LYMPHATIQUES
Les lymphatiques de la rate sont très difficiles à mettre en évidence par les injections, surtout dans les genres Scyllium, Acanthias, Carcharias, Mustelus, etc.; mais, chez les Aaïes, ils offrent un développement beaucoup plus considérable et l’on peut assez facilement les remplir avec une masse au bleu de Prusse.
Le système lymphatique de la rate est composé de deux réseaux distincts : 1° un réseau superficiel, qui se distribue dans la capsule; 2° un réseau profond, qui pénètre avec les vaisseaux dans l'intérieur de l'organe.
Réseau superficiel. — 11 est formé de canaux fins s’anastomosant fréquemment. Leur diamètre varie et offre des dilatations et des rétrécissements qui donnent au système un aspect particulier. C'est surtout aux points d’anastomose que l’on rencontre ces dilatations de forme plus ou moins triangulaire. Les mailles de ce réseau sont allongées et étroites. Elles sont limitées par des lymphatiques plus larges s’anastomosant par des branches transversales et obliques plus ténues. Ce réseau (voir pl. XIX, fig. 2, /.caps) se continue avec celui du mésentère spléno-gastrique sur le bord gauche de la rate au niveau du hile. Celui-ci est longé dans toute sa longueur par un tronc plus volumineux, qui reçoit perpendiculairement à sa direction toutes les branches du réseau capsulaire. Sur le bord supérieur, une petite portion du réseau environnant va ve jeter dans le système lymphatique de l'artère splénique proprement dite (voir pl. XIX, fig. 2, asp).
Réseau profond. — W est formé par les lymphatiques qui accom-
DE LA RATE CHEZ LES ICTHYOPSIDÉS. 401 pagnent les artères et les veines en formant autour d'elles un réseau à mailles longitudinales. Au niveau des vaisseaux qui pénètrent par le bord gauche de la rate, on trouve quatre systèmes principaux de lymphatiques plus volumineux qui reçoivent, avant de s'enfoncer dans l'organe, le réseau capillaire environnant. Is consistent en deux troncs situés de chaque côté de l'artère et de la veine et fréquemment anastomosés, de sorte que l’artère est à peine visible dans l'intervalle des anastomoses el que la veine est presque complètement cachée (voir pl. XIX, fig. 2, la). Les Iymphatiques profonds communiquent-ils avec les lacunes de la pulpe? Question difficile à résoudre. Toutefois, s’il y a communication, elle est excessivement étroite, car jamais je n'ai trouvé les mailles du réticulum remplies par la matière à injection. Quelquefois cependant les veines originelles en contiennent quelques grumeaux, mais il est possible qu'on ait affaire à une rupture. Quand on coupe en deux une rate dont les lymphatiques ont été injectés au bleu, on voit sur les surfaces de section tout autour des gros vaisseaux la coupe des lymphatiques qui les accompagnent sous forme de petits cercles bleus. On peut de même les suivre par la dissection et reconnaitre qu'ils affectent vis-à-vis des vaisseaux la même disposition qu’en dehors de organe. Sur des coupes minces pratiquées après durcissement par l'alcool et inclusion dans le collodion, on constate que ces lymphatiques ne pénètrent pas dans le manchon de réticulum épaissi qui entoure les capillaires terminaux, et qu'ils cessent au moment où la gaine con- Jjonctive disparaît.
