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ils se nourrissent habituellement. Mes expériences m'ont forcé de changer complètement d'opinion ; j'espère donc qu'on les trouvera convaincantes.
Les Eolidiens étadiéi et leon pioieg
J'ai étudié surtout deux Eolidiens fréquents dans le bassin d'Arcachon pendant les mois d'été : Berghia cœrulescens Laurillard, parfaitement conforme à l'excellente description donnée par Trinchese (1882), et Spurilla neapolitana Délie Chiaje, bien décrite également dans les travaux de Bebgh, Tbinchese et Vayssièee. Ces deux espèces se rencontrent ensemble dans les parcs à Huîtres, sous les collecteurs, les vieilles caisses abandonnées et les pierres, accompagnées d'une faune assez riche d'animaux fixés. Spongiaires, Actinies, Balanes et Tuniciers. Des observations préliminaires m'ont permis de préciser les Cœlentérés dont ils se nourrissent : Berghia cœruleacens s'attaque uniquement à une petite Actinie du groupe des Sagartiadées, VAiptasia laceraia Dalyell, et surtout, peut-être exclusivement, à la variété a à tentacules carminés, qui présente, quand on la voit en place, une ressemblance décevante avec l'Eolidien (1).
Spurilla neapolitana est plus éclectique et plus vorace : elle attaque surtout des Sagartiadées : Aiptasia laceraia Dal. et Aiptasia erythrochila P. Fischer, Cyliata viduata Miill., Heliadis hellis EUis, et une espèce de la famille des Phellidés, Phellia elongata Délie Chiaje (2). Quand la colonne est peu consistante, comme c'est le cas chez les Aiptasia, les Actinies sont dévorées entièrement, sans qu'il reste de résidu ; si la colonne est coriace^ la SpuriUe, quand elle a réussi à l'entamer, mange le contenu de la cavité du corps, mésentéroïdes et organes génitaux, ainsi que les tentacules, mais laisse intacte la plus grande partie de la colonne. Je n'ai jamais vu les Spurilles tenter d'attaques sur
(1) Voir à l'Appendice, note II, quelques remarquet sur la ressemblance mimétique entre Eolidiens et Cœlentérés.
(2) Voir à V Appendice, note III. des références au sujet de la détermination des Actinies citées au cours de ce travail.
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Sagartia troglodiftes Johnston et Bunodea Balli Gocks ; elles s'approchent souvent de Sagartia aphyrodeta Qosae, mais comme cette espèce rejette au moindre contact des quantités d'aconties, les Spurilles sont visiblement incommodées par ces organes et s'écartent d'un animal aussi bien défendu.
Un sens très délicat, l'olfaction sans doute, avertit les Eolidiens de la présence d'une proie qui leur convient. Bien souvent, dans des aquariums renfermant des Spurilles immobiles, cachées sous des pierres, j'ai laissé tomber des Aiptasia, qui sont leur mets de prédilection ; presque aussitôt, les Eolidiens se mettent en marche, se dirigeant tout droit vers l'Actinie ; quand ils l'ont rencontrée, ils tâtent la colonne avec leurs rhinophores et commencent à la ronger; le muffle buccal se dilate d'une façon singulière, et son extrémité s'applique étroitement, comme une ventouse, sur l'Actinie. Les particules alimentaires passent ainsi dans le tube digestif de l'Eolidien, sans subir de contact avec l'eau ambiante ; ce qui explique que les nématocystes de l'Actinie parviennent intacts, non déchargés, dans les diverticules hépatiques des papilles.
