IL TECHNIQUE
C'est CuÉNOT (1897) qui, le premier, attira spécialement l'attention sur les formations lymphoïdes des Invertébrés et indiqua les procédés généraux à utiliser pour la recherche de ces organes. C'est aussi à cet auteur (1900) que l'on doit de nombreuses données techniques concernant les substances colorantes de choix à employer relativement à la recherche des organes excréteurs. Plus récemment, j'ai eu également l'occasion de grouper, dans mon mémoire concernant l'excrétion chez les Arthropodes, quelques remarques d'ordre théorique et pratique ayant trait à la découverte, par la méthode des injections physiologiques, des organes excréteurs et phagocytaires. Aussi, renvoyant à ces divers mémoires pour trouver d'amples détails sur ces questions, me bornerai- je à donner succinctement la technique que j'ai utilisée pour rechercher les organes globuligènes, les éléments phagocytaires et les néphro -phagocytes des Crustacés supérieurs.
Afin de mettre en évidence les organes globuligènes, aucun indice, aucun fait général ne pouvant guider les recherches vers telle ou telle région du corps, je me suis astreint, malgré le ternies
ORGANKS EXCRETEURS DES CRUSTACES 5
et la patience néoessaires pour un tel travail, à couper, en séries rigoureusement complètes, le corps entier de divers types de Crustacés. Les individus étaient naturellement choisis d'aussi petite taille que possible et les coupes effectuées, non seulement dans le sens transversal, mais aussi dans le sens longitudinal. Des coupes frontales me furent même indispensables pour découvrir certains organes globuligènes. Sur de semblables préparations microscopiques effectuées suivant les indications de la technique moderne, après une simple coloration à Thématoxyline, le noyau des cellules lymphoïdes ainsi que leur cytoplasme gardent ce colorant avec une telle énergie que, lorsque tous les autres tissus sont presque décolorés, à part quelques formations glandulaires, eux seuls attirent Tattention. Ainsi mis en évidence, la nature lymphoïde de ces organes se reconnaît, sur de fines préparations, en comparant les cellules constitutives avec les jeunes globides sanguins, en y recherchant des cellules en voie de division indirecte et en constatant Texistence de quelques-uns de ces éléments en voie de quitter les formations globuligènes qui leur ont donné naissance. Il est à remarquer que, suivant les individus, ce tissu lymphoïde est plus ou moins abondant et par conséquent plus ou moins facile à mettre en évidence. H est aussi plus ou moins commode de trouver des mitoses dans ces organes, fait qui correspond naturellement à l'activité physiologique des formations globuligènes au moment de la fixation.
Les éléments phagocytaires sont décelés expérimentalement. Si on introduit, dans la cavité générale, un liquide tenant en suspension des particules solides (x>oudre de carmin, encre de Chine, grains de tournesol, bactéries), les cellules phagocytaires s'emparent de ces substances et, de ce fait, sont décelées. J'emploie de préférence l'encre de Chine, qui se mêle facilement au sang et ne produit pas d'embolie, comme le fait a lieu avec le carmin.
Les néphro-phagocytes sont mis en évidence par l'injection d'un mélange d'encre de Chine et d'une solution de carminate
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d'ammoniaque. Ils éliminent ces deux réacti&, qui, fait précieux, peuvent, sur des coupes, se retrouver dans le corps cellulaire. Les injections sont effectuées à Taide d'un petit tube de verre efUé ; elles se font de préférence dans le sinus péricardique.
Les néphro-phagocytes et les organes phagocytaires peuvent être étudiés directement sur des animaux vivants, lorsque ceux-ci sont de petite taille et possèdent un corps transparent. Dans le même but, on peut utiliser des dissections ou encore fixer des animaux en masse et les rendre transparents par un procédé d'éclaircissement quelconque. Des coupes sont toujours nécessaires pour étudier les caractères de ces cellules et leurs rapports* J'ai recherché les formes phagocytaires des globules sanguins sur des coupes d'individus injectés à l'encre de Chine, ou mieux, quand il était possible, en faisant des préparations de sang par fixation directe et coloration sur lame ou encore en employant l'excellent procédé du collodionnage des cellules de Begâud (1904).
Les fixations ont été effectuées par injection des réactifs dans la cavité générale et immersion dans le même liquide fixateur. Dans ce but, j'ai utilisé la solution chaude et saturée de sublimé acétique à 2 %, le liquide de Boum et, pour les petites pièces, le liquide de Flbmbong. Les coupes ont été faites à la paraffine et au collodion. Les colorations consécutives étaient appropriées à la nature des fixations.
Ce travail est le fruit de trois années de recherches, il a été effectué, en grande partie, au laboratoire d'Histoire naturelle de l'Ecole de pharmacie de Nancy, mais j'ai étudié les types marins à la station zoologique de Eoscoff, à l'Institut zoologique de Kiel et à la station de recherches biologiques (Vivarium) du Prater, à Vienne. J'ai aussi reçu des envois d'animaux vivants du laboratoire Lacaze-Duthiers, d'animaux injectés et fixés, de la station zoologique de Trieste et de Monaco. A Boscoff, à Kiel et à Vienne, j'ai trouvé le même accueil sympathique et toutes les facilités me furent accordées pour opérer mes recherches. Aussi suis-je heureux de pouvoir témoigner ici ma
ORGANES EXCRETEURS DES CRUSTACES 7
reconnaissance à MM. les professeurs Delage, de Paris, Bbanbt et MÈVES, de Kiel, Hatsghek, de Vienne, ainsi qu'à M. le Privat-docent PsziBBàM, directeur et propriétaire de la station biologique du Prater.
J'adresse aussi mes vifs remerciements à M. le professeur CoBi, de Trieste, et à mon ami/ le docteur Allemandet, ingénieur-chimiste au Musée océanographique de Monaco, pour les précieux envois de StomaiK)des, qu'à diverses reprises, ils me firent parvenir.
IIL DESCRIPTIONS
Leptoftraoés.
Mes expériences concernant ce groupe ont été effectuées avec une seule esi>èce commune à Eoscoff :
Nebalia Oeoffroyi M. Bdw (1),
que Ton trouve facilement, à marée basse, sous de grosses pierres, au milieu de détritus organiques en voie de décomposition.
A l'aide de la méthode des injections physiologiques d'encre de Chine dans la cavité générale, j'ai reconnu que, dans cette espèce, la fonction phagocytaire s'opère par :
10 Les globules sanguins ; 2^ Les néphro'phagooytes.
P Globules sanguins.
Aucun auteur, à ma connaissance, n'a effectué de recherches concernant le sang de la Nébalie, et je n'en puis dire aussi que peu de choses. Ces Crustacés, de très petite taille, ne se trouvent jamais en assez grand nombre pour qu'on puisse recueillir du sang et faire l'étude des globules. Cependant, sur des couper, j'ai trouvé plusieurs formes de globules sanguins.
« (I) MlLint-KoWARDS. Midoke mUurelU de$ Cruêtat/ê, tome HT, Paria, 1840.
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Les uns (pi. I, flg. 1, a) sont de petite taille et mesurent environ 6 jx de diamètre ; ils sont peu nombreux, de forme assez régulièrement sphérique et à protoplasme se colorant très intensivement, le noyau remplit presque tout le corps cellulaire : ce sont de jeunes globules sanguins. H existe, à côté de ceux-ci, d'autres globules (flg. 1, d), plus nombreux, d'une grande taille pouvant atteindre 10 jx de diamètre ; ils sont de forme plus ou moins ovoïde et les noyaux présentent sensiblement la même dimension que les noyaux des jeunes globules, mais souvent ils sont profondément déformés ; le cori» cellulaire est bourré de granulations éosinophiles : ce sont des globules adultes. On peut trouver facilement une série de formes intermédiaires (flg. 1, h) entre les deux sortes de globules sanguins dont je viens de signaler l'existence : ce sont des globules en voie d'évolution.
Lorsque les iN^ébàlies ont été injectées avec de l'encre de Chine, les particules de cette dernière se retrouvent surtout dans les globules en voie d'évolution et, en très petite quantité, dans les globules adultes. Ce sont donc surtout les premiers qui sont phagocytaires, les seconds se montrent peu doués de cette propriété, s'ils la possèdent toutefois, car il n'est pas impossible que les globules n'ayant phagocyté qu'une petite quantité d'encre de Ohine, puissent continuer leur évolution et parvenir à l'état adulte.
J'ai recherché quelle était l'origine des jeunes globules sanguins. Je n'ai pas rencontré de globules circulant en voie de division indirecte, mais seulement un globule évoluant (flg. 1, c) qui présentait une flgure d'amitose. Je n'ai pas davantage trouvé d'organe globuligène sur des coupes rigoureusement, sériées. Et Claus (1889), dans son excellente étude monographique de la Nébalie, ne signale aucun amas cellulaire pouvant être considéré comme un organe globuligène. Mais, puisque ce dernier semble manquer, on peut penser, pour des raisons d'analogie, que les globules sanguins de la Nébalie se reproduisent i>ar mitose de jeunes globules circulants cx)mme le fait est bien
connu en ce qui concerne les Aranéides, les Insectes et les Diplopodes, par exemple.
2 NÉPHEO-PHAGOOTTES.
L'encre de Chine injectée dans la cavité générale d'une Kébalie s'élimine, non seulement par les globules sanguins, mais aussi par des cellules conjonctives fixes, comme je l'ai déjà rapporté (1907 h).
Ces cellules sont de petite taille, de forme plus ou moins ovoïde ; vivantes, elles mesurent de 15 à 25 (x suivant leur plus grand diamètre. Après injection d'encre de Chine, celle-ci se retrouve dans le cori» cellulaire sous forme de très fines granulations uniformément répandues, laissant au centre une tache claire occupée par un gros noyau de forme sphérique ou ovoïde mesurant environ 10 (i de diamètre. Après injection de carminate d'ammoniaque, ce liquide s'élimine aussi par les mêmes cellules et le réactif se retrouve sous forme de petites sphérules roses paiement répandues dans le cytoplasme. Ces cellules sont donc des néphro-phagocytes.
Clatjs n'a pas signalé l'existence de ces éléments, bien que, dans un chapitre spécial, il ait étudié, au double {K)int de vue histologique et physiologique, le tissu conjonctif de ces Crustacés.
Après avoir phagocyté Tencre, les néphro-phagocytes sont colorés en noir ; ce fait permet facilement de les mettre en évidence, surtout chez de jeunes animaux particulièrement transparents comme ceux qui, par exemple, séjournent quelque temps dans les aquariums.
Ces Crustacés vivants laissent, par ce procédé, reconnaître Texistence de cellules phagocytaires localisées surtout dans les régions antérieure et iKWtérieure du corps.
Dans la région antérieure, il existe deux amas formés de cellules nettement isolées les unes des autres. Ces amas, bien visibles sur un individu couché sur le côté, sont disposés dans la région céphalique. Le premier (pi. I, fig. 2, np), plus anté-
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rieur, moins important par le nombre des éléments constitutifs, est situé au-dessus du saccule du rein antennaire ; le deuxième (fig. 3, np), passant sur le tube digestif, est placé au-dessus de la région d'insertion du muscle du test sur la carapace.
Dans la région postérieure du corps (fig. 4, np), on remarque, dans le dernier anneau abdominal, deux amas importants de néphro-phagocytes. Ces amas sont dorsaux, de forme ovoïde plus ou moins régulière ; ils sont disposés symétriquement de chaque côté du tube digestif, le long des masses adipeuses qui le bordent, s'étendant presque dans toute la hauteur de Tanneau. Ces deux amas sont particulièrement remarquables par la couleur noire très foncée qu'ils prennent après une injection d'encre de Chine, fait dû à ce que les cellules constitutives sont ici accolées les unes aux autres, formant ainsi une sorte d'organe. Au premier examen, ce sont ces amas de néphro-phagocytes qui attirent l'attention.
n est plus difficile d'apercevoir quelques néphro-phagocytes contenus dans le thorax (fig. 6, np) et la portion abdominale antérieure. Cependant on peut en reconnaître, chez certains individus dont les téguments sont bien transparents, dans la région péricardique, à la base des pattes lamelleuses et des quatre premières paires de pléopodes. Us forment, dans ces régions, un superbe revêtement plus ou moins complet aux muscles destinés à faire mouvoir ces api>endices.
