‹ Archives de zoologie expérimentale et générale (volume 3)Chapitre 12 sur 126 · MT L · texte numérisé non relu

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Chez la seiche, le sang arrive par les vaisseaux dont on vient de voir la provenance, au point où la base de la membrane de soutien de la lame s'attache sur la glande. Là, les deux troncs afférents traversent la membrane qui sert d’enveloppe à la glande, et immédiatement le sang se répand dans toutes les directions en suivant principalement le trajet indiqué par les lignes bleues qui lui font suite et qui, comme je l’ai dit, ne représentent pas des capillaires. Le sang circule entre les cellules qui composent cet organe, et peu à peu, en suivant un trajet inverse, qui a été indiqué aussi par des arborescences rouges, arrive au vaisseau marqué » dans la figure 2 et v dans la figure 1, ou bien, au lieu de descendre vers le rameau inférieur, il remonte vers le rameau supérieur (d de la figure 1, »# de la figure 2), et en suivant ces deux troncs, qui sont véritablement des vaisseaux, il arrive au gros tronc général g (fig. 2) et de là dans le sinus, d’où il revient de nouveau à la branchie. La glande reçoit donc par le vaisseau afférent qui est contenu dans chaque lame : 1° du sang venant directement du vaisseau aftérent général de la branchie ; 2° du sang venant du vaisseau afférent de la lame; 3° du sang qui, provenant déjà de ces deux origines, a, en outre, circulé dans les parties accessoires de la lame branchiale. C’est ce mélange, tout entier composé de sang veineux, qui passe dans la glande et s’y répand.

Quelle est donc la structure histologique de cette glande si volumineuse ? Elle est très simple : une enveloppe de tissu cellulaire, avec quelques fibres musculaires, la renferme dans sa totalité. Le mot glande éveille généralement l’idée d’un canal excréteur chargé d'évacuer au dehors les matières qui s’y sont produites. Dans l’organe qui nous occupe actuellement, je n’ai jamais pu trouver de canal de ce genre; les dissections les plus attentives, les coupes dans tous les sens ne m'en ont pas fait apercevoir de traces. C’est donc une glande close. Elle a d’ailleurs été comparée à la rate par d’autres auteurs, en particulier par Mayer. Cette appellation semble justifiée par l’absence de conduit excréteur; sa position près de

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l’appareil de la respiration et les connexions intimes qu’elle a avec lui, le fait qu’elle ne reçoit, en général, que du sang qui a traversé différentes parties de cet appareil, et qu’enfin ce sang n’a jamais traversé la membrane respiratoire, tout cela me semble devoir faire donner à cette glande un rôle en rapport avec la composilion même du sang. |

On verra que chez tous les Céphalopodes de nos côtes, cette glande se retrouve avec la même importance, les mêmes rapports. Chez certains Octopodes cependant, chez le poulpe entre autres, une artère venant directement du cœur se ramifie sur la glande qui nous occupe, et le sang y pénètre, puisque l’on arrive à remplir la glande en poussantla masse à injection par cette artère. Chez l’élédone, on ne la trouve pas.

Dans son mémoire sur le poulpe, Cuvier considère cette glande comme une simple bande musculaire. On verra que chez cet animal la glande est recouverte par un fort muscle, mais elle n’en existe pas moins en dessous.

L'histologie de cet organe est fort simple; il est exclusivement composé de cellules polygonales, à gros noyaux, granulées, formant un tissu spongieux, au milieu duquel cireule le sang. Il n'y a pas trace de vaisseaux ni de capiliaires, on ne trouve exclusivement que des lacunes intercellulaires. On arrive très bien à se rendre compte de ce fait en y injectant de la gélatine colorée par du bleu soluble; on voit alors sur des coupes tous les espaces remplis par la masse bleue. J’ai cherché à voir si les lacunes ne seraient pas tapissées par un épithélium, mais tous les moyens ont échoué; tous les divers procédés de coupes, les injections au nitrate d'argent, le chlorure d’or, les matières colorantes les plus variées ne m'ont pas renseigné à cel égard. Je crois donc pouvoir avancer que cette glande est exclusivement cellulaire. Ce fait avait été déjà remarqué par Tilésius en 1801, une planche extrêmement grossière qui se trouve à la fin de son ouvrage indique vaguement que c’est une masse cellu-

laire.

La figure 10 de la planche V représente ces cellules dans la glande de l’ofimastrephes. On peut aussi bien les considérer comme provenant de la seiche, car aucune différence notable n’est à remarquer entre les divers Céphalopodes, aussi bien Octopodes que Décapodes. Les cellules représentées dans la figure 13 de la même planche sont prises sur la sépia et dessinées après action du chlorure d’or qui les dissocie rapidement en les colorant fortement ; l’action de ce réactif est remarquable, car la coloration est extrêmement foncée et identique à celle qui se produit sur les petits vaisseaux.