Identité dei nématooystes des Eolidiens avec ceux de leun pioiee
Les nématocystes trouvés dans les sacs cuidophores sont incontestablement identiques à ceux des Actinies attaquées ordinairement par Berghia et Spurilla, et cela seul permet déjà d'affirmer l'origine actiniaire des premiers. En dehors des spirocystes (qui ne se rencontrent jamais dans les sacs cuidophores), les Sagartiadées et les Phellia ont deux types principaux de nématocystes, que je qualifierai de forme barbelée et de forme spiralée. La première (pi. III, fig. 5, 6; figures I et III du texte, page 88) a une capsxde allongée, de taille variable, qui est surmontée, à l'état de dévagination, par un tube basilaire sur lequel sont implantées de nombreuses barbules dirigées vers la capsxde ; ces barbules sont petites et rares au voisinage de celle-ci, et augmentent en taille et en nombre à mesure qu'on s'en éloigne ; le tube basilaire, à son extrémité distale, porte un court tronc
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de cAne, sans barbules^ qui se prolonge par un très long et très mince filament oreux (1). La forme spiralée diffère de la précédente par la constitution du tube basilaire qui ressemUc (flg. 8) à une vis doublement spiralée^ ne portant pas de barbules, mais de courts piquants à x>eine visibles ; le filament terminal est souvent d'une longueur considérable. Chez Aiptasia erffthroekila, on rencontre, dans les tentacules seulement, une forme de grande taille (fig. 7), modification du type barbelé, qui pars^t abs(dument propre à cette esx>èce ; je ne Tai vue nidle part ailleurs. Bile diffère de la forme habituelle par la longueur inusitécàdu tube basilaire qui décrit (dans l'état invaginé) une double boucle à Tintérieur de la^capsule.
Ohez Berghia, qui mange uniquement Aiptasia laeerakt, on trouve presque exclusivement de grands nématocystes barbelés à tube basilaire droit ; la forme spiralée est rare et petite. Identité parfaite de formes et de dimensions entre les nématocystes de l'Actinie et de l'Eolidien.
Ohez Spurilla, qui a un régime très varié, il y a du polymorphisme dans les nématocystes d'un même animal, et de notaUes différences entre les divers individus : les nématocystes barbelés et spirales ont des tailles très variables, et parmi eux on rencontre fréquemment,^ais pas constamment, le nématocyste à tube basilaire bouclé, caractéristique de V Aiptasia wytkrookila. J'ai isolé dans un aquarium, pendant plusieurs semaines, des Spurilles auxquelles je ne donnais en pâture, mais à profusion, que cette espèce d' Aiptasia ; immanquablement, j'ai vu dans les sacs cnidophores le nématocyste caractéristique. Dans une môme cellule de sac cnidophore, on peut trouver plusieurs formes de nématocystes, comme l'ont déjà constaté Bedot (1806) et Abbio (1904-a).
H est presque superflu de dire que les nématocystes libres dans la cavité des diverticules hépatiques, de môme que ceux indus dans les excréments, sont aussi identiques à ceux des sacs
(1) Voir à V Appendice, note I, une description détaillée dn nématocyite barbelé et de son moâe de fonoUonnement.
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onidopfaores. Je mentionnerai en passant que Ton trouve dans les excréments, outre des nématocystes non déchargés, de très nombreux spirocystes intacts ; il est fréquent d'en voir de libres à l'intérieur des diverticules hépatiques ; et cependant, comme on le sittt, il n'y a jamais de spirocystes dans les sacs cnidophores ; mais ce n'est pas parce qu'ils sont digérés avant d'y arriver, comme on le croyait.
Chez AeoUdiella glauea Aider et Hancock, dont je n'ai eu qu'un exemplaire entre les mains, j'ai trouvé dans les sacs cnidophores les deux formes habituelles de nématocystes, spiralée et barbelée ; il est probable que cette espèce s'attaque aussi à des Actinies voisines des Sagartia, mais je ne l'ai pas constaté de visu.
Expérienoai démontrant l'origine alimentaire des nématocystes des Eolidiens
J'ai cherché à réaliser une expérience cruciale, différente de celles de Wbight et Orosvenor, parce que la substitution d'une espèce de Cœlentéré à une autre, dans le régime alimentaire des Eolidiens, donne difficilement des résultats démonstratifs; souvent, tel Eolidien ne mange qu'une seule espèce de Cœlentéré et n'en accepte pas d'autre (par exemple Berghia) ; ou bien, s'il attaque plusieurs esx>èces, celles-ci sont voisines et ont des nématocystes à peu près identiques (par exemple Spurilla). Mes expériences sont faciles à refaire, et confirment par une autre voie celles qui sont basées sur le changement de nourriture.
Avec de fins ciseaux coupant très bien, je sectionne chez des Berghia et des 8purilla toutes les extrémités des papilles, de façon à enlever les sacs cnidophores ; il faut une certaine patience pour atteindre toutes les papilles, mais ce n'est pas impossible ; d'ailleurs, s'il reste sur les cAtés du corps quelques petites papilles avec sacs intacts, cela ne trouble pas l'expérience. Les animaux ne pariassent pas soufbrir de l'opération.