On peut étudier les relations de ces néphro-phagocytes sur des coupes transversales. Sur une coupe (fig. 2) passant dans la région où l'oBSophage débouche dans l'estomac, on reconnaît que le petit amas antérieur de néphro-phagocytes, np, est formé par des cellules doublant l'épithélium du corps dans le voisinage du point d'insertion de la carapace. Elles sont disposées ainsi à la face externe d'un important sinus sanguin dont la face interne est formée par des muscles antennaires.
Des coupes (fig. 3) passant au niveau de l'insertion des maxilles de la deuxième paire montrent que les cellules, np, de l'amas postérieur, le plus important, sont répandues sur les deux faces
ORGANES EXCRÉTEURS DES CRUSTACÉS ii
des portions hautes des musdes des maxilles, ainsi que sous répithélium avoisinant la région d'insertion supérieure de ces muscles.
Des coupes transversales (flg. 6) effectuées dans la région thoracique laissent reconnaître des néphro-phagocytes péricardiaux couchés sur le péricarde et sur les fibrilles qui relient le cœur à cette membrane. Glaus (1889) a dessiné sur ces fibrilles des noyaux qui ne sont autres que les noyaux des néphro-phagocytes. Ces cellules péricardiales se rencontrent dans toute rétendue du sinus i)éricardique. De plus, on retrouve des cellules isolées ou réunies en i>etits groux>e8 attachés aux muscles des pattes lamelleuses.
Dans la région abdominale antérieure, comme Texamen par transparence le laissait reconnaître, ces mêmes cellules sont accolées aux muscles des quatre premières paires de pléopodes. Ces néphro-phagocytes sont manifestement disposés suivant le trajet du courant sanguin.
Enfin, dans le dernier anneau abdominal, où se trouvent les amas les plus importants de néphro-phagocytes, des coupes transversales (fig. 6), montrent ces éléments, np, accolés latéralement, sous une faible épaisseur, à la face inférieure de répithélium de la paroi dorsale. Us sont maintenus en place par quelques rares fibrilles et reposent sur la face externe des muscles dorsaux. Ces néphro-phagocytes laissent entre eux quelques lacunes traversées par le sang quittant Taorte postérieure pour passer dans le sinus veineux ventral. (Voir le dessin de la circulation donné par Olaub).
En résumé, les néphro-phagocytes de la Nébalie sont concentrés en amas importants dans la région dorsale du dernier anneau abdominal, ot ils sont disposés entre Tépithélium tégumentaire et les muscles dorsaux. Il existe, de plus, des néphrophagocytes, plus ou moins épars, répandus dans la tête, audessus des reins antennaires, sous Tépithélium du corps ; il en existe encore dans la région d'insertion du muscle du test, autour des deux faces des faisceaux musculaires des maxilles.
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Indépendamment des népbro-phagocytes péricardiques, dans la région thoracique et dans la région abdominale antérieure, on retrouve de ces éléments, formant un revêtement aux muscles moteurs des pattes lamelleuses et des 'quatre premières paires de pléopodes.
Amphipodes.
J'ai effectué des recherches concernant la phagocytose chez les Amphipodes normaux (Orevettines ou G^mmarides) et les Amphipodes aberrants (Lémodipodes ou Gaprellides). J'exiMiserai séparément les résultats fournis, dans chacun de ces groux>es, par la méthode des injections physiologiques.
Oammaiidai.
J'ai expérimenté avec deux espèces (1) de Commandes, la première est une forme d'eau douce commune dans les mares des environs de Nancy :
Qammarus pulex L.
La seconde est une forme marine que l'on trouve en abondance, sur la plage de Eoscoff :
Talitrus saUator Mont. (TalUrus locusta Latreille).
Des recherches concernant la phagocytose chez les Amphipodes ont déjà été effectuées, chez le Talitre, par Kowalevsky (1894). Ayant étudié la même question que ce savant, je suis arrivé à d'autres résultats ; je rapporterai donc, avant ma descrix>tion, le texte même de son mémoire.
Le Talitre « possède un véritable tissu adipeux correspondant à celui des Insectes. Ce tissu est assez développé et n'est pas uniforme partout, au contraire, on trouve une assez grande différence dans diverses parties du corps, mais, en général, il consiste en deux sortes de cellules : 1^ des cellules adix^uses proprement dites, qui contiennent une très grande quantité de graisse entourée par un protoplasma plus ou moins abondant ;
(1) Bas Tierrelch. 21 Liefenmg. Amphipoda, I. Gammaridea. Berlin, 1906.
ORGANES EXCRÉTEURS DES CRUSTACÉS i3
le noyau se trouve pressé entre les limites de la cellule et la goutte graisseuse centrale ; 2^ de petites cellules localisées en différents endroits du tissu adipeux, isolées ou groupées; ces petites ceUules ne contiennent pas de corpuscules graisseux, elles sont phagocytaires, absorbent les bactéries et les corps solides qui sont introduits dans l'organisme, elles représentent par conséquent les véritables cellules lymphatiques des Amphipodes. Leur grandeur correspond complètement aux amibocytes. Les bactéries de Tanthrax ou de la tuberculose que j'introduis dans le corps du Talitre sont toujours absorbées par ces cellules ».
Je n'ai pas retrouvé les deux sortes de cellules qui, d'après KowALEVSKY, entreraient dans la constitution du tissu conjonctif . Ce dernier est seulement formé par la réunion de grosses cellules adipeuses. Quant aux petites cellules lymphatiques phagocytaires décrites par l'auteur, ce sont de véritables globules sanguins, ou même, peut-être, les cellules phagocytaires hépatiques dont Kowamîvsky aurait méconnu les relations. Cette erreur d'interprétation ][K)urrait se comprendre en examinant la figure 10 où, précisément, chez le Talitre, les cœcums hépatiques, comme le tube digestif et les organes génitaux, sont plus ou moins complètement noyés dans le tissu adipeux.
En recherchant les néphrocytes des Commandes, indépendamment des néphrocytes céphàliques, dis{K)sés en deux amas symétriques à la base des antennes de la première paire, et des néphrocytes branchiaux formant un revêtement grossier aux vaisseaux péricardiques, j'avais, à la suite de Kowalevsky, reconnu également le rôle excréteur d'éléments auxquels j'ai donné le nom de néphrocytes péricardiaux.
Ces néphrocytes, qui éliminent les liquides injectés dans l'organisme, éliminent aussi l'encre de Chine, et bien que signalant cette dernière particularité qui les différencie des vrais néphrocytes, je n'avais pas créé de classe spéciale pour ces éléments, lesquels sont analogues aux néphro-phagocytes des autres Crustacés. En étudiant ces néphro-phagocytes, j'ai découvert.
44 L. BRUNTZ
chez les Gk^mmarides, trois sortes de cellules phagocytairee dont j'ai déjà signalé l'existence (1904).
La phagocytose, chez les Gk^mmarides, s'effectue par :
P Un organe phagocjftaire hépatique ; 2P Les globules sanguins ; 30 Les néphro'phagooytes.
10 ORGÂNB PHAGOOYTAnUB HÉPATIQUE.
Après une injection d'encre de Chine dans la cavité générale d'un Talitre ou d'un Gammarus, ce réactif est en majeure partie éliminé par des cellules fixes dont l'ensemble constittie l'organe phagocytaire.
Ce dernier est très facile à mettre en évidence sur une dissection effectuée par la face ventrale (pi. I; flg. 7, op). Après avoir simplement rejeté les téguments, on aperçoit la face inférieure des csBCums hépatiques couverte, comme le montre la figure, par un superbe réseau noir formé de nombreuses arborisations chevauchant souvent sur deux tubes hépatiques à la fois. En soulevant la masse du foie, on constate que la face dorsale ne supporte que peu ou pas trace de ce réseau coloré.
En examinant, à un fort grossissement, un tube de foie détaché (fig. 8), on remarque que le réseau coloré est formé par un chapelet de cellules ayant phagocyté les particules d'encre de Chine. Ces cellules suivent, comme il est facile de s'en assurer en injectant le système artériel, les dernières ramifications des trois paires d'artères hépatiques décrites, chez le Talitre, par Schneider (1898). Ces cellules sont le plus souvent isolées les unes des autres, elles sont accolées à la face externe de la tunique des artérioles suivant deux lignes parallèles qui dessinent ainsi les fines branches artérielles.
L'ensemble des cellules phagocytaires constitue un puissant organe de défense comparable, comme disposition et comme structure, à l'organe phagocytaire des DécaxK>des décrit récemment par CuÉNOT (1905). Aussi y a-t-il lieu de donner également
le nom d'artères hépatico-phagocytaires aux artères hépatiques
de SCHNEIDEIL
Les cellides phagocyta res (fig. 8, cp) sont de grandes cellules de forme ovoïde qui, vivantes, mesurent, suivant leur plus grand diamètre, de 25 à 45 (x.. Elles xK>ssèdent une mince membrane et un protoplasma grossièrement granuleux et vacuolaire. Après injection d'encre de Chine, le corx>s cellulaire est complètement bourré d'encre dont les particules se déxK>sent, entre les vacuoles, soit sous forme de fines granulations, soit sous forme d'amas de taille et de forme variables.
Les noyaux des cellules vivantes ne sont pas visibles, mais, sur des coupes, on reconnaît que chaque cellule possède un ou deux noyaux de forme sphérique ou ovoïde mesurant de 6 à 8 (A de diamètre.
J'ai constaté que ces cellules éliminent de l'organisme les bactéries du Charbon et les grains de tournesol d'orcine (de M. DE LuTNSS) (1) dont les particules se colorent en rose, ce qui indique une réaction faiblement acide.
Des coupes transversales des csecums hépatiques (fig. 9) et du corx>8 (fig. 10) montrent les relations des cellules phagocytaires. Accolées aux artérioles, elles sont couchées contre les fibrilles de la tunique musculaire des tubes hépatiques. Dans le corps, elles se montrent contractant des relations de voisinage avec les masses adipeuses de la face ventrale.
n semble que les cellules de l'organe phagocytaire des Qam* marides oat été déjà ai>erçues par divers auteurs s'étant occui>és de l'étude histologique du foie.
WsBEB (1880) reconnaît trois tuniques à chaque tube hépatique, une tunique externe « séreuse en réseau » déjà entrevue par JjJL Yausttb-Saint-Oeobgb (1857) chez le Oammarus puteanus, une tunique moyenne formant également un réseau c tunique musculaire » et enfin une tunique interne <c tunique propre », membrane basale sur laquelle repose l'épithélium
1) Ce rtectif, dont la prépaifttion est longue et difficUe, m'* été obUgeamment fourni par M. le proleMeiir GvAinr.
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glandulaire. C'est la tunique séreuse en réseau de Wbbeb, qui, ainsi que l'indique sa description (page 425) et son dessin (planche XXX VUE, flg. 1), semble correspondre en partie à l'organe phagocytaire que j'ai découvert. H décrit la tunique séreuse : « comme présentant un grand développement, elle est la continuation du tissu adipeux qui enveloppe Textrémîté des tubes hépatiques en s'avançant vers Textrémité antâîeure du cori>s. La séreuse est en relation directement avec chaque tube hépatique, avec le tube digestif et avec les bandes de tissu adipeux, elle réunit aussi les tubes hépatiques entre eux. » Quant à son rôle, Tauteur ajoute que la séreuse en réseau est « pour les organes de la cavité du corps, un moyen de soutien et de réunion ressemblant à un mésentère ». Mais il pense, de plus, qu'il peut s'y déposer de la graisse et des substances d'excrétion, qu'elle est, comme dit Weber, une a chemische Werkstatt ».
2 Globules sanguins.
Le sang des Amphipodes a été étudié d'abord par Cuénot (1891) et ensuite par Della Yalle (1898).
