LE GROUIN DE LA TAUPE CONSIDÉRÉ GOMME APPAREIL DU TOUCHER
(Die Schnautse des Maalwnrfti als Tastwerkiansr) <1)« Von D' Th. EiMER.
Il est tout naturel de se demander comment dans ses souterrains obscurs la Taupe apprécie la nature des objets qu'elle y cherche, qu'elle y rencontre. Cette question a sans doute conduit le docteur Th. Eimer a étudier la structure intime du bout du museau de cet animal.
Les yeux, s'ils étaient même bien constitués, ne lui permettraient guère en l'absence de toute lumière de juger du monde extérieur qui Tentoure, aussi les sens du toucher et de Tolfaction doivent-ils être chez lui très-développés. Le premier n'a-t-il pas son siège ailleurs que dans les parties où on le voit ordinairement; les conditions organiques qui Tentourent ne doivent- elles point présenter des dispositions particulières? Il suffisait de poser ces questions, de les préciser pour vouloir et désirer les résoudre. C'est ce que M. le docteur Eimer a cherchô à foire dans le mémoire analysé ici.
Le bout du mufle de la taupe qui dans le travail de fouillement est la sentinelle avancée de Torganisalion parait à l'œil nu couvert d'un fin pointillé produit par la présence de très-nombreuses papilles (2)^ renfermant une structure nerverse particulière qui en fait un organe du toucher.
Chaque papille consiste en une élévation modelée en dôme embrassant la couche muqueuse et la couche externe de l'épiderme (3), et dans le centre de
(1) Vov. Max Schultze, Archiv, fur mikrosk. i4naf. Band. 7. pag. 182. Pi. XVII.
(2) Voy. Arch, de Zool exp. et gen. PI. X. fig, 8.
(3) Voy. id, id, fig. 9.
XL NOTES El' REVUE
laquelle esl une cavité presque cylindrique formant un tube épidermiquo. (Vcst dans le milieu de la papille que se trouvent les fibres nerveuses au nombre d^nne vingtaine, ayant une moelle et venant des nerfs extrêmement nombreux de la vraie peau. Ces papilles constituent Torgane du toucher.
Les fibres nerveuses en entrant dans la base de ces organes perdent leur partie médullaire et se réduisent au Cylindre Saxe; le plus grand nombre est symétriquement disposé en cercle tandis que deux ou trois occupent le centre.
La partie excentrique du tube épidermique est composée de couches régulières de cellules épidermiques et chacune des fibres nerveuses des plus fines est attachée aux ceUuIes par un tout petit nodule nerveux (l)* Ces nodules forment en se répétant des séries de cercles réguliers et symétriques.
Cette disposition se répète jusqu'à la hauteur environ des quatrième et cinquième couches formées par les cellules épidermiques, après cela le tube central parait vide.
Quelques filets nerveux partant de la base de la papille se détachent du paquet qui pénètre dans son intérieur et se portent en divergeant dans Tépaisseur de répiderme où, par la formation de nodules sur leur trajet, ils ont les mêmes connexions avec les cellules épidermiques.
Ces rapports entre les nerfs et les cellules de Téplderme de la peau du muffle de la Taupe paraissent indiscutables à M. Eimer. On voit d'après lui que les épithéliums, conome cela a été démontré pour quelques muqueuses, ne seraient plus seuls à être en connexion directe par leurs cellules avec IHm des éléments fondamentaux de rinnervation. Mais que les cellules mêmes extérieures du corps de ranimai contracteraient elles aussi des rapports avec l'élément le plus délicat de Porganisation, avec Télément nerveux.
De tels résultats, lorsqu'ils arrivent à être démontrés d'une façon indiscutable, prouvent combien sont utiles pour les études physiologiques et zoologiques, les données fournies par la microscopie. Remarquons que les figures accompagnant le mémoire montrent très nettement et dans plus d'un cas, sinon dans tous, que les nodules nerveux sont en connexion immédiate avec les noyaux des éléments épidermiques.