Je les divise ensuite en deux lots, qui sont placés dans les meilleures conditions d'existence possibles (eau très aérée^
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pierres pour s'abriter). Les Eolidiens du premier lot ne reçoivent absolument aucune nourriture ; ceux du second sont nourris abondamment avec une seule espèce d'Actinie, dont on étudie minutieusement les nématocystes.
La cicatrisation des papilles coux>ées se fait très rapidement^ et elle est suivie peu après de la régénération de nouveaux sacs cnidophores à l'extrémité distale et aux déi)ens du diverticule hépatique (flg. 1) ; ces sacs apparaissent, suivant les lots, de 7 à 10 jours après l'amputation. A partir de ce moment, il suffit d'enlever quelques papiUes aux Eolidiens de l'un et l'autre lots, et de les examiner telles quelles au microscope, x>our se faire une opinion sur la question. Les sacs des Eolidiens abondamment nourris, bien que très petits, à peine formés (7 jours aprèç amputation), ont leurs cellules internes bourrées de nématocystes aduUes (flg. 1 et 2). On trouve aussi d'assez nombreux nématocystes libres dans la cavité des diverticules hépatiques. Tous ces nématocystes, aussi bien les libres que ceux renfermés dans les cellules des sacs, sont identiques dans les moindres détails à ceux de l'Actinie donnée comme nourriture.
Je citerai en particulier l'exemple suivant : une Spurille, amputée depuis 7 jours, a mangé durant ce temx>s (le 6® jour) une seule Aiptasia erythrochila, de grande taille, mais sans toucher à la couronne tentaeulaire ; les cellules des sacs cnidophores sont bourrées des nématocystes de YAiptMia ; j'y trouve trois formes de nématocystes barbelés, une grande (capsule de 49 (Ji environ de longueur), une moyenne (28 (x) et une x>etite (13 (Ji), et une forme petite et effilée de nématocyste spirale (capsule de 17(x environ de longueur). Or les nématocystes barbelés petits et moyens, ainsi que les nématocystes spirales, proviennent des mésentéroïdes de Y Aiptasia, tandis que la grande forme des nématocystes barbelés se trouve dans les aconties. Gomme la Spurille n'a pas touché à la couronne tentaeulaire, qui renferme seule le nématocyste barbelé à tube basilaire bouclé (flg. 7), cette forme ne se trouve pas dans les sacs cnidophores.
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Au contraire, chez les Bolidiens laissés à jeun, les sacs, bien que parfaitement développés et tapissés intérieurement de grandes cellules (flg. 3), ne renferment pas de némaiocystes, même 18 jours après rox)ération. Les cellules des sacs ont un cytoplasme vacuolaire renfermant quelques sphérules jaunâtres, mais sans le moindre indice de nématocystes en voie de formation.
La conclusion s'impose : puisqu'il n'y a pas de nématocystes dans les sacs régénérés des Eolidiens à jeun, alors que ceux des Bolidiens bien nourris en sont bourrés, c'est que ces éléments proviennent des Cœlentérés ingérés.
Je dois dire que l'expérience ne donne pas toujours des résultats aussi tranchés ; il y a une cause d'erreur à peu près impossible à éviter, mais dont l'interprétation est facile. Bien que j'aie pris la précaution de faire jeûner les Bolidiens pendant quelques jours, préalablement à l'amputation des sacs, il peut arriver et il arrive parfois qu'il reste quelques nématocystes libres dans les cavités compliquées des diverticules hépatiques, provenant du dernier repas absorbé avant la période de jeûne préalable. Dès que les sacs sont régénérés, ces nématocystes passent par le canal de communication et se logent dans les cellules néoformées ; c'est ainsi que de temps en temps, on trouve quelques nématocystes adultes dans les sacs régénérés des Eolidiens à jeun ; il n'y en a qu'un très petit nombre par sac, de 1 à 6 par exemple, et jamais plus d'un dans une même cellule (flg. 4), ce qui contraste avec les centaines de nématocystes renfermés dans les sacs régénérés des Eolidiens bien nourris. Par exemple, sur une Berghia amputée depuis 18 jours, j'examine successivement 12 papilles, et je trouve : ttn sac renfermant trois nématocystes» trois sacs qui en contiennent chacun deux, un sac qui présente un seul nématocyste, et sept sacs n'en contenant pas un seul. H est absolument impossible que ces rares nématocystes se soient formés dans les cellules régénérées, vu leur distribution capricieuse, leur i)etit nombre, et surtout le fait qu'ils sont aduUes (fig. 4), de grande taille, et qu'ils ne sont accompagnés d'aticune forme jeune.