Le premier auteur est bref ; le sang renferme : a comme d'habitude de petits amibocytes parfaitement normaux, peu amiboïdes, à granules verdàtres très nets ». Le second signale « des corpuscules sanguins peu abondants, de formes diftérentes, mais généralement allongés et uniformes ».
Le sang du Talitre est un liquide incolore qui renferme de nombreux globules dont il est facile, soit sur le frais, soit sur des préparations fixées, de distinguer deux sortes. Les uns (pi. II, fig. 14, a), peu nombreux, sont de petite taille, et mesurent vivants environ 18 jx de diamètre. Le cytoplasme, x>^u abondant, est dense et se colore avec beaucoup d'énergie ; les noyaux sont relativement gros, de forme sphérique, et mesurent environ 8 (a de diamètre. Les autres (fig. 14, o), plus nombreux, sont de grande taille, et peuvent atteindre 20 (a de diamètre ; le cytoplasme est bourré de nombreuses et petites granulations
acidophUes qui permettent cependant toajours d'apercevoir un gros noyau véûculaire plus ou moins déformé et mesurant au plus 10 (A de diamètre.
Entre ces deux sortes de globules on peut en découvrir d'autres (flg. 14, h), qui manifestement sont des termes de passage entre les premiers. De leur existence, on peut conclure que les diverses formes de globules sanguins représentent les stades d'évolution d'une même espèce. Les premiers sont de jeunes globules sanguins, les seconds, des globules adultes. Quant aux derniers, ce sont des globules en voie d'évolution.
Après une injection d'encre de Chine, on retrouve les particules solides en très petite quantité dans quelques globules sanguins adultes, tandis que les globules évoluants en contiennent presque tous, ce sont donc surtout ces derniers qui jouent un rôle dans la phagocytose.
Origine des globules sa/nguins. — Les globules sanguins des Gkkmmarides adultes se multiplient, comme j'ai déjà eu l'occasion de le montrer (1906 a) par division directe et indirecte des globules circulants. De plus, ils naissent, en majeure partie, dans un organe globuligène dont j'ai récemment signalé la présence (1906 h).
Sur des préparations de sang, on retrouve, avec beaucoup de difficultés, un petit nombre de jeunes globules sanguins (fig. 14, d) en voie de division indirecte tandis qu'il n'est pas rare de rencontrer des globules évoluants (fig. 15) en voie de division directe. Néanmoins ces divisions directes et indirectes de globules circulants sont assez rares pour devoir être considérées comme un procédé accessoire de multiplication des globules sanguins.
L'organe globuligène des Gammarides (pi. I, flg. 11, og) est formé par une mince lame de tissu lymphoïde disposée dans la partie antérieure et dorsale de la tête. Pour apercevoir cet organe il est plus commode d'utiliser des coupes sériées parallèles à un plan tangent à la surface dorsale (coupes frontales). Et c'est pour avoir primitivement recherché les formations lymphoïdes sur des coupes transversales que, ne les ayant pas aperçues,
Âhcm, Dx zooL. ixp. iT oÉK. — 4* fàwoM, T. yii. — (i) a
j'avais d'abord pensé que les Gammarides étaient privée d'organe globuligène. Les globules sanguins devaient donc surtout se multiplier par mitose des jeunes globules circulants et comme on ne trouvait qu'un petit nombre de ces dernières, j'avais conclu que, probablement, cette régénération s'effectuait périodiquement et en grande masse.
Le tissu lymphoïde constituant l'organe globuligène remplit l'angle dièdre formé par le bord antérieur de la tête (1).
n s'étend (fig. 11) dans la partie médiane de cette partie du corps, entre les deux yeux, au-dessus du point d'insertion des antennes de la première paire. L'organe globuligène ^t ainsi en contact, par sa partie antérieure, avec l'épiderme des téguments, par sa partie postérieure, avec une masse importante de tissu conjonctif adipeux accompagné de cellules glandulaires.
Si on tient compte de la faible épaisseur présentée par le tissu lymphoïde dans sa région centrale, comparativement au développement qu'il prend latéralement, on pourra conclure que, comme chez les Caprellides, il existe, chez les Gammarides, deux organes globuligènes disposés symétriquement et se fusionnant dans la région médiane de la tête.
Le tissu lymphoïde (pi. I, fig. 12) est formé par de petites cellules de forme ovoïde plus ou moins allongées. Dans les régions les plus denses de l'organe, ces cellules sont légèrement déformées par pression réciproque, mais souvent aussi il existe, entre ces cellules, des lacunes dans lesquelles le sang peut circuler. Les cellules constitutives mesurent de 10 à 15 jx de diamètre dans leur plus grande longueur, le cytoplasme est dense et se colore très fortement. Les noyaux sont de forme sphérique ou ovoïde, ils mesurent environ 8 (/. de diamètre et se colorent très énergiquement.
Ces cellules, qui présentent tous les caractères des jeunes cellules, se montrent souvent en voie de division indirecte.
(1) Voir la ûgwe 21, planche VUI de mon travail sur l'excrétion, où l'organe globuligène est représenté sur une coupe sagittale, alors que Je n'en avais pas encore reconnu la véritable nature lymphûlde.
ORGANES EXCRETEURS DES CRUSTACES iô
Les cellules lymphoïdes sont maintenues en place par des cellules épithéliales modifiées, lesquelles s'allongent et traversent obliquement l'angle dièdre formant la région frontale ; il existe aussi d'autres fibres de soutien en continuité avec le tissu adipeux.
On constate facilement la présence de jeunes globules sanguins entridnés par le sang veineux, qui s'échappent de ces formations lymphoïdes pour tomber dans la cavité générale, oil ils poursuivent leur évolution.
Della Valle (1898), dans un paragraphe spécial intitulé : « Organes frontaux », a étudié, chez les Gammarides, surtout chez Leucothoe, des formations qu'il rapporte « ne pas ressembler à des glandules, mais qui font l'impression d'yeux rudimentaires ». L'auteur x)«nse que ces organes peuvent être homologués aux Mandes frontales décrites par Mater (1882) chez les Gaprellides, bien que cei>endant « il existe beaucoup d'obstacles à les considérer comme telles ». A en juger par la description donnée par Della Yaujs, mais surtout comme il apparaît clairement à l'examen de ses dessins (t. 46, fig. 11, 12, 13 ; t. 54, flg. 6 et 7 de son travail), ces « organes frontaux » ne correspondent pas aux organes globuligènes que je viens de décrire, alors que, comme je le dirai plus loin, les glandes frontales des Gaprellides correspondent en partie aux organes globuligènes de ces Crustacés.
3P NÉPHEO-PHAGOCYTES.
L'anatomie du cœur des Amphipodes est bien connue depuis les travaux de Delage (1881) ; sa structure histologique l'est moins. Cette dernière a été étudiée par P. Mayee (1882) et plus récemment par Della Valle (1898), lequel mentionne la présence d'un endothélium interne. Cependant Bebgh (1902), bien que n'ayant étudié que la structure du cœur de l'Ecrevisse, pense que chez tous les Arthropodes il n'existe pas d'endothélium interne. Plus récemment, Oadzieiewicz (1904) décrit.
àÔ L. BRÛNT2
dans le cœur du Qammarus, des corpuscules sanguins formant un « pseudoépithélium ».
Des préparations histologiques laissent reconnaître que la paroi du cœur est formée uniquement de fibres musculaires circulaires disposées parallèlement les unes aux autres et inclinées sur Taxe du tube dorsal. Le cœur est maintenu en place dans le sinus péricardial, par l'intermédiaire de fines fibrilles conjonctives qui vont s'attacher à Tépithélium de la paroi dorsale, aux muscles dorsaux, au septum péricardial ou au tissu conjonctif adipeux qui le recouve. Les parois internes et externes du cœur, ainsi que les fibres de soutien, supportent de grosses cellules glandulaires, ce sont les néphro -phagocytes.
Ces cellules ont été découvertes par Cuénot (1891), mais c'est KowALEVSKY (1894) qui a mis en évidence leur rôle excréteur, lequel du reste ne fut pas mentionné à nouveau par KouLWEETZ (1899) dans un travail concernant l'excrétion chez les Amphipodes.
KowALEVSKY rapporte que si les cellules péricardiales éliminent le carminate injecté, elles n'absorbent ni l'encre de Chine, ni les bactéries introduites dans la cavité générale. Mais, à deux reprises (1908, 1904), j'ai eu l'occasion de signaler le double rôle excréteur et phagocy taire de ces cellules dont j'ai, du reste, déjà donné une description. Je me borne à rappeler ici leur existence et à compléter quelques points de détail.
Chez le Talitre, ces néphro -phagocytes (pi. II, fig. 16) vivants sont de grosses cellules de forme ovoïde quelquefois légèrement déformées par pression réciproque ; elles mesurent, suivant leur diamètre, de 25 à 30 (x. Ces cellules sont limitées par une membrane dont on distingue quelquefois parfaitement le double contour. Le corps cellulaire se montre formé par une accumulation de grosses vacuoles ou boules incolores, réfringentes sans qu'il reste trace de cytoplasme. Après injection de carminate d'ammoniaque, ce sont ces vacuoles ou boules qui se colorent en rose pâle. Le noyau vésiculeux est gros et mesure environ 12 {x de diamètre.
Après injection d'encre de Chine, les particules de cette derûière se retrouvent, dans l'intérieur des cellules, sous forme de fines granulations qui se disposent autour des boules, cependant quelquefois l'encre se retrouve aussi sous forme de gros amas de granulations.
Les cellules péricardiales jouent-elles un rôle phagocytaire vis-à-vis des bactéries î Si j'ai pu mettre en évidence la présence de bactéries du Charbon phagocytées dans les globules sanguins et les cellules de l'organe phagocytaire, je n'ai pas pu reconnsrïtre, chez les mêmes individus, la présence de bactéries dans les néphro -phagocytes, car les boules si abondantes du corps cellulaire prenaient, plus électivement que les bactéries, les colorants utilisés en technique bactériologique. Mais, chez un Talitre, dont les fibres cardiaques étaient naturellement parasitées par une Microsporidie, dont Mercier (1906) a étudié le cycle évolutif et rattaché au genre Thelohaniay j'ai constaté la présence de spores dans les néphro-phagocytes péricardiaux. Ce fait démontre bien le rôle véritablement défensif joué par ces éléments dans l'organisme.
Les néphro-phagocytes forment des plages qui recouvrent la face interne et la face externe du cœur ; ils sont plus abondants sur cette dernière ôt spécialement di8po8é>H, ainsi que l'indique la figure 17, sur la région du sarcoplasme des fibres musculaires, de telle sorte que, vu de face, le cœur apparaît formé par des bandes de substance striée alternant avec des plages de néphrophagocytes.
Les néphro-phagocytes péricardiaux (pi. I, fig. 10, fig. 13, np ; pi. II, fig. 17, np) sont encore disposés en grappes sur les fibrilles conjonctives de soutien du cœur; là, ils sont plus nombreux chez le Gammarus que chez le Talitre. Dans cette première espèce il peut en exister même d'accolés à la paroi dorsale du sinus péricardique.
La figure 13 montre, sur une coupe transversale, à un fort grossissement, les rapports de« néphro-phagocytes avec les fibres cardiaques, les fibres conjonctives et le septum péricardique.
22 L. BRUNTZ
Capréllidef.
Mes expériences concernant la phagocytose chez les Caprellides ont été effectuées à l'aide d'une seule espèce (1), se prêtant particulièrement à cause de sa grande taille, aux expériences d'injections physiologiques :
Protella ph(Mina Sp. Bâte.
C'est à la station maritime de Roscoff que j'ai pu me procurer quelques exemplaires de cette espèce.
Les injections physiologiques d'encre de Chine sont assex difficiles à effectuer dans le corps filiforme de ces Crustacés, j'ai cependant pu constater que la phagocytose s'opérait par :
l^' Les globules sanguins ; 2P Les néphro'phagodytes.
10 Olobules sanguins.
Mayer (1882) et d'autres auteurs plus anciens ont signalé dans le sang, mais sans les étudier, de nombreux globules en forme de fuseaux.
