HÉMIPARAPLÉGIE AVEC ANESTHÉSIE CROISÉE
Antécédente héréditaires, — Sa mère est morte jeune d*une maladie inconnue, son père est bien portant; elle a eu trois sœurs qui sont en bonne santé; un frère mort-né.
Antécédents personnels. — De constitution plutôt faible, elle était très <lélicate étant enfant. Réglée à il ans et demi, elle a eu deux enfants qui sont morts Tun au bout de trois jours, fnutre au bout de six semaines.
On relève comme maladies, pendant sa première enfance : la diphtérie; h 16 ans la syphilis; à 21 ans une pleurésie.
Il y a environ six ans, elle ressentit des douleurs violentes dans la colonne vertébrale, dans les côtés, dans les seins; elles avaient le caractère de douleurs pongitives, variables dans leur localisation, et réappai*aissant à des intervalles plus ou moins espacés ; elle dut suspendre tout travail pendant trois mois.
Il y a quatre mois, elle ressentit de vives douleurs dans le membre inférieur gauche (orteils, talon, jambe et cuisse) ; ces douleurs étaient cons- Irîctives et contondantes, elles changeaient de place à tout moment, gardant toujours une grande intensité.
La jambe gauche, était plus faible, et il lui est arrivé plusieurs fois do tomber dans la rue, la jambe pliait sous elle ; parfois au contraire, elle se raidissait brusquement.
Elle fit un séjour d'un mois dans le service du D' Ballet à Thôpital Saint-Antoine; elle fut traitée par les bains sulfureux, elle prit de l'antipyrine, du bromure de potassium : elle dit que sous l'influence de ce Iraitement les douleurs s'amendèrent et qu'elle se sentit plus forte; pourtant, à sa sortie de rhôpital, elle ne pouvait guère se servir de sq jambe gauche et marchait à cloche-pied sur la jambe droite.
Depuis quinze jours environ, elle ne peut plus marcher, la paralysie a envahi aussi la jambe droite, les douleurs des membres inférieurs sont très violentes ; d'après la description que donne la malade, il s'agirait de véritables douleurs fulgurantes, de lancées, plus intenses à gauche.
État actuel le lendemain de l'entrée. — Le vidage est pâle, le corps émacié. Les membres inférieurs sont dans l'extension, inertes, la malade ne peut les lever au-dessus du lit; le pied droit et les orteils peuvent encore exécuter quelques petits mouvements de flexion et d'extension; à gauche tout mouvement est aboli. La mensuration donne :
A gauche. A droite.
Au mollet 25«™ 26*="»
A la cuisse 30 31
La peau est pâle, li.sse.
Le réflexe rotulien est exagéré à gauche et un peu diminué à droite. Il n'y a pas de trépidation épileptoïde, ni d'un ccMé ni de l'autre.
L'examen de la sensibilité {fig. 1 et 2) révèle une légère hypcresthésie sur le membre inférieur gauche, à la piqûre et au froid ; les mouvements passifs déterminent de vives douleurs dans les articulations, principalement dans l'articulation tibio-tarsienne. La sensibilité tactile est conservée, mais pourtant la malade ne localise pas toujours exactement la sensation.
A droite, la sensibilité tactile est très légèrement diminuée, la sensibilité à la douleur et à la température y est très affaiblie ; il y a souvent fîonfusion entre le chaud et le froid. Les troubles de la sensibilité à la
S96 J. DEJUtlNE R A. THOMAS.
douleur et A la lein[icralure sont beaucoup plus accentués que les mot Bcalions de la aensibililé tactile. L^ sensibilité est plus altérée sor li jambi! que sur la cuisse; ea avant les troubles de la seDsibilité ne dépassent pas le pli de l'aiae, en arrière la mi-hauteur de la fesse.
les n
I.ea membres supvfieurs, la face, ne présentent rien de particul*'' noter, les mouvements et les réflexes y sont normaux, la sensibilité i'' ticle. IjU malade éprouve parfois dans la tSte et dans les bras des <l<^ leui-s, mal localisées et peu intenses.
