CINQUIÈME PÉRIODE
Apparition des tentacules portant le nombre de M à 48.
L'observation commence, à cette période, à devenir fort difficile.
Les embryons sont déjà volumineux, et pour peu qu'ils se contractent, il est presque impossible de démêler la marche de la multiplication de leurs parties.
Il faut nécessairement, pour réussir à constater les faits qui suivent, employer des cuvettes convenablement disposées, qui permettent de voir normalement, d'une part le péristome bien épanoui, d'autre part le pied appliqué sur un fond transparent, enfin les côtés du corps.
Chacun imaginera sans doute des appareils propres à lui permettre
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cette observation sans toucher les embryons dont la contractilité est excessive et entre en jeu immédiatement au moindre contact, ce qui s'oppose à toute observation.
A mesure que TÂctinie se complète et multiplie ses éléments, le disque pédieux devient plus net, sa coloration diminue beaucoup comparativement à celle du corps et sa transparence augmente. Ses limites sont visibles sous d*assez forts grossissements. Dans mes appareils, il m'était facile de faire des observations avec des grossissesements de deux cents diamètres, chose très-importante, comme on le pense bien.
C*est sur le bord de la circonférence du pied qu'il faut aller chercher les premières traces des nouvelles loges et cloisons ; on constate alors que la multiplication se poursuit comme dans la période précédente.
On voit apparaître dans la concavité du bord de certaines loges, vers le milieu de Tare qui les limite extérieurement, deux petits traits roses vivement colorés, perpendiculaires à l'axe et dirigés vers le centre; ce serait comme des rayons commençant à se former vers la circonférence (1).
A mesure que la loge qui se trouve ainsi en activité de production s'étend, les deux petites lamelles s'allongent en se dirigeant vers le centre.
Si de la face intérieure du disque pédieux on passe sur les côtes du corps (2), on voit les deux lames s'unir en un angle supérieur et s'élever vers le péristome. Cest absolument ici comme dans la période précédente. Une loge ou mieux un espace interloculaire se trouve partagé en trois parties. Des tentacules couronnent les deux nouvelles divisions et l'un de ces derniers, celui du milieu, grandissant plus vite que ses voisins, évince son prédécesseur et se substitue à son lieu et place, par sa grandeur et par sa position. ^
Il résulte de cette substitution que l'un des tentacules qui appartenait au troisième cycle passe par ce fait même dans le quatrième, que l'un des deux formés en dernier lieu entre dans le troisième cycle, tandis que l'autre reste dans le quatrième.
11 y a donc dans cette période similitude absolue avec ce qui s'est passé dans la précédente, d'abord quant à la formation des loges et
(1) Voy. Arch. de Zool. ea)p, et gén*, vol. I, pi. XIV, fig. 40. (m; (n). (jt) Voy. id., ià., fig. 43 (m) (n).
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des tentacules, ensuite quant i la régularisation des grandeurs déterminant la symétrie.
Dans cette période, à cause du nombre des parties, il devient difficile de déterminer sur quels points du pourtour du disque pédieux commencent i apparaître les cloisons. Cependant avec des appareils bien disposés on peut, quand les Jeunes sont bien épanouis, ce qui arrive toujours très-vite après Véventrement des mères, voir que l'œsophage est aplati et reconnaître (1) par cela même la position des loges (a) et [a'), ainsi que celle des deux cloisons primaires 1 et 1. L'aplatissement de l'œsophage étant dans le même sens que celui de la bouche, on peut donc en regardant la jeune Actinie par le pied juger de la position de l'axe unissant les commissures de la bouche par la direction du plus grand diamètre qui partage en deux moitiés symétriques la projection de l'œsophage.
Aussi est-il légitime de considéier les loges correspondant aux extrémités de l'ellipse œsophagienne comme étant celles placées sous les deux tentacules (a] et (a').
Dans plusieurs individus c'est avec la dernière netteté que, à droite et à gauche de la loge (a'), j'ai constaté les formations (m) et (n), et plus loin encore dans la loge {b) et dans sa symétrique sur l'autre côté la production de ces deux petits replis donnant naissance aux loges nouvelles.
Je ne voudrais point affirmer cependant que ce soit toujours auprès et du côté des premières loges (a) et (a'), qui sont toujours restées aux premiers rangs et n'ont jamais été supplantées par de plus jeunes, que commence la multiplication.
En considérant les douze loges correspondant aux douze plus grands tentacules, c'est-à-dire aux deux premiers cycles comme étant formées chacunes par une paire de cloisons, et les douze petits tentacules formant le troisième cycle, comme correspondant aux douze intervalles interloculaires, il est certain qu'on peut assurer que c'est dans chacun de ces intervalles interloculaires que se produisent les nouvelles loges.
