A LA PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DU LABYRINTHE DE L'HOÏÏE
Par le D' MAX. EOOER
Travail du laboratoire du D' Déjerine, professeur agrégé à la Salpêlriért.
Les belles découvertes de la physiologie sur le rôle du labjiiDll» ont inûpi le champ pour Tinvestigation clinique. La phj'siologi* expérimentale a poussé ses recherches jusqu'au bout. Elle n'ira ^ plus loin. C'est à la clinique qu'est réservé le contrôle des pmisses établies et la solution du problème que rexpérimentationsa' l'animal ne peut pas poser. A côté des signes objectifs tels qn^ troubles de l'équilibre statique et dynamique avec les perturbatiooâ satellites des mouvements compensateurs des yeux, il existe ^ réactions 8ubjectives,psychiques, telles que l'orientation de l'indw vis-à-vis de l'espace, l'orientation du son et le rapport de celte dernière avec la pr^^mière, tous problèmes que Tobsenalion w l'homme pathologique seul peut résoudre.
Il est temps qu^ la névropathologie, dont le développement de si grands pus, b'y intéresse et tâche de débrouiller du chaos d^ mouvements anormaux le type pathognomonique de l'organe affe^^"^-
Tous les mouvements actifs que nous pouvons exécuter avec»» segments de notre corps sont transmis au sensorium par les sensbilités périphériques, telles que sensibilité cutanée, articulatf^t osseuse et musculaire. Mais il existe une autre catégorie de mouvements qui, malgré Tabsence de tout* ces renseignements périphén ques, sont néanmoins perçus, nous voulons parler des mouvements passifs et totaux. Que nous nous trouvions dans un wagon de ir** en marche ou dans la cabine d'un bateau, ou sur un carrousel, n^)"'
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sommes en état de reconnaître la translation qui s*efTectue avec notre corps malgré le repos le plus complet auquel il est abandonné. dlette faculté de la perception des mouvements translaloires passifs incombe uniquement à Tappareil vestibulaire. Pour les translations «^olives telles que le saut, la natation, la marche, le patinage, la per- <^epiion est de nature mixte et se compose de sensibilités périphéri- M^es et de la sensibilité ampuUaire. Pour le saut en avant, par exemple, ^« complexus des sensibilités musculaires, articulaires et cutanées ^vtTveille la tonicité, le degré de contraction nécessaire pour Télan, ^o même que l'étendue que doit parcourir l'extrémité en mouvement, ^^lîdis que les canaux sagittaux interviennent pour renseigner sur ^^ hauteur du saut atteint et le parcours de la translation, d'après ^^^uels se règle l'innervation musculaire pour l'arrivée sur le sol. ^CBs perceptions ampullaires sont de deux espèces ; l'une est cons- ^^i«nte, l'autre inconsciente, déterminant un réflexe. Si, par exemple, *^ous décrivons, en patinant, des cercles, le premier mouvement de **^lan est une manifestation psycho - motrice , l'inclinaison de ■^otre corps vers le cenlre du cercle, une action réflexe incitée par «^ labyrinthe, spécialement pour l'entité des canaux horizontal et "Vertical. La perception du parcours cyclique, pouvant se faire sans le contrôle des yeux, est une fonction vestibule-corticale. Si je metrouve dans une voilure qui fait un contour rapide, j'incline mon corps involontairement vers le centre de la courbe. Ce mouvement esi de nature réflexe et sert au maintien de l'équilibre. Mais si je me couche horizontalement sur un disque rotatif de manière à ce qu'aucun trouble de l'équilibre ne puisse survenir pendant qu'on me fait subir une rotation, la perception de ce mouvement angulaire est un réflexe vestibulo-cortical, conscient. Cette perception cons^Mente des mouvements translatoires se fait indépendamment et même en toute absence de la perception réflexe, comme nous avons pu nous en convaincre par plusieurs cas d'ophtalmoplégie externe et totale. Ces malades, ayant perdu tout mouvement volontaire ei réflexe des yeux, distinguaient, placés sur l'appareil centrifugeur, toute direction qu'on imprimait à leur corps.
La perception consciente du phénomène de translation n'est pas exclusivement vestibulaire. L'excursion active de la tête suivant les difl'érents plans des canaux incite, outre la sensibilité ampullaire, la sensibilité articulaire de la colonne cervicale à laquelle s'associent des sensibilités musculaires et cutanées.