Elle ressent, nu niveau du creux de l'estomae, une douleur soarf' comme si elle avait un poids qui l'éci-ase et elle se sent aussi serréeil» tçorge.
Sphincters. — Elle ne peut retenir les urines qui s'écoulent au nwini™ mouvement (c'est une incontinence vraie). Le spbincter anal foofli*^ hion.
L'ali'optiie museulnii'c ou mieux l'émaciation des membres inférieûit est considéi-nblc, il n'y u pas de contractions Itbrillaires, la paralj'sis'^ complète.
L'exomcn clinique des organes n'indique rien de particulier :ii !' pourtant une tachycinlie assez accusée (133 pulsations parminute). i^ battements sont bien frappés et réguliers.
11 existe une escarre assez étendue à la région sacrée.
Dès son entrée, elle fut soumise n un traitement spécifitiue inlei^l (fi-itrtions mci-curiellcs e( iodure do potassium ù haute dose, 12 gr.l. Msîp*
HÉMIPARAPLlÊGIfe AVEC ANESTHÉSIE CROISliB. 597
yson état ne fit qa*empirer, rémaciation des membres inférieurs aug-
ita de jour en jour, les douleurs subjectives dans le membre inférieur
che furent aussi intenses. Outre l'escarre sacrée, deux escarres se
sloppèrent au niveau des grands trochanters.
'examen de la sensibilité fut fait à plusieurs reprises et donna des
iltats à peu près identiques comme topographie, mais quelquefois
ables comme intensité.
7 avril i896. — La malade se plaint de douleurs très vives au niveau
ireux épigastrique, elle se sent serrée à la ceinture.
escarre qui occupe le trochanter droit mesure 10 centimètres de
aètre, le gauche 5 centimètres; l'escarre gauche est beaucoup plus
oureuse que la droite; aussi la malade se couche-t-elle de préféi*ence
le côté droit.
^s douleurs subjectives dans le membre inférieur gauche sont très
is. Hyperesthésie dans tout le membre inférieur gauche, pour les
rents modes de la sensibilité, mais beaucoup plus marquée pour la
ibilité au froid. Il n*u pas été fait de recherches avec le compas de
>er.
^^ère diminution de la sensibilité dans le membre inférieur droit pour
iiileur et la chaleur. La sensibilité au froid est très diminuée; il n'y
s d'erreur de localisation ni d'un côté ni de Tautre.
»8 douleurs^déterminées par les mouvements imprimés aux membres
''ieurs ne nous ont pas permis de rechercher les modifications du
musculaire.
mai 1896. — L'examen de la sensibilité donne les résultats suivants : mpressions tactiles sont bien perçues à gauche et à droite, il n'y a d*erreur de localisation.
droite la sensibilité au froid, au chaud, à la douleur, est abolie pour membre inférieur ; la malade ne fait pas de distinction entre un tube ?\i de glace et un tube d'eau à 60^.
^uche toutes les impressions sont perçues, il y a une hyperesthérie i*oid très marquée.
i sensibilité redevient tout à fait normale au-dessus de la ceinture; 'tant à gauche il existe un peu d'hyperesthésie même au-dessus de la ture.
^ ne découvre pas de zone nette d^hyperesthésie au-dessus de la zone esthésie, la sensibilité semble réapparaître progressivement à mesure n examine une région plus élevée du thorax.
^ mai 1896, — Les altérations de la sensibilité sont les mêmes. A ir de cette époque, la cachexie s'accentua de jour en jour, Témaciation ^ Considérable, les masses musculaires avaient presque complètement ^Qru aux membres supérieurs et inférieurs : la malade était réduite ^ véritable état squelettique.
•^ escarres avaient pix)fondément creusé les masses musculaires et Ait largement étendues en surface. L'incontinence des sphincters était lie.
'V/e meurt le 8 Juin 1896.