M. le docteur Eimer en terminant son mémoire fait juger au lecteur de la richesse nerveuse du mufQe de la taupe en donnant les chiffres suivants : par M. m on compte 30 papilles, soit plus de 500 pour toute la surface, ce qui représente non moins de 105,000 fibres nerveuses se terminant dans leur intérieur.
EXPLICATION DBS FIGUKES.
(PI. X. Fig. 8 à 12 empruntées au mémoire du d^ Eimer. ^ Loc. cit.)
FÎK* 8. -« Grouin de la Taupe vu de face montrant le pointillé produit par les papilles.
Fig. 9. ~ Papilles en dôme creusées en tube et laissant voir les nodules nerveux disposés circulairement.
Fig. 10. — Coupe verticale d'une papille destinée à montrer l'arrivée à sa basp des nbres nerveuses à double contour s'élovant dans l'épaisseur de l'épiderme-ot ne conservant que le cylindre d'axe sur le trajet duquel paraissent les nodule».
Fig. 11. — Une papille vuo en-dessua par l'extérieur pour montrer les cylindres d'axe rangés circulairement et ceux restés au centre.
Fig. lî. ~ Id.
(1) Voy. Arth. de Zool, exp, et gén. Pi. X. fig. 10.
NOTES ET REVUE xlI
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NATURE AMCEBOIDB DU MOUVEMENT DES CILS VIBRATILE8. (BftoloflflolMii stadleii.)
Von Prof. HiECKEL in léna.
Il n'est rien de plus frappant quand on se livre aux observations microscopi- ! ques, que le mouvement de ce lin chevelu porté par quelques cellules des ! Epitbéiiums, et qu'on rencontre chez Thomme comme chez les animaux les plus inférieurs. On peut certainement affirmer qu*il est peu d observateurs. I 8*il en est« qui en voyant les mouvements si actifs, souvent si réguliers de ces ! appendices ténus, de ces cils vibratiles, dont le rôle dans la vie de Tanlmal est f fort important et très-fréquemment considérable, ne se soit demandé quelle en est la cause. Tour à tour les hypothèses les plus variées, la plupart bâties sur des [ choses qu'on a cru voir, ont été mises en avant pour en indiquer la cause et • en faire connaître la nature. Mais toujours sans arriver à un résultat satisfaisant { La première pensée qui vient à Tesprit, en suivant les mouvements des cils, I depuis le moment où ils sont dans toute leur activité jusqu'à celui où ils s'étei- I gnent peu à peu, est bien certainement que ces organes peuvent être agités par I (les contractions analogues à celle de la ûbre musculaire. Il est des cas où, dans quelques animaux inférieurs, Ton trouve porté sur une cellule un seul cil qui I se fléchit vers sa base à chaque vibration et qui semble par cela même devoir I être un organe compliqué composé d'éléments distincts que nos moyens d'in- , vestigallon ne permettent pas encore d'isoler et de voir. I Sans passer en revue, ce qui du reste ne conduirait pas à grand*chose, toutes les idées émises sur la nature de ce mouvement^ rappelons que déjà plusieurs auteurs, entre autres W. Engetmann et Rott, dans des publications distinctes ont , émis l'opinion que le mouvement clliaire avait plus d'analogie avec le mouvement , amœbolde qu'avec le mouvement musculaire. M. Haeckol, dans ses Etoues biolo- , GiQUEs et d'après des observations qui auraient la plus grande importance , I cherche à montrer que le mouvement cUiaire est uniquement une modification du mouvement amœbolde du proioplaema.
Voici du reste les principaux faits apportés à l'appui de cette manière de voir. D'abord M. Haeckel n'admet plus comme dans Fancienne théorie cellulaire que la cellule soit toujours entourée d'une membrane distincte, sur laquelle les cils seraient attachés. Pour lui cette opinion n'a plus de raison d'èlre et doit être abandonnée.
On trouvera dans la note suivante Texposé de la nouvelle théorie qu'il propose. On sait que deux espèces d'éléments ciliaires se rencontrent dans le règne animal : tantôt, la cellule épithéliale est flagellée, c'est-à-dire ne porte qu'un long cil, en forme de fouet, un flagellum; tantôt an contraire à la place du flagellum on la voit couverte de nombreux cils occupant des points divers, des positions diflërentes sur sa partie lfl>re.