Cette disposition histologique de la glande étant connue et pouvant se résumer en ceci: un tissu exclusivement composé de cellules laissant entre elles des espaces où circule du sang, quelle peut être sa fonction ? C’est ici que les incertitudes recommencent. Si les réactifs que j'ai employés pour reconnaître dans cette glande autre chose que des cellules semblables entre elles m'ont donné des résultats négatifs, j'en conclus légitimement qu'elle est composée uniquement de ces cellules. Mais que conclure de tentatives restées toujours infructueuses pour en connaître la fonction ? J'en suis réduit sur ce chapitre à des conjectures plus ou moins plausibles. N'ayant pas trouvé de canal excréteur, j'en ai déduit que cette glande ne pouvait servir à tirer du sang des matières qui y seraient rejetées quelques millimètres plus loin, et qui reviendraient à la branchie quelques instants après; il n’y a, en effet, presque aucun rapport avec les glandes urinaires, puisque le canal qui ramène le sang de la glande en question et du manteau se jette dans le sinus des corps fungiformes tout près du point d'où émerge le vaisseau afférent des branchies. La matière excrétée par cette glande ne pourrait donc pas être rejetée en dehors par le corps urinaire. Si d’ailleurs cela se pouvait, il y aurait double emploi pour le sang à filtrer d’abord une matière qui y reviendrait pour n'être rejetée au dehors que par un second filtrage à travers les glandes urinaires.

J'ai cherché si, dans cette glande, je ne trouverais pas les traces

de matières de réserve comme on en trouve dans de nombreux ani-

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maux formant des amas qui sont employés au moment opportun. Je ne puis dire ici que cela n’est pas; cependant les recherches chimiques que j'ai entreprises ne m'ont pas donné de résultats suffisam ment nets; je ne dois d’ailleurs m'en prendre qu’à mon inexpérience de ces sortes d’investigations.

Il reste enfin un troisième point de vue à envisager relativement à cette glande. Est-ce un organe générateur des corpuscules du sang? Chez les Céphalopodes, le sang renferme de nombreux corpuscules, les uns arrondis, les autres de formes diverses, qui circulent avec lui. J’ai cherché si, avant l’entrée du sang et après sa sortie, il y avait une différence soit dans la forme, soit dans le nombre de ces corpuscules. Là encore, je ne puis rien affirmer de net; on comprendra sans peine pourquoi. Pour mettre à nu la branchie et y faire une opération aussi délicate, il faut fendre le manteau dans toute la longueur; c’est une blessure terrible pour l’animal, qui n'y survit pas.

On sait que la veine qui ramène le sang de la glande en question vers le corps urinaire recoit les deux vaisseaux du manteau; par conséquent, rien qu’en ouvrant le manteau on détermine une hémorrhagie qui se fait sentir tout de suite dans la glande. Si l’on a ouvert le manteau, il faut ensuite prendre du sang au vaisseau afférent de la branchie et au vaisseau efférent de la glande pour les comparer; : or celle-ci est enfouie au milieu de la branchie, ces deux vaisseaux sont très étroits, et l’on ne peut être sûr d’avoir du sang provenant exclusivement de l’un ou de l’autre, car les lésions les plus minimes dans cet organe, si vasculaire dans toute son étendue, amènent des effusions de sang de diverses provenances. En outre, il faut naturellement prendre du sang en deux points de la même branchie, ce qui double les causes d'erreur. Malgré toutes ces conditions défectueuses, malgré les erreurs inévitables que j'ai pu commettre, malgré enfin toutes les difficultés, je crois cependant pouvoir conclure que cette espèce de rate des Céphalopodes, comme l'appelle Mayer, est un organe générateur des corpuscules du sang,

LA BRANCHIE DES CÉPHALOPODES. 119 de même que la rate des Vertébrés serait un organe à fonction analogue. Je ne crois pas cependant que les raisons qui me font admettre cette opinion soient suffisantes pour entrainer la conviction ; mais, par exclusion des autres explications, je m'en tiens à celle-là. Ces doutes eux-mêmes montrent assez ce qui reste à prouver relativement aux fonctions de cette glande.

Ommastrephes sagittatus.— Après avoir étudié aussi complètement que possible l’anatomie et le développement de la branchie chez la Sepia officinalis, il sera facile de voir chez l’'Ommastrephes sagiltatus les points par lesquels il diffère du premier type. Ceux-ci ne sont pas nombreux, et, à part quelques différences de détail, on peut dire que la constitution de la branchie de cet animal est la même que ‘chez la seiche. Cependant, au point de vue morphologique, son étude est intéressante, parce qu’elle montre des parties qui, chez la seiche étaient rudimentaires, et qui ont, au contraire, pris ici un développement considérable tout en conservant les mêmes rapports vasculaires et anatomiques.

La branchie de l’ommastrephes est beaucoup plus longue que large ; elle est bien plus grêle que celle de la seiche. Geci est en rapport avec la forme générale du corps qui, chez le type précédent, était court et large, tandis que dans le type actuel il est long et mince. Une branchie de 6 centimètres de long n’a pas beaucoup plus de 8 à 9 millimètres de large et est composée d’environ soixante lames. Chez la seiche, une branchie de cette longueur aurait au moins le double en largeur.

Les rapports de la base de la branchie avec les organes voisins, tels que les corps urinaires, les gros troncs afférents et efférents, ne diffèrent pas sensiblement de ceux de la seiche. On voit donc que d'une façon générale ces deux types de Décapodes ne diffèrent pas essentiellement ; c’est seulement par quelques détails qu'ils s'écartent l’un de l’autre.

Le point le plus remarquable est la grande dimension que pré-

sente le trou branchiaïi, qui chez l'ommastrephes est parfaitement

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net et d’une grande largeur ; il va depuis la base jusqu’à la pointe

de l'organe respiratoire et est compris entre le vaisseau afférent et le vaisseau efférent de la branchie. Dans la seiche, le trou était très

réduit, difficile à distinguer et placé immédiatement au-dessus du

canal afférent ; ici les rapports sont les mêmes, mais il y aune chose

à remarquer. Le trou était beaucoup plus grand, le vaisseau afférent est rejeté assez loin au-dessous du vaisseau efférent, et il faut que la

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