On doit remarquer aussi une grande différence avec le premier travail génétique ; en effet on était arrivé au nombre douze par la formation de simples cloisons, tandis qu'après ce nombre, c'est par
(A) Voy. Arch. de Zool exp. tt gén., vol. I, pi. XIV, fig. 40 (a) (a').
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la naissance de deux cloisons ou d'une paire de cloison qu'est multiplié le iiombre des loges, et comme dans la production des deux loges nouvelles, celle qui est au milieu, entre les deux cloisons nais-santés, est aussi celle dont le tentacule prend le dessus pour occuper un rang supérieur dans la formation des cycles, il semble plus naturel dans cette période de considérer la loge comme formée des trois éléments, la loge, les deux cloisons, et le tentacule.
Dans cette interprétation de la loge les petits tentacules du dernier cycle seraient les prolongements non de loges à parois propres, mais bien d'intervalles interceptaux.
En résumé il se forme dans chaque intervalle interloculaire une loge, dont le tentacule en se développant rejette sur le côté le tentacule destiné au dernier cycle, et il se produit de chaque côté de cette loge deux autres espaces interloculairessans que les loges complètes TOisines soient modifiées.
Ces considérations et les précédentes conduisent à la loi suivante. — C'est toujours dans le milieu des intervalles interceptaux correspondant au dernier cycle composé des plus petits tentacules que se forment les nouvelles logesy et comme de leur formation résulte toujours deux nau^ veaux intervalles^ il t'en suit que le nombre des tentacules s'accroît par autant de fois deux qu'il y a de petits tentacules dans le dernier cycle.
On verra dans le résumé de toutes les lois à quel singulier et inattendu résultat cela conduit.
La formation des cordons pelotonnés n'offre que peu de faits importants à signaler dans cette période.
Plus l'Actinie avance dans son développement et plus s'accuse la tendance à compléter les loges d'un ordre supérieur par la production des cordons sur les bords des deux replis qui les limitent.
Malgré l'accroissement de toutes ces parties internes, on peut reconnaître encore dans le milieu les deux replis mésentéroïdes qui furent les premiers formés et qui partageaient dès l'origine le corps de l'embryon en deux masses (1) d'inégale grandeur.
Les cordons sont incolores, ce sont les replis qui renferment les couches de ce tissu cellulaire à granulations rouges.
(1) Voj. Arch» de ZoQl. eofp. €t gén., vol. I, pi. XIY, fig. 40. — 1.
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Un détail descriptif doit trouver place ici, il est relatif à la terminaison de rœsophage dans la cavité centrale et à Tunion des replis avep son oriûce inférieur.
On Ta déjà vu l'œsophage est applati dans le sens du grand diamètre de la bouche. — Son oriûce supérieur, ou la bouche^ est limité par deux bourrelets formant les lèvres ; son orifice inférieur s'étale au contraire en un pavillon octogone assez régulier et allongé (1).
Les côtés du pavillon polygonal sont courbes et ont leur concavité tournée en dehors, à leurs angles viennent se terminer les bords des replis mésentéroîdes.
Les deux plus petits côtés correspondant aux deux loges primitives (a) et {a'), donnent naissance par leurs angles aux deux paires de replis limitant ces loges; ils sont notées 2 et 3. Quant aux quatre autres angles latéraux ils. donnent attache aux extrémités des bords des replis^ les plus développés, notés 1 et 5.
En définitive on trouve encore à ce moment, déjà très-avancé du développement, une disposition indiquant comme au début une symétrie bilatérale. On sait que le cordon pelotonné bordant le repli mésentéroïde n'arrive pas jusqu'à l'œsophage et que tout près de ce dernier il se trouve un renflement intermédiaire aux deux, à la période qui nous occupe la difiérence entre ces parties est déjà trèsmarquée (2).
Ce petit renflement présente deux caractères qui ne permettent pas de le confondre avec le reste du cordon. Il est vivement coloré, tandis que le cordon est ou blanc ou à peu près incolore ; il n*est pas cylindrique, il est applati, et ses deux face sont striées.
Lorsque l'Actinie a 48 tentacules elle ressemble aux proportions près à une Actinie adulte, elle présente même déjà une couronne sous-tentaculaire de tubercules bleus caractéristiques de l'espèce, el même quand elle n'a que 24 tentacules, elle offre déjà ces tubercules caractéristiques.
(Ij Voy. Arch. de zoologie exp. et gén., pi. XIV, fig. 40. Yoj, aussi pï. XIII, 6g. 33 et ai.
(2) Voy. td., td., pi. XIII, fig. 33 et 34.