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La présence acddenteUe de ces nématoc^teg est d'aîUeiirs heureuse, car elle permet de réfuter deux critiques que Ton pourrait faire au dispositif expérimental que j'ai adopté. Supposons x>our un instant un zoologiste qui contenue à <»roire que les nématocystes des Eolidiens se forment sur place, dans les cnidoblastes des sacs : il pourrait dire, pour expliquer l'absence de nématocystes chez les amputés laissés à jeun, que les cellules des sacs régénérés n'en forment pas parce qu'elles n'ont plus assez de réserves, qu'elles sont dans un certain état d'inanition ; il x>ourrait objecter aussi que la formation des nématocystes par les cnidoblastes exige peut-être la présence chez l'Eolidien d'un excitateur chimique particulier, qu'il ne peut se procurer qu'en mangeant des Cœlentérés ; comme il est à jeun, il n'y a i>as d'excitateur de la sécrétion, et il ne se déveloj^ pas de nématocystes. Or, puisqu'on trouve de temps en temx>s des nématocystes dans les sacs des amputés laissés à jeun, ces deux critiques, du reste spécieuses et hasardées, tombent complèftement ; le zoologiste que j'ai supposé serait forcé de reconnaître que les Eolidiens n'ont pas besoin d'un excitateur pour fabriquer des nématocystes, et que les ovules des sacs ne sont pas non plus en état d'inanition. Mais si elles ne sont pas inanitiées et si l'excitant spécifique est une pure imagination, comment se fait-il que, dans les expériences réussies, il n'y ait pas du tout de nématocystes dans les sacs régénérés des Eolidiens privés de nourriture/ Le bon sess répond que c'est parce qu'il n'en ent^e x>oint dans le tube digestif.
N'oublions pas, du reste, que la présence ou l'absence de nématocystes dans les sacs régénérés, suivant que l'Bolidien mange des Cœlentérés ou reste à jeun, ne constitue qu'une partie de la démonstration ; le fait que l'Eohdien nourri acquiert constamment des nématocystes identiques à ceux de l'Aotmie qu'il mange, et surtout l'absence totale de stades de développement des nématocystes, dans quelque circonstance que ce soit, sujfi* sent amplement à entrains la conviction.
L'ORIGINE DES NÉMATOCYSTES DES ÉOLIDIENS 83
Bégénératioii da sao cnidophore
Lors de la régénération, le sac cnidophore se développe exactement comme dans Tontogénie normale (voir Davbnpobt, Heght, Kbismbzow) ; après la cicatrisation de la papiUe, le divertienle hépatique, très ramifié comme on sait, est fermé à son extrémité distale ; c'est la branche terminale, celle qui est la plus voisine de Tépiderme de la papille, qui donnera le sac cnidophore. A cet effet, elle présente un étranglement (fig. 2) qui sépare une région ovoïde — le futur sac — du reste du diverticule, tandis que Tétranglement deviendra le canal de communication. On trouve à ce moment de nombreuses mitoses dans répithélium du sac cnidophore. Le mésenchyme de la papille s'organise autour du sac et produit d'une part le revêtement musculaire de celui-ci, d'autre part le sphincter qui se déveloiyi>e très tôt autour du canal de communication, vers la base du sac.
L'épithélium du sac cnidophore régénéré m'a paru être vibratQe au début de sa formation ; plus tard je n'ai pu apercevoir de mouvements vibrants. Il est constitué (fig. 3) par de grandes cellules en forme de tronc de pyramide, qui présentent un noyau nucléole, basilaire ; la surface libre de la cellule porte souvent, à ce qu'il m'a semblé, un revêtement de très courts bâtonnets. Entre les grandes cellules fonctionnelles, il y en a de plus petites, ou plus exactement on voit entre elles, au contact de la basale, de nombreux noyaux qui sont sans aucun doute des noyaux de remplacement (ùUersHUal cells de Gbosvenob).
Quand les cellules commencent à englober des nématocystes, (fig. 2), ceux-ci se voient seulement dans les cellules des régions 8ai>érieure et moyenne du sac ; la base reste i onstituée par des cellules non différenciées (embryowic zone de Geosvbnor), préseratftat des mitoses, qui sont évidemment responsables de l'accroissement du sac.