'^autopsie est faite vingt-quatre heures après la mort.
l'ouverture du canal rachidien, on constate sur le côté gauche de la >lle une saillie assez volumineuse qui se prolonge dans le trou de jugaison avec les racines de la 5® paire doi*sale. A ce niveau, la dure- *e présente une coloration nacrée. En sectionnant le canal dure-mérien,
Amch. de phys., 5* sÉiiiE. — X. 39
598 J. DBJERINE ET A. THOMAS.
on s^aperçoit que la dure-mère e»t plus épaisse el plus résistante aa ïï veau de la lésion; elle est intimement adhérente au trou de eonju^ son et à presque toute la surface de la moitié gauche de la moelle, i niveau de la 5" racine dorsale.
L*encéphale paraît normal.
La moelle est durcie dans le liquide de Mûller, mais auparavant un section transvei*sale, faite au niveau de la lésion, permet de reeoDnaîti que la moitié gauche de la moelle a été en grande partie envahie; eU offre une coloration grise et semble liés fragile. D'ailleurs, après quel ques semaines de durcissement, et malgré les plus gi*andes précautions il s*est produit une cavité. La lésion occupe la moitié gauche de la moeiii depuis le point de pénétration dans la moelle de la 6*" i-actne dorsali! jusqu*à celui de la 4® racine dorsale.
Sur une coupe passant immédiatement au-dessus de, la pénétration de la 4® racine dorsale, il existe dans les cordons postérieurs un petit fojrer ovalaire ayant les dimensions d*une tête d*épingle, à égale distance des deux cornes postérieures, dans le tiers moyen environ du septum médian.
Après durcissement, un segment est prélevé au niveau de la 5' racine dorsale, pour être examiné microscopiquement, après coloration par le carmin. Les coupes ont porté, en dehors de la moelle, sur la moitié gauche do la dure-mère qui en est inséparable ; à ce niveau, le oordoo latéral et la substance grise de la moitié gauche de la 'moelle ont été presque entièrement détruits par la lésion ; seuls, les cordons postérieui*8 et une faible portion du faisceau antérieur ont été éfmrgnés; os distingue aussi la partie la plus interne de la corne {lostérieare.
Les lésions médullaires consistent en plusieurs onlres d'allcnlions (iîg. 8) : !• il existe trois petits foyers gommoux dans le cordoo latéral; le plus postérieur parait se continuer avec un foyer gommeoi situé dans les méninges. Chacun de ces foyei-s est constitué par de^ petites gommes dont les éléments cellulaires tassés, disposés ooocei)triquement, de forme irréguiière, se colorent vivement par le carmin: la coloration par Thématoxyline alunée ne révèle pas la présence du no^to à rintérieur de la cellule ; il existe assez souvent au centre une cellule géante ; 2° pourtant ce qui prédomine, c'est le tissu scléreux, formé pv une trame très dense, qui se continue insensiblement à la périphérie avec la pie-mère et dans la moelle avec les foyers précédemment décrits; :i^ il existe dans la moelle un nombre considérable d'éléments embrroo* naires dont le noyau se colore vivement par Thématoxyline aluoée; il^ sont particulièrement abondants autour des vaisseaux; çà et là ii^ forment de petits foyers d'inflammation ; A^ les vaisseaux sont extrêmement altérés, les lésions portent aussi bien sur les veines que surle$ artères: quelques-unes sont oblitérées; ce sont surtout des lésions depériphléhite et de périartérite ; sur un certain nombre la tunique interne participe aussi à l'inflammation. — Dans le cordon latéral, on nedistingor plus de fibres nerveuses, mais un réseau de tissu fibreux a mailles asseï larges, à Tintérieur desquelles il existe un tissu granuleux, faibleroeot coloré par le carmin, ne contenant aucun élément figui^ë. Iji substance grise (le la corne antérieure n'a pas été totalement détruite ; on y reficontre çà et là une ou deux cellules très réduites de volume.
Dans In moitié droite de la moelle, les vaisseaux sont aussi trèsaltef«^
Il est très difficile de se rendre exactement compte de l'état des cordon»