J.-P. MORAT
Les caractères élémentaii*es par lesquels les contractions des muscles nous font connaître qu^une excitation s*est modifiée, sont relatifs : 1^ â rintensité ; 2° au temps de latence ; 3* au mode d'association des contractions entre elles quand les excitations sont répétées.
l*' Intensité. — Au point de vue de l'intensité, il semble au premier abord qu'il y ait une assez notable différence dans l'efifet des excitatioDs, suivant qu'elle sont faites avant ou après le ganglion spinal de la racine postérieure. Cette différence a été signalée déjà par plusieurs observiteurs et on l'exprime en disant que la racine postérieure est plus sensible que le tronc mixte correspondant. Mais c'est là une pure appai'ence, comme il est facile de le faire comprendre.
Les conditions de rigoureuse similitude qui nous seraient si précieuses entre les deux points excités, avant et après le ganglion, n'existent pas au point de vue physique et anatomique. Le ganglion n'est pas, comme on sait, au milieu de la racine postérieure, mais près du point où celle-ci s'unit à la racine antérieure, de sorte que Ton est réduit à exciter comparativement la racine postérieure et le nerf mixle. Or,ce dernier, par sa gaine épaisse, est bien mieux protégé contre les excitations de toute nature que la racine elle-même, dont la gaine enveloppante est incomparablement plus mince. A intensité égale du courant, la densité de celui-ci n*est pas la même dans les deux endroits: d'où une différence apparente d'excitabilité qui existe du reste aussi entre la racine antérieure et le nerf mixte, quand on les compare entre eux au point de vue moteur.
t*Temps de latence. — L'excitation est un état particulier de la substance nerveuse qui se propage en elle avec une certaine vitesse, et on appelle temps de latence ou d'excitation dissimulée la durée qui s'écoule entre le moment précis de l'excitation et celui de l'apparition du phénomène moteur provoquée par elle.
Ce temps de latence peut être, comme on sait, décomposé en plusieurs éléments, mais notamment on en peut faire deux parts. Une partie de sa durée revient à la propagation de l'onde d'excitation dans les conducteurs (centripète et centrifuge) ; une autre partie, parfois très considérable, est réclamée par le passage de l'excitation à travers certaines régions ner^ veuses, celles qu'on appelle les centres et qu'on assimile aux éléments* nerveux cellulaires. Pour parler le langage de quelques histologistes, il y aurait transmission rapide le long des prolongements cellulipètes et eellulifuges, mais, par contre, transmission très ralentie à travei's la cellule elle-même. Qu'y a-t-il de vrai dans cette conception?
S'il en est ainsi, le retard apporté par les cellules à la transmission de l'excitation doit se décomposer en deux parts, dont l'une revient aux cellules des neurones moteurs (dans la substance grise de la moelle) et l'autre aux cellules des neurones sensitifs (dans le ganglion spinal). Autrement dit, une excitation doit mettre notablement plus de temps à atteindre le muscle quand elle a son point de départ avant le ganglion, que lorsqu'elle l'a après celui-ci.
Or, l'expérience montre qu'il n'en est rien. Autant est saisissante la
ifférence entre deux excitations portées, Tune immédiatement après, et 'autre immédiatement avant la moelle épinière, à tel point qu'on les disingue Tune de l'autre à coup sûr, autant il est impossible de reconnaître si ane excitation réflexe a son point de départ avant le ganglion ou après k ganglion de la racine postérieure.
Non pas cependant que les réponses du muscle aux excitations réflexes soient toutes exactement semblables et superposables, comme le sont celles de ce même muscle aux excitations motrices ; il y a ici encore une difficulté dont il faut tenir compte. Tandis que le temps de latence qui répond à la transmission de l'excitation dans les conducteurs est (pour des conditions données) à peu près constant, celui qui équivaut au passage de cette excitation dans la moelle, est beaucoup plus variable, je Teux dire beaucoup plus difficile à maintenir le même dans des excitations successives.
Il peut donc arriver que dans deux excitations faites, Tune avant et Taatre après le ganglion spinal, ce teinps de latence ne soit pas exactement le même. Cela arrivera même souvent si on ne prend pas de multiples précautions pour égaliser les conditions d'ordre divei*s qui régissent la production de l'excitation. Mais, contrairement à ce qu^exigerait la fonction transformatrice attribuée aux cellules du ganglion, ce n'est pas néci^ssairement la première de ces deux excitations qui aura le temps de latence le plus long, mais indifféremment l'une ou l'autre, et cela dans les limites entre lesquelles ce temps de latence est susceptible de varier.
Pour atténuer cette variabilité dans la réponse aux excitations réflexes, il faut multiplier ces excitations elles-mêmes et prendre en somme la moyenne des -résultats obtenus. La mesure du temps de latence faite avec toutes ces précautions ne permet d'attribuer au ganglion spinal aucune part dans le retard de Texcitation, depuis le point excité jusqu*au muscle. Ce retard, défalcation faite de celui qui revient à la propagation dans les conducteurs, appartient tout entier à la substance grise de la moelle épinière.
3^ Association des excitations, — Lorsqu'on soumet comparativement le nerf moteur et le nerf sensitif à des excitations répétées avec un certain rythme, on remarque que la tendance à la fusion des contractions élémentaires (et partant des excitations qui les produisent dans les muscles), est beaucoup plus marquée lorsque son point de départ est dans le nerf sensitif, comme si la moelle intervenait pour associer ces excitations les unes aux autres. En estait de même pour le ganglion spinal ? L'expérience ici encore répond négativement. Point de diflérence appréciable entre deux réponses musculaires à des excitations sériées portées sur le nerf sensitif avant le ganglion et après le ganglion. Suivant le rythme imprimé à ces excitations (pourvu qu'il reste le même dans les deux ^, les secousses musculaires resteront également dissociées ou égaement associées.
Conclasions expérimentales, — Ainsi, quel que soit le caractère ppelé en témoignage, la réponse donnée par la contraction muscu-