C'est une erreur de croire que l'orientation de la tête et du corps résulte uniquement des opérations du sens ampiilluire^
* BoNNiEB, Ûrientalion objective et orientation subjective {OreiffQj t. ||l).
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Tous nos malades avant ofTert une destruction totale desdt^a labyrinthes savent très bien distinguer la position qu*oa iiDprïi&ri leur tête et réalisent, les yeux fermés, tou8 les changements de t^ vis-à-vis de la verticale; mais ce qu'ils ne peuvent pas, c'est mistenir l'équilibre, et dès qu'ils inclinent la tête d*un côté, à tel poiol que ce centre de gravité supérieur se déplace en dehors de te btâe de sustentation, les malades tombent vers le côté de riacliiiaisûi avant que le secours de l'activité volontaire ait eu le temps d'arriver.
La connaissance du rôle des organes vestibulaires s'est édam en passant par les hypothèses de Groltz, de Mach, de Breuer, de Delage, d'Ewald et d'autres.
On admet généralement que les mouvements angulaires produisent une variation de pression du liquide intracanaliculaire, agissant comme irritant sur les ampoules. Une rotation dans le plan horizontal à gauche, par exemple, produit une pression du contenu liquide dans le canal horizontal gauche vers l'ampoule correspondanle et cette incitation se dissocie dans le cerveau comme réaction muscalaire réflexe et comme perception de la direction du mouvemeiil Les trois canaux, disposés d*après les trois plans de l'espace, seneal donc à la perception des trois mouvements angulaires. Les études de centrifugation faites sur l'homme ont cependant démontré à Ma<^ que les canaux semi-circulaires ont un rôle plus restreint qu'on ne le croyait. Sur l'appareil centrifugeur nous ne sentons que l'accélénlioii positive ou négative du mouvement et, dès que ce dernier devient uniforme, toute perception cesse, tandis que celle de li position de notre tête persiste. De là, Mach concluait que ïorpstt desservant la perception du mouvement angulaire ne peut pas être le même que celui qui renseigne sur la perception de la position <fe notre tête. Breuer, de son côté, a fait remarquer que le liquide, renfermé dans un système à canaux cycliques, n'est sensible qw pour des mouvements angulaires et que le mouvement progressif en ligne droite ne peut nullement influencer le liquide intracanalicuteii^-
L'étroitesse des canaux soumette liquide aux lois delà capillarité. La gravité n'a donc aucune prise sur lui et la perception de la position de la tête vis-à-vis de la verticale ne peut pas non plus être transmise par l'appareil semi-circulaire.
Etant données ces considérations, et s'appuyant sur des déductions tirées de l'anatomie comparée, Breuer proclama pour la première fois en 1873 l'existence d'un organe statique, destiné à la perception du mouvement progressif, d'une part, et de la perception de la position verticale de notre tête, de l'autre.
Cette hypothèse d'un organe statique a trouvé un appui solide dans les expériences d'Yves Delage. Cet auteur, en détruisant les
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cystes sur des crustacés et des mollusques, a vu que les animaux b/és de cet organe perdaient complètement la faculté de se tenir en . ilibre et que leur locomotion était tout a fait désorientée. Ëngelnn de son côté a attiré l'attention sur un fait d'adaptation biologique t moins intéressant. Il a montré que tous les animaux à vie mobile sèdent des otolithes, tandis que les espèces sédentaires en sont ^ées et que l'otolithe disparait si l'évolution ontologique remplace Dcomotion libre par une vie sédentaire.
treuer réclame pour l'appareil statique l'utricule, tapissé par un. .liélium sensoriel, dont les cellules sont surmontées de cils, formant |)inceau. Ce dernier supporte les otolilhes ou otoconies, concré- L s calcaires d'un poids spécifique plus lourd que le liquide qui les ^ne.
