II. — Pigments hépatiques chez les mammifères
Les pigments hépatiques chez les vertébrés ont été étudiés au point de vue histologique ou microchimique ^ par les anatomistes.
* Nous aVoDS étudié précédemment les pigments de la bile et signalé quelques jMrtieolarités nouvelles qui rendent compte de la variété des teintes que Ton y obserfe [A. Dastre et N. Floresco, Sur les pigments biliaires (Areb. (h pbys.i
• A. B. Macallum, a new method of distinguishing betwecn orgauic and torganic compounds of iron (The Journal of Pbysiology^ t; XXII, p. 02)*
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Ils ont signalé ces pigments sous deux états, à l'état diffus dans la cellule du foie, et surtout à l'état de granulations protoplasmiques, donnant plus ou moins exactement les réactions microchimiques du fer faiblement lié (réaction empirique de l'hématoxyline). Daos le noyau (chromatine) le fer serait engagé sous une autre forme.
Ces notions, intéressantes à beaucoup d'égards, sont évidemment insuffisantes pour le but que nous poursuivons. Nous avons donc cherché à obtenir directement les matières colorantes du foie chez les vertébrés. Nous avons pris d'abord comme type le chien, et nous avons étendu ensuite les résultats en étudiant comparativement le lézard, la tortue, la grenouille et les poissons.
S 1. — Méthode ponr l'itoUmant des pigments.
5. Lavage du foie. — Le foie des vertébrés présente une teinte variant du rouge-brun au rouge-acajou. Cette teinte résulte d'un mélange de la couleur propre du tissu hépatique avec la couleur du sang qui l'imprègne.
La première chose à faire est de se débarrasser du sang par une opération souvent pratiquée en physiologie dans des buts très divers: le lavage du foie.
Cette opération consiste à faire passer dans les vaisseaux du foie la solution physiologique de NaCl (7-9^ p. 1000) de manière à entraîner tout le sang qui gorgeait les vaisseaux.
La pratique est bien connue : on tue Tanimal (chien) ; on ouvre rapidement Tabdomen et Ton place dans le bout hépatique de la veine porte la canule terminale d*un tube allant au flacon de Mariette plein de la solution physiologique. La hauteur de celui-ci est réglée de manière qae récoulement se fasse sous une pression de 0"',50 de liquide. La solatioo introduite s^écoule par une veine préparée à cet effet, veine cave, veine axillaire, veine Jugulaire. On règle le lavage de manière qu'il se prolonge assez longtemps pour être complet (soit une heure, avec une qnan* tité de solution d'environ 15 à 20 litres).
A mesure que le sang disparaît, la couleur de l'organe s'éclaircit et le tissu prend une teinte fauve.
On laisse revenir sur lui-même le foie distendu par l'excès de liquide; on l'y aide au besoin en exerçant des pressions ménagées.
La couleur fauve du tissu hépatique est due à des matières qui imprègnent et teignent les éléments anatomiques. Ce sont ces matières colorantes, que nous nommons pigments Ae/w/iyi/e5',etque nous devons essayer d'isoler.
Disons immédiatement que ces pigments sont au nombre de deux et qu'ils se distinguent par leur solubilité ; ou, ce qui revient au
PIGMENTS HEPATIQUES CHEZ LES VERTEBRES. 21S
léme, qu'ils sont incorporés à deux ordres de substances difléremlent solubles.
Une des catégories de pigments est soluble dans l'eau (saline ou Icaline) ; l'autre est soluble dans le chloroforme et l'alcool.
Le pigment aqueux ne peut pas être obtenu directement ; moins mcore le pigment chloroiormique. Le tissu hépatique, même très livisé, abandonne peu de chose à l'eau pure ; il n'abandonne rien à l'alcool. Il faut donc user d'un artifice.
6. Digestion papaînique. Digestion gastrique. — La matière colorante est incorporée au contenu cellulaire. Il faut donc, en quelque sorte, détruire isolément chaque cellule pour en faire sortir le pigment cherché.
Ce résultat est obtenu d'une manière détournée en soumettant le tissu hépatique à la digestion; c'est là un agent absolument pénétrant et cependant peu altérant. Nous avons eu recours à la digestion pupalûique qui, s'exécutant en milieu neutre^ détruira le moins possible la substance que l'on cherche à obtenir.
Nous avons employé aussi la digestion avec le suc gastrique artificiel et comparé les résultats.
Nous employons la papaïne de Dillault-Billaudot en solution à 1 0/0. On met dans un matras de 150 centimètres cubes environ, 50 centimètres cubes de solution papaïnique et 10 grammes de tissu hépatique frais.
Le matras est porté à Tétuve à 37^. On prépare plusieurs matras de ce genre.
Après que la digestion est terminée, on constate l'existence d'une liqueur colorée en jaune rouge et un dépôt.
L'intensité de la couleur rouge de la liqueur dépend de sa concentration; d'abord jaune, elle passe à l'orangé et au rouge par évaporation. Le dépôt est gris cendré; par dessiccation à l'air, il devient brun-rouge.
II résulte de là que, dans la destruction de la cellule, il y a eu mise en liberté d'un pigment soluble dans le milieu neutre de la digestion (peptones, sucre, etc.), et, d'autre part, un pigment insoluble est resté attaché au résidu solide de la digestion.
Ce résidu est recueilli, séché et traité par le chloroforme. Celui-ci jTend une couleur jaune qui, par concentration, passe à l'orangé, puis au rouge.
II y a maintenant deux questions à se poser : 1* Les deux pigments que nous venons de préparer, pigment qaeux et pigment chloroiormique, sont-ils distincts?
214 A. DASTRE ET N. FLORBSGO.
2* Ces deux pigments préexislent-ils réellement dans le tissu hépatique ou bien sont-ils le produit de Taltération digestive déterminée par la papaïne?
7. Distinction des deux pigments, aqueux et chloroformique. — Les deux pigments sont distincts :
1® A la vérité, leurs spectres d'absorption sont très analogues; mais aussi n'ont-ils rien de caractéristique. Comme les spectres des pigments biliaires (bilirubine, biliverdine), ils n'oflrent point de bandes isolées, mais seulement deux plages sombres vers les deux extrémités rouge et violette, particulièrement vers le rouge;
2"" Mais ils se distinguent (eux ou leurs supports) par leur solubilité.
Le pigment aqueux est insoluble dans le chloroforme et l'alcool ; le pigment soluble dans le chloroforme et Talcool est insoluble dans l'eau.
Nous avons eu recours également à la digestion gastrique artificielle par comparaison avec la digestion papaïnîque. Nous verrons tout à l'heure les conclusions auxquelles conduit cette comparaison.
Nous citerons d'abord une expérience comme type :
Expérience. — Chien de iO kilogrammes.
L'animal est sacrifîé par hémorragie. On pratique le lavage du foie.
Le foie ayant été bien débarrassé de sang, on en prélève des échantillons aussi identiques que possible de 10 grammes chacun, destinés à être soumis à des digestions gastrique et papaïnîque plus ou moins prolongées :