fixe le suc cancéreux par le mélange à parties égales d'alcool absolu et d'éther et on colore par l'éosine aqueuse à 2 0/0, pendant une demi-minute, puis, après lavage à l'eau, par le passage rapide d'une solution aqueuse concentrée <lebleu de méthylène. Dans de bonnes préparations, le protoplasme de 1» cellule-hôte est en rose, le noyau en rouge vif ou teinté de bleu à la périphérie; les parasites ont une zone hyaline colorée en bleu violacé paie, en forme de halo; les formes microbiennes et les granulations Sont en bleu violet très foncé, représentant des formes cocciques ou diplococciques; les formes cellulaires ont des zones concentriques colorées en bleu d'intensité variable, tandis que le noyau est d'un bleu ïioir{PL. V, %. 13 à 21).
n est donc possible de colorer les formations anormales dans les cel- '^ïes cancéreuses au môme titre que l'hématozoaire dans les globules '^ûges du sang.
-• Structure. — Elle est très variable, suivant que Ton étudie les
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formes microbiennes, les granulations, les formes cellulaires ou enkystées; les trois premières ont une partie commune, la zone hyaline.
La zone hyaline qui peut prendre un très grand développement, constitue non un produit de dégénérescence de la cellule, mais la partie périphérique différenciée du parasite. Elle n'adhère pas au proloplasma de la cellule, mais fait corps avec la masse qu'elle renferme en son centre. En se développant dans le protoplasma elle garde sa forme ronde, mais dans les mailles conjonctives elle devient amibolde. Homogène et très réfringente, elle présente parfois de Unes stries radiées et ne se colore que difficilement à l'état frais. Sur les coupes elle se colore fortement et d'une façon élective mais elle subit des altérations allant du simple plissement (Pl. V, âg. 19) aux rétractions et aux vacuolisatioDS qui lui donnent un aspect étoile capable de simuler les filaments de passage des cellules malpighiennes (Pl. V, Gff, 25, j&).
La petite masse intrahyaliae des formes microbiennes et des granulations est homogène, réfringente, à bords délicats. Elle prend très fortement les couleurs, aussi bien les couleurs acides que les couleurs alcalines et, dans les colorations composées, ses affinités sont différaotes à la fois de celles des substances protoplasmiques et nucléaires. 11 ne noos paraît donc pas possible d'assimiler ces formations in trahyalines à 4iii noyau, mais bien plutôt à un petit amas protoplasmique particulier. En effet, cette masse s'agrandit pour former les granulations volumineuses, puis la masse protoplasmique des formes cellulaires, et l'on voit apparaître en son centre un espace clair qui paraît précéder rapparitioo da noyau vrai.
La masse protoplasmique des fonnes cellulaires se différencie en plusieurs zones concentriques, dont une formée par de Anes gi*anuIations vivement colorées par l'hématéine, la .fuchsine,, la safranine... ; elle renferme un noyau vésiculeux à un ou plusieui*s nucléoles (Pl. V, Hg. 5 à 8, eifjg. 22).
La paroi des formes enkystées paraît due a la transformation de la zone hyaline dont la partie périphérique se condense en grosses granulations ; celles-ci s'allongent et se soudent pour former une limite continue (Pl. V, lîg, 22, d, d). La paroi interne du kyste se forme plus tard de la même façon aux dépens de la partie centrale de la zone hyaline. Le protoplasma se rétracte vers le centre, laissant une cavité kystique, et renferme un noyau nucléole, La structure de certaines formalioDS intrakystiques est d'une grande précision, en paiiiculier pour les spores de grand volume.
S^ Siège et répartition oes formations anormales uans les ciH' GERS. — Le siège ordinaire de ces formations est dans le protoplasma de la cellule cancéreuse, rarement dans le noyau (Pl.V, fig. 22); elles peo' vent siéger encore dans les mailles du tissu conjonctif. Elles sont logées dans le protoplasma comme dans une géode qu'elles remplissent exactement et qu'elles agrandissent par refoulement du protoplasma, de sorte qu'à un moment elles percent la cellule de part en part. I-ies formes pseudopodiques peuvent traverser deux à trois cellules voisines, l»
semble que les formes intranucléaires ne puissent pas terminer leur évolution dans le noyau à cause sans doute de la membrane inextensible; elles viennent l'acheverdans le protoplasma.
Les formations les plus volumineuses, dans un carcinome du sein par exemple, se trouvent au centre des alvéoles, les formes les plus petites à la péi^pbérie de ces derniers ; si Ton envisage Tensemble de la tumeur ce sont les examens de raclages faits à la périphérie qui donnent les formations anormales les plus nombreuses et les plus faciles à mettre en lumière. H y a donc un rapport entre la zone d'accroissement de la tumeur et la petite taille des formations anormales.