On a remarqué bien des fois, lors de la r^énération d'organes tentaoottforntes, que celle-ci s'accompagnait fréquemment d ano-
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malies ; les papilles des Eolidiens ne font pas exception à la règle ; il est très commun, après régénération du bout des papilles, de trouver deux ou même trois sacs cnidophores au lieu d'un seul (fig. 1). Il semble que la cause déterminante de rhjrperproduction des sacs est la multiplicité des contacts entre Tépiderme du sommet et de petites branches terminales du csBCum hépatique.
Fonctionnement du sao cnidophore normal
n résulte sans conteste, de toutes les observations et expériences accumulées, que les nématocystes des Eolidiens proviennent bien des Cœlentérés qu'ils ont ingérés. Le canal de communication entre le diverticule hépatique et le sac cnidophore joue sans doute le P61e d'un filtre, arrêtant certains corps solides pour eu laisser passer d'autres. Il est facile de constater, en effet, que les nématocystes seuls passent dans le sac> alors qu'il y a bien d'autres débris dans le contenu du tube hépatique ; on y rencontre très fréquemment des spirocystes intacts, et aussi des Diatomées, ayant à peu près la forme et la dimension de nématocystes allongés, et cependant ni Diatomées ni spirocystes ne passent dans le sac cnidophore. Le canal de communication est revêtu d'un épithélium vibratile à très longs cils ; il est probable que ceux-ci font un choix parmi les corps qui tendent à entrer dans le canal, soit en ne laissant passer que ceux qui sont particulièrement lisses, soit en commandant par voie réflexe l'ouverture du sphincter qui est à la base du sac cnidophore.
Quant à la capture par l'épithélium interne des nématocystes entrés dans le sac, elle est impossible à constater de visu ; on peut supposer qu'elle rentre dans le cadre des phénomènes de phagocytose. En tous cas, cette phagocytose présente un caractère bien particulier : les nématocystes ne sont pas ingérés par n'importe laquelle de leurs extrémités ; comme on l'a déjà remarqué, tous, sauf de rarissimes exceptions, sont disposés de
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la même façon dans la cellale englobante (flg. 5) ; Textrémité ouverte par laquelle se produit la sortie de l'appareil interne est toujours du côté libre de la cellule, de telle sorte que la dévagination -pexxt se produire (comme cela arrive parfois sous l'action des réactifs), la cellule étant encore en place. C'est ce fait qui, au début de mes recherches, m'avait incité à croire que les nématocystes se développaient de toutes pièces dans les cellules du sac cnidophore ; mais puisqu'il n'en est pas ainsi, il faut que quelque tropisme oriente les nématocystes au contact de la cellule englobante, de façon à ce que l'extrémité fermée de ceux-ci entre la première dans le cytoplasme.
Les cellules des sacs cnidophores n'étant pas des cnidoblastes, c'est-à-dire des cellules formatrices de nématocystes, doivent recevoir un nom nouveau rappelant leur mode de fonctionnement : je propose de les appeler des nématophagea. Ce terme me parait préférable à celui de cellules agglutinantes suggéré par Abbio (1904ft).
Les nématocystes des Eolidiens sont parfaitement fonct onnels, exactement comme ceux des Cœlentérés ; je n'ai jamais remarqué qu'ils soient modifiés en quelque manière par le cytoplasme étranger qui les englobe ; c'est peut-être là, du reste, le x)oint le plus étonnant de leur histoire.
Valeur défengive des nématocystes des Eolidiens
Pour achever l'histoire des nématocystes, reste à voir si ces organites, empruntés aux Cœlentérés et devenus partie intégrante de l'organisme des Eolidiens, jouent un rôle quelconque dans la biologie de ceux-ci. Chez les Cœlentérés, les nématocystes ont sans aucun doute une valeur défensive ; en est-il de même chez les Eolidiens f
Lorsqu'on touche un Eolidien avec une baguette de verre, il prend aussitôt une attitude particulière ; les papilles s'érigent, s'allongent et se tournent autant que possible vers le point lésé, comme si elles s'orientaient pour cribler l'ennemi de nématocystes ; mais en réalité, comme le dit très justement Grosvsnob,
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il 7 a très peu ou même pas du tout de uématocystee rejetés au dehors par la contractioD des sacs. Cette attitude est donc purement émotive, et n'a pas d'effet défensif direct. Ce n'est que lorsqu'on tracasse violemment l'animal, ou mieux encore lorsque les papilles sont arrachées et comprimées, qu'il sort des sacs une masse de cellules nématophages et de nématocystes, qui explosent aussitôt. Il y a de très bonnes raisons, tirées du mode de fonctionnement des nématocystes, pour croire que cette explosion non dirigée ne peut avoir qu'un effet insigni* ftant (voir à 1' Appendice, note I) ; mais laissons cela et essayons des expériences.
