LA BRANCHIE DE QUELQUES CÉPHALOPODES DES COTES DE FRANCE
PAR L. JOUBIN Préparateur au laboratoire Arago.
Peu de groupes de mollusques semblent avoir fourni autant de sujets de recherches que celui des Céphalopodes, et l’on pourrait s'attendre à trouver parmi ces nombreux travaux, une étude d'’ensemble sur la branchie de ces animaux, au point de vue anatomique, morphologique ou histologique. Cependant, à part les courtes observations disséminées çà et là dans des ouvrages spéciaux ou généraux, on ne peut rencontrer un mémoire d’où l'on retire une notion suffisamment approfondie de cet appareil.
C’est ce qui m'a poussé à réunir en un seul travail ces notes sur la branchie des Céphalopodes des côtes de France, en m'attachant à décrire aussi complètement que possible cet organe très complexe, en étudiant d’abord le développement d’un type, puis ce même type à l’état adulte, en suivant la marche du sang qui traverse l'organe respiratoire, puis enfin en le comparant à celui d’un représentant d'une autre famille. L'étude de l’histologie de la branchie trouvera aussi sa place dans le courant de ce travail.
Mais, avant d'entreprendre cette étude, je dois constater dans quelles conditions elle a été faite. C’est au laboratoire Arago, à Banyuls-sur-Mer, que je l’ai commencée, sur les indications de M. de
Lacaze-Duthiers, mon excellent maître, qui, outre l'installation si
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pratique qu'il offre à tous les travailleurs qui sollicitent son hospitalité, et dont j'ai largement profité, m’a encore aidé de ses conseils et, qui plus est, m'a prêté, pour les employer au travail qu'il m'indiquait, ses notes et ses dessins inédits sur l'appareil circulatoire des Céphalopodes. On trouvera, en lisant ce mémoire, la trace des emprunts que j'ai faits à ces renseignements si précieux pour moi, et plus d'une fois j'indiquerai la source où j'ai puisé plus d’un fait, pris plus d’un dessin.
Cette station de Banyuls a pu me procurer à profusion tous les types de Céphalopodes du pays ; la sépia, l'ommastrephes, la sépiole, le calmar, le poulpe, l'élédone et même l’argonaute ont servi à mes études. Après avoir commencé ce travail, à Banyuls, pendant les mois d'avril, mai et juin, je suis venu le terminer à Roscoff. Il est presque inutile d'ajouter que, là aussi, j'ai retrouvé les mêmes conditions favorables et la même abondance d'animaux.
Lès ouvrages généraux où l'on rencontre quelques indications sur la branchie des Céphalopodes sont peu nombreux et presque tous plus ou moins anciens. Un d’entre eux, le livre de Tilésius, traite directement le sujet qui nous occupe ; les autres ne s’occupent qu’incidemment de la branchie des Céphalopodes, et n’insistent sur aucun détail anatomique ; il arrive même qu'après avoir dit de la branchie: « c’est un panache », on soit satisfait et qu’on passe outre.
L'auteur le plus ancien en date est celui que je citais plus haut. Tilésius prit pour sujet de sa thèse inaugurale la respiration de la Seiche (Tilésius, De Respiratione Sepiæ officinalis, 1801). Cette dissertation, conçue dans un but bien plus philosophique qu’anatomique, laisse presque complètement de côté la structure de l’appareil respiratoire de la seiche ; cette partie est rejetée à l'arrière-plan de son ouvrage et n'en occupe qu'une portion très restreinte. Il indique cependant la présence à la base de la branchie d’une glande particulière, mais ses figures sont si peu nettes et si peu lisibles que l’on se demande si réellement il a pu avoir une idée exacte de ce qu’il voyait. Cette glande de la branchie a été aussi étudiée par Cuvier (Mémotre
pda lhlnne mi sac ele,
sur le poulpe), qui y a vu seulement une « strie musculaire ». Chez l’éledone, par exemple, et chez le poulpe, cet organe est recouvert par un muscle, mais ce n'est pas là tout; il y a, en outre, une glande. Mayer, reprenant cette étude, vit que cette glande était dépourvue de canal excréteur, et il lui donna le nom de rate (sügen, milz, espèce de rate), mais sans beaucoup approfondir sa structure ou ses rapports avec l'appareil circulatoire. Les nombreux dessins de Della Chiaje et ses Mémoires donnent peu de renseignements sur la branchie des Céphalopodes; il en est de même des Mémoires ou Traités généraux de Siebold, Treviranus, Ferussac et Milne-Edwards. Ils donnent tous des descriptions succinctes de la branchie, en mentionnant la glande qui y est adjointe, mais sans qu’on puisse en retirer une idée suffisamment complète de cet organe. Nulle part on n’a donné de comparaison morphologique entre le type octopode et le type décapode.
Tels sont, rapidement énumérés, les auteurs qui se sont occupés de ce sujet. Si l’on y ajoute les travaux plus importants d’embryologie de Kôülliker, de Hermann Fol et de Balfour, ceux de physiologie de P. Bert et Léon Fredericq, qui renferment peu de renseignements sur la branchie, on arrive à une somme de connaissances assez restreintes sur l'anatomie etle développement de cet appareil respiratoire.
Sans prétendre apporter un grand nombre de faits nouveaux, je vais essayer de reprendre la description aussi complète et aussi méthodique que possible de cet organe chez un type décapode en commençant par son embryogénie, puis je prendrai un type d'octopode, et enfin je les comparerai autant que faire se pourra. J'espère que
cette étude facilitera les recherches ultérieures.