LA GRANDEUR DU CORPS ET LE DÉVELOPPEMENT DE L'ENCÉPHALE
Par MM. OHÊRÉ et LOUIS LAPICQUE
{Planche VHI)
(Travail du laboratoire de physiologie générale de la Sorbonne.)
Il est admis par tous les biologistes que le développement quantitatif de Tencéphale chez un vertébré quelconque considéré à Tétat «idulte dépend de deux conditions : 1° le degré d'évolution organique et psychologique du sujet; 2° la grandeur de son organisme.
L'influence de la seconde de ces conditions paraît apriorl susceptible d'une mesure exacte; on comprend aussi que cette mesure doit nécessairement être faite avant qu'on ne puisse aborder avec précision l'élude de la première.
Mais les recherches nombreuses entreprises jusqu'ici sur cette cjuestion n'ont pas abouti, nous semble-t-il, à des résultats satisfaisants (si l'on excepte un travail tout récent de M. Eugène Dubois sur lequel nous allons revenir) ; et cet insuccès relatif de reclierches ingénieuses et consciencieuses nous parait tenir à ce que les auteurs Ont, systématiquement ou non, confondu les deux points de vue, ou, t»out au moins, ont posé le problème dans un cadre théorique qui dépasse nos connaissances réelles *.
Nous avons entrepris do déterminer pour un cas particulier la '^«riation de grandeur do rencophale suivant la grandeur du corps, sans aucune idée préconçue, ni même sans aucune considération théorique, c'est-à-dire que notre travail consiste à réunir deux séries
' Voir pour celle bibliographie lo incmoire de Dubois cilé plus loin et l'article Cerveau, de M. Manouvrier, dans lo Dictionnaire de physiologie de Gh. Uichct.
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parallèles de mesures des deux grandeurs et à chercher une expression mathématique qui rende compte (le la relation des nombrespns deux à deux d'un bout à Tautre des séries.
Si Ton trouve une formule répondant à co desideratum, c'est la loi cherchée; bien entendu, ce ne peut être qu'une loi approchée; il reste comme appréciation subjective l'opinion que l'approximatioQ est ou non suffisante pour faire admettre la loi.
Nous pensons obtenir l'influence de la grandeur du corps seule, en nous adressant à des individus d'une seule et même espèce et éliminant le facteur individuel par des moyennes, ce qui est supposer simplement que l'autre condition citée au début de cet article, le degré d'évolution organique et psychologique (nous rejetons intentionnellement l'expression (Tintelligence employée par la plupart de nos devanciers) est égal en général entre les petits et ks grands exemplaires de Tespèce.
Nous avons choisi le chien, pour cette raison que nous trouvaoà ici une échelle de variations -de la taille extrêmement étendue, c« qui diminue d'autant l'importance de toutes les erreurs commises sur les mesures et permet des constatations suffisantes avec des moyennes de séries peu nombreuses. Le chien présente en outre, en raison de son emploi journalier dans les laboratoires, des facilités pratiques incomparables pour se procurer les matériaux de l'étude.
Par contre, on doit se poser l'objection suivante : nos chieos, avec ces tailles si différentes dont nous voulons nous servir, avecles races variées d'aspects si dissemblables, peuvent-ils être considérés comme constituant une espèce ? Nous pensons que nous n'avons pts à envisager la question des origines du chien ei que nous n'avoQS pas à tenir compte des races, parce que les caractères de ces races se trouvent ramenés dans les conditions où nous opérons, avec les chiens très mâtinés qui arrivent de la fourrière, au même plan (p^ les simples caractères individuels et éliminés de la même façon par les moyennes.
La discussion théorique de ce point de vue, que nous n'avons pa» la place de laire ici, devient d'ailleurs presque inutile si l'on veut bieo regarder nos séries de chiffres, qui se présentent comme homogènes et continues. Nous reviendrons sur ces considérations à propos de la forme du cerveau.
Pour mesure de la grandeur des corps, nous avons pris simpleroeo* le poids; nous considérons cette mesure comme une première approximation, suffisante ici, insuffisante pour une analyse poussî'*? (jlus loin. Au point de vue pratique, le degré variable d'einbonpoinl des sujets nous paraît s'éliminer comme tous les caractères indi«*
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^ duels dans nos moyennes et ainsi ne pas constituer une cause d'erreur.
Les lois auxquelles nous arriverons pour l'espèce chien ainsi envi-
. sag^ée auront-elles une valeur générale? A priori^ on doit estimer que non, et nous avons soin de dire que notre étude porte sur un cas particulier. Les auteurs ne semblent pas s'être préoccupés de cette question, pourtant fort importante, de savoir si, dans laverie animale, c*est-à-dire entre les petites et les grandes espèces, ou dans une espèce, entre les petits et les grands individus de cette espèce, les différences de taille influent de la même façon sur le développement des centres nerveux. Sans aborder pour le moment les considérations intéressantes auxquelles donne ouverture cette constatatioii, nous allons montrer que, entre les diverses espèces de mammifères d'une part et dans l'espèce chien de l'autre, le poids de l'encéphale et le poids du corps sont liés l'un à l'autre par des relations bien différentes.