Si un Poisson, par exemple, attaque un Eolidien, il mord tout d'abord les papilles, les arrache, et reçoit la décharge des nématocystes dans la bouche ; parait-il en éprouver un effet quelconque t Les expériences ont donné des résultats assez contradictoires, mais il est juste de dire qu'elles ont porté à la fois sur des Eolidiens et des Poissons différents.
Hebdman et Clubb jettent divers Eolidiens (Coryphella rufibranchtalis, Oalvina picta et Facelina coronata) dans des aquariums renfermant des Blennitts pholis, Oadus marrhua, CoUus hubalis et Tmchinus vipera : les Poissons nagent vivement vers les Nudibranches, et les avalent, mais i>our les rejeter aussitôt ; ils reviennent parfois à la charge, mais i>our les rejeter encore et cette fois d'une façon défipitive ; les papilles détachées par le choc n'ont attiré aucun Poisson. Donc incomestibilité complète des Eolidiens. Gabbtang {in Poxjlton, 1890, p.j200) obtient des résultats analogues : il jette Oalvina tricolor Forbes (1)^ variété orange, dans un aquarium contenant de jeunes Gadus pollaehius ; l'Eolidien est happé, puis rejeté après une ou deux secondes par deux Gades, qui semblent manifester leur surprise désagréable par des mouvements de la bouche identiques à ceux qu'ils effectuent lorsqu'ils ont happé des tentacules d'Actinies. De plus, Gabstang constate que cet Eolidien et d'autres comme Facelina coronata, Eolis Alderi, placés sur la
(1) Nom ootreot, synonyme de Oacohna Fommi.
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langae, déterminent une sensation piqnante très nette, qni varie d'intensité suivant la taille du Mollusque.
Cei>endant, la non-comestibilité des Eolidiens ne peut pas être tenue pour générale ; Me Intosh (cité par Obosvenob) a remarqué que la Morue {OadtM marrhua) mange volontiers des Eolis papillosa et même des Actinies.
J'ai opéré de la même façon avec Spurilla neapoliUma ; je jette des Spurilles venant d'être prises, donc en parfait état, dans une série d'aquariums renfermant des Poissons carnassiers, bien acclimatés, mais plutôt affamés : Grondin (THgla hirundo Blocfa), Griset (Cfmtharus Uneatuê Mont.), Bar {Labraœ lupus Cuv.), Dorade {Pagrus auratus L.), Loche {Oohius niger L.). Les Trigles, Grisets et Dorades se précipitent sur les Spurilles et les avalent ; parfois ils les rejettent plusieurs fois, mais reviennent à la charge en poursuivant même les papilles détachées, et dévorent finalement Spunlles et papiUes. Us se comportent exactement de même avec de petites Actinies de taille semblable à celle des Eolidiens {Aiptasia lacerata). Par contre, des Poissons très voraces, comme les Dorades et les Bars, même affamés, refusent obstinément de manger de petites Adamaia Bondeleti ; ils les mordent, mais évidemment dégoûtés par les aconties, ils s'en écartent définitivement après la première tentative. La différence de comestibilité entre les deux Actinies est due sans doute au rejet plus ou moins facile des aconties : Adamsia les émet en quantité au moindre attouchement, tandis qu'ils sortent difficilement et en petit nombre chez V Aiptasia.
Les Oohius niger nagent vivement vers les Spurilles qu'on leur jette, les happent quelquefois, mais les rejettent aussitôt et s'écartent définitivement ; si on leur jette de nouvelles Spurilles, ils les regardent tomber dans l'aquarium, semblent les reconnaître, puis s'éloignent. Us se comportent exactement de même avec de petites Actinies de taille analogue. Les Spurilles pré^ntent donc des défenses efficaces contre les Oohius, qui abondent du reste dans les stations où on rencontre ces Eolidiens, mais il reste à savoir si les Poissons sont repoussés par un goût