Il est difficile, sinon impossible, d'obtenir, chez des animaux aussi petits que les Caprellides, suffisamment de sang x)Our en faire des préparations microscopiques. Aussi me suis-je borné à reconnaître, sur des coupes de Protelles injectées, quelles sont les formes de globules sanguins douées de la propriété phagocytaire.
J'ai constaté l'existence de petits globules sanguins (pi. H, fig. 19, gs) de forme sphérique, mesurant de 4 à 6 jx, et dont le cytoplasme dense se colore très intensivement ; les noyaux relativement gros, se colorent aussi très fortement ; ce sont de jeunes globules sanguins.
A côté de ces derniers, il en existe d'autres (pi. III ; fig. 26, d), plus nombreux, mesurant environ 10 (^ de diamètre et carac-
(1) Dblla Vallb. OMimutfini del GoUo di NapoU. (Fauna und Flora det Oolfe$ von N§mpêt XX Monographie, Bcriln. UM.)
ORGANES EXCRÉTEURS DES CRUSTACES 23
térisés par leur corx)s cellulaire bourré de grosses granulations acidophiles ; les noyaux cellulaires sont petits, ils mesurent de 3 à 4 (A de diamètre et sont généralement de forme sphérique ou ovoïde, mais quelquefois ils sont très déformés ; ce sont des globules adultes.
Entre les globules jeunes et les globules adultes, il existe des formes de globules intermédiaires (ôg. 26, b), surtout caractérisées, après traitement à Téosine, par la coloration rose qu'elles présentent, coloration bien moins foncée que celle prise par les globules adultes; ces éléments sont des globules sanguins en voie d'évolution.
Les particules d'encre de Chine phagocytées se retrouvent en très petite quantité sous forme d'une ou quelques petites granulations noires dans les globules adultes, tandis que les globules en voie d'évolution en renferment toujours une quantité plus considérable, ce sont donc ces derniers qui jouent plus spécialement un rôle dans la phagocytose.
Origine des globules sanguins. — Sur des coupes, j'ai reconnu que les globules sanguins des Protelles adultes tiraient leur origine d'organes globuligènes dont j'ai mentionné l'existence (1906 c). Accessoirement, comme j'ai pu le constater une seule fois, de jeunes globules circulants se régénèrent par mitose (pi. m, fig. 26, a), mais les globules évoluants montrant sur coupes, des figures d'amitose (fig. 26 c) ne sont pas très rares.
Chez la Protelle; les organes globuligènes (pi. II, fig. 18, og) sont au nombre de deux ; ils sont disposés symétriquement dans la partie antérieure et supérieure de la tête et peuvent être facilement décelés sur des coupes transversales.
Ces coupes (fig. 18 et 19) montrent que les organes globuligènes présentent des relations de voisinage avec deux invaginations des t^uments. Ces dernières sont placées en avant et au-dessus des yeux, en arrière des points d'origine des antennes de la première paire. Elles se dirigent obliquement en arrière, vers la face ventrale et vers le plan médian de la tête ; elles sont courtes, plus ou moins renflées en forme de poires, et elles se
24 L. BRUNTZ
rapprochent Tune de l'autre n'étant cependant réunies que par l'intermédiaire de fibres conjonctives.
Les invaginations sont formées .par la chitine et l'épiderme tégumentaire. Mais la chitine apparaît dans ces formations, sous formé de couches chiffonnées, se colorant plus intensivement dans la partie centrale comme le fait se présente souvent pour les couches chitineuses les plus externes.
J'ai pu constater, sur plusieurs préparations, que l'épithéiium des téguments se continuait autour des invaginations de chitine et du moins dans la partie la plus externe, les noyaux cellulaires présentent les mêmes caractères que ceux des cellules épithéliales des téguments.
Plus intérieurement, on rencontre des noyaux moins colorables, de forme sphérique et de taille plus grande ; ce sont ces éléments que Maybe a pu considérer comme des noyaux de cellules glandulaires qui n'existent cependant pas. Ces noyaux semblent être des noyaux différenciés de cellules épidermiques. Du reste, chez les Isopodes, j'ai retrouvé des variations analogues des noyaux des cellules épithéliales à l'extrémité d'invaginations tégumentaires servant de base à des insertions musculaires.
Les invaginations décrites soutiennent, par l'intermédiaire de fibres conjonctives, l'aorte et les ganglions nerveux susoBsophagiens.
Autour de ces invaginations (flg. 19) et supportées également par des fibres conjonctives, on trouve des formations lymphoïdes, lieu d'origine de« globules sanguins des adultes.
Ces organes globuligènes, plus ou moins développés suivant les individus, sont formés par de petites cellules ovoïdes laissant quelquefois entre elles des lacunes dans lesquelles circule le sang. Le cytoplasme est dense et se colore très intensivement, les noyaux de forme sphérique sont relativement gros et présentent également une grande aptitude à se colorer. On rencontre souvent de ces jeunes cellules en voie de division indirecte ; ce fait et la facilité avec laquelle on trouve des
globales sanguins qui s'échappent de ces formations lymphoïdes pour tomber dans la cavité générale, affirment la nature globuligène des organes considérés.
Divers auteurs avaient déjà aperçu les organes globuligènes que je viens de décrire, mais s'étaient mépris sur leur constitution et leur fonction.
C'est Oaicroth (1878) qui, le premier, a signalé, chez les Caprellides (Caprella asquilibra), des organes frontaux qui, d'après cet auteur, affectent la forme de coupe et sont constitués par un groupe de cellules cylindriques. Des ganglions sus-œsophagiens s'échappent de petites fibres nerveuses qui se divisent et contractent des relations avec les cellules des organes frontaux, c'est ce fait qui permit à Gamroth d'émettre l'idée que les organes frontaux étaient peut-être des organes des sens.
Mais Hallee (1880), rapporte n'avoir pas retrouvé, ni chez les CapreUides, ni chez les Glammarides, les organes frontaux décrits par Gamboth. D a cependant aperçu non loin de l'endroit où cet auteur place ces organes, des amas composés de quelques grosses cellules (néphrocytes des amas antennaires). Quant aux fibres nerveuses décrites par Gamboth, ce sont des ligaments conjonctifs accompagnés de cellules pigmentaires.
De nouveau. Mater (1882) retrouve chez tous les Amphipodes (sauf chez les Hypérines) et à la même place, les organes décrits par Gamboth ; il les nomme « glandes frontales ».
Mateb donne une courte description de ces organes : On remarque à chacun d'eux un conduit revêtu de chitine (invagination tégumentaire) et dont la lumière présente successivement des étranglements et des élargissements. J\ débouche sur les téguments et l'ouverture arrondie est généralement dentelée. La glande affecte une forme allongée, elle est plus développée chez les jeunes que chez les adultes et on peut généralement mettre en évidence les cellules glandulaires (cellules épidermiques modifiées), à l'aide de l'acide acétique. Dans sa partie antérieure la glande est recouverte par des cellules arrondies qui ne contractent pas avec elle des relations plus étroites
26 L. BRUNTZ
(cellules lymphoïdes). L'auteur se convainc encore de la nature glandulaire de ces organes par ce fait : après fixation, il remarque un contenu coagulé qui paraît représenter le produit d'activité glandulaire (couches chitineuses centrales se colorant plus énergiquement). Quant aux fibres décrites par les deux auteurs précédents. Mater les retrouve aussi, mais il ne -peut décider si elles sont de nature conjonctive ou nerveuse (fibres conjonctives de soutien des ganglions sus-œsophagiens).
Mayee (1890) ne rapporte rien concernant le rôle de ces prétendues glandes frontales, mais il mentionne, qu'après injection de carmin d'indigo et de carminate d'ammoniaque, ces organes sont restés complètement étrangers à l'élimination de ces réactifs.
2® NÉPHRO-PHàGOCYTES.
Indépendamment des véritables néphrocytes, j'ai découvert (1906 a), chez les Caprellides, des néphro -phagocytes.
Les néphro -phagocytes sont facilement mis en évidence après une injection d'encre de Chine car ils éliminent ce réactif avec une telle énergie que le corps cellulaire, en augmentant de ce fait considérablement de volume, se présente coloré uniformément en noir.
Ces cellides ont une forme ovoïde et sont allongées à deux extrémités opposées ; elles mesurent ainsi 13 (x de longueur. Le noyau cellulaire, sphérique et de petite taiUe, mesure environ 4 |x de diamètre. Après une injection de carminate, ce réactif se retrouve dans le corps cellulaire sous forme de nombreuses petites granulations roses uniformément répandues.
Mayer (1882) n'a pas signalé l'existence de ces éléments ou, s'il les a vus, n'ayant pas utilisé une technique sx>éciale, il les confond avec le tissu conjonctif « qui double l'épithélium des téguments, enveloppe le tube digestif et le foie ». H rapxH)rte simplement que le cœur est « ici et là consolidé par des fibrilles de tissu conjonctif ».
La répartition des néphro-phagocytes peut être facilement
étndiée à la loupe (pi. II, flg. 20, np). On constate qu'ils sont répandus dans toute la région dorsale des sept anneaux thoraciques ; le premier et surtout le dernier en contiennent moins que les autres. Ils forment au tube dorsal un superbe revêtement et le dessinent ainsi dans toute la longueur du corps. Il existe de plus, dans le deuxième anneau quelques-unè de ces éléments placés sur des fibres de soutien. Dans les troisième et quatrième anneaux, on trouve encore quelques néphro-phagocytes qui, se détachant de l'amas péricardique, s'avancent jusqu'à la base d'insertion des lamelles branchiales.
Sur des coui)es on reconnîttt que les néphro-phagocytes sont disx>osés sur les faces latérales du cœur, rarement ils l'entourent complètement. Ces éléments existent aussi couchés sur le septum péricardique, mais seulement dans le voisinage du cœur. Dans les troisième et quatrième anneaux, sur des coupes (fig. 21, np), passant au niveau d'insertion des branchies, on voit le septum péricardique descendre latéralement et aUer s'insérer à la base de la branchie. Dans cette région, il est-maintenu par quelques fibrilles qui s'en détachent et vont, d'un autre côté, s'attacher à l'épithélium de la face ventrale. Le septum, ses fibrilles de soutien, ainsi que des faisceaux musculaires avoisinants sont recouverts de néphro-phagocytes. Enfin, dans le deuxième anneau, on retrouve encore quelques-uns de ces éléments autour de la région d'insertion supérieure des muscles des appendices correspondants à cet anneau.
liopodes.
Mes expériences concernant la phagocytose chez les Isopodes (1) ont été effectuées sur une espèce terrestre :
Oniscus mwroHus Brandt,
et sur des espèces aquatiques, l'une d'eau douce : Asellvs vulgaris Latreille,
(1) C. Spbnoi Batb et J. O. Westwood. A Hittory of th$ Briti9h SestiU, Byed Crutiacea ToLU. LoodOQ. 1818.
28 L. BRUNTZ
et deux autres mannes :
Ligia oceanica Fabr., Ancevs Halidaii Sp. Bâte et Westwood.
J'ai constaté que Tencre de Chine injectée dans la cavité générale s'élimine par :
1^ Les globules sa/nguins ; 2^ Les néphro-phagocytes.
1® Globules sanguins.
Un petit nombre d'auteurs ont étudié le sang des Isopodes.
Delage (1881) représente les globules sanguins de la Lygie et les dit « pourvus d'un protoplasme vert bleuâtre ».
HuET (1888) signale et dessine des globules « à corps cellulaire tantôt hyalin, tantôt légèrement granuleux ».
CuÉNOT (1891) décrit le sang de la Lygie, il y trouve de « nombreux amibocytes remplis des granules réfringents habituels ».