Revenons au réseau superficiel. Le réseau capsulaire n’est jamais complètement rempli par l'injection, qui ne pénètre guère que jusque vers le milieu des deux faces de l'organe. Mais on peut s’assurer que ce réseau se continue au-delà des points où l'injection a pénétré en examinant au microscope un lambeau de capsule convenablement étalé. Pour cela, on la détache en s’aidant du scalpel, de façon à obtenir la partie bien injectée à côté de la surface restée intacte. Sur les pièces qui ont séjourné longtemps dans le liquide
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de Müller, cette opération se fait assez facilement, et la membrane détachée est assez mince pour être examinée par transparence après coloration au carmin et extension légère sur la lame de verre, en ayant soin de tourner en haut la surface épithéliale de la capsule. C’est, en effet, au-dessous de l’épithélium entre les faisceaux conjonctfs anastomosés que rampe le réseau lymphatique. Il est formé de canaux anastomosés de dimensions variant à chaque point de leur trajet et présentant une forme variqueuse. La maüière à injection est fragmentée et on trouve au milieu d'elle des amas le plus souvent arrondis de cellules Iymphatiques très réfrinsentes et colorées en rouge par le carmin, qui se distinguent très nettement des autres éléments cellulaires. Leur diamètre varie de 5 à 6 y. La zone protoplasmique entoure le noyau comme une zone très étroite, le plus souvent invisible. Si l’on poursuit l'examen en changeant la préparation de place jusqu’à ce qu'on arrive à un point où l'injection n’a pas pénétré, on voit les cellules lymphatiques accumulées par places disséminées remplir la lumière du vaisseau ; l'aspect que présentent ces amas cellulaires permet de reconnaitre l'existence des vaisseaux lymphatiques dans toute la surface de la capsule. Les parois de ces vaisseaux sont très délicates et formées par une membrane anhiste et transparente qui, en certains points, envoie des prolongements terminés en pointe dans le tissu conjonctif environnant. Pour voir d’une facon plus nette la paroi des lymphatiques, il faut faire une injection de nitrate d'argent à 4 pour 300, après avoir, autant que possible, débarrassé ces canaux des cellules Iymphatiques qui les remplissent par une injection préalable d’eau distillée. Quand la réduction de l'argent s’est produite, on détache la capsule et on l’étale comme cela a été indiqué plus haut. De cette manière, on met en évidence l’endothélium à lignes onduleuses assez semblable à celui des veines, mais non découpé comme celui des lymphatiques du lapin, par exemple. Les cellules lymphatiques, qu'il est très difficile de chasser
complètement à cause dèe la disposition du réseau, se colorent en
brun foncé, comme la paroi. En certains points, cette paroi donne naissance à des prolongements creux qui se terminent en pointe et qui semblent se perdre dans le tissu conjonctif. Mais jamais je n'ai vu la coloration brune de l'argent se produire en dehors des vaisseaux entre les interstices des faisceaux conjonctifs. Nous touchons ici à l'origine des lymphatiques, question bien difficile et que je n'ai pas la prétention de résoudre. Or, les préparations faites par la méthode de l'argent m'ont permis de mettre en évidence des organes spéciaux qui me paraissent avoir une certaine relation avec l’origine des lymphatiques. F. Leydig les a signalés dans son Traité dhistologie : Dans les plagiostomes, dit-il, chez lesquels on rencontre fréquemment des vaisseaux sanguins dans Pintérieur des vaisseaux lymphatiques, on voit de simples glomérules vasculaires faire saillie dans la cavité des vaisseaux lymphatiques. Sans les figures qui accompagnent ces quelques lignes il nous eût été difficile d'y reconnaître les organes que nous allons décrire.
Boutons lymphatiques. — Nous les avons observés pour la première fois dans la capsule de la rate de aa clavata, mais ils ne s’y rencontrent qu’en petit nombre et moins volumineux que dans lé mésentère -spléno-gastrique. Dans celui-ci, ils sont en assez grand nombre pour qu’on en rencontre de huit à dix en moyenne dans le champ du microscope à un grossissement de 120 diamètres. Ces organes (voir pl. XIX, fig. 8 et 9, 47), vus à un grossissement de 150 diamètres, ontla forme d’un bouton aplati percé au centre ou d’un petit peloton de. fil. Ils sont colorés en brun par l'argent de la même manière que les lymphatiques. Leur affinité pour le carmin est beaucoup plus grande que celle des tissus environnants, et, sous son influence, ils prennent une teinte rouge foncé. Leur diamètre transversal varie de 80 à 100 .; le vertical de 40 à 60 x. Dans la capsule de la rate ces organes sont beaucoup plus petits et mesurent transversalement de 50 à 60 w et verticalement de 30 à 40 y. À un grossissement de 200 diamètres, on voit que ces corps sont formés par