Ces résultats nous paraissent déjà assez importants, pour nous amener à penser que les formations anormales qui existent dans les cancers sont des corps organisés, étrangers à nos tissu», par suite exogènes, et auxquels la vie intracellulaire permet de donner le nom de parasites.
Mais, avant d'aborder Texposé des preuves plus décisives, il nous parait utile de rapporter les objections que l'on a faites à la nature exogène de ces formations.
On a pensé qne ces formations n'étaient que des inclusions d'éléments normaux y de globules blancs en particulier. Cette objection ne serait valable que pour les formations de petite taille ; d'autre part, Texamen du suc cancéreux frais ne nous paraît pas permettre cette confusion, si Ton tient compte de la forme géométrique, de l'homogénéité, de la réfringence, de la structure, de la coloration spécifique. La liqueur triacide d*Ëhrlich permet de distinguer, à l'état frais, les formations colorées en rose vineux homogène, des globules blancs à protoplasma granuleux et à noyau verdàtre. Dans les coupes, les formes microbiennes et les granulations peuvent aller par groupes intracellulaires égaux dans une même tumeur, par quatre,. par exemple (Pl. V, fig. 23 gr.) ; enfin, on constate entre les formes de petite taille et les inclusions les plus volumineuses les passages de transition les plus étroits.
Ces formations, a-t-on dit encore et c'est là une des objections les plus importantes, ne représenteraient pas un parasite, mais bien l'inclusion dune cellule cancéreuse dans une autre. On s'est basé surtout sur l'existence dans l'épithélioma cutané de filaments de passage à la périphérie de l'inclusion et sur la similitude des réaction» colorantes entre celle-ci et la cellule enveloppante. Cette erreur a été commise par cerclas auteurs qui ont pris des cellules malpighiennes incluses pour des parasites. Mais les inclusions parasitaires sont aussi fréquentes dans 'es cellules de certains éphthéliomas glandulaires dépourvus de filaments ^^e passage, et nous savons encore que la zone hyaline peut présenter ^es altérations capables de simuler ces filaments ; notre étude sur la Coloration à l'état frais et sur la structure des véritables formations «normales montre des différences importantes entre celles de la forma-
tîon et celles de la cellule-hôte. Il est vrai qu*il peut exâsler des inclasioQS cellulaires à un état différent de la cellule qui les renferme et se colore d*une façon différente, mais, dans ce dernier cas, la notion de structui*e si particulière des formations parasitaires permettra d'en fain le plus souvent le diagnostic.
l/os invaginations véritables de cellules dans, d'autres cellules sodI plus faciles à distinguer de par Tidentité complète de structure et de coloration entre les deux cellules. D'ailleurs, Texamen à Tétat frais permettra de lever les doutes, dans ce cas, si on examine des cellules bien dissociées, de façon à supprimer les invaginations cellulaires qui créent des inclusions artificielles sur les coupes.
L*étude des formes de structure complexe aboutissant aux formes enkystées à corps en croissant et les élections des matières colorantes nous permettent de discuter et la grosse objection et le très difficile problème des dégénérescences cellulaires.
Dans les dégénérescences on ne constate pas au même degré une précision de structure s'alliant à des différenciations par les matières colorantes qui font des formations anormales du cancer un corps organisé comparable à une cellule en pleine activité.
Une opinion de la plus grande importance voudrait que les formations anormales fussent dues à une perversion - de la karyokinèse ou à une déviation du processus de kèratinisation. Dans les cancers, on rencontre, en effet, fréquemment des cellules à noyaux bourgeonnants et ce sont ces derniers qui auraient été pris pour des parasites. Cette objection est juste et vise certaines erreurs d'interprétation. Mais on peut faire à la généralisation de cette opinion la môme objection générale de coloration et de structure : la coloration par TEhrlich des divisions nucléaires est totalement différante (bleu vert) des formations parasitaires (rose, rose vineux); d'autre part l'examen de tissus frais nous a montré l'existence dans des cellules à noyau multilobé de formations parasitaires vraies repoussant ces noyaux; on observe ces mêmes parasites à côté de noyaux en pleine mitose. Les karyokinèses anormales, vieillies ou en dislocation, peuvent se distinguer de la même manière des formes parasitaires, tout au moins dans la grande majorité des cas.
Dans le cancer, le processus de kèratinisation, au lieu de se faire vers l'extérieur, se ferait concentriquement, et ce serait là l'origine du globe cpidermiqne. Si l'on étudie l'évolution de ce dernier, on voit qu'il esl formé à l'origine par une cellule qui devient globuleuse, s' hypertrophie, repousse les cellules voisines qui prennent une forme en croissant et une apparence chitineuse. Mais, dans la cellule centrale, on trouve, > côté d'un noyau identique à celui des autres cellules, une formation anormale typique. Ne peut-on admettre que la présence de ce corps, d'origine exogène, a développé un processus d'irritation amenant ^hype^ trophie de la cellule et la compression des cellules voisines et aboutissant à leur chitinisaiion? La dissociation du globe épidermique a Tétat frais permet de se bien rendre compte de ces phénomènes.