J'ai étudié à l'état frais, les globules sanguins de la Lygie et du Cloporte. J'ai reconnu l'existence de plusieurs formes de globules. Les uns, peu nombreux, sont de petite taille et mesurent environ, chez la Lygie, 13 (x de diamètre. Ils possèdent un cytoplasme très réfringent renfermant au centre un gros noyau vésiculeux sphérique, et occupant presque tout le corps cellulaire ; ce sont de jeunes amibocytes (pi. III, fig. 27, b). Les autres, plus nombreux, sont d'une taille plus grande et peuvent atteindre 16 (x de diamètre. Le corps cellulaire est rempli de nombreuses granulations de couleur verdâtre, qui, sur de« préparations fixées, se colorent vivement en rose par l'éosine ; ce sont das globules adultes (fig. 27, e).
Il existe de nombreuses formes intermédiaires entre les deux sortas de globules décrites, ce sont des globules en voie d'évolution (fig. 22, c)
Après injection d'encre de Chine, les globules sanguins capturent les particules de cette dernière comme Martinov (1896)
et KouLWiBTz (1899) l'ont déjà rapporté. Mais ces auteurs ne se sont pas préoccupés de rechercher quelles étaient les formes phagocytaires des globules. Or, on constate que les jeunes globules, au premier stade de leur évolution, ainsi que les globides adultes, ne renferment pas d'encre. Ce sont donc uniquement les globales en voie d'évolution qui se montrent doués de la propriété phagocytaire.
Origine des globules sanguins. — Sur des préparations microscopiques de sang, j'ai pu trouver (1906 a), mais ^vec beaucoup de difficulté, quelques rares jeunes globules en voie de division indirecte (fig. 27, a). Au contraire, les divisions directes (fig. 27, d) de globules en voie d'évolution sont assez fréquentes. Mais ces divisions directes et indirectes des globules sanguins, comme ehez les Amphix>odes, ne sont pas assez nombreuses pour pouvoir être considéreras comme le véritable procédé de régénération de ces éléments.
Ainsi que je l'ai déjà fait connaître (1907 f), les globules sanguins des adultes tirent leur origine d'organes globuligènes. J'ai mis ces derniers en évidence chez les Lygies, les Cloportes, les Aselles et les Ancées.
Chez les Lygies et les Cloportes (pi. II, fig. 22, og), il existe trois paires d'organes globuligènes disposés symétriquement dans les deux derniers anneaux thoraciques (6^ et 7®) et le premier anneau abdominal. Bien que ces divers organes présentent un développement variable suivant les individus, il semble que les organes globuligènes abdominaux sont toujours plus réduits que les autres.
Chez les Aselles et les Ancées, les organes globuligènes ne sont qu'au nombre de deux paires. Chez les premières, la paire d'organes abdominaux manque, tandis que chez les seconds (pi. III, ftg. 28, og), c'est la première paire d'organes thoraciques qui est absente. Ces faits sont probablement la conséquence des grandes variations morphologiques présentées par ces deux genres.
Les organes globuligènes (pi. II, flg. 23) des Isopodes sont
30 L. BRUNT2
constitués par une accumulation de petites cellules de forme ovoïde plus ou moins régulières; elles sont souvent très légèrement déformées par pression réciproque. Chez les Lygies, elles mesurent de 16 à 18 (x de diamètre ; elles possèdent de fines membranes bien visibles, le cytoplasme est dense, granuleux et présente beaucoup d'affinité pour les colorants. Les noyaux sont de forme sphérique ou ovoïde, et mesurent environ 8 (X de diamètre ; ils présentent aussi beaucoup d'aptitude à se colorer.
Des divisions indirectes de ces jeunes cellules sont faciles à constater. Les cellules constitutives sont ou bien comprimées les unes contre les autres ou bien elles laissent subsister entre elles de petites lacunes sanguines. Les cellules sont groux>ées en îlots souvent assez difficiles à dissocier les uns des autres ; ils sont maintenus en place par de petites fibres conjonctives qui s'attachent soit au tissu conjonctif adipeux environnant, soit aux organes voisins.
Chez tous les Isopodes (pi, II, fig. 24, og), les orgar.os globuligènes sont appendus latéralement à la face inférieure du septum péricardial avec lequel ils se trouvent donc eu relation par leur face supérieure. Par leur face inférieure, chez les Cloportides, ils sont en rapport avec les tubes hépatiques, en ce qui concerne les organes abdominaux, avec les glandes génitales, en ce qui concerne les organes thoraciques.
Chez les Aselles, les organes globuligènes sont souvent écrasée par compression des cellules à concrétions connues sous le nom de glandes de Zenkeb.
Chez les Ancées (fig. 28, og), les rapports des organes étudiée sont un peu différents. Par leur face supérieure, les organes séparés par le septum péricardial sont en relation avec les néphrocytes à carminate qui sont accumulés latéralement dans la partie supérieure du sinus péricardique. Par leur face inférieure, ils sont en rapport, en ce qui concerne les organes thoraciques, avec les sacs dénommés « hépatiques » par Dohbn (1870), en ce qui concerne les organes abdominaux, avec le tissu oonjonctil
20 NÉPHRO-PHAGOCYTES.
Les divers auteurs s'étant occupés de monographies d'Isopodes, ont négligé l'étude du tissu conjonctif, à l'exception de Maetinov (1896), qui, dans une étude biologique sur le Cloporte, constate que le tissu conjonctif est formé par deux sortes de cellules : 1^ de grosses cellules, remplies de gouttelettes de matières grasses entourées d'un protoplasme plus ou moins abondant et munies d'un noyau périphérique ; 29 de cellules plus x>6tites, qui se différencient des leucocytes et sont isolées ou réunies par x>etits groupes dans différentes régions du corps gras.
L'auteur montre que les x>etites cellules ne renferment pas de graisse et qu'elles éliminent le carmin, l'encre de Chine et les bactéries. Elles absorbent aussi le sucrate de fer en solution, le fer se retrouvant dans le corps cellulaire sous forme de petits grains.
J'ai constaté que le tissu conjonctif de tous les Isopodes cités présente les deux sortes de cellules constitutives signalées par Maetinov : les cellules adipeuses et les néphro-phagocytes.
J'ai surtout étudié les néphro-phagocytes chez l'Aselle, où ces éléments sont de grande taille. Sur des coupes, les néphrophagocytes (pi. III, fig. 30) sont représentés par de grosses cellules mesurant environ 26 (a de diamètre, de forme sphérique ou allongée chez de jeunes individus ; chez des individus adultes, les cellules graisseuses ayant pris un grand développement, les néphro-phagocytes se trouvent comprimés et, de ce fait, prennent une forme irrégulière. Leur membrane est mince, le cyt^^lasme est rempli de boules de différentes grosseurs. Ces ûernières sont plus ou moins visibles et se colorent inégalement par l'éosine, ce qui peut être attribué à des états physiologiques différents. Chaque cellule possède un gros noyau de forme ovoïde mesurant environ 15 |i de diamètre, renfermant nn réseau de petites granulations chromatiques et un nucléole plasmatique central.
32 L. BRUNTZ
Après injection de carminate d'ammoniaque, ces cellules éliminent ce réactif et les boules du corps cellulaire se colorent en rose très pâle. Après injection d'encre de Chine, cette dernière se retrouve sous forme de petites granulations uniformément réparties entre les boules contenues dans le cytoplasme.
Les néphro-phagocytes (pi. ITI, flg. 29, np) sont disposés à la périphérie des masses adipeuses, où ils bordent les lacunes sanguines.
n est facile de se rendre compte de la répartition des néphrophagocytes dans le corps, en injectant de l'encre de Chine à des Aselles non pigmentées qu'on trouve quelquefois dans les aquariums où on les élève. Les néphro-phagocytes sont vivement colorés en noir et deviennent bien visibles, grâce à la transparence des téguments (pi. II, fig. 26, np).
La face dorsale d'un individu injecté montre que les néphrophagocytes existent dans toutes les parties du corx>s, mais présentent cependant des localisations manifestes. Us sont peu abondants et très épars dans la région céphalique ; on en rencontre davantage dans le thorax, et leur nombre augmente d'autant plus qu'on s'éloigne de la partie antérieure du corps. Là, ils sont, en général, disposés latéralement en amas symétriques dans l'intervalle de deux anneaux consécutifs.
C'est dans la région postérieure du corps formée par les anneaux abdominaux soudés que les néphro-phagocytes sont les plus nombreux, notamment dans la partie centrale, où ils forment deux bandes élargies en haut et en bas et disposées latéralement à côté du paquet formé par le tube digestif et les csBCums hépatiques.
Sur des coupes transversales du corps d'individus injectés, on constate que le tissu conjonctif à néphro-phagocytes forme une masse importante située au-dessus des ganglions cérébroïdes s'étendant jusqu'à la face ventrale en entourant également l'estomac d'un manchon incomplet.
Dans le thorax, le tissu conjonctif forme deux bandes dorsales délimitant le sinus péricaidique et descendant latéralement dans
ORGANES EXCRETEURS DES CRUSTACES 33
la région intermédiaire entre deux anneaux successifs, jusqu'à la face ventrale en suivant le côté interne des muscles latéraux. De plus, il existe encore un amas de tissu conjonctif ventral sur lequel rex>ose la chaîne nerveuse et les nerfs qui s'en détachent.
Dans la région abdominale (pi. III, flg. 31, te), le tissu conjonctif remplit presque toute la cavité laissée libre entre les épithéliums tégumentaires des faces dorsale et ventrale à l'exception des canaux branchio-péricardiques et d'un sinus central logeant les organes de la cavité générale.
Stomatopodef.
Mes recherches concernant la phagocytose chez les Stomatopodes ont été effectuées à l'aide de deux espèces (1) vivant dans la Méditerranée :
8quilla mantis Eondel ; 8qMilla Desmarestii Eisso.
Les individus de la première espèce proviennent de Monaco et de la station zoologique de Trieste ; les individus de la seconde proviennent exclusivement de la première ville.
Bien qu'ayant eu à ma disx>osition un abondant matériel, je n'ai pu en tirer tout le profit désirable, car j'ai justement étudié des individus vivants dès le début de mes expériences, alors que toute mon attention était concentrée sur la recherche d'un organe phagocytaire hépatique analogue à celui des Décapodes. Aussi, dans .cette étude, quelques lacunes subsistent, surtout en ce qui concerne la nature du tissu conjonctif.
Je me crois cependant autorisé à dire que la phagocytose s'exerce chez les Stomatopodes par :
1^ Les globules sanguins ; 2® Les n&phro'phagocytes.
(1) THOMjkS Bill. A Hittory of th» BrUUk Stalk-Eyed Cnutaeêo, London, 1858.
AKCH. DB ZOOL. EZP. BT OSM. ^ 4« SÉIUB. — T. YII. — (l) 3
U L. BRUNTZ
10 Globum» sanguins.
J'ai étudié les globules sanguins de Squilla matUis sur des coupes et des préparations effectuées d'après le procédé du coUodionnage des cellules de Eegaud (1904).
J'ai constaté Texistence de plusieurs sortes de globules ; les uns (pi. IV, fig. 38, a) sont petits, peu nombreux sauf cependant dans le sinus ventral. Bs sont de forme sphérique et mesurent environ 8 jx de diamètre, le cytoplasme est dense, se colore fortement et se montre toujours privé d'inclusion, les noyaux sont relativement gros, de forme sphérique et mesurent environ 6 jx de diamètre : ce sont les jeunes globules.
Il existe aussi de nombreux et gros globules (fig. 38, c) qui peuvent atteindre la taille de 18 jx. Ces globules sont bourrés de grosses granulations acidophiles, et les noyaux cellulaires, dont la taille n'est pas supérieure à celle de ceux des jeunes globules, affectent souvent la forme d'un fer à cheval : ce sont des globules adultes.
A côté des jeunes globules et globules adultes, il existe une série de formes intermédiaires (fig. 38, b) qui représentent les globules en voie d'évolution.
Après injection d'encre de Chine, les particules de cette dernière ne se retrouvent, ni dans les jeunes globules, ni dans les globules adultes, ceux dont les granulations présentent une vive coloration rose après un traitement à l'éosine ; mais les globules en voie d'évolution renferment de l'encre en plus ou moins grande quantité, ils sont donc phagocytaires.