des fibres conjonctives parallèles étroitement pressées les unes
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contre les autres avec noyaux allongés de distance en distance et bien colorés par le carmin (voir pl. XIX, fig. 9, 47). Leurs limites sont nettement marquées surtout par l'argent, qui forme dans leurs interstices des lignes plus foncées. De même que dans un peloton de fil, ces fibres, après s’être enroulées à la surface externe de l'organe, pénètrent en s’infléchissant dans l'intérieur et viennent former les parois du canal central. Dans cette seconde partie de leur trajet, elles ont une direction oblique par rapport à la première, et s’enroulent souvent en spirale ou en 8 de chiffre (voir pl. XIX, fig. 10et411). Ces organés sont situés dans l'épaisseur du mésentère, à peu près à distance égale des deux faces, plongés au milieu des faisceaux du üssu conjonctf. Ils sont orientés de façon que le canal qui les traverse est parallèle aux faces du mésentère. Ils sont irrégulièrement disposés sur le trajet des Ilymphatiques : le plus souvent isolés, 1ls sont quelquefois accolés deux à deux de facon que leurs faces aplaties se regardent (voir pl. Il, fig. 8), et qu'ils sont traversés par le même lymphatique comme les grains d'un chapelet. Plus rarement on en rencontre deux outrois plus intimement accolés. Dans ce cas, les déux corpuscules sont unis par leurs faces planes et l’un d'eux est généralement plus petit que l’autre. Quand ils sont vus de profil sur le mésentère à plat, les orifices du canal central sont indiqués par une légère dépression, et le canal lui-même forme une zone plus claire entre deux bandes plus obscures. Mais dans certaines conditions, par la pression de la lamelle, on peut aussi les voir de face et alors on a une idée plus complète de leur forme générale aplatie avec dépression et perforation au centre. Leur coloration par le nitrate d’argent après injection des lymphatiques fait supposer immédiatement que ceux-ci s'ouvrent dans leur intérieur ou s'y ramifient en branches nombreuses et ténues. En tous cas, leurs relations avec les Iymphatiques sont évidentes et tantôt ils sont appendus sur les côtés de ceux-ci comme des fruits avec leur pédicule, tantôt, au contraire et le plus souvent, sont traversés de part
en part par le vais-aau. Tout autour d'eux une zone claire el trans
DE LA RATE CHEZ LES ICTHYOPSIDES. | 105 parente les sépare du tissu conjonctif environnant avec lequel ils ne semblent se continuer que par les points d'entrée et de sortie du lymphatique.
Pour me rendre un compte plus exact de la constitution de ces corps, j'ai fait dans les Iymphatiques une injection de gélatine au bleu de Prusse et j'ai examiné le mésentère vu à plat, ainsi que des coupes fines de cette membrane. La matière à injection, loin de pénétrer dans la masse de cet organe lymphatique. comme J'étais disposé à le croire d'après l’action de l'argent qui l'avait totalement imprégné, le traverse simplement par un conduit rectiligne aminci qui se continue à chaque extrémité avec un large vaisseau Iymphatique (voir pl. XIX, fig. 9,7). Faut-il en conclure qu'il n’y a pas communication intime entre ces organes spéciaux et le lymphatique qui les traverse ? Je ne le crois pas, car leur imprégnation par l'argent alors que le tissu conjonctif environnant n’a pas subi l'influence du réactif semble démontrer qu'il ne s’agit pas d’un simple phéno mène d'imbibition, mais d'une pénétration véritable par l’intermédiaire de canaux excessivement ténus.
Sur des coupes fines, on constate que la texture et la disposition interne de ces corps lymphatiques sont à peu près celles que faisait prévoir leur examen, vus en entier et à un grossissement un peu fort. Quand la coupe à porté en même temps sur le Iymphatique auquel ils sont attachés (voir pl. XIX, fig. 41, /), celui-ci montre, se détachant de sa lumière très dilatée, un rameau ténu qui pénètre dans lorgane lymphatique, entouré des faisceaux conjonctifs qui doublent sa paroi. Ces faisceaux ne tardent pas à se contourner en tous sens dans l’intérieur de l’organe pour former des anses en 8 de chiffre ou enroulées en spirale autour du canal central (voir pl. XIX, #4, fig. 10). A la partie centrale, les fibres sont intimement accolées, mais à la périphérie, elles le sont beaucoup moins et laissent entre elles quelques espaces vides. |
Quel est le rôle de ces organes lymphatiques ainsi disposés sur le
trajet des vaisseaux? Il est probable qu'ils communiquent directe-
ment avec la cavité du lymphatique et que, comme ils ne sont eux-mêmes formés que par une disposition spéciale des faisceaux conjonctifs du mésentère avec lesquels ils se continuent directement, ils servent d'intermédiaires entre les vaisseaux lymphatiques et les mailles du tissu conjonctif. Dans ce cas, ils constitueraient donc un
lieu d'origine des lymphatiques.