A. «ARD
masse. Dans le cas ordinaire, c'est le bourgeonnement périphérique qui reçoit le coup de fouet. D'autre part, nous avons dit que les animalcules intercalaires du cercle externe sont toujours remplisd^œufs , ^s uns encore dans Tovaire, lesautres dans la chambre d'incubation. Ces œufs sont très- volumineux et compriment fortement le sac branchial des deux côtés de l'Ascidie. Il en résulte, pour le cormus, une insuffisance de nutrition qui provient de trois causes. Gestrois causes sont : 1* la déperdition de substances causée par la formation des œufs et des spermato20ïde8 dans toute l'étendue de la masse à la fois; 2<' la com pression dusac branchial qui empêche les fonctions de cet-organe ; S^'le fonctionnement imparfait les cloaques communs. Dans l'état ordinaire, les cloaques servent, comme nous l'avons vu, à pmvoquer dans l'eau des courants qui entraloent les particules alimentaires vers les orifices branchiaux. Chez les individus remplis d'œufs, le manteau se trouve distendu dans le sens transversal et devient globuleux ; la languette anale est rétractée ; par suite, le cloaque privé de ses organes innervés, ne peut plus qu'imparfaitement remplir son rôle, et la nutrition souffre d'autant plus que la quantité d'eau qui circule dans les systèmes se trouve réduite par le rétrécissement des cavités branchiales.
La nutrition insuffisante du connus détermine une puissance de gemmiparité plus considérable. Mais dans ce cas, le bourgeonnement, au lieu d'être périphérique, est surtout intercalaire. Pourquoi cela ? c'est ce que je ne puis expliquer parfaitement ; il me parait, toutefois, que la présence des ovules doit attirer le sang vers les cœnobiums et que les tubes vasculaires voisins se trouvant plus souvent et mieux remplis, ce sont eux qui seront surtout le siège de la gemmiparité ; mais je le répète, c'est là un point qui n'est pas encore parfaitement clair dans mon esprit.
Quoiqu'il en soit, au fur et à mesure que ces bourgeons intercalaires se développent , ils écartent de plus en plus les individus qui leur ont donné naissance et les repoussent du centre du cœnobium. Généralement» chaque bourgeon est en relation avec un seul individu, mais il peut se faire que les tubes vasculaires issus de deux animaux voisins s' étant soudés entre eux, le bourgeon se produise sur la partie anastomosée et soit ainsi en relation avec deux individus de l'ancien système.
Bientôt les individus de nouvelle génération dont la végétation est très-active forment entre eux un nouveau cloaque commun : leurs bouches s*ouvrent à l'extérieur et le cormus est sauvé et rajeuni.
Les animalcules de première génération qui forment maintenant le cercle externe ne communiquent plus avec le dehors que par leurs ouvertures branchiales. En ce moment, leur nutrition ne se fait plus évidemment que par les relations vasculaires qu'ils ont gardées avec le cercle interne.
Cependant, ces relations paraissent devenir de moins en moins considérables, car la coloration s'affaiblit et ne tarde pas à disparaître. Je n'ai pu, malgré mon vif désir, m'assurer de la façon doat les embryons sont expulsés ; mais je crois qulls doivent s'échapper par les orifices branchiaux. Toujours est-il qu'ils sortent, non à l'état d'œufs mais sous la forme de têtards. Peut-être les pointes aigûes, qui, ches ce têtard, remplacent les glandes papillaires, permettent-elles au jeune animal de se frayer un chemin à travers la branchie, mais c'est là une supposition fort hasardée et la question demeure un de mes plus grands desiderata dans l'histoire de ce processus.
Après la sortie des embryons, j'ai trouvé sur des connus qui avaient présenté la gemmiparité intercalaire , les restes des animaux du rang externe traiisparents et décolorés au milieu de la masse de cellulose. Idais je pense que généralement ces restes sont éliminés de la même façon que les animaux morts, par le développement de nouveaux éléments tuniciers, et que leur trace doit, peu à peu, s'efEacer complètement.
Nous avons dit que les connus qui présentent le bourgeonnement intercalaire ne paraissent nullement en souffrance. Ces faits ne sont donc point de Tordre pathologique. Sont-ils normaux ? je n'hésite pas à répondre non. Ce sont des phénomènes limites qui constituent une sorte de physiologie tératologique très-intéressante à étudier, puisque nous avons là, pour ainsi dire, des expériences instituées sous nos yeux par la nature si habile, comme dit BufTon, à se créer des suppléments dans le besoin(l).
Ces suppléments que la nature se crée d'une façon semi-accidentelle nous révèlent les procédés qu'elle a suivis pour établir certaines dispositions aujourd'hui devenues normales. Je ne puis, pour ma part, m'empêcher de comparer le bourgeonnement intercalaire des Botrylies à celui qui se produit d'une façon régulière sur Thelmin
(1) « Qui pourra jamais déterminer tous les effets des puissances de la nature pour la multiplication, toutes ses ressources dans le besoiu. tous les swpflémenU qui en résultent et qu'elle sait employer pour augmenter le nombre des eupt'ccs f;n remplissant les intervalles qui semblent les séparer. » Blffon, HisL des oiseaux, t. V, p. 11, édition Flourens.