Origine des globules sanguins. — J'ai constaté l'existence de quelques globules en voie d'évolution se divisant par amitose. Je n'ai jamais rencontré de jeunes globules en voie de division indirecte, ce qui peut s'expliquer par la présence d'un organe globuligène très développé et dont j'ai, en 1906, signalé l'existence chez Squilla manUs. Le même organe existe chez Squilla DesmaresUi mais présente quelques variations anatomiques peu importantes que je signalerai.
Chez Squilla mantis, on peut facilement mettre en évidence l'organe globoligène en effectuant une dissection par la face dorsale : on rejette le tube digestif et la glande hépatique qui Tentoure, la chaîne nerveuse apparaît alors dans toute sa longueur. On enlève avec précaution les muscles latéraux et on obtient ainsi la face ventrale du corps mise à nu. On porte cette pièce anatomique dans une solution de carmin à Tacide picrique ou dans une solution de vert de méthyle. Après douze heures d'immersion, la préparation est lavée à l'eau pure, immergée dans la glycérine et montée. Les colorants se sont alors fixés sur la chaîne nerveuse qui apparaît très nettement ainsi que sur les noyaux des cellules lymphoïdes de l'organe globuligène, lequel se trouve ainsi très facilement mis en évidence.
La figure 39 (pi. IV) a été dessinée d'après une telle préparation. Elle laisse voir les formations lymphoïdes, la face ventrale supposée transparente, l'artère ventrale et la chaîne nerveuse sont mises en place afin de montrer leurs relations avec l'organe globuligène.
Chez Squilla mantis, on constate que l'organe globuligène est disposé dans les trois anneaux thoraciques libres et dans l'abdomen en entier, le telson excepté.
Dans le thorax, l'organe globuligène est très développé dans toute la région médiane, mais c'est surtout dans la région centrale des anneaux, sous les ganglions nerveux, qu'il présente le maximum de développement, car il existe latéralement des expansions de tissu lymphoïde qui s'étendent dans presque toute la largeur des anneaux.
Dans l'abdomen, l'organe globuligène est encore disiK)sé dans la région médiane, mais les formations lymphoïdes affectent dans chaque anneau, une forme analogue assez régulière mais néanmoins assez difficile à décrire. D'abord, il existe du tissu lymphoïde sous la chaîne nerveuse et dans toute sa longueur, n est peu dévelox)pé à la base de chaque anneau, mais il prend dans la région centrale, sous les ganglions, une grande importance, en s'étendant latéralement et en s'élargissant vers le bord supé-
36 L. BRUNTZ
rieur des anneaux où les formations globuligènes vont s'attacher sur le repli tégumentaire séparant deux anneaux successifs. L'amas du septième anneau abdominal est le moins développé de tous.
Chez Squilîa Desmarestii, la disposition de l'organe globuligène est analogue, mais les masses principales de tissu lymphoïde des anneaux abdominaux ne sont pas reliées entre elles, suivant la ligne médiane, par de petites bandes de tissu lymphoïde.
Examiné à l'aide d'une forte loupe, l'organe globuligène apparaît formé par une multitude de petits nodules maintenus en place par l'intermédiaire d'un réseau conjonctif très développé. Ces nodules, vus dans leur ensemble, forment des masses d'aspect mamelonné.
Sur des coupes (pi. V, fig. 46, 47, 48), on retrouve les nodules isolés les uns des autres ou bien assez serrés pour former un tissu lymphoïde compact. Chaque nodule (pi. IV, flg. 41), dont la taille est variable, est formé par un ensemble de petites cellules très serrées les unes contre les autres. Ces cellules, légèrement comprimées, affectent une forme sphérique plus ou moins régulière ; elles sont petites et mesurent environ 11 {jl de diamètre. Le cytoplasme est dense, finement granuleux, privé d'inclusion et se colore énergiquement. Les membranes cellulaires ne sont pas toujours visibles avec beaucoup de netteté. Les noyaux sont rarement de forme sphérique ou ovoïde, ils sont plus souvent allongés, déformés ou courbés en fer à cheval. Us ne présentent pas tous la même aptitude à se colorer. H y a même des noyaux qui se colorent uniformément, ils appartiennent probablement à des cellules en voie de dégénérescence.
J'ai, à diverses reprises, constaté l'existence de jeunes cellules lymphoïdes en voie de division indirecte, mais ces mitoses ne sont pas très fréquentes ; ce fait peut être dû à ce que les Squilles ont été fixées après avoir supporté les inconvénients d'un long voyage et, n'ayant pu être alimentées pendant que je les conservais en aquarium, elles se trouvaient évidemment dans de mauvaises conditions physiologiques (Cuénot rapporte
que, chez des Bcrevisses parfaitement nourries, le taux des mitoses ne dépasse pas 3 %).
Le réseau conjonctif de soutien des nodules est particulièrement bien développé chez les Stomatopodes. H est formé par un tissu flbrillaire qui délimite les cases (fig. 41) où se trouvent placés les nodules. Dans les mailles du réseau, on trouve de jeunes globules sanguins qui s'échappent des nodules. Les flbres conjonctives (pi. V, flg. 46, /) s'attachent sur Tépithélium de la face ventrale, sur le tissu conjonctif qui entoure la chaîne nerveuse et sur celui qui remplit les invaginations tégumentaires placées à la face ventrale des anneaux. Dans le thorax (fig. 47), les fibres s'attachent, de plus, aux muscles latéraux et aux csecums hépatiques.
Quant aux relations contractées par l'organe globuligène, on constate, sur des coupes transversales (fig. 47 et 48), que les nodules sont disx>osés dans le grand sinus veineux ventral et qu'ils s'étendent autour de l'artère ventrale comme tige directrice. Ds supportent la chaîne nerveuse et ils sont en rapport, par leur face ventrale, avec l'épithélium des téguments, soit directement, soit qu'ils s'en trouvent séparés par du tissu conjonctif.
En terminant ce qui a trait aux formations globuligènes des Stomatopodes, je signalerai la présence, dans l'abdomen, de nodules ou de traînées lymphoïdes plus ou moins développées suivant les individus. Ces formations sont disposées dorsalement et latéralement, dans la région médiane de chaque anneau, contre le tissu conjonctif qui double l'épithélium du corps. Ce tissu lymphoïde est-il globuligène! Je ne saurais le dire, car si apparemment ces nodules présentent les mêmes caractères cytologiques que ceux de l'organe globuligène, jamais je n'ai pa y rencontrer de mitoses.
20 NÉPHBO-PHAGOCYTES.
Chez tous les Crustacés supérieurs, le tissu conjonctif est formé de cellules de réserve auxquelles sont quelquefois accolés
38 L. BRUNTZ
des néphro-phagocytes. J'aurais voulu étudier le tissu conjonctif des Stomatopodes afin d'en connaître les divers éléments constitutifs ; faute d'un matériel convenable, je n'ai pu faire cette étude ; mais, sur des coupes m'ayant autrefois servi à l'étude de la répartition des néphrocytes, j'ai pu facilement découvrir des cellules conjonctives qui éliminaient, comme les néphrocytes, mais en bien moins grande quantité, le carminate d'ammoniaque injecté. Ce réactif se retrouve sous forme de fines granulations de forme régulière et très uniformément répandues dans le cytoplasme. Sur d'autres préparations, j'ai pu constater que des cellules conjonctives éliminaient également les particules d'encre de Chine injectées. Cette élimination est rapide et le corps des cellules phagocytaires se montre rempli d'encre, fait généralement constaté lorsqu'il n'existe pas d'organe phagocytaire. Il est regrettable que, comme moyen de contrôle, je n'aie pu me procurer des Squilles ayant été injectées à l'aide d'un mélange de carminate d'ammoniaque et d'encre, afin d'être sûr que ces deux réactifs sont bien réellement éliminés par les mêmes cellules, comme il me le semble apparemment.
Les néphro-phagocytes se distinguent facilement, comme le montre la figure 42 (pi. IV) des néphrocytes et des globules sanguins. Les premiers sont de grosses cellules de forme variable, aplaties et étirées suivant plusieurs directions par des fibrilles cellulaires de soutien. L'ensemble forme un tissu à mailles lâches au milieu desquelles le sang circule, comme le prouve l'abondance des globules qu'on y trouve. Les néphro-phagocytes peuvent mesurer jusqu'à 30 [t. dans leur plus grande longueur. Dans les lames branchiales, oti j'ai pu facilement les étudier, ils sont généralement binucléés ; les noyaux de forme ovoïde sont petits, mesurent environ 8 (x de diamètre et se colorent faiblement.
Sur des coupes d'individus malheureusement non injectés, j'ai trouvé des cellules (pi. IV, fig. 43, a) remplies de grosses boules présentant ainsi le même aspect que les cellules protéiques
des Décapodes. Mais je ne saurais dire si ces cellules sont les néphro-phagocytes ou d'autres cellules conjonctives ; cependant j'ai remarqué qu'elles renfermaient chez un individu, de petits granules pigmentaires semblant avoir été phagocytés (fig. 43, h).
En admettant que le tissu conjonctif présente partout la même constitution et renferme des néphro-phagocytes, ces derniers seront répartis dans toutes les régions du corps et dans les lames branchiales. Le tissu conjonctif double en une mince couche l'épithélium tégumentaire et prend un développement plus considérable dans la tête, surtout à la partie supérieure, sous les bourrelets tégumentaires qui surplombent les points d'insertion des antennes. H est plus développé aussi dans les bourrelets médians qui ornent la face ventrale des anneaux thoraciques libres et abdominaux ainsi que sous les mêmes ornements latéraux de la face dorsale.
Ce tissu conjonctif présente le maximum de développement dans la région thoracique antérieure, où il remplit tout l'espace compris entre les téguments et les parois de l'estomac, laissant hbre un sinus dorsal qui loge l'aorte, un sinus ventral et les deux sinus latéraux dans lesquels sont disposés les nerfs péri- (Bsophagiens.
Dans les lames branchiales (pi. V, fig. 49), le tissu conjonctif est surtout répandu dans l'article basai et dans la rame externe où il double l'épithélium en le séparant des néphrocytes. Il existe aussi dans les lamelles des rames internes et externes.
Sofaisopodei.
Mes expériences concernant la phagocytose chez les Crustacés de ce groupe ont été effectuées sur les deux espèces (1) suivantes :
Mysis chameleo Thompson ; Mysis vulgaHs Thompson.
Ces deux espèces sont communes à Eoscoff, mais je me suis procuré à Kiel beaucoup d'exemplaires de la seconde.
\\) Van BK5KDKK. Recherchea sur les Cnistaoés du littoral de Belgique (Mémoire$ de l'Aea- *'»v royale, tome XXXIII. 1891).
40 L. BRUNTZ
Des injections d'encre de Chine démontrent que la phagocytose s'exerce par :
1^ Les globules sanguins ; 2P Les néphro-phagocytes.
V> Globules sanguins.
CuÉNOT (1891) a constaté que, chez la Mysis OriffUhsii, le sang est incolore et renferme, « comme le sang des autres Crustacés, de nombreux amibocytes nettement amiboïdes à petits granules albuminogènes verdâtres ».
Sur des préx>arations de sang ûxé et sur des coupes, j'ai constaté que le sang des Schizopodes renferme plusieurs formes de globules. Les uns, peu nombreux, de petite taille, mesurant environ 7 (x de diamètre, possèdent un cytoplasme dense et fortement colorable ; le noyau est gros, très chromatique, et mesure environ 4 (a de diamètre ; ce sont de jeunes globules. Les autres, plus nombreux, de taille plus grande, pouvant atteindre 12 ^ de diamètre, possèdent un corps cellulaire bourré de granules acidophiles ; le noyau ovoïde, d'environ 7 j* de diamètre, est moins colorable que les noyaux des globules précédents ; ce sont des globules adultes. Indépendamment de ces deux formes de globules, il existe une série de formes intermédiaires, représentant des globules en voie d'évolution, dont les noyaux sont souvent très déformés et même courbés en fer à cheval. Après injection d'encre de Chine, les particules solides se retrouvent, en petite quantité, dans quelques globules adultes et, en quantité plus considérable, dans la majeure partie des globules en voie d'évolution ; ce sont donc ces derniers qui jouent un rôle dans la phagocytose.
