J. COURMONT, M. DOYON ET PAVIOT
trition, inflammations graves, empoisonnements divei*s, etc. ; il deviendrait plus petit, plus homogène, fortement coloré. Les lésions du corps cellulaire commenceraient autour du noyau pour progresser ensuite. Finalement le noyau paraîtrait fortement coloré au milieu d'une grande cavité; il ne resterait qu'une silhouette de la cellule se fondant de plus en plus dans le tissu nerveux. La description de Nissl diffère sensiblement de celle de Marinesco; elle ne comporte pas non plus d'hémorragies diffuses dans les cornes antérieures.
Claude * , vers la même époque, a rapporté l'observation d'un chien, injecté à plusieurs reprises pendant vingt-trois jours avec de faibles doses do toxine, ayant présenté des paralysies, des contractures, une escharre fessière, etc., et ayant succombé au bout de deux mois. Ce chien avait des altérations vasculaires considérables, des foyers de myélite disséminés surtout autour des racines postérieures, des modifications du réseau chromatique et du noyau des cellules médullaires. Les nerfs étaient altérés. Ce cas s'éloigne trop du tétanos expérimental classique pour trouver sa place à côté des autres travaux que nous analysons. Nous le citons pour mémoinî.
A la suite des publications de Marinesco, nous avons entrepris l'étude des cellules nerveuses des animaux tétaniques, avec l'aide des méthodes les plus récentes de coloration. Nos résultats ont été consignés dans deux publications*. Notre opinion est exactement invei'sc de celle de Marinesco. « Il n'existe pas dans la moelle des tétaniques des lésions cellulaires pouvant être considérées comme f origine des contractures et capables, par cela même, d'expliquer la période d'incubation qui sépare^ chez les animaux, r injection de la toxine et F apparition des premières contractures » {Soc, debioL, 1897). Le titre de notre second mémoire, publié dans ces Archives (janvier 1898), est des plus explicites : « La contracture tétanique n^est pas fonction d'une lésion appréciable des cellules nerveuses médullaires. » Sur quels faits appuyions-nous ces conclusions diamétralement opposées à celles de Marinesco ? Trois cobayes tétaniques nous avaient bien montré des lésions; plusieurs cellules des cornes antérieures étaient transformées par la coloration au Nissl en blocs bleus compacts. Mais ces lésions ne pouvaient être la cause des contractures tétaniques pour les raisons suivantes. Chez un cobaye sacrifié à la période des contractures locales (une patte postérieure), les mêmes altérations cellulaires s'observaient dans les deux cornes du renflement lombaire et dans celles du renflement cervical; leur
* Claude, Presse médicale, 1897, GGLXXVIII.
• J. CouRMONT, DoYON et Paviot, Soc, de bioL, 31 juillet 1897; Arcb, et physiol.^ janvier 1898.
LES CELLULES NERVEUSES DA1«S LE liTANOS. 475
topographie ne répondait donc pas à celle des contractures; il ne pouvait Y ^yoir relation de cause à effet. Enfin, un cobaye sain^ témoin, non tétanique, offrait les mêmes lésions. Changeant alors d'espèce animale, nous nous étions adressés au chien. Trois de ces animaux tétaniques avaient des cellules médullaires absolument normales. Ajoutons que nous n'avions jamais retrouvé d'hémorragies diffuses. Force nous était bien de conclure que la méthode de Nissl est incapable de nous montrer des lésions caractéristiques du tétanos, constantes dans tous les cas et n'existant pas en dehors d'eux. Nous faisions d'ailleurs des réserves sur la valeur de la méthode de Nissl elle-même.
Voilà deux opinions diamétralement opposées, non tant sur les faits que sur leur interprétation.
Résumons les publications parues ultérieurement : Hunter*, Rispal*, Goldscheider* ont retrouvé des lésions cellulaires dans des moelles de tétaniques humains, mais les conditions où ces pièces sont fatalement recueillies enlève toute valeur à des constatations aussi délicates. Rispal avoue d'ailleurs que les lésions observées par lui sont les mêmes que celles qui existent chez les animaux chaufîés.
Restons dans le domaine expérimental.
Goldscheider et Flatau ^ ont étudié, au moyen de la méthode de Nissl, les altérations cellulaires nerveuses dans une foule d'empoisonnements et d'intoxications. Ils commencent par poser en principe que, dans les intoxications aiguës, il n'y a pas de proportionnalité entre les altérations morphologiques de la cellule et les phénomènes cliniques, c'est ce qui se passe pour la strychnine, pour le tétanos. Le lapin présente dans ces deux intoxications des lésions des cellules motrices. Le corpuscule nucléaire est agrandi et décoloré, les corpuscules cellulaires de Nissl sont agrandis et émiettés, la cellule ellemême est agrandie. La succession de ces altérations dépend de la quantité de poison injectée. Elles rétrocèdent^ lorsque la dose est faible, en pleins symptômes, alors même que la mort doit survenir, et n'existent plus en pleine période tétanique. En somme, concluent les auteurs, des phénomènes cliniques semblables peuvent s'ob-
' HuNTER, Brit. médical Journal^ août 1897.
■ Rispal, Congrès de MonipelUer, 1898.
' Goldscheider, Fortscb. der Medicin, i" mars 1898.
* Goldscheider et Flatau, Foriscb. der Medicin^ 1897, n* 16; Deutsch. medicin, Wocbenscbritty 17 mars 1898. On consultera aussi avec beaucoup de froit Touvrage des mêmes auteurs : Normale und patbologiscbe Anatomie der NervcnzcUen aufGrund der neueren Forscbungen^ Berlin, 1898. 11 est orné de belles figures très démonstratives.