4* Preuves TIRÉES des cycles évolutifs et des cui.tures. — Des preuves plus directes non seulement de la nature vivante et exogène, mais encore de la place dans réchelle des êtres, de ces formations anormales vont nous être données par Tétude de leur évolution dans les tumeurs.
A) Phénomènes de reproduction et cycles évolutifs, — Le rapprochement des formations anormales d*une même tumeur permet de suivre des intermédiaires très rapprochés, depuis les formes les plus petites jusqu'aux formes les plus compliquées. Celles-ci aboutissent à des kystes contenant des corps sporiformes ou à des amas de petites sphères, ou à un processus de division directe. Ces formes de reproduction peuvent différer d'un cancer à Tautre, de même que la série des intermédiaires qui y amènent. De Tenseinble de nos recherches nous avons pu dégager les cycles évolutif suivants :
a. Cycle sporulâ à spores volumincusesy dont on suit facilement les stades ; depuis la forme microbienne jusqu'au kyste la masse centrale de ce dernier se divise en un nombre variable de sphères (ordinairement quatre) ou sporoblastes, qui vont former les spores. Celles-ci peuvent renfermer deux corps en croissant et une masse de reliquat (Pl. V, fig. 1 à il).
§. Cycle sporulé à microsporos : évolution identique, mais le noyau se divise en nombreux fragments qui se disposent en couronne sur la sphère centrale, prennent une paroi, épaisse et représentent des zûicrospores,
f. Cycle asporulé à morula : la masse nucléaire se divise et se disperse rapidement dans le protoplasma abondant et homogène; le protoplasma se condense autour des divisions nucléaires et aboutit à la formation d*un amas de sphérules Bucléées qui constituent la morula (Pl. V, fig. 22 /Z2, mo, et ûg. 25 mor). Dans un seul cas, nous avons pu saisir la transformation de ces sphérules en corps en croissant.
8. Cycle à microsporozoïtes : nous n^avons pu l'observer qu'une seule fois ; à la périphérie d'une masse granuleuse sphérique sont implantés des cils, des flammèches insérées par une extrémité large, tandis que rexlrémité libre est très effilée.
t. Division directe : ella peut faire partie d'un des cycles précédents ou constituer un mode de reproduction isolé. La petite masse s'étire, prend la figure <i'aQ diplocoque encapsulé, d'une levure (Pl. V, ûg. 22 et 23).
Nous avons été étonné de rencontrer dans certaines tumeurs des iormes qui n'entraient pas dans un eyde évolutif déjà établi. Après de c&ombreuses comparaisons nous nous sommes convaincus de Texistence, <laos un même cancer, de plusieurs cycles, ce qui constitue un dimorphisme évolutif. Comme exemple frappant nous citerons un carcinome ^u sein dans lequel nous avons constaté quatre cycles évolutifs : un cycle Sporulé à grosses spores, un cycle sporulé à microspores, un cycle ^sporulé à morula, enfin un processus de divisiop directe d'apparence Microbienne.
B) Cultures (Pl. VI, ûg, 5). — Dans du sang de lapin rendu incoagu- )able par Textrait de sangsue et maintenu à une température de 18 à 25° c. Qt ensemencé avec des produits de raclage ou de pelits fragments de tumeurs cancéreuses, nous avons pu, dans quatre cas, suivre le développe-
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ment libre des formations parasitaires. Il s'agit bien là de cultures ynias ainsi que le montre la comparaison entre l'examen direct des produiu ensemencés et du milieu de culture, ainsi que le montre encore la pré dominance de formes parasitaires différentes à chacun des examens successifs et le développement exagéré de certains cycles évolutifs. Dus une de nos cultures, des spores a paroi fragile (Pl. VI, fîg, 5, r,r) se sont développées avec une extrême abondance, mais c*est la multiplication par division directe de formes de petite taille à corpuscule brillant (Pl M, fig, 5 a, b^ m) qui a été le phénomène le plus saillant et qui a coîocidé avec la disparition des formes volumineuses (Pl. VI, fig, 5).
Malheureusement, nous n'avons pas pu réussir à transporter ces cultures de façon à obtenir des cultures indéfinies.
Nous avons pu noter à plusieurs reprises et par un examen patieot des mouvements amiboïdes d'une grande lenteur pour les formes cellulaires développées dans ces cultures.
Ces divers arguments nous amènent donc à penser que les formations anormales des cancers représentent réellement un corps organisé vivant^ capable de se développer, de se reproduire et desvahir les tissus sains et de vivre en parasite dans le protophsmi des cellules,