Origine des globules sanguins. — Sur des préparations de sang, je n'ai jamais rencontré de globules en voie de division directe ou indirecte, mais il est nécessaire de faire remarquer qu'il est difficile de se procurer du sang de Crustacés de si petite taille iK)ur en faire un grand nombre de préparations microscopiques.
J'ai déjà signalé (1906 d) l'existence, chez les Schizopode^ d'un organe globuligène, lieu d'origine des globules sanguins des adultes. Cet organe globuligène (pi. rH, flg. 32, og) est situé dans la r^on dorsale céphalique. H contracte, avec l'estomac, des relations voisines de celles présentées par le même organe des Décai)odes ; particularité anatomique qu'on iK)uvait prévoir en tenant compte de la parenté existant entre les deux groupes.
La dissection de la tête de la Mysis étant impossible à cause « de sa petite taille, l'étude de l'organe globuligène peut s'effectuer sur des coui>es sériées.
Bien qu'il existe des différences individuelles notables dans le développement de cet organe, il semble qu'il est de plus grande dimension chez Mysis vulgaris que chez Mysis chameleo. Quant à la structure et à la disposition de l'organe, elle est la même dans les deux espèces.
L'organe globuligène (flg. 33) est formé par un petit nombre de nodules cellulaires associés. Us forment deux couches, de faible épaisseur, qui revêtent symétriquement les faces dorsolatérales de la région cardiaque de l'estomac. C'est par erreur que, primitivement, j'avais cru retrouver de ces nodules sur la portion pylorique de l'estomac.
Les deux formations globuligènes sont séparées l'une de l'autre par du tissu conjonctif qui occupe la partie sux>érieure de l'estomac, de telle sorte qu'on peut dire que, comme chez les Amphix>odes, il existe, chez les Schizox>odes, une paire d'organes globuligènes.
Les nodules cellulaires sont formés par la réunion de petites cdlules ovoïdes, légèrement déformées par pression réciproque ; elles mesurent environ 13 |x de diamètre, le cytoplasme est dense et fortement colorable, le noyau de forme sphérique, est relativement gros et mesure 8 |ji de diamètre, il est très chromatique. Ces jeunes cellules se montrent souvent en voie de division indirecte.
Les nodules cellulaires sont très serrés les uns contre les
42 L. BRUNTZ
autres ; ils sont cependant séparés et maintenus en place par des fibres conjonctives qui vont s'insérer, suivant les régions considérées, d'une part contre la paroi stomacale, d'autre part, au sein du tissu conjonctif, contre les muscles antennaires, les muscles masticateurs, les téguments et les labyrinthes des reins antennaires.
2o NÉPHR0-PHAG0CYTE8.
J'ai découvert, chez les Schizopodes, des néphro-phagocytes dont j'ai déjà signalé l'existence (1907 a).
Ces néphro-phagocytes sont de grosses cellules conjonctives fixes qui, vivantes, mesurent chez Mysis vulgaris environ 19 \k de diamètre, alors que, chez Mysis chameleo (pi. III, fig. 34), leur taille peut être double ; leur forme est ovoïde, elles sont pourvues d'une mince membrane et le cytoplasme est très vacuolaire. Ce sont ces vacuoles qui se colorent en rose après élimination de carminate d'ammoniaque injecté. Après une injection d'encre de Chine, les néphro-phagocytes fixent ce réactif avec une telle énergie que le corps cellulaire se montre uniformément coloré en noir, sauf à l'endroit occupé par le noyau vésiculeux mesurant chez Mysis vulgaris, environ 7 j*. Chez Mysis chameleo, les néphro-phagocytes possèdent souvent deux gros noyaux dont le diamètre peut atteindre 15 jx.
On peut facilement étudier la répartition des néphro-phagocytes sur des animaux vivants injectés ainsi que sur des coupes. La disposition des néphro-phagocytes est sensiblement la même dans les deux espèces étudiées mais présente cependant quelques variations que je signalerai.
Je décrirai d'abord la répartition des éléments considérés, chez Mysis vulgaris, où ils sont moins abondants. En examinant à la loupe la face dorsale d'un de ces Crustacés injecté (pi. III, fig. 35), on constate que les néphro-phagocytes, np, sont localisés dans le céphalothorax, le dernier anne^iu abdominal et le telson.
Dans le céphalothorax, les néphro-phagocytes dessinent, avec
ORGANES EXCRETEURS DES CRUSTACES 43
beaucoup de netteté, le sinus péricardique. Ces éléments, supportés par des fibres de soutien du cœur, se déplacent légèrement en suivant les mouvements de cet organe. Ce sinus péricardique est délimité par les néphro-phagocytes jusque dans sa partie x>ostérieure, car on rencontre toujours, mais seulement quelques-uns de ces éléments jusque dans les septième et huitième anneaux thoraciqucB.
Les néphro-phagocytes suivent le trajet de l'aorte céphalique (dénomination de Delaoe, 1888) et sont encore répandus audessus des masses cérébroïdes. H existe aussi des néphro-phagocytes contre le bord antérieur de la carapace, dont ils suivent latéralement le contour.
A la face dorsale du septième anneau thoracique, plus ou moins recouvert par le bord postérieur de la carapace, il existe un amas de néphro-phagocytes fort remarquable par sa taille et sa constance. On peut encore apercevoir latéralement, des néphro-phagocytes qui se trouvent à la base de chacun des appendices du céphalothorax, formant particulièrement des amas dans la région des plages de néphrocytes branchiaux.
Dans la région abdominale il existe, latéralement, deux amas de néphro-phagocytes, à la face dorsale et à la base du dernier anneau abdominal. Les néphro-phagocytes descendent sous la face ventrale en formant ainsi un demi-anneau.
Dans le telson, les néphro-phagocytes sont tellement abondants que toute cette région apparaît colorée en noir, sauf cependant dans sa partie médiane et supérieure.
Enfin chez Mysis vulgaris, on trouve encore quelques néphrophagocytes dans les articles basîkux des antennes de la première paire.
C5hez Mysis chameleo, la disposition des néphro-phagocytes est analogue à celle que je viens de décrire, mais on constate de plus la présence de nombreux néphro-phagocytes à la face ventrale (fig. 36, np) de chaque anneau abdominal. Us forment raie ligne médiane qui s'étend suivant l'axe de l'abdomen, et des amas plus imxK)rtants à la base de chaque anneau.
44 L. BRUNTZ
A la face dorsale du premier anneau abdominal, il existe des néphro-phagocytes disi)Osés suivant deux bandes obliques placées latéralement et s'étendant du bord supérieur de l'anneau à son bord inférieur otL elle se réunissent au-dessus du tube digestif.
Enfin les sixièmes pléojwdes, qui forment avec le telson la nageoire caudale, contiennent un grand nombre de néphrophagocytes dans les articles basilaires, les endoxK)dites et les exopodites.
Des coupes transversales permettent d'étudier les rapports des néphro-phagocytes, et de reconn^tre que ces éléments bordent généralement des bandes de tissu conjonctif en leur formant, comme chez les Isopodes, un revêtement incomplet.
Des coupes (flg. 32) passant au niveau de la portion cardiaque de l'estomac, montrent que le tissu conjonctif, composé par les deux sortes d'éléments constitutifs, forme dorsalement une bande qui réunit les organes globuligènes, et, ventralement, une masse qui s'avance en forme de coin entre les deux cordons nerveux, se prolonge dans le labre et entoure l'oesophage.
Des coupes passant au niveau de la portion pylorique de l'estomac montrent que les faisceaux des muscles masticateurs postérieurs et les faisceaux des muscles des appendices buccaux sont, comme la partie supérieure de la chaîne nerveuse, accompagnés de néphro-phagocytes.
Sur des coupes (pi. III, ûg. 37) passant dans la région thoracique i)OStérieure, on constate que les néphro-phagocytes, np^, de l'amas du septième anneau, dont j'ai fait mention spéciale, sont directement accolés à la face inférieure de Tépithélium t^umentaire. On reconnaît, de plus, que des éléments analogues np^, sont attachés aux fibrilles de soutien du cœur et revêtent la face externe de cet organe. Enfin, ventralement, dans la région des pattes, on rencontre des néphro-phagocytes, np,, qui présentent des rapx>orts avec les canaux cruro-péricardiques. Ces derniers sont des lacunes limitées extérieurement par l'épithélium du cori», intérieurement par des fibres conjonctives
ceUnlaires qui reposent sur du tissu conjonctif encastré entre des faisceaux musculaires destinés aux pattes. Dans leur moitié inférieure, les canaux cruro-i>éricardiques x>0Bsèdent un revêtement interne formé par les néphrocytes à carminate, dans leur partie inférieure, ils x>ossèdent un revêtement externe formé par des néphro-phagocytes. On rencontre aussi de ces éléments sur les faisceaux musculaires avoisinants.
Dans la région abdominale, chez Myaia chameleo, des coupes enseignent que, dans chaque anneau, les néphro-phagocytes forment une bordure à de petites masses ventrales et médianes de tissu conjonctif qui s'étendent longitudinalement, sous la chaîne nerveuse, dans toute la région abdominale. Dans la partie inférieure des anneaux, les néphro-phagocytes s'étendent, de plus, latéralement, ils sont accolés directement à Tépithélium du corps ou bien accompagnent les nerfs dans leur portion d'origine.
Des coupes (pi. IV, fig. 44) faites dans le dernier anneau abdominal, montrent une répartition plus complexe des néphrophagocytes. A l'intestin postérieur sont accolées deux bandes de tissu conjonctif accompagnées des néphro-phagocytes, ces bandes x)euvent même en certains points entourer complètement l'intestin ; de là, les néphro-phagocytes s'élèvent vers la face dorsale, et s'insinuent entre des paquets musculaires pour redescendre latéralement entre ces muscles et une mince bande de tissu conjonctif qui les sépare de l'épithélium tégumentaire.
Des coux>eB (flg. 45), à travers la nageoire caudale, montrent dans le telson, des néphro-phagocytes, np, formant un revêtement aux deux faces d'une bande de tissu conjonctif, qui remplit presque tout l'espace laissé libre entre les épithéliums t^umentaires des faces ventrale et dorsale. Dans la partie supérieure des exopodites des sixièmes pléoi)odes, les néphro-phagocytes accompagnent les faisceaux musculaires de ces appendices, alors que dans leur partie inférieure, ils sont supportés par des fibrilles spéciales. Dans les endopodites, les néphro-phagocytes sont accolés aux trabécules de ces appendices.
46 L. BRUNTZ
En résumé, les néphro-phagocytes des Schizopodes sont épars et font généralement partie constitutive du tissu conjonctif. Chez Mysis chameleo, ces éléments sont plus abondants, on les rencontre dans la tête, au-dessus des masses cérébroïdes, ainsi que sous le rebord antérieur de la carapace. Dans le céphalothorax, ils existent sur la face interne du cœur, les fibrilles de soutien de cet organe, sous l'épithélium du septième anneau, et ils bordent aussi la partie inférieure des vaisseaux cruro-péricardiques. Dans Fabdomen, les néphro-phagocytes sont plus nombreux; dans le dernier anneau, ils tapissent la face inférieure de l'épithélium, accompagnent de petites masses de tissu conjonctif ou les branches d'origine des ner&. Les néphro-phagocytes existent dans la nageoire caudale. Us sont répandus dans les endopodites et exopodites des sixièmes pléoxK)des, mais sont plus abondants dans le telson, où ils bordent le tissu conjonctif qui remplit, en grande partie, cette région du corps.
Décapodes.
Ce groupe de Crustacés est celui dont Tanatomie et la physiologie sont les mieux connues. Ayant constaté l'existence de néphro-phagocytes dans tous les autres groupes, j'ai recherché ces éléments chez les Décapodes, où jusqu'alors aucun auteur ne les a signalés.
Mes expériences ont été effectuées, à Eoscoff , sur deux espèces marines (1) et à Nancy, sur deux espèces d'eau douce :
Magboubes : Astacus fluviatilis Fabr.