Disons tout de suite que, dans la théorie de M. Haeckel, la cellule primitive étant sans enveloppe, le flagellum comme le cil vibratile est un prolongement du protoplasma formant Tamas ou l'élément désigné dans la théorie cellulaire par le nom de cellule.
icui NOTER ET REVUE
C%*8t par Tétude des organismes inrérieurs que le savant professeur de lena arrive à cette pensée, à cette conclasion : Les cellules ciliées dérivent par transformation de cellules amœboides.
Les spores des Protomyxa auranHaca^ Protomonas Huxleyi^ appartenant au groupe des Monères, ont la forme d'une poire avec un seul flageUuni piliforme, long, qui par ses mouvements les fait nager; or quand elles s'arrêtent le flagellum modifie sa forme et n'est plus qu^nn prolongement amœbolde.
De même dans le Magosphoera planula^ nouveau groupe des [Protistes, les cellules ciliées qui le composent peuvent dériver de cellules non -ciliées amœboîdes et après avoir été ainsi produites revenir à Télat de cellules soit non-ciliées àmœboîdes soit uni-ciliées ou flagellées, qui se détachent et continuent à vivre.
De Bary a décrit du reste une chose semblable dans sa monographie des Mtxomtgbtbs.
Sur des êtres beaucoup plus éh vés hiérarchiquement, sur des Eponges du groupe des Leugosclearia, M. Haeckel a vu encore le même phénomène se produire; on n^oublie pas que dans les Eponges les cavités que Ton appelle les carbedles vibratHes sont tapissées par des cellules placées côté à côté, qui pour M. James Glarck constituent chacune un être, un infusoire concourant pour sa part à la formation de cette colonie que dans le langage ordinaire on nomme Eponge. Or dans les idées du professeur Haeckel les Eponges seraient des Cœlentérés (1), c'est-à-dire des animaux déjà bien supérieurs puisqu'ils se rapprocheraient à ses yeux par quelques caractères des Alcyonoaires, des Polypiers, etc.
Enfin parmi les Cœlentérés eux-même quelques groupes présentent indubitablement une supériorité incontestable, tels sont les Siphonophores. Chez eux aussi aurait été observée, Forigine réelle et certaine du mouvement ciliaire dans le mouvement amœboïde du protosplasma, et cela pendant la formation des sphérules naissant de la division de Tœuf.
On sait toute Timportance que les naturalistes attachent aujourd'hui à Tétude et à la connaissance des propriétés du protoplasma ; voici l'une des déductions les plus curieuses certainement qui ait été tiré des mouvements de cette partie élémentaire des organismes.
Il semble incontestable que, dans les êtres inférieurs, un filament flagelliforme, des cils mêmes puissent rentrer dans la masse commune amœboïde d'un élément composant en totalité ou en partie le corps. Mais dans les animaux moins inférieurs que ceux ayant servi d'exemples, là où la cellule réel e est souvent indéniable avec ses parois, là où fréquemment le mouvement est assez rapide pour ne laisser sur notre rétine, même sous les amplifications les plus considérables, qu'une impression si fugace, que l'ensemble des cils représenleun tuorbillon parfois même passant inaperçu , on a quelque peine à se résoudre à ne voir qu un mouvement du protoplasme. C'est une difficulté qui vient à l'esprit en raison même de la lenteur ordinaire des mouvements protoplasmiques. mais qui, il font bien le reconnaître, serait insufiisante par elle-même à faire rejeter une explication que devront confirmer toutefois des faits nouveaux avant qu'elle puisse être applicable à toutes les conditions du mouvement ciliaire.
Du reste la théorie qui vient d'êlre exposée n'est qu'une conséquence des idées plus générales émises par le s!)yant émineot de lena sur la tliéorie cellulaire, idées qui dérivent elles-mêmes^de conceptions i)lus générales encore sur la matière vivante,
(1) Toy. Notes el Kevues du n« I. Arch, de Zool. exp. et gett. Vol 1. pag. iv.
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