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thodème d'un Tœniau D'un c6té comme deTautre, nous avons, en d fet» des zoonites (métamères chez le Tœnia, antimères chez le B(h trylle) qui deviennent peu à peu de simples sacs ovigères et x:: expulsés du cormus par des individus plus jeunes, chargés de ir. nourrir jusqu'à la maturité des germes.
Que si Ton se borne à la considération des Tuniciers, n*y a-t-il^^ une analogie frappante entre le processus que nous venons de à crire et ce qu'on a appelé la génération alternante des Salpa. H suffira en effet, pour que la comparaison fût parfaitement exacte, de supposer que l'expulsion des animalcules chargés d'embryons ait lieu ava:' la sortie d^ ces derniers. Je sais qu'on m'objectera que l'embryon o;l les embryons libres des Botrylles ne correspondent pas à la châlii^| embryonnaire des Salpa ; mais nous trouvons l'analogue de cettf chaîne dans le têtard d'un autre genre de Synascidies, le genre Jittelliumj où Tœuf très* volumineux contient déjà une colonie de troi3 animalcules inégalement développés.
J'ai confiance dans la justesse de ces vues, et je les soumets hardiment à la discussion des zoologistes.
S. 5. Variations par bourgeons. — Nous devons parler ici de quelque particularités qui auraient pu trouver place dans le chapitre précédent ; mais l'ignorance où nous sommes des influences sous lesquelles se produisent les variations étonnantes des Ascidies composéei nous force à les mentionner simplement à propos du processus par lequel elles se propagent dès qu'elles ont atteint quelques systémâ d'un cormus.
Dans son livre sur les VariaUions des animanx et des planies^ Darwin s'occupe longuement des variations par bourgeons. « On ne 1^ a, dit-il, observées que dans le règne végétal, mais il est probable que si les animaux composés, tels que les coraux, etc. eussent é^ soumis à l'influence d'une domestication prolongée, ils eussent également varié par bourgeons, car, sous beaucoup de rapports ii^* ressemblent aux plantes. Ainsi, tout caractère nouveau ou particulier chez im animal composé peut se propager par bourgeonneme^^ comme cela arrive chez les Hydres de diverses couleurs et comci^ M. Gosse l'a démontré sur une variété singulière du vrai corail* On a aussi greffé des variétés de l'Hydre sur d'autres et elles ont ^^' serve leurs caractères. » (1)
(1) Voy. Darwin, Variations det animaux et dût plantei, traduction Mouliw?- T. I, p. 396.
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Nous avons observé, en effet» plusieurs fois des connus de Botryl' lus violaeeus où un cœnobium ayant été totalement ou en partie soumis à l'iofluence de la lumière» la modification dont nous avons parlé précédenmient s'était propagée aux systèmes issus par bourgeonnement du cœnobium affecté. II est vrai que» dans ce cas» on peut se demander» comme le fait Darwin pour des exemples analogues empruntés au règne végétal» si la modification doit être rattachée à la variation par bourgeon, ou si elle n'est pas due à l'action directe des conditions extérieures (de la lumière pour le fait qui nous occupe). Mais il est toujours remarquable de voir cette modification se propager dès qu'un système se trouve atteint tandis que d'autres cœnobiums voisins» exposés aux mêmes influences» ne sont nullement transformés.
Il y a plus : sur un connus dont toutes les parties sont» autant qu'on en peut juger» soumises aux mêmes conditions extérieures» 11 n'est pas excessivement rare de trouver toute une portion où les cœnobiums présentent un système de coloration différent et bien distinct de celui des autres parties du connus. Les exemples de ce genre, bien qu'il ne soient pas des plus communs» ne sont pas cependant d'une excessive rareté» et nous en donnons un (PI. XXIX» fig. 5 et 6). Les systèmes 5 et 6 ont été pris sur un même connus situé à la face inférieure d'une pierre. II est à remarquer que les Botrylles^ ches lesquels nous trouvons ces variations singuliè-» res» sont aussi les Ascidies composées qui varient le plus par reproduction ovipare. La même observation a» d'ailleurs» été faite pour les plantes qui offrent des exemples de ce genre.
Enfin, nous devons recoimaitre avec Darwin que, si on cherche la cause de ces variations» on tombe dans plus d'un doute, car si» dans quelques cas, on peut regarder comme suffisante l'action directe des conditions extérieures» il en est d'autres où celles-ci n'ont dû prendre qu'une part très-accessoire au résultat ; c part dont l'importance n'est pas plus grande que celle de l'étincelle qui enflamme une masse de matière combustible, i
g 6. Ctmereseence (1). ^ Il n'est pas rare de rencontrer dans les bois
(1) On me reprochera peut-être Temploi de ce néologisme et I'od dira que mieax eût valu conserver l'ancien terme de Greffe par approche. Mais si je ne me trompe il j a dans le mot Canorêtcênee quelque chose de plus, l'indication d'une formation symétrique à l'aide d'individus séparés primitivement, comme le mot Conjugaiton signifie soudure symétrique de deux parties appartenant à un même