^our le mouvement progressif et passif en avant, les otolithes issenl, grâce à leur inertie, un déplacement en arrière. Le même nomène se réalise si nous subissons une rotation dans le plan i ttal. Malgré l'identité des deux procédés, nous différencions les X espèces de mouvements. L'explication que Breuer a donnée pour nécanisme est le suivant : dans le mouvement transitoire pro- ^sif, le labyrinthe ne subit qu'une seule et unique incitation, à savoir B produite par le déplacement en arrière des otolithes. L'équis statique lui-même n'est que l'expression de toute absence de lacement des otolithes et correspond à la pression qu'exercent c»tolithes dans la direction des cils sensoriels. Pour les mouveàts transitoires angulaires la force centrifuge s'attaque aux î thés et au liquide canaliculaire. La fusion de ces deux sensas crée l'image du mouvement translatoire angulaire, tandis
le déplacement otolithique seul et en Tabsence de toute incitation i*appareil semi-circulaire est interprété comme mouvement prossif. Si nous changeons la tète vis-à-vis de la verticale par notre ^re activité musculaire, une troisième sensation s'associe aux deux ^dentés et l'image d'attitude céphaliijue se compose de perceps otolithiques ampullaires et musculo-articulaires. C'est ce dernier ttent qui permet de distinguer les variations d'attitudes actives,
variations d'attitudes translatoires passives.
• — Trouble de Porgane statique avec conservation de f organe kinéto-percepteur ou appareil semi-circulaire.
e cas se rapporte à un homme Agé de 43 uns. De son métier il est '^rentier en fer. Le malade affirme n'avoir jamais eu ni chancre, ni ^ne manifestation spécifique. Sa femme a eu deux fausses couches. 2 s enfants vivants, se portant bien.
Txe surdité survint chez lui sans cause appréciable, en Juin 1897, et fit
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des progrès si rapides qne Touïe fut totalement perdue dès le moisd de la même année. En janvier 1898, s*élahlirent des vertiges serép environ tous les huit joui*s. Ils étaient accompagnés de nausées i vomissements. Far moments, la vue s'obscurcissait et les objets osoill et dansaient devant ses yeux. Les vomissements le quittèrent vers I d'avril 1898, aloi*s que Tétat vertigineux persistait encore. Ijb malat se sent plus assuré dans sa démarche, il vacille et se fatigue vite. petite promenade l'exténue, et, s'il ne se repose pas, les jam^jcs flé sent sous lui. Un amaigrissement sensible s'est emparé de sa mus 4ure.
L'examen de l'oreille dénote une surdité totale et absolue parlât mission aérienne. Par transmission osseuse, il n'entend que le diftp Ut] et Ut}. Les deux tympans sont légèrement scléi-eux et la do aérienne de Politzer n'amène aucune amélioration. Les réflexes p laires sont normaux. Dans le regard à droite, on note quelque cousses nystagmiques horizontales. La sensibilité est intacte dans U ces modalités. Jamais le malade n'a éprouvé la moindi*e douleur, réflexes des extrémités, tels que réflexes patellaires, olécrtniens, radiaux, etc., sont conserves.
Statique. — Ce qui frappe à la première vue est un tremblai généralisé à tout le corps. En le faisant se tenir debout, lesta rapprochés, on voit la tète décrire des oscillations dans tous less oscillations à amplitude assez accentuée en même temps qui jambes commencent à être animées d'un tremblement cxîntinuel se communique à toute la personne. L'occlusion des yeux augffl^ Tamplitude du vacillement et, après un laps de temps variant di à 20 secondes, le malade perd son équilibre et tombe. La posi sur une jambe est chose impossible; même les yeux ouverts chute est immédiate.
Le changement de la tête vis-à-vis de la verticale influe consid blement sur l'équilibration. Si le malade veut fléchir la tête, soit l'épaule gauche ou droite, soit en arrière, il est obligé d'exéculc mouvement tout à fait lentement et graduellement pour avoirle te nécessaire à l'équilibration volontaire compensatrice. Tout chai ment brusque de la tête le renverse vers le côté de rinclinatioi tête fléchie, les osc^illations, déjà assez fortes dans la position v cale, deviennent beaucoup plus amples et le malade se trouve un équilibre si instable que le moindre choc le renverse. L'occlv des yeux est fatalement suivie de la chute.
Locomotion. — Eu observant la démarche du malade on voit reçoit des poussées qui le jettent à gauche et à droite. La vitesi progression est inégale, tantôt accélérée, tantôt ralentie. L'occli des yeux rend la démarche plus incertaine, les écarts de la directoire deviennent plus grands, les poussées plus violantes