Palœmon Berraitus Fabr.
Atyaèphyra (Ccmâina) Deêmaresti Millet.
Bbachyuees : Carcinus mœnas Penn.
J'ai constaté que la phagocytose s'exerçait par :
1^ Un organe phagooytaire hépaUque ; 2® Les globules sangums ; 3<* Les néphro-phagocytes.
(1) Thomas Bbll. a Sidorw of the BrOiih ataik-Byei Cnutaeea, LondoB. 186t.
ORGANES EXCHéïEURS DES CRUSTACES 47
C'est CuÉNOT (1896, 1906) qui a étudié révolution et découvert le rôle phagocytaire des globules sanguins. C'est également cet auteur qui a mis en évidence l'organe phagocytaire. Je résume très succinctement ses travaux, afin de présenter, comme pour les autres groupes de Crustacés, un tableau complet des éléments phagocytaires.
10 Oboane phagocytaire hépatique.
CuÉNOT (1906) a décrit, chez les Décapodes, un véritable organe phagocytaire formé par un grand nombre de cellules qui, « sauf chez Nika edulis, sont en rapi)ort avec les artères hépatiques. Chez les Décapodes à foie céphalothoracique, les cellules phagocytaires revêtent les artérioles hépatiques, chez les Pagures, à foie abdominal, les cellules phagocytaires recouvrent de nombreux cœcums branchés sur les artères qui allaient jadis au foie ».
20 Globules sanguins.
Les globules sanguins des Décapodes ont déjà fait l'objet de nombreuses études. Cuénot (1896) a donné la bibliographie de cette question et décrit les différentes phases de l'évolution des globules. L'auteur reconnaît, dans le sang, diverses formes de globules, les uns (jeunes amibocytes) à protoplasme hyalin ou finement granuleux, d'autres (globules en voie d'évolution) renfermant de petits grains ou des granulations éosinophiles et enftn, sans parler des formes de dégénérescence, des amibocytes éosinophiles bourrés de gros grains réfringents et bien séparés (globules adultes).
CuÉNOT rapporte que ce sont les jeunes globules et les globales en voie d'évolution qui sont phagocytaires. Je dirais que ces derniers seulement sont doués de cette propriété, car ce que j'ai appelé les jeunes globules sanguins, ce sont les globules qui viennent de quitter les organes qui leur ont donné naissance, et comme Cuénot l'a remarqué, ces globules ne sont pas phagocytaires.
48 L. BRUNTZ
Lânoelâan (1896) a aussi, postérieurement à Cuénot, étudié le rôle phagocytaire des corpuscules sanguins des Décax>ode6, son attention ne s'est pas portée sur les formes phagocytaires, mais uniquement sur le sort des diverses substances (albumine, amidon, huile) phagocytées.
Origine des globules sanguins. — Des mitoses (1) et amitoses (CuÉNOT, 1896) de globules circulants ont déjà été signalées. Ces dernières sont même assez fréquentes, mais le véritable centre de régénération des globules des Décapodes adultes est un organe globuligène découvert par Cuénot (1896, 1905). Cet organe globuligène « avoisine toujours l'artère ophtalmique, soit qu'il l'entoure d'un manchon continu (Pagure), soit qu'il s'étale à la surface de l'estomac (Astœus), ou bien qu'il forme une masse définie placée à la base du rostre (Palœmon) ».
'3® NÉPHRO-PHAGOCYTBS.
Indépendamment des globules sanguins et des cellules phagocytaires, Cuénot (1906) a reconnu l'existence, chez les Palémonides, d'autres cellules fixes susceptibles de phagocyter les particules solides injectées. Ces cellules sont caractérisées par la présence d'une grande vacuole renfermant un liquide à réaction acide ; eUes sont localisées dans le cœur.
J'ai constaté que les cellules phagocytaires du cœur des Pàlémonides sont des néphro- phagocytes comparables à ceux des autres Crustacés. En effet, après une injection de carminate d'ammoniaque dans la cavité générale, Jles éléments considérés éliminent ce réactif et la vacuole du corps cellulaire se colore en rose (pi. V, fig. 54, v). Après une injection d'encre de Chine, les particules de cette dernière se retrouvent, en petite quantité, disposées dans le cytoplasme, autour de la vacuole.
Chez tous les Décapodes, j'ai de plus constaté le rôle excréteur et phagocytaire joué par les éléments connus sous le nom de (( cellules protéiques ».
(1) M. le profeaienr Bubosoq m'a rapporté avoir constaté, ches les Décapodes, reziitence de globules sangntn» libres en voie de division indirecte.
GnÉNOT décrit deux sortes de cellules constitutiyes du tissu coQjonctif des Décapodes. Ce sont : 1^ les cellules de Leydig, qui fabriquent et accumulent du glycogène ; 2P les cellules protéïques, qui, d'après Tauteur, renferment, comme leur nom l'indique, des réserves de nature àlbuminoïde. Oes dernières « se trouvent en abondance variable suivant les endroits, dans tout le tissu conjonctif, ot elles sont intercalées aux cellules de Leydig. Oes cellules protéiques, à un ou deux noyaux, sont généralement bourrées de grains et de grosses boules incolores, qui sont conservés dans les fixatifs courants, ils se colorent d'une façon banale par l'iode et beaucoup de couleurs d'aniline à l'exception des violets, il est certain que ce n'est ni de la graisse, ni des grains muqueux basophiles, ni du glycogène, ce ne x>eut être qu'une matière àlbuminoïde ».
Les cellules protéiques des Décax>odes sont homologues aux néphro-phagocytes des autres Crustacés, car, indépendamment de leur asx>ect qui rappelle celui des cellules excrétrices et phagocytaires, elles éliminent le carminate d'ammoniaque et l'encre de Chine injectés. Le premier réactif se retrouve facilement^ eolorant en rose quelques vacuoles ou boules très petites du corps cellulaire (pi. V, fig. 60) ; cependant, chez l'Bcrevisse, cette coloration est excessivement faible, si bien que iK)ur la mettre facilement en évidence j'ai eu recours à l'artifice suivant : Tinjection de carminate d'ammoniaque n'était pas effectuée en une seule fois, mais au contraire, j'injectais plusieurs jours de suite une petite quantité du réactif. Les Bcrevisses peuvent ainsi éliminer beaucoup de liquide coloré et, lorsque les reins et les néphrocytes ne suffisent plus à l'excréter, le carminate d'ammoniaque est alors fixé par les néphro-phagocytes.
L'encre de Chine phagocytée se retrouve en x>^tites granulations isolées et répandues sans ordre dans le corps cellulaire (âf . 61, e).
n est à remarquer que, chez l'Ecrevisse seulement, les néphrophagocytes qui sont le plus activement fonctionnels sont ceux qui bordent les lacunes sanguines, et que, les réactifs se retrou-
AMCH. Dl ZOOL. IXP. VF OÉII. — 4* SitOM — T. Vil. — (l). 4
8Ô L. BtlÙNT^
vent de préférence à la i>ériphérie du corps cellulaire, là où ces éléments sont directement lavés par le sang.
Nul doute que les néphro-phagocytes jouent bien un rôle défensil car j'ai trouvé, sur une de mes préparations, un de ces éléments renfermant, dans une vacuole de grande taille, troi» petits organismes que je crois pouvoir considérer comme des spores de Sporozoaires indéterminés (fig. 52).
J'ai rencontré aussi des néphro-phagocytes qui, à côté de leurs noyaux propres, renfermaient une grosse boule ou un amas de petites boules colorables plus ou moins électivement à l'aide des réactifs nucléaires ; il semble que ces produits (corps tingibles) représentent des noyaux en voie de dégénérescence, appartenant à des cellules phagocytées.
Les Palémonides possèdent-ils deux sortes de néphro-phagocytes, les uns localisés dans le cœur, munis d'une seule et grande vacuole, les autres disséminés dans le tissu conjonctif, pourvus de nombreuses et petites vacuoles !
J'avais pensé ï)ouvoir résoudre cette question en expérimentant avec le Palemon serratus si abondant à Boscoff. Mais ce dernier ne possède pas de tissu conjonctif et ses néphro-phagocytes sont uniquement localisés dans le cœur.
Chez Atyinéphyra (Caridina) Desmaresii, au contraire, il existe des néphro-phagocytes dans le cœur et dans le tissu conjonctif. Ils se présentent tous avec la même taille, le même aspect et sont analogues à celui que représente la figure 54. Donc les Palémonides ne possèdent qu'une seule sorte de néphrophagocytes. Du reste, j'ai rencontré, chez le Falœman serratus, des néphro-phagocytes à petites vacuoles multiples, et chez TEcrevisse, tous les termes de passage entre des néphrophagocytes analogues et d'autres (pi. lY, fig. 53) munis d'une ou plusieurs grosses vacuoles.
CuÉNOT (1896) attribue aux « cellules protéiques » un rôle de cellules de réserve, car « chez des animaux bien nourris, elles sont toujours turgescentes, remplies de boules volumineuses, au contraire, chez ceux qui ont subi de longs jeûnes, leur contenu disparait presque complètement et les cellules diminuent consi-
ORGANES EXCRÉTEURS DÉS CRUSTACES 51
dérablement de volume. Déjà, au bout de neuf jours de jeûne, on remarque, chez TEcrevisse, un changement notable dans l'aspect des cellules dont les grains, beaucoup plus petits que d'habitude, se comportent un peu différemment vis-à-vis de l'acide osmique ».
A côté d'un double pouvoir excréteur et phagocytaire, les Qéphro-phagocytes jouent-ils véritablement le rôle de cellule de réserve ; autrement dit, leur contenu est-il bien de nature albuminoïde et, après jeune, une diminution de volume du corps cellulaire constitue-t-il un critérium caractérisant les éléments de réserve ?
Des lambeaux de tissu conjonctif de TEcrevisse, immergés à froid pendant douze heures dans le réactif de Millon, m'ont permis de constater, à plusieurs reprises, que les grosses boules des Qéphro-phagocytes présentaient une coloration rouge brique. Mais les substances albuminoïdes ne sont pas les seules qui donnent semblable réaction. De nombreux produits d'excrétion sont une précisément dans ce cas. Après un jeûne suffisant, les néphrophagocytes diminuent de volume, mais la même constatation pourrait se faire en ce qui concerne les cellules musculaires par exemple. Or ces dernières ne sont cependant pas considérées comme des éléments de réserve, bien que cette propriété puisse leur être attribuée, car toutes les cellules d'un organisme jouent le rôle de cellules de réserve vis-à-vis d'autres cellules, appartenant au même organisme, et douées d'une plus grande vitalité.
Si cependant les néphro-phagocytes sont bien, au même titre qae les cellules de Leydig, des cellules de réserve, il n'y aurait pas Ueu de s'étonner de les voir jouer des rôles multiples et divers, puisque nous connaissons d'autres exemples de faits analogues. Je citerai les hématies des Sipunculiens qui, à côté de leur propre rôle dans la respiration, jouissent accessoirement de la propriété excrétrice ; elles éliminent, en effet, les colorants liquides injectés, comme divers auteurs (Ladkeyt, 1908 ; MÉTALNIKOFF, 1900) l'out montré.
On conm^t également, chez Ohfcera siphanosioma, des héma-
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ties dont le rôle phagocytaire a été mis en évidence par Goodrich (1899).
De même, les cellules hépatiques des Vertébrés fabriquent des substances de réserve : de la graisse et du glycogène ; elles possèdent également un pouvoir excréteur, car elles éliminent normalement des produits toxiques pour l'organisme, les pigments biliaires, et expérimentalement, des produits colorés (carmin dlndigo) injectés dans l'appareil circulatoire.
Il ne serait donc pas surprenant, quand bien même les cellules protéiques ou néphro-phagocytes seraient d'abord des cellules de réserve, qu'elles jouissent encore secondairement d'un rôle excréteur comme les hématies des Sipunculiens ou les cellules hépatiques des Vertébrés, et d'un rôle phagocytaire, comme les hématies de Oîycera siplionosioma.